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pour contenter leur humeur : mais celles qui n'ont que le bien commun pour objet, ne doivent donner aucun lieu à la contradiction par la raillerie ou par l'aigreur : rien aussi ne gâte plus les alfaires. Nous n’en sommes pas encore au bout ; il s'en faut bien. La procuration est l'essentiel, etil ne faut point y susciter d'obstacles en aigrissant les esprits, ni faire des partages où le consentement est nécessaire, | Contenez donc, Madame, les discours, surtout ceux qui peuvent être rapportés. J'en ai entendu quelques uns, et des manières de raillerie assez innocentes en elles-mêmes, qui, étant rapportés, porteroient les choses à des aigreurs irrémédiables. Ce n’est rien d’avoir de l'esprit et de bien parler; tout cela, sans la prudence et la charité, ne fait que nuire. Vous parlez et vous agissez avec tant de modération, que tout le monde doit vous imiter. Vous savez comme les choses se changent et s’aigrissent par les rapports. On n’est attentif dans la maison qu’à ce qui se passe chez vous : non seulement ce que vous dites, Madame, mais encore ce qui se dit en votre présence est tourné en cent façons différentes ; et c’est ce qu’il faut arrêter dans la source, en réprimant tout ce qui peut causer de mauvaises dispositions. Cette contrainte est une partie de la servitude que la charité impose aux supérieurs. Je vous prie, Madame, ac— commodons-nous aux infirmes que nous voulons gagner; ne changeons rien que ce qui est absolument mal : viendra le temps, s'il plaît à Dieu, où vous aurez le moyen de faire la plénitude du bien, Cette liberté est le fruit de la patience : c’est par la condescendance qu’on établit l’autorité : vous ferez tout, pourvu que vous commenciez tout à propos, et chaque chose en son temps.
n’est pas temps de contraindre ces filles sur les communions, et c’est pourquoi je n’en parle pas encore : nous ferons en son temps ce qu’il faudra. Je crois, Madame, qu'il est à propos de laisser aller les choses à l'ordinaire. Avertissez, instruisez, persuadez, n’usez d'autorité que pour empêcher ce qui sera absolument mal. Vous sayez aussi bien que moi tout ce que je vous dis: mais Dieu attache de si grandes bénédictions à ses vérités, quand elles sont portées par les canaux ordinaires, et par la bouche de ceux qu'il en a chargés, que je croismême pour celte raison vous devoir dire ce que vous savez, afin qu'il fructifie davantage dans votre cœur, et qu’ilse répande dans “toute votre conduite. | | Je vous envoie l’obédience de madame du Mastelle; M. le promoteur me l'a présentée de votre partet de la sienne. J'ai
mis une petite clause aux entrées, que.je crois nécessaire surtout dans la conjoncture présente. Tout cela est remisà votre prudence. Trouvez bon que j’efface les couchées, qui feroient présentement trop de bruit, et qui au fond doivent être réservées pour les personnes d'une certaine considération, dont l'amitié est utile, dontla présence est fort rare, dont le respectimpose une espèce de nécessité. Tout cela est entre nous: et si le mémoire des entrées devoit être vu, on n’y verroit pas une rature faite de ma main, dans une chose quia dû passer par les vôtres. Au surplus, dans les occasions extraordinaires, vous êtes la maitresse , et vous pouvez, sans attendre aucune permission , faire ce que votre prudence vous inspirera.
Surtout, Madame, mettons notre confiance en celui qui tourne les cœurs comme il lui plaît, par des voies aussi douces que sûres. J'ai souvent éprouvé que cette confiance en Dieu, moteur des cœurs, fait trouver des facilités dans des choses qui paroissoient impossibles : mais cette dévotion doit être accompagnée de douceur, de charité, de patience et de persévérance.
