‹ Œuvres de Bossuet (volume 3)Chapitre 12 sur 31 · CXXII. — QUESTIONS de la mème, avec les réponses de Bossuet · texte numérisé non relu

CXXII. — QUESTIONS de la mème, avec les réponses de Bossuet

Je vous supplie, Monseigneur, de vouloir bien avoir la bonté de me répondre aux choses que je vais prendre la liberté de vous exposer.

PREMIÈRE DEMANDE. Quelles grâces recevroit, par la confession êt l’absolution du prêtre, une personne qui s'approcheroit du tribunal de la pénitence après avoir produit un véritable acte de douleur, qui, par conséquent lui auroit obtenu le pardon de ses péchés, surtout lorsqu'elle n’est coupable que de péchés véniels.

RÉPONSE. On recoit avec ces dispositions augmentation de grâces, et force pour les conserver. On satisfait, lorsque on est coupable de péché mortel, à la condition de confesser ses péchés, sous laquelle on est remis en grâce. Il ne faut pas regarder cela comme une chose commune. £

SECONDE DEMANDE. Si l’on peut desirer sans aucune condition toutes les vertus dans les degrés les plus éminents, comme une charité parfaite, une humilité profonde, etc., ayant lu qu'on devoit être contente du degré de vertu que Dieu nous accordoit, et que l’on devoit se réjouir que les autres fussent plus vertueux que nous. >

RÉPONSE. On le peut, sans jalousie pour celles qui recevront de plus grands dons. ” ,

TROISIÈME DEMANDE. Je vous supplie aussi de vouloir m'écrire quelque chose sur ñotre Seigneur Jésus-Christ comme médiateur, et si nous devons croire que toutes les grâces que nous avons reçues et recevrons dans le temps et dans l'éternité, nous sont accordées par ses mérites, même l'être, et la vie que nous possédons; en un mot, toutes les grâces spirituelles et temporelles, et la préservation des péchés où Dieu nous empêche de tomber. ;

RÉPONSE. On reçoit par Jésus-Christ dieu et homme les biens même temporels, en tant qu’ils ont rapport au salut. Le reste

estinutile à demander, et il suffit qu'on recoive par lui le bon usage de l'être et de la vie, sans songer au reste.

QUATRIÈME DEMANDE. Si c'est un mal que de dire les pénitences que Les confesseurs imposent pour pénitence de confession.

RÉPONSE. C'est un mal ordinairement, et sans raison particulière.

CINQUIÈME DEMANDE. Si l’on peut accepter des pénitences extérieures, imposées par le confesseur ou directeur, sans en rien communiquer à la supérieure, quoiqu'’elle prétende et dise qu'on ne le peut sans sa permission, et que la règle porte qu'on ne fera rien sans le lui avoir communiqué : cela est marqué au chapitre qui traite du carême.

RÉPONSE. Le confesseur en peut imposer avec discrétion, dont on ne doit aucun compte; mais il faut prendre garde que ce Soit avec discrétion. :

SIXIÈME DEMANDE. Si l’on peut payer l'intérêt de l'argent qu’on doit à des mineurs, quoiqu'il n'y ait point de contrat de constitution ni de sentence obtenue; mais seulement les tuteurs disant qu’ils paient l'intérêt de l'argent qu'ils ont prêté ou qu'ils prêtent, et le demandant pour cette raison.

RÉPONSE. Cela ne se peut qu’en aliénant le fonds.

SEPTIÈME DEMANDE. Si l’on peut faire changer une pénitence de confession, lorsque l’on n’est plus dans le sacrement, quand c'est le même confesseur qui l’a imposée à qui on le demande.

RÉPONSE. Cela se peut, lorsque le confesseur juge qu’il y a des raisons suffisantes pour faire ce changement,

HUITIÈME DEMANDE. Si une personne qui iroit à un confesseur qui ne seroit point approuvé, sans le savoir, seroit obligée, l’apprenant dans la suite, de recommencer sa confession.

RÉPONSE, Si on l'a fait de bonne foi, il faut demeurer sans serupule et en repos.

NEUVIÈME DEMANDE. Comment uné personne qui ne craint rien tant que de mourir, peut satisfaire à cette obligation, qu’un chrétien a de desirer la vie éternelle, et de souhaiter l’avénement de notre Seigneur Jésus-Christ; ét si ce souhait s’entend du jugement général ou du particulier, ou de tous les deux ensemble.

RÉPONSE. En disant, comme à fait notre Seigneur : Non ma volonté, mais la vôtre.

Toute l’Ecriture est pleine de ces souhaits, aussi bien que FOraison Dominicale.

DIXIÈME DEMANDE, Je vous supplie aussi, Monseigneur, de

vouloir bien m'écrire un acte pour quand on recoit Jésus-Christ comme viatique, et un autre pour unir notre agonie et notre mort à la sienne, afin que je le puisse ajouter à la préparation à la mort que vous avez eu la bonté de donner ici il ya plusieurs années.

RÉPONSE. Je crois que vous êtes la résurrection à la vie. Je munis à vous, votre corps au mien, votre äme à la mienne, ma vie, mes souffrances et ma mort à volre vie, À vos souffrances, à votre agonie et à votre mort.

