‹ uvres de Bossuet (volume 2)Chapitre 23 sur 164 · SUR JÉSUS-CHRIST COMME OBJET DE SCANDALE · texte numérisé non relu

SUR JÉSUS-CHRIST COMME OBJET DE SCANDALE

Caractères du Messie promis, opposés à ceux que les Juifs ctiarnels s'étaient figuré. Jésus-Christ les réunit tous en sa personne.

Caeci vicient, claudi ambulant , leprosi mundantur, surdi audiunt, mortui resurgunt, pauperes evangelizantur : et beatus est qui non fuerit scandalizatus in me !

Les aveugles voient , les boiteux marchent , les lépreux sont puriftiés , les sourds entendent, les morts ressuscitent, l'Évangile est annoncé aux pauvres : et heureux celui qui ne sera pas scandalisé à mon 5Mje^' Matth. XI , 5,6.

Si vous voyez aujourd'hui que saint Jean-Raptiste envoie ses disciples à notre Sauveur pour lui demander quel il est , ne vous persuadez pas pour cela que l'Élie du Nouveau Testament et le grand précurseur du Messie ait ignoré le Seigneur auquel il venait préparer les voies. Je sais qu'il y a eu quelques personnes très-doctes, et entre autres le grave Tertullien ^ , qui ont cru que , dans le temps que saint Jean-Raptiste fit faire cette question au Sauveur, la lumière prophétique, qui l'avait jusqu'alors éclairé , avait été éteinte

' Threii. il, 17.

2 Adv. MarcioH. liJj. iv.

COMME OBJET DE SCANDALE

en son âme ; mais je ne craindrai point de vous dire , avec le respect que je dois aux auteurs de ce sentiment, qu'il n'y a aucune vraisemblance dans cette pensée. « Abraham a vu le jour de No- « tre-Seigneur 5 Isaïe a vu sa gloire et nous en a « parlé , » nous dit l'évangéliste saint Jean ' ; tous les prophètes l'ont connu en esprit , et le plus grand des prophètes l'aura ignoré? Celui qui a été envoyé pour rendre témoignage de la lumière , aura été lui-même dans les ténèbres? Et après avoir tant de fois désigné au peuple cet agneau de Dieu qui purge les péchés du monde , après avoir vu le Saint-Esprit descendre sur lui lorsqu'il voulut être baptisé de sa main , tout d'un coup il aura oublié ce qu'il a fait connaître à tant de personnes? Vous voyez bien, fidèles, que cela n'a aucune apparence.

Mais pourquoi donc , direz-vous , pourquoi lui envoyer ses disciples pour s'informer de lui s'il est vrai qu'il soit le Messie ? Qui interroge , il cherche ; qui cherche , il ignore. S'il connaissait quelétait Jésus-Christ, quelle raison peut-il avoir de lui faire ainsi demander? Ne craignait-il pas que son doute ébranlât la foi de plusieurs , et diminuât beaucoup de l'autorité du témoignage certain qu'il a si souvent rendu au Sauveur? C'est tout ce qu'on nous peut opposer. Mais cette objection ne m'étonne pas : au contraire , ce qu'on m'oppose, je veux le tirer à mon avantage. Je dis qu'il interroge , parce qu'il sait ; il demande au Sauveur Jésus quel il est , parce qu'il connaît très-bien quel il est. Comment cela? direz-vous. C'est ici , chrétiens , la vraie explication de notre évangile et le fondement nécessaire de tout ce discours. Saint Jean , qui connaissait le Sauveur qu'il avait prêché tant de fois , savait bien qu'il n'appartenait qu'à lui seul de dire quel il était , et de se manifester aux hommes desquels il venait être le précepteur. C'est pourquoi il lui envoie ses disciples , afin qu'ils soient instruits par lui-même touchant sa venue que lui seul était capable de nous déclarer. Ainsi n'appréhendez pas, chrétiens , qu'il détruise le témoignage qu'il a donné de Notre-Seigneur , car lui faisant demander à lui-même ce qu'il faut croire de sa personne , il fait bien voir qu'il reconnaît en lui une autorité infaillible , et qu'il ne lui envoie ses disciples que pour être formés de sa main et enseignés de sa propre bouche. Ne pouvant plus annoncer sa venue aux hommes , parce qu'il était retenu aux prisons d'Hérode, il prie Notre-Seigneur de se faire connaître lui-même; et lui faisant faire cette ambassade en présence de tout le peuple, il a dessein de tirer de lui quelque instruction mé-

• Joan, VIII, 56; xii, 41.

morable pour les spectateurs , qui s'imaginaient le Messie tout autre qu'il ne devait être.