J'espère être aujourd'hui à Paris, où je recevrai dorénavant les avis que vous voudrez me donner. Je n’ai pas besoin de vous recommander de ne procéder à Femprunt qu'à mesure qu'il sera nécessaire : c’est vous-même qui m'avez dit que vous en vouliez user ainsi. Ce seroit un bon moyen de calmer les esprits, que de ne consommer pas d’abord tout le pouvoir que vous avez. Mais vous savez mieux tout cela que moi; etje finis en vous assurant, Madame, que je n’oüblierai rien pour vous proeurer toute la satisfaction possible, et tout le repos que vous méritez. Je vous envoie la lettre que j'écris à vos religieuses tout ouverte, et il n’y aura, s’il vous plaît, qu’à la leur rendre dans le même état. | :
À Meaux, ce 8 janvier 1682,
LETTRE IV.— Aux religieuses de Faremoutier,
I! fait l'éloge des bonnes dispositions de l’abbesse ; les exhorte à Ja paix, à union et à l’obéissance ; et les invite à coopérer aux soins de l'abbesse, par la-pratique de toutes les vertus religieuses.
Je ne veux point sortir du diocèse sans vous assurer qu’en quelque lieu que je sois, je vous porte toutes dans le cœur. Soyez persuadéesinvinciblement que je n’ai rien qui me touche plus que le desir de conserver dans votre sainte communauté
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tout le bien que vos vénérables abbesses, dont la mémoire m'est chère autant qu’à vous, ont établi parmi vous. Par la grâce de Dieu , je vous assure que celle que Dieu vous à donnée ne songe qu'à maintenir la régularité et l'observance qu’elle a trouvées dans la maison, et que je me crois obligé en conscience de ne me départir jamais de la résolution que Dieu m'inspire d'employer à un si grand bien toute l'autorité qu'il m'a donnée. Ce fondement étant posé, voilà bien des craintes, bien des soupcons, bien des défiances dissipées. Il faut après cela que peu à peu la confiance s’établisse entre madame votre abbesse et vous, et par la confiance, l’union parfaite des esprits et la consommation de l’obéissance.
Vous n’ignorez pas, mes Filles, que l'obéissance à la supérieure ne soit cé qu'il y a dé plus essentiel à la vie relisieuse : c'est proprement ce qui en fait le fond. L'obéissance aux supérieurs majeurs est l'obligation commune de tous les fidèles de Jésus-Christ envers les pasteurs qu'il a établis, et qu’il ne cesse de substituer à la place de ses apôtres : mais lobéissance du dedans, j'entends celle qu'on doit à la supérieure , c'est celle qui fait proprement les religieusés. Sur ce fondement, mes Filles, je me sens obligé de vous déclarer que l’empressement du temps, et peut-être d'autres raisons ayant retardé la publication de l'ordonnance de visite, vous devez en attendant obéir à votre abbesse.
Je Joue le pieux desir que vous avez de conserver jusque aux moindres observances. Il faut aimer jusque aux moindres choses de sa profession, quand on veut soigneusément conserver Îles grandes, et baiser, pour ainsi dire, avec respect jusqu'à la frange de l'habit, de l'Epouse : mais en même temps il faut entendre que tout n'est pas d'une égale importance , et que dans celles qui de leur nature sont indifférentes, l’obéissance doit être la règle. Par exemple, j'en vois parmi vous qui sont émues, je le dirai franchement, plus que de raison sur l’ordre des antiennes: je ne les condamne pas, parce qu'elles croient que c’est la règle ; mais je dois vous assurér que la règle n’est pas si expresse qu'elles pensent, et que la pratique des monastères les plus réformés de l'ordre, tant d'hommes que de filles, est conforme à ce qu'a réglé madame labbesse. Au fond, ce qu'il y a ici d’essentiel, c’est d'éviter la confusion, de s'entendre, de garder l'uniformité, et d'exercer l'obéissance. 11 ne faut donc pas se laisser tellement choquer de ce qui est nouveau, qu'on neregarde le fond des choses, et qu'on n'apprenne à mettre la perltec= tion où elle est. Au surplus, je ne détermine encore rien; j'aime
mieux persuader qu'ordonner. Madame l'abbesse cèdera tou- Jours contre ses propres pensées à ce qui sera raisonnable; mais il ne faut point s’opiniâtrer sur les choses peu essentielles.
