SUR LA NÉCESSITÉ DE LA PÉNITENCE
core vu vos prémices. Il faut couper : Ut quid enim terram occupât? « Pourquoi occupe-t-il « la terre inutilement? » il occupe le soin de mes ministres , qui travailleraient plus utilement sur des âmes mieux disposées. Il fait ombre à ma vigne , et empêche que mes nouveaux plants ne prennent le soleil , ou que leur fruit ne mûrisse. « Donnez encore un an. » Voyez un terme prélix et un terme assez court ; car l'Église qui intercède sait qu'il ne faut pas abuser de la patience d'un Dieu. Trois ans , une longue attente ; un an , une longue surséance : « Et s'il rapporte du fruit , « a la bonne heure ; sinon vous le couperez. « Elle consent. Appliquez à l'âme : vous avez eu la pluie , vous avez eu le soleil , vous avez eu la culture; vous n'avez ni profité ni porté de fruits : vous n'avez plus rien à attendre que la cognée et le feu. Portez des fruits : Fructum bo7ium : au goût de Dieu : Dignosfructus : dignes du changement que vous méditez , dignes des mauvaises œuvres que vous avez faites. Changement total au dedans et au dehors. Proportion avec les mauvaises œuvres. Maximes des Pères; tous sans exception : Qui s'est abandonné aux choses défendues, doit s'abstenir des permises. Autant qu'il s'est abandonné , autant doit-il s'abstenir : Dignos . Mes frères , je ne veux rien exagérer ; Dieu m'est témoin, je désire sincèrement votre salut, et je ne veux ni élargir ni étrécir les voies de Dieu. Voilà les maximes qui ont enfanté les vrais pénitents. Les autres [conduisent] à la perdition éternelle. Faites-vous des fruits dignes de pénitence? Ces gorges et ces épaules découvertes étalent à l'impudicité la proie à laquelle elle aspire. Est-ce pour réparer le temps que vous le consumez au jeu ? Lier les parties , les exécuter, les reprendre ; l'inquiétude de la perte , l'amorce du gain, l'ardeur, etc. Et quand vous étalez cette parure et tous ces ornements de la vanité , faites-vous des fruits dignes? etc. Vous n'humiliez pas la victime ; non , vous parez l'idole. Faites des fruits dignes : mais pressez-vous , car le règne de Dieu approche , comme saint Jean vous presse et ne vous laisse aucun repos : pas un mot qui ne vous presse ; Appropinquat. Tant mieux. C'est un règne de douceur. Jésus , etc. La justice après. A la suite des grâces, un grand attirail de supplices : Jam securis ad radicem. Je n'ai dit que ce qui est.
Pour comprendre solidement combien est grande la colère de Dieu contre les pécheurs qui ne l'apaisent pas par la pénitence , il faut supposer deux principes dont la vérité est indubitable. Le premier principe que je suppose , c'est que plus celui qui gouverne est juste , plus les iniquités sont punies. Le second , c'est que la
peine pour être juste doit être proportionnée à l'injustice qui est dans le crime. Ces principes étant connus par la seule lumière de la raison , il faut tirer cette conséquence que n'y ayant rien [de] plus juste que Dieu, rien de plus injuste que le péché ; ces deux choses concourant ensemble , doivent attirer sur tous les pécheurs le plus horrible de tous les supplices. Que Dieu soit infiniment juste , ou plutôt qu'il soit la justice môme , c'est ce qui paraît manifestement , parce qu'il est la loi immuable par laquelle toutes choses ont été réglées : ce qu'il vous sera aisé de comprendre , si vous remarquez que la justice consiste dans l'ordre ; toutes les choses sont équitables sitôt qu'elles sont ordonnées. Or ce qui met l'ordre dans les choses , c'est la volonté du souverain être. Car de même que ce qui fait l'ordre d'une armée , c'est que les commandements du chef sont suivis ; et ce qui fait l'ordre d'un concert et d'une musique, c'est que tout le monde s'accorde avec celui qui bat la mesure : ainsi l'ordre de cet univers , c'est que la volonté de Dieu soit exécutée. C'est pourtpioi le monde est conduit avec un ordre si admirable ; parce que et les astres , et les éléments , et toutes les autres parties qui composent cet univers , conspirent ensemble d'un commun accord à suivre la volonté de Dieu, suivantce que dit le roi-prophète : «Votre parole ,ô Seigneur, « demeure immuablement dans le ciel; vous avez « fondé la terre, et elle est toujours également « stable. C'est par votre ordre que les jours du- « rent , parce que toutes choses vous servent '. »> Si la justice de Dieu est infinie , il est aussi infiniment juste que tous ses ordres soient accomplis , [et que les hommes] n'outrepassent jamais son commandement. Rien ne résiste à la volonté de Dieu , que la volonté des pécheurs. La justice et l'injustice opposées. La justice infinie. Il n'y a qu'une injustice infinie qui soit capable de s'opposer à la justice infinie de Dieu , d'autant plus que celui qui [refuse de lui obéir, se porte de tout le poids de sa volonté à anéantir sa justice ]. La volonté de Dieu la choque nécessairement en tout ce qu'elle est dans toute son étendue , suivant ce que dit l'apôtre saint Jacques* : et la raison eu est évidente ; parce que par une seule contravention l'autorité de la loi est anéantie. L'injustice infinie , le supplice est infini dans son étendue. Après avoir compris quelle doit être la grandeur de la peine par l'injustice du crime , vous l'entendrez beaucoup mieux encore par la justice de Dieu : car, puisqu'elle est infinie, il faut qu elle règne et qu'elle prévale. Péché , désordre , rébellion. Ou nous nous rangeons, ou Dieu nous
' Pi. CXVIII , 80 , 90, 91.
2 Jac. 11 , 10.