En effet , il ne fut point trompé. Jésus , qui connaissait sa pensée et qui voulait récompenser son humilité, fait voir à ses disciples les effets de sa puissance infinie. Il guérit devant eux tous les malades qui se présentèrent 5 il leur découvre son cœur ; il leur donne des avis importants pour connaître parfaitement le secret de Dieu et détruire une fausse idée du Messie qui avait préoccupé les Juifs trop charnels ; et sachant que son bien-aimé précurseur ne pouvait avoir de plus grande joie que d'apprendre la gloire de son bon maître , il commande aux envoyés de saint Jean de lui en rapporter les nouvelles , lui voulant donner cette consolation dans une captivité qu'il souffrait pour l'amour de lui. « Allez-vous- « en , dit-il , rapporter à Jean les merveilles que « vous avez vues ; » dites-lui que les sourds entendent, que les aveugles reçoivent la vue, que la vie est rendue aux morts , que l'Évangile est annoncé aux pauvres, et qu'heureux est celui qui n'est point scandalisé en moi. Comme s'il eût dit : Les Juifs , trompés par l'écorce de la lettre et par les sentiments de la chair, attendent le Messie comme un puissant roi qui , se mettant à la tête de grandes armées , subjuguera tous leurs ennemis et qui se fera reconnaître par l'éclat d'une pompe mondaine et par une magnificence royale. Mais Jean , instruit des secrets de Dieu , sait qu'il doit être manifesté par des marques bien plus augustes , encore que selon le monde elles aient beaucoup moins d'apparent. Allezvous-en donc, et lui racontez les guérisons admirables que vous avez vues de vos propres yeux. Dites-lui que l'auteur de tant de miracles ne dédaigne pas de converser parmi les pauvres ; au contraii'c , qu'il les assemble près de sa personne pour les entretenir familièrement des mystères du royaume de Dieu et des vérités éternelles ; et toutefois que nonobstant et le pouvoir par lequel je fais de si grandes choses , et l'incroyable douceur par laquelle je condescends à l'infirmité des plus pauvres et des plus abjects, bienheureux est celui à qui je ne donne point de scandale. Dites ceci à Jean ; à ces marques il connaîtra bien qui je suis.

Tel est le sens de tout ce discours , très-court en apparence et très-simple , mais plein d'un si grand sens et de tant de remarques illustres tirées des prophéties anciennes qui parlent de la grandeur du Messie , que toute l'éloquence humaine ne suffirait pas à vous en étaler les richesses. Toutefois j'ose entreprendre , fidèles , avec l'assistance divine , d'en découvrir aujourd'hui les secrets selon la mesure qui m'est donnée. Je

SUR JESUS-CHRIST

suivrai pas à pas le texte de mon évangile , conférant les paroles de notre Sauveur avec les actions de sa vie et les prédictions des prophètes dont nous avons ici un tissu. Nous admirerons tous ensemble la profonde conduite de Dieu dans la manifestation de son Fils ; mais pour y procéder avec ordre, réduisons tout cet entretien à trois chefs tirés des propres paroles du Fils de Dieu. Je remarque trois choses dans son discours : qu'il guérit les malades , qu'il catéchise les pauvres , qu'il scandalise les infidèles. Dans ses miracles, je vois sa bonté, en ce qu'il a pitié de nos maux ; dans ses instructions , je vois sa simplicité , en ce qu'il ne lie de société qu'a- ^vec les plus pauvres; enfin, dans le scandale qu'il donne , je vois les furieuses oppositions que l'on fera à sa salutaire doctrine.

Viens , ô Juif incrédule ! viens considérer le Messie ; viens le reconnaître par les vraies marques que t'ont données tes propres prophètes. Tu crois qu'il manifestera son pouvoir, établissant en la terre un puissant empire auquel il joindra toutes les nations, ou par la réputation de sa grandeur, ou par ses armes victorieuses. Sache que sa puissance n'éclatera que par sa bonté et par la tendre compassion qu'il aura de nos maladies. Tu te le représentes au milieu d'une cour superbe , environné de gloire et de majesté : apprends que sa simplicité ne lui permettra pas d'avoir d'autre compagnie que celle des pauvres. Enfin tu t'imagines voir couler sa vie dans un cours continuel de prospérités , au lieu qu'elle ne sera pas un seul moment sans être injustement traversée. En un mot le Messie promis par les oracles divins doit être un homme infiniment miséricordieux , dont le cœur s'attendrira à l'aspect des misères de notre nature , qui recevra les pauvres en sa plus intime familiarité et épandra sur eux les trésors de sa sagesse incompréhensible , en les catéchisant avec une affection paternelle ; qui, nonobstant son inclination libérale, et la candeur de sa vie innocente , et sa naïve simplicité , recevra mille malédictions des hommes ingrats , sans que pour cela il cesse de leur bien faire. Voilà quel devait être le Sauveur du monde. 0 Dieu , qu'il est bien autre que les Juifs ne se l'imaginent ! S'il fût venu avec une pompe royale, les pauvres n'auraient pas osé approcher de lui , ni môme le regarder; tout le monde lui eût fait la cour, bien loin de le charger d'imprécations. C'est pourquoi étant venu pour souffrir, il a pris une condition d'esclave ; étant venu pour les pauvres , il a voulu naître pauvre , afin de pouvoir être familier avec eux. C'est le véritable portrait du Messie , notre unique libérateur, tel qu'il nous ç^st designé par les prophéties , tel qu'il nous est