ONZIÈME DEMANDE. Si l’on peut satisfaire à deux obligation à Ja fois, comme de dire un bréviaire durant la messe un Fa de fête et dimanche, s’acquitterdes pénitencesde confession, etc.

RÉPONSE. Je le crois, pourvu que ce soient des obligations de même ordre, et que l'extérieur se puisse observer.

DOUZIÈME DEMANDE. Comme il m'arrive très ordinairement lorsque j'assiste au chœur, que je crains d’offenser Dieu en n'en sortant pas pour donner ordre à des affaires qui me vien nent successivement dans l’esprit, je vous supplie de me marquer si je puis, malgré toutes ces craintes, ne rien exaininer, et demeurer constamment au chœur; et quand même la force de mon inquiétude me feroit arrêter volontairement à réfléchir sur ee qui me trouble, si je dois plutôt y céder en sortant pour faire ce qui est le sujet de ma peine, ou bien rester au chœur malgré tout cela, et ne rien recommencer de l'office que j'aurai dit avec ces distractions, d’une manière comnfé je vous l'explique, volontaire : et afin que vous jugiez de leur nature, je vous dirai que souvent cela regarde des entrées d'ouvriers et gens de journées, que je ne sais pas dans le temps être nécessaire, et qui, cependant se feront dans le temps que je serai au chœur, à moins que je ne donne des ordres eontraires. Car il faut vous dire que Madame se repose sur moi de la plus grande partie de tout ce qui se trouve à faire à Jouarre, et qué par là je me trouve chargée d’une infinité d’affaires, qui ne sont pas tou-jours peu importantes, et qui occupent si fort mon esprit, qui a une vivacité déraisonnable sur les choses temporelles comme sur les spirituelles, que cela me remplit en tout temps et me jette souvent dans des perplexités très grandes : et voilà le sujet de mes peines durant que j'assiste au chœur ; parce que je crains ou d’avoir mal fait par le passé, on de mal faire même dans ce temps là par des ordres que j’ai donnés, dont l'exécution ne pourroit se retarder qu’en en donnant promptement de contraires. Cependant je ne vois que trop que si j’écoutois une fois cela, il me faudroit sortir très souvent du chœur, ou passer la

plus grande partie de l'office à examiner si les choses qui m'inquiètent le demandent; ce qui me jetteroit, comme vous voyez, dans de grands inconvénients, et me donneroit une conduite peu régulière, surtout dans la place où je suis. Je vous supplie, Monseigneur, de me déterminer dans le partique je dois pren— dre sur l'exposé que je vous fais.

réronse. Ne vous embarrassez point des distractions que vous donnent les affaires : quand vous vous croirez obligée de quitter le chœur, ne recommencez point pour cela ce que vous aurez

it de l'office. On ne vous peut donner d’autre règle, simon

aller au plus pressé, et de quitter le chœur seulement quand la nécessité vous semblera le demander. N'ayez point de scrupule de ce que vous aurez fait bonnement. Prenez sur vous ce que vous pouvez pour donner à Madame le repos, la liberté d'esprit, et en un mot le soulagement dont elle a besoin.

TREIZIÈME DEMANDE. Voilà, Monseigneur, un commencement de mon peu de raison : mais il passe encore à bien d'autres sujets; car, comme je me suis donné l'honneur de vous le dire, je n’eu ai plus dans les choses les plus essentielles de la religion. Et pour en venir au détail, il faut que je vous dise que je doute presque de tout, non point tant d'un doute d’infidélité

. que d’un doute d’ignorance, ne sachant plus ce que je dois croire ni espérer, etc. Ce doute s'étend même-sur mes péchés, ne sachant plus qu'en général que fai offensé Dieu bien des fois en ma vie. Mais d’une confession à l’autre, et même quand je veux en venir à des faits particuliers de ma vie passée, je ne sais plus d'aucun, tant du passé que du présent, si effectivement il y a du péché; ce qui fait que je ne sais ce que c’est que regret d’avoir offensé Dieu.

Je suis tout de même au sujet de la reconnoissance si nécessaire à la piété, Les bienfaits généraux ne metouchentpoint, par un doute qui se rencontre toujours, et qui me fait penser que n'étant pas assurée d’être du nombre des élus , les mystères que notre Seigneur à opérés, son incarnation, sa vie, ses. sueurs , sa mort, en un mot, toutee qu'il a fait pour le salut du genre humain n’est pas opéré pour moi, du moins quant à l’efficacité : et lorsque je veux en venir aux bienfaits particuliers , un doute universel se répand sur tout; de sorte que je n’ose m'assurer d'aucune grâce spirituelle. Si je veux regarder une conduite du moins extérieurement régulière comme un sujet de ma reconnoissance , je pense que n'étant point assurée du mo— tif qui me fait agir, ce n'est peut-être qu’un pur amour-propre qui en est le principe. Si je me regarde exempte de plusieurs

péchés grossiers , je pense que je puis être coupable d’un grand nombre de péchés spirituels, comme l'orgueil, etc. Enfin tous ces doutes tarissent en moi la reconnoissance.

RÉPONSE. Vous n'avez pas besoin de tant raisonner : allez de moment à moment; Dieu vous prêtera de la raison pour chaque chose, pourvu que vous modériez l'empressement. Tous les actes sont compris dans la foi, dans l'espérance et dans l’amour: la reconnoissance des grâces et bienfaits particuliers s’y trouve aussi. Tout cela ne manquera pas de revenir en son temps Pourvu, encore une fois, que vous modériez l'inquiétude.

