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trine. C'est la seconde source des contradictions qu'il a eu à essuyer sur la terre. II n'a eu à y trouver que des pécheurs ; et il semblait que des pécheurs ne devaient non plus s'opposer à un Sauveur, que des malades à un médecin. Mais c'est qu'ils étaient pécheurs , et cependant qu'ils n'étaient pas humbles. Toutefois qu'y avait-il de plus convenable à un pécheur que l'humilité , et l'humble aveu de ses fautes? c'est ce que Jésus- Christ n'a pu trouver parmi les hommes. ï 1 a trouvé des pharisiens pleins de rapines, d'impuretés et de corruption : il a trouvé des docteurs de la loi , qui , sous prétexte d'observer les plus petits commandements avec une exactitude surprenante , violaient les plus grands. Et ce qui les a soulevés contre le Fils de Dieu , c'est ce qu'il a dit luimême en un mot : « Je suis venu au monde , comme « la lumière ; et les hommes ont mieux aimé les « ténèbres que la lumière , parce que leurs œuvres « étaient mauvaises'. »
C'est pourquoi Jésus a été , plus que Moïse , plus que Jérémie , plus que tous les autres prophètes , un objet de contradiction , de murmure et de scandale à tout le peuple. « C'est un pro- «. phète, ce n'en est pas un : c'est le Christ; le « Christ peut-il venir de Nazareth? peut-il venir '< quelque chose de bon de Galilée^? Quand le « Christ viendra, on ne saura d'où il vient ^; « mais nous savons d'où vient celui-ci^. C'est un « blasphémateur et un impie qui se fait égal à '< Dieu ^ , qui enseigne à violer le jour du sabbat *". « C'est un samaritain et un schismatique"; c'est << un rebelle et un séditieux , qui empêche de payer « le tribut à César ^ ; c'est un homme de plaisir « et de bonne chère, qui aime les grands repas « des publicains et des pécheurs 9; il est possédé '< du malin esprit, et c'est en son nom qu'il dé- « livre les possédés "•. » En un mot , c'est un trompeur, c'est un imposteur; ce qui enfermait le comble de tous les outrages , et ce qui fait aussi qu'on lui préfère un voleur de grand chemin et un assassin. Lequel des prophètes a été en butte à de plus étranges contradictions? Il le fallait ainsi, puisque portant aux hommes, plus près que n'avait fait aucun des prophètes, et avec un éclat plus vif, la vérité qui les condamnait, il fallait qu'il soulev ât contre lui tous les esprits jusqu'aux derniers excès : c'est pourquoi la ré-
• Joa7}. ni, 19.
'/6irf. v»,40, 41.
3 Jbid. 27.
* Ibid. IX, 29.
' Ibid.x,3ô.
« Ibid. l\, 16.
' Jbid. VIII , 48.
» Luc. XXIII, 2.
9 Matlh. XI, 19.
'• Jbid. XII, 24.
SUR LA INATIVITE
bellion n'a jamais été portée plus loin. 11 fait des ; miracles que jamais personne n'avait faits, et il i ne laissait aucune excuse à l'infidélité des hommes. } Mais plus la conviction était manifeste , plus le soulèvement devait être brutal et insensé. Car voyez jusqu'où ils portent leur fureur : il avait ressuscité un mort de quatre jours en présence de tout le peuple : et non-seulement c'est ce qui les détermine à le faire mourir, mais ils veulent faire mourir avec lui celui qu'il avait ressuscité , afin d'ensevelir dans un même oubli, et le miracle, et celui qui en était l'auteur, et celui qui en était le sujet ; parce qu'encore qu'ils sussent bien que Dieu , qui avait fait un si grand miracle , pouvait bien le réitérer quand il voudrait , ils osaient bien espérer qu'il ne le voudrait pas faire , ni renverser si souvent les lois de la nature. Voilà jusqu'où ils poussent leurs complots ; et jamais la vérité n'avait été plus en butte aux contradictions , parce que jamais elle n'avait été plus claire , ni plus convaincante , ni , pour ainsi parler, plus souveraine. C'est donc alors que les pensées , que plusieurs tenaient cachées dans leurs cœurs , furent découvertes. Et quelle fut la noire pensée qui fut alors découverte? que l'homme ne peut souffrir la vérité ; qu'il aime mieux ne pas voir son péché, pour avoir occasion d'y demeurer, que de le voir et le reconnaître , pour être guéri : et en un mot que le plus grand ennemi qu'ait l'homme , c'est l'homme môme. Voilà cette secrète et profonde pensée du genre humain , qui devait être révélée à la présence de Jésus-Christ et à sa lumière. Ut reveleniur ex multis cordibus cogitationes.
Prenez donc garde , mes frères , de ne pas imiter ces furieux. Tu t'enfonces dans le crime , malheureux pécheur ; et à mesure que tu t'y enfonces, les lumières de ta conscience s'éteignent 5 et cette parole de Jésus-Christ s'accomplit encore : « Vous « voulez me faire mourir, parce que ma parole ne «prend point en vous '. « Les lumières de ta conscience , et cette secrète persécution qu'elle te fait dans ton cœur, ne t'émeuvent pas ; pour cela tu les veux éteindre : les vérités de l'Évangile te sont un scandale 5 tu commences à les combattre , non point par raison , car tu n'en as point , et « les '< témoignages de Dieu sont trop croyables ^ ; « mais par paresse , par aveuglement , par fureur. 14 n'y a plus devant tes yeux et dans le fond de ton cœur qu'une petite lumière ; et sa faiblesse fait voir qu' elle n'est plus en toi que pour un peu de temps : Adhuc modicum lumen in vobis est ^ : « La lumière est encore en vous pour un peu de
' Joan, Yiii,37.
