‹ uvres de Bossuet (volume 2)Chapitre 138 sur 164 · SUR LA PAIX FAITE ET ANNONCÉE PAR J. C · texte numérisé non relu

SUR LA PAIX FAITE ET ANNONCÉE PAR J. C

Combien extraordinaire la manière dont celte paix a été conclue; moyen dont Jésus-Christ s'est servi pour nous la procurer. Obligation de renoncer à tous ses attachements criminels, et de quitter toutes ses intelligences avec le monde, pour y participer. Rétablissement du commerce entre le ciel et la terre, fruit de cette paix. Comment est-elle accompagnée de toutes les marques d'une parfaite réunion.

Venit Jésus , et stetit in medio , et dixit eis : Pax ^obis.

Jésus vint, et se tint au milieu d'eux , et leur dit : La paix soit avec vous. Joan. xx , 19.

La justice et la paix sont deux intimes amies; elles se baisent , dit le roi-prophète , et se tiennent si étroitement embrassées , que nulle force n'est capable de les désunir : Justitia et pax osculatœ sunt '. Où la justice n'est pas reçue, il ne faut pas espérer que la paix y vienne ; et c'est pourquoi les crimes des hommes ayant chassé la justice par toute la terre , la paix aussi les avait quittés et s'était retirée au ciel qui est le lieu de son origine. Mais après que la mort de notre Sauveur a eu rétabli la justice par la rémission des péchés , la paix , sa fidèle compagne, a commencé de paraître aux hommes avec ce visage tranquille qui porte la joie dans le fond des cœurs. Pax vobis, « La paix soit avec vous , « dit le Fils de Dieu ; et saint Paul publiant par toute la terre la paix que le Fils de Dieu nous a méritée , écrit aux Romains ces grandes paroles : « Étant donc « justifiés par la foi , nous sommes en paix avec « Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ '; » reconnaissant bien , chrétiens , qu'on ne peut être en paix avec Dieu sans être revêtu de sa justice. Cette paix accordée entre Dieu et l'homme par la médiation du Sauveur Jésus , étant le sujet principal de notre évangile , sera la matière de ce discours.

Le déluge est passé , les cataractes du ciel se sont refermées : Jésus-Christ ayant soutenu tous les flots de la colère divine , qui venaient accabler les hommes, les eaux maintenant se sont retirées , la colombe s'approche de nous avec une branche d'olive , Jésus-Christ s'avance au milieu des siens et leur annonce que la paix est faite : Et dixit eis : Pax vobis. A ce mot de paix, chrétiens , tous les cœurs sont saisis de joie , tous les

' Ps. LXXXIV, il.

» Rom V, l.

troubles s'évanouissent, toutes les premières terreurs se dissipent; les apôtres épouvantés se rassurent voyant le Seigneur, et ne se lassent d'admirer celui quiayantété par sa grâce l'unique négociateur de cette paix, leur en vient encore luimême donner la nouvelle : Gavisi sunt discipuli viso Domino '.

Les apôtres ne sont pas les seuls qui doivent se réjouir en Notre-Seigneur de ce traité de paix admirable ; et comme nous y avons été compris avec eux , nous devons participer à leur joie commune. Donc, mes frères, réjouissons-nous, et rendons grâces au divin Jésus de la paix. Nous étions des sujets rebelles qui ne pouvions éviter la juste vengeance qui était due à notre révolte; et enfin notre Souverain nous donne la paix. 0 Dieu , qui nous dira le secret de cette importante négociation ? de quelle sorte s'est fait ce traité ? quelles conditions nous a-t-on données ? quels fruits recevra la nature humaine de cette sainte et divine paix? C'est ce qu'il faut tâcher de vous faire entendre ; et trois circonstances de notre évangile nous en donneront l'éclaircissement.

Je remarque, premièrement, que Jésus paraissant au milieu des siens, et leur donnant le salut de paix , « il leur montre en même temps ses « mains et ses pieds : » Et cum hoc dixisset-y ostenditeis manus etpedes ^ ; c'est-à-dire , les cicatrices de ses plaies sacrées. Je vois , secondement, dans mon évangile, que les apôtres étaient retirés, que « les portes étaient fermées : » Et fores essent clausœ^ : nul n'y pouvait entrer que le Fils de Dieu : si bien que , les voyant séquestrés du monde , il vint tout à coup leur donner la paix : Pax vobis. Et il redoubla encore une fois cette bienheureuse salutation , lorsqu'il vit qu'ils le regardaient et ne s'attachaient qu'à lui seul ; Dixit ergo eis iterum : Pax vobis ''. Enfin la troisième chose que j'ai observée, c'est qu'il leur fait présent de ses dons célestes , il leur donne son Saint-Esprit : Accipite Spiritum Sanctum ^. Il les envoie par toute la terre le porter à tous les fidèles : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi , « dit-il , je vous envoie ; » allez-vous-en étendre par tous les peuples la grâce qui vous a été aceor* dée : « ceux dont vous remettrez, les péchés, j'en- « tends qu'ils leur soient remis : » Sicut rnisUme Pater, et ego mitto vos ... quorum remiseritis peccata, remittuntureis^. Voilà trois circonstances de notre évangile , lesquelles , messieurs , si nous entendons, nous y lirons manifestement toute

' Joan. XX, 20.

' Luc. XXIV, 40.

3 Joan. XX, 19.

« Ibid. 21.

^ Ibid. 22.