QUATORZIÈME DEMANDE. Lorsque je m’approche du saint sa= crement de l’autel , une foule de doutes, aussi peu raisonnables que les précédents, me viennent devant et après la communion. D’entreprendre de vous les expliquer, ce seroit chose d’une trop longue discussion. Les deux plus considérables sont que je pense toujours que l’hostie que je reçois n’est peut-être pas consacrée, ce qui m'empêche encore d'entrer dans les sentiments de reconnoissance que je dois avoir; et de plus, que n'étant pas assurée d’avoir reçu le sacrement en état de grâce, je ne le dois pas peut-être regarder comme un bienfait , mais comme la punition de mes péchés précédents ; puisqu'il y a des péchés qui sont la peine des péchés mêmes : et quand même j'espèrerois l'avoir reçu en état de grâce, ne sachant point les dispositions avec lesquelles je l'ai reçu , je me trouve encore dans un autre doute touchant les grâces qui m'auront été communiquées ; ce qui me cause la même insensibilité au sujet de la reconnoissance.

RÉPONSE. Mettez la foi et l’obéissance à la place de la raison : passez outre Sur ma parole, et rendez-moi cette obéissance.

QUINZIÈME DEMANDE. Je vous avoue sincèrement que je ne trouve pas de remède au déraisonnement de mon esprit: mais du moins j'espère que lorsque vous l'aurez bien examiné, vos décisions feront mon repos, et votre raison suppléera à La mienne ; car je crains toujours d'approcher des sacrements dans l’état que je vous marque , et qui ne dure pas seulement lorsque je les reçois, mais qui dure toujours. ;

RÉPONSE, Voire obéissance vous sauvera.

SEIZIÈME DEMANDE. Voilà, Monseigneur, le plus grand sujet de mon inquiétude : car je ne serois pas si surprise de me trouver quelquefois dans des états embrouillés ; mais y être toujours, ne savoir ce que c’est que de goûter Dieu , que de le desirer , que de craindre ce qui est à craindre et d'aimer ce qui doit être uniquement aimé ; voilà ce qui m’accable.

RÉPONSE. Dieu sait se faire goûter dans un intérieur où le sens ne pénètre pas.

DIx-SEPTIÈME DEMANDE. Voilà, Monseigneur, le grand sujet de ma peine , et de l'appréhension d’être tombée dans l’endurcissement du cœur. Il faut que je vous dise que ce qui l’augmente est que je me trouve entièrement insensible à l’offense de Dieu , si grande qu’elle puisse être ; ce que j'expérimente lors que j'apprends des choses que je ne puis douter être d’énormes

péchés. De plus, non seulement j'aime la vie; mais à consulter “mon inclination , mis à part les principes de religion, qui me font encore voir ce qu'il faut que je desire, je serois très aise de ne mourir jamais. Enfin, Monseigneur, pour finir tout, je vous dirai que la seule chose qui me reste, est de voir encore , par un principe de raison éclairée par la foi, ce que je dois craindre, ce que je dois desirer ; mais cela se termine là.

En voilà assez pour vous faire connoître combien je suis à plaindre, et pour vous exciter à vous souvenir devant Dieu de mes misères. Je vous supplie, Monseigneur, de me mettre à chaque article à quoi je m'en dois tenir sur l'exposé que je prends la liberté de vous faire, et de me déterminer absolument la conduite que je dois tenir malgré tout ce que je viens de vous marquer.

RÉPONSE. Jésus-Christ est propitiateur pour les péchés : il faut lui offrir le foible desir de les éviter.

DIX-HUITIÈME DEMANDE. À l'égard de M. de Saint-André, quoique j'aie pour lui une entière confiance, fondée sur le bon témoignage que vous m'en avez rendu et sur son propre mérite, je suis bien aise encore , Monseigneur, de dépendre de lui, et de demeurer sous sa conduite par vos ordres précis. Ainsi, je vous supplie de me donner encore en celale mérite de l’obéissance. Je me suis donné l'honneur de vous dire que j'allois à confesse à lui lorsqu'il venoit à Jouarre ; et même c’est moi qui ie supplie , avec l'agrément de Madame, d’y venir. Plusieurs personnes se servent aussi de lui, tant pour la confession que pour la conduite. Comme vous avez à présent nommé le révérend père Thouront pour extraordinaire, je vous supplie d'accorder eependant que celles qui voudront s'adresser à M. de Saint-André, tant pour la confession que pour la conduite, aient une fois pour toujours là dessus votre approbation , dont nous ne nous servirons point qu’avec celle de madame.

RÉPONSE. Je vous mets avec connoissance sous sa conduite : ce que vous me ferez dire par lai de vos peines, trouvera son soulagement par mon ministère’: je l’enverrai le plus souvent qu’il sera possible.