montré dans son Évangile. Considérons, en détail , chrétiens , cet adorable tableau ; mais admirons avant toutes choses le premier trait de cette salutaire peinture que notre évangéliste nous a tracée , et voyons paraître la toute-puissance du Sauveur Jésus par le remède qu'il apporte à nos maladies. C'est le premier point de mon discours.

PREMIER POINT

Pourrais-je bien vous dire , fidèles , combien de pauvres malades et combien de sortes de maladies a guéri notre miséricordieux médecin ? Vous eussiez vu tous les jours à ses pieds les aveugles, les sourds, les fébricitants , les paralytiques, les possédés , en un mot et enfin tous les autres infirmes, qui, connaissant sa grande bonté , voyaient que c'était assez de lui exposer leurs misères pour obtenir de lui du soulagement. Encore ce médecin charitable leur épargnait souvent la peine de le chercher ; lui-même il parcourait la Judée , et comme dit l'apôtre saint Pierre , « il passait bienfaisant et guérissant tous les op- « pressés : » Pertransiitbenefaciendo, etsanando omncs oppressas a diabolo \ Dieu éternel ! les aimables paroles, et qu'elles sont bien dignes de mon Sauveur ! Lafolle éloquence du siècle , quand elle veut élever quelque généreux conquérant , dit qu'il « a parcouru les provinces , moins par « ses pas que par ses victoires : » Non tan passibus quam mctoriis peragravit \ Les panégyriques sont pleins de ces sortes d'exagérations. Et qu'est-ce à dire , parcourir les provinces par les victoires? N'est-ce pas porter partout le carnage , la désolation et la pillerie? Telles sont les suites de nos victoires.

Ah ! que mon Sauveur a parcouru la Judée d'une manière bien plus admirable ! Je puis dire véritablement qu'il l'a parcourue, moins par ses pas que par ses bienfaits. Pertransiit benefaciendo. Il allait de tous côtés visitant ses malades , distribuant partout un baume céleste , je veux dire une miraculeuse vertu qui sortait de son divin corps, devant laquelle on voyait disparaître les fièvres les plus mortelles et les maladies les plus incurables : Pertransiit benefaciendo. Et ce n'était pas seulement les lieux où il arrêtait quelque temps, qui se trouvaient mieux de sa présence. Il rendait remarquables les endroits dans lesquels il passait, par la profusion de ses grâces. En cette bourgade il n'y a plus d'aveugles ni d'estropiés : sans doute , disait-on , le bienfai-

' Avt. X , 38.

^ Ces paroles renferment le sens dfe celles qu'on lit dans le panégyrique de Trajan, fait par Pline le jeune, où il s'exprime ainsi : Quum orbem ierrarum UQR pedibus magis quam iauililusperngntrcs? (Ëdit de Dclorls.)

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• sant Jésus a passé par là : Pcrtransiit. Et en effet, chi-étiens , quelle contrée de la Palestine n'a pas expérimenté mille et mille fois combien était présent le remède que les infirmes et les languissants trouvaient dans le secours de sa main puissante ? C'est aussi ce que le prophète Isaie , que les Pères ont appelé l'évangéliste de la loi ancienne , tant ses prédictions sont précises ; c'est , dis-je , ce que le prophète Isaie célèbre avec son élégance ordinaire , dans le chapitre trente-cinquième de sa prophétie : « Dites aux affligés , nous dit-il , à « ceux qui ont le cœur abattu par leurs longues n calamités , dites-leur qu'ils se fortifient. Voici « venir notre Dieu qui les vengera : Dieu viendra « lui-même et nous sauvera : » Deus ipse veniet et salvabit nos '. Quel est ce Dieu qui vient nous sauver, si ce n'est le Sauveur Jésus, duquel le même Isaie a écrit qu'il serait appelé Emmanuel , Dieu avec nous ? Un Dieu avec nous , n'est-ce pas à dire un Dieu -homme? Dieu donc viendra luimême, dit Isaie, Dieu viendra lui-même pour nous sauver. Vous voyez qu'il est parlé là du Messie. « Et alors , poursuit-il ^ , c'est-à-dire , à la « venue du Sauveur, les oreilles des sourds et les « yeux des aveugles seront ouverts ; alors celui '<■ qui était perclus sautera agilement comme un « cerf, et la langue des muets sera déliée. » Ne voyez- vous pas, chrétiens, que le discours de notre Sauveur, dans l'évangile que nous exposons, est tiré de celui du prophète? « Les sourds .< entendent, dit le Fils de Dieu, les aveugles « voient, les boiteux marchent. » Il se plaît de toucher, quoiqu'on peu de mots , les prophéties qui s'accomplissent en sa personne ; afin de nous faire comprendre ce que l'apôtre saint Paul nous a si évidemment démontré : qu'il est la fin de la loi ^ , et l'unique sujet de tous les oracles divins. Donc, mes frères, reconnaissons la puissance de notre Sauveur dans les remèdes qu'il nous apporte, touché de compassion de nos maux. Certes , je sais que , le Fils de Dieu venant enseigner sur la terre une doctrine si incroyable qu'était la sienne, il fallait qu'il la confirmât par miracles, et qu'il justifiât la dignité de sa mission par des effets d'une puissance surnaturelle. Mais cela n'empêche pas que je ne remarque la bonté qu'il a pour notre nature , dans le plaisir singulier qu'il reçoit de doimer la guérison à nos maladies. Oui , je soutiens que tous ses miracles viennent d'un sentiment de compassion. Plusieurs fois , considérant les misères qui agitent la vie humaine , il ne nous a pas pu refuser ses larmes. Jamais il ne vit un misérable qu'il n'en

