‹ uvres de Bossuet (volume 2)Chapitre 85 sur 164 · I, II, II · texte numérisé non relu

I, II, II

♦ Âmos. V , 23.

* II. Req. VII , 27.

SUR LE CULTE DU A DIEU

attentif; nous ne le pouvons tenir devant Dieu, et outie qu'il ne nous échappe que trop par son propre égarement, nous le promenons encore volontairement deçà et delà. Nous parlons, nous écoutons ; et comme si c'était peu d'être détournés par les autres , nous-mêmes nous étourdissons notre esprit par le tumulte intérieur de nos vaines imaginations. Chrétiens, où êtes- vous ? venez- vous adorer, ou vous moquer? parlez -vous en cette sorte au moindre mortel ? Je ne m'étonne pas si vous n'avez que des pensées vaines : vous ne vous entretenez que de vanités , vous flattant par des complaisances mutuelles, etc. Si vous vous remplissiez des saintes vérités de Dieu , ce cercle de votre imagination agitée les ramènerait : heureuses distractions d'un mystère à un autre , d'une vérité à une autre I Ah ! rappelez votre cœur, faites revenir ce fugitif; et s'il vous échappe malgré vous , déplorez devant Dieu ses égarements ; dites lui avec le Psalmiste : « 0 Seigneur ! mon cœur '< m'a abandonné : » Cor meum dereliquit me\ Tâchez toujours de le rappeler, cherchez cet égaré, dit saint Augustin ^ ; et quand vous l'aurez trouvé avec David , offrez-le tout entier à Dieu , et adorez en esprit celui qui est esprit et vie : Spiritus est Deus : et eos qui adorant eum in spiritu et veritate oportet adorare '.

Mais pour arrêter notre esprit et contenir nos pensées, il faut nécessairement échauffer ce cœur. C'est le naturel de l'esprit de rouler toujours en lui-môme par un mouvement éternel, tellement qu'il serait toujours dissipé par sa propre agitation, si Dieu n'avait mis dans la volonté une certaine vertu qui le flxe et qui l'arrête. Mais, mes frères, une volonté languissante n'au ra jamais cette force , jamais ne produira un si bel effet ; il faut qu'elle ait de la ferveur, autrement l'esprit lui échappe, et elle s'échappe à elle-même : «L'atten- « tion de l'esprit se fait à elle-même une solitude: » Gignit sibi mentis intentio solitudinem'*. Dieu aussi s'éloigne de nous quand nous ne lui apportons que des désirs faibles. Car, mes frères , il nous faut entendre cette bel le doctrine de l'apôtre, que cet esprit tout-puissant que nous adorons est le même qui excite en nous les fervents désirs par lesquels nous sommes pressés de l'adorer. Il n'est pas seulement l'objet, mais le principe de notre culte; je veux dire qu'il nous attire au dehors, et que lui-même nous pousse au dedans. Écoutez comme parle l'apôtre saint Paul : « Dieu a en- « voyé en nos cœurs l'esprit de son Fils , qui crie « en nous : 0 Dieu ! vous êtes notre Père ^ ; » et

' Ps. XXXIX , 17.

' In Ps. Lxxxv , n" 7 , t. IV , col. 905.

' Joan. IV, 24.

* S. i4ug. de quœst. ad Simpl. Jib. u , t. vi , col. 1 IS.

5 Gai. IV, 6.

ailleurs : « L'esprit aide notre infirmité ; » et encore : « L'esprit prie en nous avec des gémisse- « ments inexplicables ' . » Cela veut dire , mes frères , que cet Esprit qui procède du Père et du Fils, et que nous adorons en unité avec le Père et le Fils , est le saint et divin auteur de nos adorations et de nos prières. Mais considérez avec attention qu'il ne nous pousse pas mollement; il veut crier et gémir, nous dit le saint apôtre, avec des gémissements inexplicables. Il faut donc que nous répondions par notre ferveur à cette sainte violence; autrement nous ne prions pas, nous n'adorons pas en esprit. Le Saint-Esprit veut crier en nous ; ainsi noys l'affaiblissons, si nous ne lui prêtons qu'une faible voix. Cet esprit veut gémir en nous ; nous dégénérons de sa force , si nous ne lui offrons qu'un cœur languissant. Enfin le Saint- Esprit veut nous échauffer ; et nous laissons éteindre l'esprit, contre le précepte de l'apôtre % si nous ne répondons à son ardeur, en approchantde Dieu de notre part avec cet esprit fervent qui fait la perfection de notre culte : Spiritu ferventes, dit le même apôtre saint Paul ^.

Mais , nous dit-on , je veux être dévot , je ne puis : Vult et non vult piger, anima autem operantium impinguabitur^ : « Le paresseux veut « et ne veut point ; mais l'âme de ceux qui sont « laborieux s'engraissera. » [Ses désirs sont] des désirs qui tuent, qui consument toute la force de la foi, qui s'évapore toute en ces vains soupirs. Desideria occidunt pigrum : noluerunt enim quidquam manus ejus operari: tota die concupiscit et desiderat : qui autem justus est tribuet et non cessabit ^. « Les désirs tuent le paresseux , « car ses mains ne veulent rien faire; il passe « toute la journée à faire des souhaits; mais « celui qui est juste donne, et ne cesse point « d'agir. « Par où commencer ! vous dites : Dégoûtez-vous du monde , et vous apprendrez à goûter Dieu ; et moi je vous dis : Faites-moi goûter Dieu, et je me dégoûterai du monde : par où commencer? Ainsi votre salut sera impossible. Je vous donnerai une ouverture , je vous ouvrirai une porte. Votre foi est endormie , mais non pas éteinte; excitez ce peu qui vous en reste. Commencez à supporter les premiers dégoûts, à dévorer les premiers ennuis ; vous verrez une étincelle céleste s'allumer au milieu de votre raison. Mais qu'avant que d'avoir tenté , vous disiez tout impossible; qu'au premier ennui qui vous prend , vous quittiez et la lecture et la prière , et que vous désespériez non de vous-même

' Rom. VIII , 26.

' I. Thess. V, 19.

3 Rom. XI! , II.

< Prov. XIII , 4.

^ Ibid. XXI , 25 , 20

SUR LES JUGEMElMS HUMAINS.

seulement , mais de Dieu et de sa grâce ; c'est uue lâcheté insupportable. Que ne vous éveillez vous donc , et que n'entreprenez-vous votre salut? Et ne l'entreprenez pas d'une manière molle et relâchée ; « car celui qui est mou et lâche dans <■ ses entreprises ressemble à celui qui détruit et « qui ravage : » Qui mollis et dissolutus est in opère sîio,f rater est sua opéra dissipantis \ Commencez donc quelque chose dans cette sainte assemblée, maintenant que vous êtes sous les yeux de Dieu , à la table de sa céleste vérité , sous l'autorité de sa divine parole ; commencez , et vous trouverez à la fin la paix de la conscience , et le repos qui ne sera qu'un avant-goût de celui que je vous souhaite dans l'éternité , avec le Père , le Fils, et le Saint-Esprit.

SERMON

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