DIX-NEUVIÈME DEMANDE. Je vous supplie de me marquer aussi si l’on peut sans difficulté communier avant que d'entendre la messe, lorsque l’on en entend une dans la matinée, et si l’on est obligée absolument d'en entendre une le jour que l'on communie ; ce que je vous demande particulièrement, parce que les troubles qui m’arrivent presque toujours lorsque Je dois communier , me mettent hors d'état d'entendre la messe tranquillement; ce qui me fait prendre le parti d’assister à une messe avant ou après, et d'assister comme je peux, à celle où je communie , en m’arrêtant à ces troubles.

RÉPONSE. Il faut communier, autant qu'il se peut, à la messe que l'on a eu dessein d'entendre , et non pas avant sansbesoin. Laissez aller les distractions leur train , sans vous y arrêter, ni vous fatiguer à les repousser.

VINGTIÈME DEMANDE. Si l'on peut prendre des gens à la corvée, ayant trouvé des titres dans les archives, à cequel'onma dit, qui les obligeoient à y venir trois jours chaque année.

Si l’on peut faire entrer les domestiques en dedans le monastère ; pour les y faire travailler les jours de fêtes qui se trouvent dans le temps de la moisson , que l’on ne fête plus à présent, et celles qui se trouvent dans d’autres saisons, que FPon ne fête plus, comme aussi les séeulières à gages et les pensionnaires qui demeurent au dedans.

réponse. Usez de la liberté que lon donne auxautres fidèles.

VING-UNIÈME DEMANDE. Si l’on peut faire de la pâtisserie les jours de fêtes et dimanches, quand cela n’est point cause que l'on perde beaucoup de la grand'messe , et que l'on assiste aussi à vêpres.

Si les jours qu'il est marqué que l’on ne travaillera point qu'après la messe, cela se doit entendre de la grande, tant pour les séculières que pour les religieuses, ou bien si Pon peut travailler aussitôt la messe entendue, quelque matin qu’on la dise.

RÉPONSE. Tout ce qui n’est point nécessaire doit être remis à un autre temps, pour peu qu'il détourne ces jours là du service divin.

Régulièrement c’est de la grand'messe que s'entend la défense de travailler avant la messe, à moins que le travail ne presse beaucoup.

VINGT-DEUXIÈME DEMANDE. Si l'on peut dire en carème les psaumes graduels et pénitentiaux , le mardi et jeudi avant complies, cet office étant pour le lendemain , ou si on peut du

moins les dire après complies.

RÉPONSE, Cela est indifférent, et doit être réglé par les affaires qu’on à ou qu’on prévoit.

VINGT-TROISIÈME DEMANDE. Si l’on peut dire aussi l'office des Morts avant ou après vêpres, quand c’est pour le lendemain , comme le dimanche en carême pour le landi; et même avant quatre heures du soir , quand il se trouve quelque raison de commodité pour cela, quoique on puisse le dire en uñ autre temps.

RÉPONSE. Suivez à Cet égard la même règle que je viens de vous donher sur l’autre article.

VINGT-QUATRIÈME DEMANDE. Si l’on peut dire aussi au chœur none avant neuf heures du matin, et vêpres en carême avant dix heures, pour des raisons de commodité plutôt que de nécessité. |

RÉPONSE. La commodité , à des personnes fort occupées , tient souvent lieu de nécessité : mais il faut , autant qu'il est possible , ne point trop devancer les heures de l'office canonial ; c'est là l'esprit de l’Eglise. |

VINGT-CINQUIÈME DEMANDE. Si lorsque l'on fait l'office d’un saint double , et que l’on dit la grand'messe votive , CE qui arrive ici la vigile de l’Assomption , l’on doit faire chanter une autre messe de l'office , ce qui se peut par nos chanoines, ou se contenter seulement d'en faire dire une basse ; ce qui arrive encore lorsque lon dit la messe de Requiem à un enterrement.

RÉPONSE. Faites-moi expliquer le cas par M. de Saint-André, et en attendant conformez-vous à l'usage.

VINGT-SIXIÈME DEMANDE. Comine je me trouve souvent en perplexité ne sachant quel parti prendre ; je vous supplie de me marquer si, malgré le principe que les bonnes intentions ne peuvent justifier une chose qui d'elle-même est mauvaise je puis me déterminer à {el parti que je voudrai , ayant dans moi, ce me semble, une volonté sincère de prendre celui que l’on me diroit être le plus agréable à Diea si je le connoissois.

RÉPONSE. Oui sans doute , la bonne intention d'un cœur droit , quoique peiné, vaut mieux que tous les scrupules , tant du passé que de l'avenir.

VINGT-SEPTIÈME DEMANDE. Les personnes qui ont commis de grands péchés , doivent-elles dans Ja suite de leur vie com Mmunier aussi fréquemment que celles qui ont mené une vie innocente , supposé qu'il n’en demeure aucun reste; et quand bien même il y en auroit-encoré ; comme par tentation , peuvent-elles user de la fréquente communion ?

RÉPONSE. Celadépend entièrement des dispositions présentes, sans trop s'inquiéter du passé.

La fréquente communion est un remède qu'on peut appliquer contre les restes du péché, quand on travaille sérieusement à les détruire , et qu’on les voit diminuer.

VINGT-HUITIÈME DEMANDE. (juand ces sortes de personnes croient être attirées de Dieu à la fréquente communion, n’estce point une présomption ?

RÉPONSE. Point du tout, et cela dépend du fruit qu’on en tire : 4l faut savoir distinguer la confiance d'avec la présomption.