' If. XXXV, i.

2 Jbid. 5 , a ^ R'tm. X , 4.

eût pitié ; et je pense certainement qu'il eût été chercher les malheureux jusqu'au bout du monde, si les ordres de Dieu son Père et l'ouvrage de notre rédemption ne l'eussent arrêté en Judée. « J'ai , dit-il , compassion de ce peuple ' ; » avant que de multiplier les cinq pains. Il fut « mû de « miséricorde, dit l'évangéliste, et rendit l'enfant « à la mère *. » Dans toutes les grandes guérisons qu'il fait, il ne manque jamais de donner des marques qu'il déplore nos calamités ; d'où je conclus très-certainement que sa compassion a fait presque tous ses miracles. La première grâce qu'il faisait aux infirmes , c'était de les plaindre avec l'affection d'un bon père. Son cœur écoutait la voix de la misère qui l'attendrissait , et en même temps il sollicitait son bras pour la soulager. Son amour ne se rebute pas par le mauvais traitement que nous lui faisons. En'voulez-vous voir un exemple admirable? Un Juif le priant de guérir son fils effroyablement tourmenté : « "Race infi- « dèle et maudite , dit-il , jusqu'à quand serai- « je avec vous ? et faudra-t-il toujours vous souf- « frir ? Amenez ici votre fils. » Race infidèle et maudite.... Amenez ici votre fils^. Quelle est la suite de ces paroles? et qu'elles semblent mal digérées! Pourquoi dans un même discours assembler une juste indignation et un témoignage certain de tendresse? C'est qu'il se remit en fesprit que c'était un homme , et un homme extrêmement misérable ; et cette seule considération lui fit perdre toute sa colère : elle tombe désarmée comme vous voyez , et vaincue par cet objet de pitié. En vérité , la malice des Juifs était montée à un grand excès ; leurs mépris , leur ingratitude le dégoûtaient fort ; il ne les pouvait presque plus souffrir : toutefois , dit -il : « Amenez votre fils , je '< le guérirai ! - Vous remarquez bien que sa naturelle bonté l'oblige presque par force à nous gratifier, et extorque de lui des bienfaits pour nous." Jugez combien était grande l'inclination qu'il avait de bien faire aux hommes , puisque ni la haine la plus furieuse , ni l'envie la plus envenimée ne pouvaient arrêter le cours de ses grâces. C'est qu'il était sincèrement bon , et qu'il avait pitié de nos maux. Et certes, puisqu'il n'y avait autre chose que notre extrême misère qui l'obligeât de venir à notre secours , il devait descendre sur terre», comme dit l'apôtre saint Paul * , « re- « vêtu d'entrailles de miséricorde. » Car qu'y avaitil de plus convenable au Sauveur, que de plaindre ceux qui étaient perdus ; à celui qui devait nous guérir, que d'être touché de nos maladies ; et à

' Marc, vin , 2.

2 Luc. VII, 13, 15.

3 Matth. XVII, 16.

♦ Cotoss. III, >2.

