XXX
3 Id. 10.
DUE A LA PAROLE DE JÉSUS-CHRIST
« blés. ' Que si quelque docteur véritable, de ceux dont parle l'apôtre saint Paul, « qui traitent droi- '. tement et fidèlement la parole de vérité ' , « au lieu de cette voie large et spacieuse qui nous mène à perdition , leur montre le chemin du salut dans une vie mortifiée et pénitente : « Otez-nous , di- « sent-ils, cette voie; » Auferteameviam, declinate a me semitam * : ôtez-nous cette voie , elle est trop incommode; « tirez-nous de ce sentier, » il est trop étroit : s'il les presse par l'Évangile , et qu'il leur dise : C'est Jésus qui parle : ah ! nous ne voulons point entendre sa voix , elle nous fâche et nous importune : Cesset afacie nostra Sanctus Israël ^ : qu'il n'y ait aucune partie de nous-mêmes qui fléchisse.
Ainsi , mes frères , l'arrogance humaine emportée par ses passions ne veut point écouter le sauveur Jésus , s'il ne parle à sa fantaisie. Et jugeons-en par nous-mêmes , mettons la main sur nos consciences. Qui de nous , s'il en était cru , n'entreprendrait pas de changer et de réformer l'Évangile en faveur de ses convoitises? Il y a des vices que nous haïssons par une aversion naturelle ; et il n'y a point d'homme si corrompu , qu'il n'y ait quelque péché qui lui déplaise. Ah ! que nous aimons l'Évangile , lorsqu'il condamne ces vices que nous détestons ! Celui-là sera d'un naturel doux,ennemidu trouble et de l'injustice: tonnez tant qu'il vous plaira, ô divin Sauveur, contre les rapines et les violences , il applaudira à votre doctrine : mais si vous lui ôtez ces plaisirs si chers, que votre parole lui paraîtra rude 1 il ne pourra plus l'écouter. Un autre , naturellement libéral , entendra toujours avec joie ce qui se dira contre l'avarice : mais qu'on ne lui défende pas la médisance , qu'on lui permette de venger cette injure, qu'on lui laisse envelopper ses ennemis ou ses concurrents dans une intrigue malicieuse. O folie! ô témérité! mon Sauveur, que vous êtes rude ! on ne peut s'accommoder avec vous. « Sau- < vez-nous , sauvez-nous , Seigneur, disait autre- « fois le prophète , parce qu'il n'y a plus de saint «■ sur la terre , et que les vérités sont diminuées « par la malice des hommes : » Diminutœ sunt veritates ^. Elles ne sont pas tout à fait éteintes, il y en a qui plaisent à quelques-uns ; mais , par une audace effroyable , chacun les diminue à sa mode , chacun retranche ce qui lui déplaît. Les hommes se sont mêlés de mettre une distinction entre les vices : il y en a qu'on laisse dans l'exécration , comme la cruauté et la perfidie : il y en a qu'on veut rendre honnêtes 5 par exemple , ces
' II. r/m. 11,5.