VINGT-NEUVIÈME DEMANDE. (ue si elles sont religieuses , peuvent-elles également suivre les règles établies dans leur communauté pour la fréquente communion.

RÉPONSE. Non seulement elles le peuvent, mais encore régulièrement elles le doivent.

TRENTIÈME DEMANBE. Si par malheur c’est depuis leur profession qu'elles sont tombées , peuvent-elles, après s'être relevées de leur chute, garder la même conduite ?

RÉPONSE. Sans doute, après avoir expié leur faute par une sincère pénitence, elles peuvent rentrer dans l’ordre commun.

TRENTE-UNIÈME DEMANDE. N'y a-t-il point de distinction à faire entre les fautes commises dans la jeunesse et celles d'uu âge plus avancé ? Celles qui y sont tombées, et sont parfaitement revenues, peuvent-elles communier aussi fréquemment.

RÉPONSE. La distinction de ces fautes entre religieuses n’est pas assez grande, pour donner lieu à des usages et des pratiques fort différentes.

Il ne faut point gêner sur cela celles qu'on suppose et qu'on voit parfaitement revenues.

TRENTE-DEUXIÈME DEMANDE. On dit qu'il est d'obligation, sous peine de péché, de choisir toujours dans la nourriture ce qu’on aime le moins. Si cela est, nous nous croyons toutes en péché sans l'avoir confessé, et il nous paroit très difficile de s’amender.

RÉPONSE. Il y a une obligation générale de mortilier le goût; mais c’est sans fondement qu’on introduiroit eette obligation.

TRENTE-TROISIÈME DEMANDE. La règle n'obligeant point à péché, le mépris est-il dans les fautes de négligence, ou faut-il une volonté de faire le mal pour qu'il y ait du mépris ?

RÉPONSE. La trop grande négligence tombe dans le cas du mépris et dans celui du relâchement : c’est ce qu'il faut savoir observer, et distinguer la foiblesse d'avec le relâchement ha-

bituel : ïl faut aussi avoir grand égard au cas du scandale, qui est un des plus dangereux.

TRENTE-QUATRIÈME DEMANDE. Les quinze cents livres que l'on prétend avoir payées à M. de la Vallée, ont été mises entre les mains de madame de Lorraine, par les mains de la mère Grenetière, qui les lui a comptées. Elle assure qu’on les a envoyées à Paris par le messager nommé Picard, dans un petit coffre, qu’on lui à rendu ensuite rompu ; mais on ne lui donna point aussitôt la quittance, dont voici la copie. Ainsi, il n’y a nulle apparence que les quinze cents livres aient été remises entre les mains des personnes qui l’ont signée. Celle qui se dit fondée en procuration assure qu’elle n’en a point éu ; et lorsque on lui objecte d’où vient qu’elle signe une chose qui n’est point, elle répond qu'on lui promit alors ces procurations, et que la crainte de déplaire lui a fait signer comme les ayant en main. L'on vous supplie, Monseigneur, de vouloir bien dire si nous pouvons en conscience, quoiqu'il n’y ait point d’apparence que l'argent ait été mis entre les mains de ceux qui ont signé, mais bien qu’il a été envoyé à Paris , si nous pouvons, dis-je, malgré cela , en cas que ledit sieur de la Vallée ne veuille point reconnoître avoir recu cette somme, avoir notre recours sur les personnes qui ont signé la quittance, quoique d’ailleurs celui qui se dit fondé en procuration n’ait qu'un fort petit bien, dont il ne peut retirer une somme de quinze cents livres sans que cela ne l’incommode beaucoup, n'ayant, à ce que l'ont m'a dit, que quatre cents livres de rente.

RÉPONSE. Le recours est légitime contre celui qui énonce les deux procurations faites en bonne forme par devant notaires. La réponse qu'on y donne n’est pas suffisante. Si toutefois on sait d’ailleurs que l'énoncé est faux, il ne faut pas pousser à toute outrance celui qui l'énonce, surtout s’il est aussi pauvre qu’on le dit. Vous entendez bien qu’on sera condamné contre la Vallée. 11 faudroit chercher dans l'étude des notaires d'Orléans les minutes de.ces procurations, et les lever, et après cela on prendra nouveau conseil ; c’est par où il faut commencer. Notre Seigneur soit avec vous, et vous donne sa paix,

Ce:27 mai 1701.

LETTRE CXXIII.— A madame de Lüsanei.

Il la charge de donner différents avis à madame de la Guillaumie,

Vous direz à ma sœur de Sainte-Madeleine , que-j'attendois qu'elle demandât elle-même ; et que n'ayant. pas trouvé à pro

pos de s'expliquer, j'ai appréhendé de faire quelque contretemps. Du reste je la blämerois et la condamnerois , si elle se retiroit de la fréquente communion : c’est un secours qui lui est absolument nécessaire. Je lui réponds qu'elle fera chose agréable à Dieu ; et que plus elle sent d’infirmités, plus elle doit approcher de celui qui dit : Venez à moi, vous tous qui étes peinés et chargés, et je vous soulagerai.

Je la crois obligée de donner quelque temps à quelque conversation’douce, familière libre et innocente, qui se rapporte toujours à Dieu. Si j'ai autrefois donné quelque conseil différent de celui-ci, il étoit accommodé au temps d’alors, et celui-ci l’est au temps présent.