6 Ibid. XX , 21 , 23.

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SUR LA PAIX

riiistoiicde notre paix. Vous demandez par quels moyens elle a été faite ; et le Fils de Dieu vous montre ses plaies : vous désirez en savoir les conditions ; regardez dans son Évangile ses disciples séquestrés du monde, qui n'ont d'attachement qu'à lui seul : vous en voulez enfin connaître les fruits ; voyez le Saint-Esprit répandu, et les dons du ciel versés sur les hommes.

Mais peut-être que ce mystère de paix ne vous paraît pas encore assez clairement; mettons-le, s'il se peut, dans un plus grand jour, et réduisons en peu de paroles tout l'ordre de notre dessein sur le fondement de notre évangile. Ma proposition générale , c'est que le Fils de Dieu a fait notre paix ; et pour vous en expliquer le particulier , je dirai premièrement , chrétiens , que le moyen dont il s'est servi c'a été sa mort , et c'est ce qu'il nous enseigne en montrant ses plaies; secondement , je vous ferai voir que la condition qu'il nous impose c'est de renoncer aux intelligences que nous avions avec le monde et les autres ennemis de Dieu ; c'est pourquoi il ne donne sa paix qu'à ceux qu'il trouve retirés du monde : enfin je conclurai ce discours en vous proposant des fruits admirables de cette sainte et divine paix par le rétablissement du commerce entre le ciel et la terre ; et c'est ce que le Fils de Dieu nous fait bien entendre en donnant son Esprit à ses saints apôtres, et les envoyant par tout l'univers pour y répandre de toutes parts les trésors célestes. C'est en peu de mots , chrétiens , toute l'histoire de notre paix : la mort du Fils de Dieu en est le moyen ; renoncer aux intelligences, la con dition ; le commerce rétabli, la suite et le fruit. Soyez attentifs, chrétiens; et s'il reste quelque obscurité , elle sera bientôt dissipée avec le secours de la grâce.

PREMIER POINT

Pour vous expliquer la manière dont s'est faite la paix de Dieu et des hommes , j'avancerai d'abord une chose qui n'a d'exemple dans aucune histoire : que cette paix se devait conclure par la mort violente de l'ambassadeur qui était député pour la négocier. Voilà une proposition inouïe parmi tous les peuples du monde ; mais que la doctrine de l'Évangile nous fait voir très-indubitable. Que Jésus-Christ soit l'ambassadeur du Père éternel , et son ambassadeur pour traiter la paix ; toute l'Écriture nous le témoigne : il se dit toujours l'envoyé du Père, et son envoyé vers les hommes ; et qu'il soit envoyé pour traiter la paix , non-seulement ses paroles, mais tout l'ordre de ses desseins le fait bien connaître. C'est pourquoi sain,t Paul assure qu'il est notre paix : Jpse enini

est pax nosifra'j et que le sujet de sa mission, c'est la réconciliation de notre nature : «Dieu était « dans le Christ se réconciliant le monde : » Deus erat inj^hristo mundum reconcilians siW.

Combien devait être vénérable aux hommes ce grand et céleste envoyé du Père ! outre la dignité de sa personne , nous le pouvons encore aisément juger par le titre d'ambassadeur, et d'ambassadeur de la paix.

Qu'est-il nécessaire que je vous rapporte ce que nul de mes auditeurs ne peut ignorer, que la personne des ambassadeurs est sacrée et inviolable? C'est comme un traité solennel où la foi publique du genre humain est intervenue , que l'on puisse députer librement pour traiter de la j)aix et de l'alliance ou des intérêts communs des États ; et violer cette loi consacrée par le droit des gens , et que la barbarie même n'a pas effacée dans les âmes les plus farouches , c'est se déclarer ennemi public de la paix , de la bonne foi et de toute la nature humaine : Dieu même, comme protecteur de la société du genre humain , est intéressé dans cette injure; tellement que celle que l'on fait aux ambassadeurs n'est pas seulement une perfidie, mais une espèce de sacrilège.

Et voici que Jésus , Fils du Dieu vivant , le divin Jésus, Jésus envoyé aux hommes pour faire leur paix , ô commission sainte et vénérable ! a été maltraité par eux jusqu'à être attaché à un bois infâme. Toute la majesté de Dieu est violée manifestement par cette action; non-seulement parce qu'il estson ambassadeur, maisencore parce qu'il est son Fils bien-aimé. Et néanmoins, ô prodige étrange ! cette mort, qui devait rendre la guerre éternelle , c'est ce qui conclut l'alliance : ce qui a tant de fois armé les peuples a désarmé tout à coup le Père éternel ; et la personne sacrée de son envoyé ayant été violée par un si indigne attentat, aussitôt il a fait et signé la paix. Voici un mystère incroyable : Dieu est irrité justement contre la malice des hommes; et lorsque par le meurtre de son envoyé , de son Christ , de son Fils unique , ils ont ajouté le comble à leurs crimes , c'est alors qu'il commence d'oublier les crimes.

Qui sera le sage et l'intelligent qui nous développera ce secret et qui nous apprendra nettement ce que Dieu a trouvé de si agréable dans la mort de son Fils unique, qu'elle lui ait fait pardonner les péchés du monde? Ce sera, messieurs, saint Augustin qui nous en donnera le fondement dans les traités qu'il a faits sur la première cpître de saint Jean * : il a remarqué comme trois principes

' Ephes. Il, 14.

» II. Cor. V, 19.

3 Tract, vil, 11° 7, t. m, part. Il, col. 874, 876.

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