* Ps. XCII, 7.
» Joan XII, 35.
« temps. » Au reste, mon cher frère, c'est Jésus- Christ qui te luit encore , qui te parle encore par ce faible sentiment : marche donc à la faveur de cette lumière , de peur que les ténèbres ne t'enveloppent : et celui qui marche dans les ténèbres ne sait où il va ' ; il choppe à chaque pas , à chaque pas il se heurte contre la pierre , et tous les chemins sont pour lui des précipices.
Mais ce qu'il y a ici de plus étrange , c'est que le dernier sujet du scandale qui a soulevé le mond(^ contre Jésus-Christ, c'est sa bonté. Si dans le temps de sa passion et dans tout le cours de sa vie , on a poussé les outrages jusqu'à la dernière extrémité : c'est à cause qu'il se livrait à l'injustice, comme dit l'apôtre saint Pierre^; qu'il se laissait frapper impunément, comme un agneau innocent se laisse tondre , et se laisse môme mener à l'autel pour y être égorgé comme une victime : c'est que s'il fait des miracles , c'est pour faire du bien à ses ennemis , et non pas pour empêcher le mal qu'ils lui voulaient faire. C'est de là qu'est venu le grand scandale quele monde a vu arriver dans Israël , à l'occasion de Jésus-Christ. Mais voici , dans le vrai Israël et dans l'Église de Dieu , le grand scandale. Parce que , dans l'institution de ses sacrements , Jésus-Christ n'a point voulu donner de bornes à ses bontés , les chrétiens n'en donnent point à leurs crimes. On a reproché au Sauveur l'efficace toute-puissante de son baptême, où tous les crimes étaient également expiés ; et Julien l'Apostat a bien osé dire que c'était inviter le monde à faire mal ^ : mais la clémence du Sauveur ne s'en tient pas là. Novatien et ses sectateurs en ont eu honte : ils ont tâché de renfermer la miséricorde du Sauveur dans le baptême , ôtant tout remède à ceux qui n'avaient pas profité de celui-là. L'Église les a condamnés : et la miséricorde qu'elle prêche est si grande, qu'elle ouvre encore une entrée pour le salut à ceux qui ont violé la sainteté du baptême, et souillé le temple de Dieu en eux-mêmes. Restreignons-nous donc du moins , et ne donnons qu'une seule fois la pénitence , comme on faisait dans les premiers temps. Non , mes frères , la miséricorde de Jésus- Christ va encore plus loin ; il n'a point mis de bornes à la rémission des péchés. Il a dit , sans restriction : « Tout ce que vous remettrez , tout « ce que vous délierez ■*. « Il a dit à tous ses ministres , en la personne de saint Pierre : « Vous par- '( donnerez non-seulement sept fois , mais jusqu'à
' Joan.x\\\ 35.
» J. Petr. II , 23.
3 Apud S. Cyril. Alex. lib. Vii, contr. Jul. t. \'I , p. 245
* Matth. xvi , 29, et xviii , 18.
DE NOTRE-SEIGINEUR
« sept fois septante fois'. » C'est que le prix de son sang est infini : c'est que l'efficace de sa mort n'a point de bornes : et c'est là aussi le grand scandale qui paraît tous les jours dans Israël : on dit , je pécherai encore , parce que j'espère faire pénitence. Que ce discours est insensé ! sans doute faire pénitence , ce n'est autre chose que se repentir. Quand on croit qu'on se repentira de quelque action , c'est une raison pour ne la pas faire. Si vous faites cela, dit-on tous les jours, vous vous en repentirez. Mais à l'égard de Dieu , le repentir devient l'objet de notre espérance : et on ne craint point de pécher, parce qu'on espère de se repentir un jour. Il fallait donc encore que cette absurde pensée fût révélée à la venue de Jésus-Christ : Ut revelentur cogitationes. Mais , chrétien , tu n'y penses pas quand tu dis que tu feras pénitence et que tu te repentiras , et que tu fais servir ce repentir futur à ta licence : tu renverses la nature , tu introduis un prodige dans le monde. C'est en effet que ton repentir ne sera pas un repentir véritable , mais une erreur dont tu te flatteras dans ton crime.
Tremblez donc , tremblez , mes frères , et craignez qu'en abusant de l'esprit de la pénitence pour vous autoriser dans vos péchés, vous ne commettiez à la fin ce péché contre le Saint-Esprit , qui ne se remet ni en ce monde ni en l'autre. Car enfin s'il est véritable qu'il n'y a point de péché que le sang de Jésus-Christ ne puisse effacer, et que sa miséricorde ne puisse remettre ; il n'est pas moins véritable qu'il y en aura un qui ne sera jamais remis : et comme vous ne savez pas si ce ne sera point le premier que vous commettrez , et qu'il y a au contraire grand sujet de craindre que Dieu se lassera de vous pardonner, puisque toujours vous abusez de son pardon , craignez tout ce que fera une bonté rebutée , qui changera en supplices toutes les grâces qu'elle vous a faites. Venez contempler tous les mystères du Sauveur : regardez l'endroit par où ils vous peuvent tourner en ruine , et celui par où ils vous peuvent être en consolation et en joie : et au lieu de regarder sa bonté comme un titre pour l'offenser plus facilement, regardez-la comme un motif le plus pressant pour enflammer votre amour; afin que passant vos jours dans les consolations qui accompagnent la rémission des péchés , vous arriviez au bienheureux séjour, d'où le péché et les larmes seront éternellement bannies : c'est la grâce que je vous souhaite avec la bénédiction du Père , du Fils et du Saint-Esprit : ainsi soit-il.
' Matth. XTIU , 22.
EXORDE