Loin de la tenir telle qu’elle pense, je la crois très agréable à Dieu, et je me confirme dans les sentiments que j'en ai toujours eus.

Ce 3 juin 1701.

LETTRE CXXIV.—A madame du Mans.

Quelles sont celles qu’il faut exhorter à la fréquente communion, et sur les dispositions nécessaires pour recevoir l’absolution des péchés véniels.

J'approuve, ma Fille, ce que vous avez fait et dit de ma part,

sur le sujet des sacrements, à celles qui sont de la qualité que vous me marquez, c’est à dire vertueuses et édifiantes, mais avec cela scrupuleuses : exhortez-les en mon nom à ng se pas laisser rebuter de la fréquente communion.

. Pour l’absolution, voici une règle bien claire ; c’est qu’on peut recevoir l’absolution du prêtre, toutes les fois qu'on croit avec un juste fondement être en état de recevoir de Dieu même le pardon qu’on lui demande. Or, pour se mettre en cet état à l'égard des péchés qu’on nomme véniels et de tous les jours, il suffit d’avoir un desir sincère de faire croître l'amour, et d’affoiblir la concupiscence. Sur cela l’on peut obtenir le pardon qu’on demande de ses péchés, et de Diea hors de la confession, et de ses ministres dans la confession même. Aimez et vivez avec confiance.

À Germigny, ce 4 juin 1701.

LETTRE CXXV. - À madame de Luynes.

Sur la mort de M. le chevalier d'Albert.

Vous savez, ma Fille, la part que je prends à ce qui vous

touche. Je ressens la perte que vous faites en la personne de M. le chevalier d’Albert, dont le mérite connu le rend regrettable. La seule consolation est de se soumettre à la volonté de Dieu, toujours bonne et toujours juste : mais afin que cet acte soit de vertu, et non de nécessité, il faut y joindre le Wesir de plaire à Dieu, et de croître en charité et en bonnes œuvres. C'est la grâce que je vous souhaite, et celle, ma Fille, de me croire toujours à vous.

À Paris, ce 22 juillet 1701.

LETTRE CXXVI.— À madame du Mans.

Sur quelques présents, et l’ouverture qu’elle devoit avoir pour son abbesse.

Vous pouvez, ma Fille , recevoir les livres; je n’en dis pas autant de l'argent en cette occasion. Quant à ces petites bagatelles, je vous en permets la disposition.

Ilsera agréable à Dieu que vous acquériez la liberté de tout dire à madame votre abbesse, comme à une bonne mère : le temps achèvera cet ouvrage de simplicité et de soumission. Notre Seigneur soit avec vous.

A Germigny, ce 11 août 1701.

LETTRE CXXVII. — A la même.

Sur la mission qui devoit bientôt se faire,

Pour réponse à votre lettre du 10, je vous dirai, ma Fille, que j'espère me rendre à Jouarre, non à l'ouverture, mais dans les premières semaines de la mission. Il est bon que les choses soient en train; afin que je puisse voir les dispositions, confirmer le bien commencé, et rectifier ce qui pourroit avoir manqué. J'aurai grand soin de la liberté de la confession : et de choisir pour cela ce qu’il y aura de meilleur dans la mission, puisque c’en est là un des plus grands fruits : je n’oublierai rien de ce qui pourra dépendre de mes soins. Vous pouvez faire part de mes sentiments à nos Filles, et en particulier à ma sœur de Saint-Michel. Le reste se dira mieux en présence. Notre Seigneur soit'avec vous, ma Fille,

À Versailles, ce 14 mars 1709,

LETTRE CXXVIII.— À la même.

Sur la conduite qu’elle doit tenir à l’égard de quelques Sœurs suspectes , pour la communion ; sur la confiance en Dieu ; et le zèle de l’abbesse pour établir le bon ordre.

Pour répondre à vos deux difficultés, je vous dirai au sujet de, celles dont les communions doivent être réglées par vos ordres, que dans la conjoncture présente vous ne pouvez pas les empêcher ; parce que, encore qu’elles soient suspectes, elles ne sont pas même accusées dans les formes, loin qu'elles soient Convaincues : ainsi il faut les laisser faire, comme Jésus-Christ fit à l’égard de Judas, que non seulement il connoissoit, lui à qui rien n’étoit inconnu , mais contre qui ses murmures et les paroles de Jésus-Christ même donnoient des soupçons si légitimes.

Pour la charge de cellérière, vous ne devez point la quitter, mais y faire votre devoir comme auparavant, en refusant à l'ordinaire les communions pour d’autres cas que celui qui vient de passer, et abandonnant votre vie à Dieu, qui en aura soin ; avec une ferme foi que Dieu vous soutiendra , et que sa bonté suprême récompensera la piété et la bonne volonté, et pour conclusion la sagesse d’une abbesse qui fait ce qu’elle peut pour établir le bon ordre. Je ne puis croire que ses pieux desirs soient frustrés de l'effet de leur espérance : au contraire, les entreprises si atroces de l’ennemi me font croire qu’il sent que Dieu remue quelque chose pour la désolation de son règne. Notre Seigneur soit avec vous.

À Meaux, ce 21 juin 1702.