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notre libérateui', que de déplorer notre servitude ? C'est ici le lieu , chrétiens , d'élever plus haut nos esprits ; et après avoir considéré le Sauveur guérissant les maladies de la chair, il faut passer à une réflexion plus spirituelle , et parler de la guérison des esprits , dont celle des corps n'était que l'image. Car si vous voyez son cœur tellement ému des maux que souffrent nos corps , avec quels gémissements pensez-vous qu'il pleure les calamités de nos âmes ? Jugez-en vous-mêmes par ce raisonnement. Certes, ce n'est pas une chose fort étrange que notre corps souffre , puisqu'il est passible; ni qu'il languisse, puisqu'il est infirme ; ni qu'il meure , puisqu'il est mortel : telle est sa qualité naturelle. Nous n'avons pas accoutumé de plaindre les bêtes de ce qu'elles n'ont pas de raison ; ni de déplorer la condition des créatures inanimées, de ce qu'elles sont sans sentiment et sans vie : c'est que ce sont des choses communes , trop dans l'ordre de la nature pour être un sujet de compassion. Toute compassion est une douleur : la douleur s'excite singulièrement par les accidents étrangers et inopinés. Et sachant de quelle matière nos corps ont été ramassés , à quoi ne devons-nous pas nous attendre? Mais qu'une âme d'une nature immortelle , animée de je ne sais quoi de divin , composée , si je puis parler de la sorte , de cette flamme toute pure et toute céleste dont les intelligences ont été formées ; une âme de qui la raison est un éclat de la sagesse éternelle , et l'essence , une image de l'essence même de Dieu ; une âme qui , étant telle , ne peut être née que pour la souveraine félicité ; qu'elle soit précipitée dans un abîme de maux infinis ; qu'elle soit toujours aveugle , toujours languissante , et justement condamnée à souffrir la dernière et éternelle désolation : c'est pour cela , mes frères , que la plus tendre compassion ne saurait avoir, ni des plaintes assez lugubres , ni des larmes assez amères. Tu trouves cet homme bien misérable de ce qu'ayant perdu la vue corporelle, il ne peut plus jouir de cette lumière qui naît et qui périt tous les jours ; et tu penses que c'est un petit malheur que l'âme soit enveloppée d'épaisses ténèbres , qui lui cachent les vérités éternelles qui seules devraient luire à notre raison ! Ce pauvre corps perclus de ses membres te touche d'une sensible compassion ; et tu ne plains pas cette âme, qui, par une brutale stupidité, a toutes ses fonctions interdites! Ce misérable hydropique te fait pitié , parce que tu le vois toujours boire sans que sa soif puisse être étanchée ; et tu regardes sans douleur cet avare , cet ambitieux , dont l'un hume sans cesse de la fumée , et l'autre emploie tout son âge à entasser des biens qu'il perdra tous en un seul moment :

sans que ni l'un ni l'autre puisse jamais éteindre* la soif de ses passions infinies ! N'est-ce pas être dépourvu de sens?

Aussi je ne doute pas que le Fils de Dieu n'ait jugé nos âmes d'autant plus dignes de sa pitié et miséricorde , que la dignité en est plus relevée , et les misères plus véritables. Et cela même m'oblige de croire que , lorsque son cœur était attendri sur les maladies dont cette chair mortelle est si cruellement tourmentée , il n'arrêtait pas sa pensée au corps : sans doute qu'il allait bien plus haut ; et qu'en voyant l'effet , aussitôt il remontait à la cause qui est le péché. S'il témoigne du déplaisir de voir les infirmités de la chair, et de la joie d'y apporter le remède ; c'est afin de nous faire voir que tout l'homme lui est trèscher, et que s'il aime si tendrement la partie la plus abjecte , il a des transports incroyables pour la plus noble et la plus divine. Bien plus , remarquez, s'il vous plaît, ce raisonnement : c'est une chose constante qu'il ne plaignait le coi'ps qu'à cause de l'âme; que dans toutes les maladies corporelles il considérait le péché, qui en est la source. Quand il regardait cette pauvre chair exposée de toutes parts aux douleurs, dont les infirmités ne peuvent pas être comptées ; ah ! ne croyez pas qu'il arrêtât son esprit au corps. 0 Dieu tout-puissant ! disait-il , permettez-moi , mon Sauveur Jésus , de pénétrer ici dans vos sentiments ; sans doute qu'ils sont vôtres , puisqu'ils sont de vos Écritures : donc, ô Dieu ! disaitil , si les hommes fussent demeurés en l'heureux état où mon Père les avait mis en leur origine , ils n'auraient pas été ainsi misérables. Là leur bonheur eût été la divinité, et leur vie l'immortalité.

Et en effet , chrétiens auditeurs , tant que cette innocence eût duré , Dieu , s'unissant intérieurement à nos âmes , y eût versé l'influence de vie avec une telle abondance , (pi'elle se fût débordée sur le corps : de sorte que l'homme vivant de Dieu n'aurait eu aucun trouble en l'esprit ni aucune infirmité en la chair. Le péché nous ayant retirés de Dieu , il a fallu nous faire voir combien nous perdions ; tellement que l'âme ne buvant plus à cette fontaine de vie éternelle , devenue elle-même impuissante, elle a aussi laissé le corps sans vigueur. C'est pourquoi je ne m'étonne pas si la mortalité s'en est emparée ; et dès lors cette chair qui tend à la mort , a été découverte à toute sorte d'injures; et penchant continuellement à sa fosse, elle est devenue sujette nécessairement à de grandes vicissitudes , et par conséquent à de mortelles altérations. Et dans tous ces malheurs que voyons-nous autre chose , fidèles , car je vous en fais juges , qu'une juste