Assurez-vous, encore une fois, que l'intention est de maintenir l’observance dans Faremoutier avec autant de vigueur et de pureté que jamais. Vivez dans cette assurance, et ne croyez pas que les divisions soient jamais irrémédiables, où la charité domine au fond.
Priez sans relâche : je prierai avec vous. Si mes péchés empêchent que mesbonnes intentions aient d’abord tout leur effet, Je crois fermement qu'en me purifiant tous les jours devant Dieu, et en mettant ma confiance comme je le fais de tout mon cœur en sa seule grâce , il ne tardera pas à me donner l'accomplissement de mes desirs. Vous les savez, je vous les ai dits en entrant chez vous; c’est que la paix que j’étois venu vous annoncer ne revint pas à moi. Coopérez à mes soins, et à mes prières parles vôtres Soyez-attachées à Dieu, conversez beaucoupaveé lui, et peu avec les créatures: songez à la compagnie que vous trouverez toujours dans vos cellules , pourvu que vous n'y cher-chiez que celle-là : Dieu vous yattend à chaque moment ; Jésus- Christ votre époux vous y appelle, Si vous êtes véritablement avec lui, chacune de vous sera douce, modeste, charitable envers ses Sœurs: nulle parole d’aigreur ni de raillerie ne s’entendra parmi vous : la charité sera seule victorieuse, et l'on ne se glorifiera jamais que de cette seule victoire.
Faites tout selon l'ordre , et chaque chose à l'heure marquée ; songez à la manière admirable dont la règle exprime cette ponctualité* que tout autre ouvrage cesse à l'instant, quand il s’agit d'accomplir celui de l’obéissance. <
Ainsi vous serez ma consolation et ma joie en notre Seigneur Jésus-Christ; et moi, en son saint amour, votre serviteur très acquis, et vraiment un père commun, qui ne sera ni pour Apollo, ni pour Céphas, ni pour Paul, mais pour Jésus- Christ ; et toujours avide de faire cesser tous les noms de partia= lité, afin que celui de Jésus-Christ soit seul entendu parmi vous.
Ne soyez point en peine des entrées; on les modèrera de telle sorte qu’en écoutant les desirs des particuliers, le repos commun n’en sera pas troublé. Ecrivez-moi avec confiance tout ce qui méritera de m'être écrit. Soyez persuadées que votre abbesse a le temporel à cœur comme un fondement nécessaire du bon ordre. Je suis dans le même sentiment, n’en doutez pas, et me croyez, encore une fois, en la charité de notre Seigneur.
À Germigny, ce 6 octobre 1684.
LETTRE V.—A madame de Beringhen.
Sur son silence , et quelques faits particuliers.
Me voilà donc, Madame, bien multiplié : si on m'avoit encore donné la parole , vous étiez perdue, et vous ne revien— driez jamais de l’étourdissement où vous jetteroient tous mes beaux propos. Jouissez du moins, Madame, de mon silence : mais soyez bien persuadée que je ne voudrois le rompre, que pour vous dire combien je suis sensible à vos bontés. Je salue de tout mon cœur mesdames vos Sœurs. J'userai de votre mémoire selon vos desirs, et, puisque vous le voulez, je ménagerai surtout le chagrin d'un père que vous aimez tant.
À Germigny, ce 6 octobre 1684.
LETTRE VI.—A madame de Tanqueux, supérieure des Filles charitables de la Ferté.
Sur les règlements de cette communauté, et la difficulté d'avoir un prètre pour leur dire la messe.
Il m'a élé impossible, Madame, quelque volonté que j'en eusse, de trouver le temps d'aller à la Ferté. Je pars lundi pour Crécy, où j'achèverai le mois: s’il reste quelque beau temps après la Toussaint, je ferai ce que j'avois projeté, sinon je pourvoirai d’ailleurs à votre satisfaction.