P.S. Il ne faut point craindre de m'écrire, et de m'’avertir de ce qui se passe dans les affaires d'importance,

LETTRE CXXIX.— A la même.

Sur la manière dont elle doit s'acquitter de son obédience, et sur les com- * munions.

Le rétablissement dont il s’agit est une chose trop sérieuse, ma Fille, pour être fait par une espèce de cérémonie et de compliment de votre part envers moi; ainsi ne m'en parlez point : cela dépend d’une longue épreuve, et en attendant il faut laisser les choses comme elles sont. gi

Allez votre train pour l'exécution de votre obédience ; don-

nez vos ordres à toutes les Sœurs à l'ordinaire. Quand les fautes seront manifestes, usez également envers toutes de l’autorité de . votre charge : quand elles seront plus douteuses, il vous est permis d’user de ménagement et de consulter madame pour exécuter ses ordres.

Pour ce qui regarde les communions, n’en perdez pas une pour tout ce qu'on vous dira; vous ferez la volonté de Dieu. Répondez à celles qui vous parleront, que vous agissez par mion ordre exprès, et vous pouvez montrer ma lettre à quelques unes de celles qui en douteront, afin que tout le monde le sache. Je voudrois bien pouvoir aller à Jouarre ; j'espère le pouvoir dans quelque temps. Notre Seigneur soit avec vous. Je salue nos chères Filles.

Encore un coup, vos communions ne dépendent pas de quelques cérémonies ; ce n’est point ici une affaire de grimaces : J'y ai une attention particulière sous les yeux de Dieu, et il s’agit du bon ordre de la maison, auquel il faut que vous cédiez.

À Germigny, ce 10 août 1702.

LETTRE CXXX. — À madame de Baradat.

Sur le silence; l’exemption de l'office, sous prétexte des parents ou amis qui seroient dans la maison; le travail, l’uniformité dans les cellules, et les tempéraments à garder pour procurer le bien,

Je trouve le moment, ma Fille, de vous faire la réponse que vous demandez, et je le prends comme donné de Dieu.

Pour seconder, ou plutôt pour soutenir vos bonnes intentions sur le silence, ne vous lassez point : ne cessez de recommander cette observance comme celle d’où dépend la récollection, l'exercice de la présence de Dieu et l'opération de la grâce. Dieu ne parle pas à ceux qui aiment mieux parler aux autres que de l'écouter seul. Si Dieu écoute mes vœux, et me fait la grâce de pouvoir aller à Jouarre, je tâcherai de trouver quelques paroles fortes pour rendre les âmes attentives à Dieu, qui ne demande qu’à parler à ceux qui l’écoutent.

C'est un abus insupportable de s’exempter de l'office, sous prétexte des parents et des amis qu’on aura dans la maison : cela se peut tolérer un jour ou deux à cause de la dureté des cœurs ; mais d'en faire une coutume, c’est directement intro-

duire le désordre dans la maison de Dieu.

Je n’ai rien de nouveau à dire sur le travail : c'est un poin! de règle dont il n’est pas permis de se dispenser.

Je n'ai nul dessein de rétablir la sœur Rassicot, quand même sa tante remettroit la charge. Sur ce refus, vous ne sauriez mieux faire que d'obtenir de madame qu’on mette dans cette obédience quelque jeune Sœur, qui puisse apprendre.

Je ne sais comment on n’est point touché de l’uniformité dans les cellules, qui est, à mon avis, une des choses qui marque le plus l'unité d’esprit si agréable à Dieu : il faut pourtant s'arrêter au gros, sans trop insister Sur ce qui tiendroit trop visiblement de la minutie.

La relaxation du jeûne des fêtes doubles ne doit pas être empêchée, si la coutume en est ancienne.

Au surplus, souvenez-vous que mon intention n’est pas de vous obliger à pousser tout à la rigueur, mais à faire bonnement ce que vous pourrez. La douceur, l’insinuation, la répréhension à propos, la déclaration de mes sentiments comme conformes à la règle, à la fin, s’il plaît à Dieu, feront quelque chose, pourvu qu’on n’abandonne pas Fœuvre de Dieu.

Il n’y a rien à dire de ma part sur les collations, que dans l'occasion et en présence.

J'ai vu sur le passé les règles que vous a données M. de Saint-André , et je vous dis que vous devez vous y tenir. Vous pouvez sans empressement, et sans scrupule, dire à l’occasion des réceptions ce qui vous paroîtra utile et convenable.

Souvenez-vous de dilater votre cœur, et d’y entretenir une sainte liberté. Notre Seigneur. soit avec vous.

À Gernigny, ce 17 octobre 1702.

LETTRE CXXXI. — À madame de Lusanei, et à plusieurs religieuses attachées au prélat.

Il s’excuse de son silence, et leur témoigne beaucoup d’affection.

Je n’ai, mes Filles, aucune bonne raison à vous dire de mon Jong silence. Il est vrai, beaucoup d’affaires : mais il falloit trouver du temps pour m’acquitter de mon devoir, surtout au sujet de la sainte agape, qui, par toutes ses excellentes qualités, méritoit tant de remerciments. Ma reconnoissance a été sincère, et mon cœur plein d'affection; mais la parole et l'écriture ne devoient pas manquer. Pardon, mes Filles, et assurez-vous que vous ne verrez plus de telles fautes.