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punitioa de notre péché? d'autant qu'il était i plus que juste que l'incorruptibilité abandonnât rbomine , puisqu'il ne voulait plus en jouir avec Dieu. Ce qui étant ainsi supposé , il est très-certain que le Fils de Dieu qui d'abord pénétrait toutes choses , quand il voyait les fièvres , les paralysies et les autres maladies corporelles, allait à la source du mal , je veux dire à cette première désobéissance. Dans la peine il ne considérait que le crime , et c'est ce qu'il déplorait davantage. Il savait bien que les afflictions de la chair n'étant que la punition, elles ne pouvaient pas être le plus grand mal. Il n'est pas en la puissance même de Dieu qu'il y ait une misère plus grande que le péché. Je sais que cette vérité offense les sens humains : hélas! mortels ignorants que nous sommes , nous ne comprenons pas quelle misère c'est que d'offenser Dieu !

Dites à un homme qui est sur la roue , s'il lui reste assez de sentiment pour vous écouter ; diteslui qu'il est malheureux , non pas tant de ce qu'il est puni , que de ce qu'il est coupable ; que sa plus grande misère est d'être homicide , et non pas d'être rompu vif : quand est-ce qu'il entendra ce discours? Son âme, oppressée de tourments, ne s'arrête qu'au plus sensible et non pas au plus raisonnable. Il s'irritera contre vous ; et une telle proposition lui augmenterait son supplice. Et toutefois est-il rien de plus nécessairement véritable? Car c'est une chose certaine que la plus grande misère vient du plus grand mal; et je ne craindrai point d'assurer que la peine , au lieu d'être un mal , est un bien ; d'autant que ce qui fait le mal , c'est l'opposition au souverain bien qui est Dieu. Or la peine n'est pas contre Dieu : au contraire elle s'accorde avec sa justice : est-il pas très-juste que le pécheur souffre , et que le crime ne demeure pas impuni ? Et la j ustice n'est-ce pas un grand bien ? Par conséquent si la peine est un maC <*e n'est qu'à l'égard du particulier ; mais c'est un très-grand bien à l'égard de l'ordre commun. Et comment? C'est que le péché met le désordre dans l'univers. C'est un désordre visible que les commandements du souverain soient mal observés : donc le péché met le désordre au monde. Et toutefois le maître de l'univers ne peut souffrir de désordre dans son ouvrage. Que fait-il? Il établit deux ordres : l'un , de ses règlements éternels sur lesquels les volontés droites sont composées ; l'autre , c'est l'ordre de la justice qui range les volontés déréglées. Ces deux ordres sont fondés tous deux sur cette loi immuable , qu'il faut que lavolonlédivinesefasse, ou dans l'obéissance des boîis, ou dans le supplice des criminels. " Ceux qui ne veulent pas faire ce qu'il veut , '< lui-même il en fait ce qu'il veut , » dit saint Au-

gustin : Cum faciiini quod non vult, hoc de eis acit quod ipse vuU \

Tu n'as pas voulu te mettre dans l'ordre , tu le souffriras : je veux dire, tu as voulu échapper, ô pécheur, de l'ordre des règles divines qui t'avaient été proposées ; tu retomberas dans l'ordre de sa justice. Et quel est l'ordre de la justice? C'est que c'est une chose très-bien ordonnée, que les volontés rebelles soient châtiées ; que ceux qui ont méprisé la bonté de Dieu , éprouvent en euxmêmes la sévérité de sa rigoureuse justice; qu'étant sortis autant qu'ils ont pu de son domaine par leur révolte, ils y soient ramenés par leur peine , afin que tout ploie sous la main de Dieu , ou par inclination , ou par force. Par conséquent la peine est dans l'ordre , parce qu'elle ramène dans l'ordre ceux qui s'en étaient dévoyés : et donc elle est très-bonne à la conduite générale de l'univers , parce que l'ordre est le bien général ; et encore qu'elle fasse souffrir le particulier , il y a du bien dans ce mal qu'il souffre , parce qu'il y a de la règle et de la raison. Donc, pour aller plus loin, il se trouvera que le péché seul est le mal proprement dit et essentiel , qui n'a aucun mélange de bien. Il faut qu'il soit le souverain mal , parce qu'il est souverainement opposé au souverain bien. Donc il est vrai ce que je disais , que la plus grande misère c'est le péché ; parce que la plus grande misère c'est le plus grand mal. Donc si le péché et l'enfer pouvaient être des choses séparées , il faudrait conclure nécessairement que le péché serait un mal sans aucune comparaison plus grand que l'enfer ; et partant que les réprouvés seraient misérables , moins à cause qu'ils sont damnés, qu'à cause qu'ils sont pécheurs. Et encore que le sens humain y répugne , il faut que les vérités éternelles l'emportent , et qu'elles captivent nos entendements.

