‹ uvres de Bossuet (volume 2)Chapitre 44 sur 164 · PENSÉES DÉTACHÉES SUR LE MÊME SUJET · texte numérisé non relu

PENSÉES DÉTACHÉES SUR LE MÊME SUJET

Les prophètes étaient vaincus par notre malice; les docteurs ne profitaient pas ; la loi était faible et parlait vainement; les anges mêmes et les archanges travaillaient inutilement au salut des hommes , dont la volonté ne suivait pas le bien où elle était excitée. Le Créateur est venu lui-même, non avec éclat ni avec un appareil superbe , de peur d'alarmer son serviteur fugitif et égaré de ses lois (cpuyaSa tojv voaojv). 11 ne veut pas effrayer sa proie , la proie qu'il voulait prendre pour son salut. S'il était venu noblement , le monde eût attribué son changement à sa dignité , à sa puissance , à ses ridiesses , à son éloquence , à sa doctrine. Tout est humble, tout est pauvre, tout est obscur, méprisable ; afin qu'il paraisse que la seule Divinité avait transformé le monde : une mère pauvre, une patrie encore plus pauvre ; dans une crèche , pour se montrer la pâture même des animaux irraisonnables : car les Juifs étaient plus brutaux que les brutes mêmes. Étant riche , s'est fait pauvre. Condescendance.

Une vertu céleste prit la forme d'une étoile , pour conduire les Chaldéens par une nature qui leur fût connue et familière. Le même qui a attiré les Maf^es fait la solennité présente, non couché dans la crèche , mais posé sur cette table sacrée. La crèche a enfanté cette table : il a été posé en celle-là, afin qu'il pût être mangé en celle-ci. Cette crèche a représenté cette table magnifique. Cette Vierge a produit ce nombre innombrable de vierges. La pauvreté de Bethléem a bâti ces temples magnifiques. Ces pau%Tes langes ont produit la rémission des péchés. Voyez ce qu'a produit la pauvreté ; combien elle a engendré de richesses. Pouniuoi avez-vous honte de sa pauvreté , qui a produit tant de biens inestimables? Pourquoi lui ôtcz-vous ses plaies , qui ont fait la guérison des nôtres ?

Nos membres ( membra virginis ) , qu'il a pris, n'ont rien de honteux, puisque Dieu lésa formés ; mais c'est nous qui avons fait outrage à notre nature , en la livrant à nos convoitises. Il n'a pas méprisé notre nature, quoique nous l'ayons outragée nous-mêmes.

Dieu accoutumé de paraître aux hommes sous

' Bossuet cite en tète de ces pensées l'iiomélie de Théodote d'Aucyre, sur la naissance du Sauveur, qui fut lue dans le concile dÉphèse : il renvoie pi us bas à deu x autres homélies du même auteur; et par la comparaison que nous avons faite, nous nous sommes convaincus que le fond de ces pensées est tiré des trois iiomélies de Théodote. On les trouve au tome m des Conciles du pèrcLabbe, col. 988 et suiv. iÉdit. de Déforin.

des formes sensibles. Le feu qui ne brûle point. Le juge parmi les criminels , qui ne condamne personne : juge parmi les condamnés , qui n'envoie personne au supplice : juge qui ne juge pas , mais qui enseigne ; qui ne condamne pas, mais qui guérit. La clémence de ce feu mystique qui pardonne aubuisson, figure de la clémence de Jésus-Christ. Il éclaire , et ne consume pas ; il brille , et ne brûle pas ; il fait du bien , bien loin de blesser et de imire. Dieu ne trouve rien de honteux de ce qui peut donner le salut aux hommes.

La pensée devient intelligible par la parole , palpable par l'écriture : ainsi le Verbe. Votre pensée (Xoyoç) est votre enfant en quelque sorte ; vous l'enfantez une seconde fois , quand vous la rendez sensible : ainsi le Père. La parole que je prononce en moi se répand sur tous ; propre à un chacun comme à tous.

Dieu habite dans l'homme plus noble que tout le reste , que le soleil , etc. parce qu'il est libre , maître de soi-même.

Comme celui qui déchire le papier où est écrite la loi du prince , viole sa parole, qui, inviolable par elle-même , est violée et comme déchirée dans le corps dont elle s'est revêtu : ainsi le Verbe de Dieu.

Il est venu à son serviteur, non avec la majesté ; d'un maître ; car il aurait étonné son fugitif; l'attirant par son humilité à la familiarité, à la li- I berté , en se faisant conserviteur, afin que nous devinssions maîtres.

Le Verbe s'est approprié un corps, se. l'est rendu propre , et en ce corps toutes les passions de ce corps : il se les est donc appropriées. Il ne faut point dire que Dieu habite en Christ , comme dans une autre personne ; ni que Christ est adoré, parce qu'il est uni au Verbe ; ni qu'il est adoré avec lui , parce que c'est la même adoration. Il ne faut point séparer par la pensée ni par l'intelligence le Verbe et le Christ, en les unissant seulement de parole, comme faisait Nestorius. Mais toutes les fois que nous nommons le Verbe , nous devons entendre que l'homme est aussi compris sous ce nom : ainsi quand nous nommons Jésus , nous y comprenons le Verbe. C'est ce qui est expliqué paasim, mais très-bien dans l'homélie de Theodotus.

Parvulusnatusest, datus est, Admirabilis' : « Un petit enfant nous est né , un fils nous est donné, il s'appelle l'Admirable : « qui détruit le royaume où il est né , qui s'en fait un nouveau , de ses ennemis et de ceux qui ne le connaissaient pas, par la croix , subjuguant par amour : Deducet et mirabiliterdextera tua ^ : « Votre droite vous fera « faire des progrès miraculeux et étonnants. » Con-

' Jt. IX, C. — ' Ps. XUV,6.

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