À Paris, ce 10 février 1703.

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LETTRE CXXXII. — À madame du Mans.

I1 lui fait des reproches de ce qu’elle raisonne trop.

Vous serez toujours raisonnante. Ne croyez pas que je vous permette de raisonner autant que vous voudriez avec le médecin : dites simplement vos pensées ; contentez-vous du oui et du non, sans répliquer; autrement je ne serai pas content : du reste marchez sans crainte. Que vouloit dire David : Si je marche au milieu de l’ombre de la mort, je ne craindrai rien, parce que vous étes avec moi? Quand je vous verrai bien obéissante et peu raisonnante, je vous reconnoîtrai pour ma Fille.

Lundi 14.

LETTRE CXXXIII. — A la même.

11 l’exhorte à ne plus tant raisonner, et parle de quelques poésies de cette religieuse. ts

Agissez, ma Fille, avec simplicité, gardez-vous bien de vous troubler en m’écrivant : ce n’est que le raisonnement contredisant que Je ne veux plus souffrir en vons. Quand on vous a une fois bien entendue, et qu’on vous a donné une décision, il n°y faut plus revenir ; Dieu l’a ainsi agréable : si vous faites l’impossible, tant mieux. Je ne veux en vous de raisonnement que pour vous soumettre : je permets le raisonnement des doigts très volontiers, surtout quand ce sera pour chanter le Cantique de la confiance. Vous «voyez bien que j'ai lu votre épigramme. J'ai lu aussi le sonnet, dont le sens est bon : les règles ne sont pas tout à fait gardées; mais 1] n'importe pas beaucoup, puisque vous vous déclarez contre les occupations poétiques. Je prie, ma Fille, notre Seigneur qu'il soit avec vous.

A Versailles, mardi 29 mai.

EXTRAITS DE PLUSIEURS LETTRES, à madame du Mans.

Sur ses novices ; sur la sœur Cornuau; les réceptions des Filles ; la communion, les visites inutiles des ecclésiastiques; les raisons légitimes de se défier, les vertus qu’elle devoit pratiquer, et les leçons qu’il convenoit de donner à ses novices.

Votre double troupeau soit béni de Dieu. Ne songez pas tellement à vos novices, que vous ne disiez encore au Sauveur : J'ai d'autres brebis qu’il faut que j'amène : priez Jésus de les amener à lui. Je suis bien aise qu’elles commencent à se rendre plus dociles.

A Meaux, ce 30 décembre 1693.

À mesdames du Mans et de Rodon.

Voilà, mes Filles, ma Sœur Cornuau que je remets entre vos Mains : conduisez-la bien, et ne lui laissez pas faire sa volonté : ce n’est pas aussi ce qu’elle cherche ; mais sans qu'on la cherche elle ne revient que trop.

À Meaux, ce 12 avril 1694.

J'étois bien aise, ma Fille, à la dernière réception, de faciliter toutes choses : je n'agirai pas toujours de même. Dites franchement au chapitre ce que votre consciente vous dictera. Si ma sœur Barbier demeure toujours incertaine, et qu’elle ne s’affermisse pas, je doute qu'on la puisse recevoir.

Ne quittez point la communion ; abandonnez-vous à la divine miséricorde. Quand communierez-vous, si vous attendez que vous en soyez digne ? Prenez courage.

Une autre fois n’acceptez plus d’être marraine : pour cette fois j’aceorde tout.

À Meaux, ce 14 avril 1695. é

Je vous adresse cette lettre pour les trois dont vous m’envoyez les remerciments, dont je suis très édifié.

Je n’en ai pas trop dit sur les fréquentes visites inutiles des ecclésiastiques ; je n'ai parlé qu’en général, et je ne descendrai au particulier qu'avec circonspection. Je vous Joue de la charité que vous avez pour mademoiselle Nacart. J'exhorte toujours vos novices à aimer l'humiliation et la correction.

À Meaux, ce 24 avril 1702,

Je prie Dieu, ma Fille, qu'il vous protége contre les fureurs de l'enfer. Je commence plus que jamais à espérer quelque grand bien; puisque le démon déploie tout ce qu'il a de plus malin. J'envoie M. le prieur du séminaire, à qui vous pouvez parler avec confiance, comme j'ai fait sur les personnes dont je me défie. En de telles occasions il faut être supçonneuse, pour empêcher le mal qu'on est obligé de chercher. Je suis assuré que vous tiendrez le cœur pur par la charité.

A Germigny, ce 11 juin 1702.

Je prie notre Seigneur qu’il soit avec vous, qu’il vous donne

sa paix, qu'il vous rende toujours. attentive à ses moments , qu’il vous tienne dans le silence intérieur et extérieur , qu’il

vous le fasse aimer dans vous-même et dans les autres, et qu’il vous fasse porter, à l'exemple de saint Luc, la mortification de Jésus.

A Germigny, ce 17 octobre 1702.

Recevez sans hésiter les bons sujets : il les faudra précautionner contre les mauvais exemples, et leur montrer les bons. On dit que des deux converses qui se présentent, il y en à une dont il n’y a rien de bon à espérer. Je voudrois qu'on ne la proposât pas : en tout cas, il n’y a pas lieu de la recevoir.

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