Et ainsi, pour revenir à notre discours, nous devons croire que tant de pécheurs ont excité dans le cœur de notre Sauveur une douleur qui ne peut être comprise. Ah ! si Notre-Seigneur Jésus-Christ a eu une douleur si sensible pour les moindres de tous les maux qui sont ceux qui travaillent ce corps mortel , il n'est pas imaginable combien ardemment il a désiré de donner le remède aux péchés qui abîmaient les âmes qu'il était venu racheter, dans la dernière extrémité de misères. C'est pourquoi , s'il a donné des larmes aux maux du corps , il a donné aux maladies de nos âmes jusqu'à la dernière goutte de son divin sang. S'il a guéri les infirmités corporelles par la vertu de sa seule parole avec une incroyable facilité , il a voulu purger nos iniquités avec des douleurs in-

> Serm. CCXiv, n" 3, t. Y, col. 944.

compréhensibles; comme dit le prophète Isaïe", que Dieu l'a frappé pour les péchés de son peuple , qu'il a porté nos péchés sur son dos , et que nous avons été guéris par ses plaies. C'est par ce sang et par ces souffrances qu'il a ouvert à la maison de David cette belle et admirable fontaine dont parle le prophète Zacharie en son treizième chapitre. « En ces jours-là, dit-il , jaillira une fon- « taine à la maison de David et aux habitants de 0 Jérusalem , pour la purification des pécheurs '. » C'est à vous, c'est à vous, chrétiens, qu'est ouverte cette fontaine. Vous êtes les vrais habitants de Jérusalem , parce que vous êtes les enfants de \ l'Église , et les héritiers des promesses qui ont été ] faites à la synagogue. Vous êtes la maison de Da- \ vid , parce que vous êtes incorporés à Jésus le fils de David , et que sa chair et son sang ont passé à vous. Accourez donc à cette miraculeuse fontaine ; venez y laver \^s iniquités. On court avec tant d'empressement à ces bains que l'on s'imagine être salutaires au corps, et on néglige ces divines eaux où se fait la purgation de nos âmes. 0 stupidité ! ô aveuglement 1 Si vous avez bien compris , chrétiens , quel mal c'est que d'offenser Dieu , combien il est terrible et inconcevable ; que ne courez-vous au remède que le miséricordieux Jésus vous présente dans la pénitence? Ah ! fidèles , c'est par ce canal que coulent ces eaux saintes et purifiantes.

0 Dieu! que je m'estimerais bienheureux si j'avais pu servir à vous faire entendre que les plus cruelles maladies sont moins que rien, si nous les comparons au venin , à la peste qu'un seul péché mortel porte dans nos âmes ! Prions donc le miséricordieux médecin qui a tant pitié de nos maux, qu'il fasse ce qu'il voudra de nos corps pourvu qu'il sauve les âmes. Quand nous sommes dans les douleurs violentes , répandons notre cœur devant lui, et disons avec une foi vive : Charitable et miséricordieux médecin, descendu du ciel pour me traiter de mes maladies qui sont innombrables 5 ou je suis bien malade en mon corps , si mes douleurs sont aussi grandes que je les ressens; ou je suis bien malade en mon âme, puisque je m'afflige si fort pour de petits maux : ou plutôt je suis bien malade en l'un et en l'autre, parce que et les douleurs que je sens sont très-aiguës , et que mon esprit s'abat trop pour des maux qui, tout cruels qu'ils sont, sont aucunement supportables. J'avoue devant vous, ô mon Dieu , que la raison devrait tenir le dessus plus qu'elle ne fait : mais que ferai-je? Ma chair est infirme; et vous savez, Seigneui', combien elle pèse à l'esprit. Pourquoi est-ce, ô bon méde-

• Is. LUI ,4,5,8.

' Zach. xiii, 1.

SUR JÉSUS-CHRIST

cin, que vous ne me rendez pas la santé? Vos grands miracles me font bien connaître que la puissance de me soulager ne vous manque pas. Que vous ne soyez point touché de ce (|ue j'endure, vous qui avez toujours eu une si grande compassion pour les misérables , vous que nos seules misères ont attiré en ce monde , afin de remédier à nos maux; ah! certainement je ne le puis croire, et sans doute cela n'est pas. II faut donc dire nécessairement qu'il n'est pas expédient que je guérisse, et qu'il est expédient que je souffre; ainsi soit-il , puisqu'ainsi vous plaît. Cette médecine est amère ; mais elle me doit être très-douce d'une main si chère et si bienfaisante. Oui , je le reconnais , mon Sauveur , il n'est pas encore temps de guérir mon corps. Il viendra, il viendra, ce temps bienheureux où vous établirez dans une incorruptible santé cette chair que vous avez aimée , puisque vous en avez pris une de môme nature. Alors ma chair se portera bien ; parce qu'elle sera faite semblable à la vôtre, à laquelle j'ai participé dans vos saints mystères. Souffrons en attendant, si vous le voulez. Mais du moins, ô ma douce espérance , ô mon aimable consolateur, guérissez les maladies de mon âme. Modérez les empressements de mon avarice, et l'ardeur de mes folles amours , et la dangereuse précipitation de mes jugements téméraires , et l'indiscrète chaleur de mon ambition mal réglée. Je n'ignore pas que mes maladies sont de justes punitions de mes crimes : vous , ô mon unique libérateur, qui pour moi tournez en bien toutes choses , faites que les peines de mes péchés soient le sceau de votre miséricorde , l'exercice de ma patience , et l'épreuve de ma vertu.

En est-ce assez, fidèles, sur cette matière? Avez-vous pas connu Jésus-Christ comme médecin des infirmes? Voulez- vous que .nous parlions en un mot de Jésus compagnon et évangéliste des pauvres , afin de considérer un peu plus longtemps Jésus scandale des infidèles? Renouvelez, s'il vous plaît , vos attentions.

DEUXIÈME POINT

Ce sera le prophète Isaïe qui nous ayant fait voir Jésus-Christ donnant la guérison à nos maladies , nous dira aussi qu'il est envoyé pour être l'évangéliste des pauvres : où par le mot de pauvres, vous devez entendre généi"alement tous les affligés que Jésus devait évangéliser, c'est-à-dire , leur porter de bonnes nouvelles. Cela étant ainsi supposé , écoutez maintenant Isaïe en son chapitre soixante et unième , où il parle ainsi du Messie : «L'Esprit de Dieu, dit-il, est sur moi, à « cause qu'il m'a oint ' . » Arrêtons-nous à ces mots^

' Is. LXl

COMME OBJET DE SCANDALE

chrétiens , et pénétrons-en le sens. Je dis , avant tontes choses, que le prophète parle en la personne d'un autre, selon le style ordinaire de l'expression prophétique. Car nous ne lisons rien dans les Écritures de l'onction du prophète Isaïe. Mais qui serait celui qui , étant un peu instruit du christianisme , ne verrait pas que par ces paroles il a manifestement désigné le Sauveur du monde? L'Esprit de Dieu est sur moi , dit-il ; et lui-même n'a-t-il pas dit qu'il sortirait une fleur de la racine de Jessé, et que sur elle reposerait l'Esprit du Seigneur ' ? Vous savez que Jessé , c'est le père du roi David. Quelle est cette fleur de la racine de Jessé , sinon le Sauveur Jésus , qui est appelé par excellence le fils de David? Et n'est-ce pas sur lui que l'on a vu descendre le Saint-Esprit en la forme d'une colombe , quand il se fit baptiser par son précurseur? « C'est pour cela que le Sei- « gneur m'a oint , poursuit Isaïe. » N'est-ce pas encore le Fils de Dieu que Dieu a oint de cette onction admirable , de laquelle même il tire son nom? Il est appelé indifféremment, dans les saintes lettres , le Messie , le Christ de Dieu , l'Oint de Dieu ; et c'est dire la même chose en divers langages. Car, comme dans la loi ancienne c'était par l'onction que les rois et les sacrificateurs étaient établis ; le réparateur de notre nature devant être ensemble , et roi du vrai peuple , et l'unique sacrificateur du vrai Dieu , il est appelé oint de Dieu avec un titre de prérogative extraordinaire : d'autant que par la dignité de son onction il devait assembler en un la royauté et le sacerdoce , qui étaient séparés dans le premier peuple. Et n'entendez pas ici , chrétiens , quelque espèce d'onction corporelle : l'onction de notre pontife , c'est la divinité du Dieu- Verbe. Car de même que la propriété des huiles et des onctions , c'est de s'étendre premièrement sur les choses auxquelles elles sont appliquées , et puis de les pénétrer autant qu'elles peuvent , de s'incorporer à elles en quelque façon , et d'y être si intimement attachées , qu'il ne s'en fasse qu'une même substance : ainsi la divinité du Verbe s'miissant à l'humanité de Jésus, elle s'est premièrement répandue sur elle en son tout et en ses parties ; elle l'a pénétrée si profondément , qu'elle s'y est effectivement incamée : de sorte que de l'une et de l'autre il ne s'est fait plus qu'un seul tout ensuite de cette union ineffable. C'est pourquoi le Sauveur Jésus est appelé par excellence , oint et Christ , à cause de cette divine et miraculeuse onction.

Mais revenons au prophète Isaïe. « L'esprit de « Dieu eât sur moi , à cause que le Seigneur m'a « oint. Il m'a env(^é évaDgéliser les pauvres ,

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