J'ai revu très soigneusement vos réglements, où j'ai réformé quelque chose : rien dans la substance. J'aurai queique chose à considérer avec vous sur le réglement de la journée: je fer après cela-mettre le tout au net, et vous le donnerai revêtu de toutes les formalités requises. Soyez persuadée, Madame, que j'affectionne cette œuvre, et que j'en prendrai un soin parti lier, surtout-quand j'y verrai une supérieure, dont vous serez parfaitement contente, et sur laquelle je pourrai m’assurer,
Il faudra chercher un prêtre pour vousfaire avoir deux messes à Chamigny. Nous sommes dans une grande disette de prêtres, et si vous en connoissez quelqu'un, vous me ferez plaisir de me l’'adresser : mais les paysans, quis’obstinent à ne vouloir pas qu'il serve de maître d'école, en se chargeant d’avoir un garcon pour le service, nous font de la peine; parce qu'un prêtre ne saura que faire quand il aura ditsa messe: vous savez ce qui en arrive. Je suis, Madame, de tout mon cœur, etc,
À Germigny, ce 20 octobre 1684.
LETTRE VII.— Aux religieuses de Coulommiers.
Sur la Vie de la nière d'Arbouze, qu'il leur envoie; les fruits de l'obéis- , res ‘ :
sance ; le droit qu'a le confesseur de priver de la communion ; le respect dû aux avis des supérieurs , et la vigilance nécessaire aux religieuses.
Je vous envoie la Vie de la vénérable mère d’Arbouze, abbesse et réformatrice du Val-de-Grâce, qu'un saint prêtre a écrite avec grand soin, sur de bons mémoires. Les exemples de piété et de régularité que Dieu produit dans nos jours ont quelque chose de plus touchant pour nous, que ce que l'on peut recueillir des siècles passés; et Dieu ne manque pas de susciter de temps en temps dans son Eglise des personnes d'une vertu éminente, afin que tout le siècle en soit échauffé. Profitez donc de cette vie ; car encore que la sainte abbesse dont il $’agit soit d’un autre ordre et d’une observance plus rigide, vous y trouverez dans un haut degré les pratiques communes de la piété chrétienne et de la perfection religieuse, et vous tirerez un grand profit de cette lecture, si vous la faites dans l'esprit que je vous ai marqué dans mon ordonnance de visite. Ecoutez sur toutes choses ce que verrez sur l’obéissance.
Je ne dois point vous dissimuler, mes Filles, que c’est à cette vertu qu'on manque principalement dans votre maison. Je vous airendu ce témoignage, que jetrouvois parmi vous beaucoup de commencement de piété, et une grande espérance d’une moisson abondante; mais ce sera par l'obéissance que ces fruits viendront à maturité. Il ne faut plus que chacune de vous veuille faire en tout à sa volonté, et que votre soin soit de faire entrer les supérieurs dans-vos sentiments, mais d'entrer dans les leurs. C'est là que réside la perfection aussi bien que Île repos, et tout le reste n’est qu'illusion et vaine agitation d’esprit.
Cette multiplicité de directeurs que l’on recherche est un effet de l'attachementquel'on a à soi-même. Je souffre beaucoup de ce qu’il faut condescendre à vous en donner tant, quoiqu'ils soient très honnêtes gens. Mais quand je vois qu'on ne se contente pas d’avoir des dirécteurs capables de donner de bons avis dans le besoin, et qu’on est si difficile dans les confesseurs ordinaires, je reconnois qu’on est bien éloigné de l'esprit des saints. Si l’on regardoit en eux Jésus-Christ qui nous absout, on n'auroit pas tant de vains raffinements. Sans vouloir faire le panégyrique de votre confesseur, que j'estime beaucoup plus qu'une partie de vous ne peut faire, il en sait plus qu’il
n'en faut pour vous appliquer le sang de Jésus-Christ. Je le trouve judicieux, et d’une saine doctrine; et si vous avez ou croyez avoir des besoins extraordinaires, il devroit vous suftire d’avoir des directeurs que vous pouvez consulter de temps en temps. Prenez garde attentivement au chapitre où il est parlé de ce sujet, et à ce qu’en disoit la mère d’Arbouze. Mais enfin puisque vous n’êles pas encore parvenues à la perfection de l'unité, soyez du moins soumises à l'ordre de Dieu; et sans vouloir censurer les autres, obéissez à celui que vous avez vous-mêmes demandé,
Souvenez-vous de ce que je vous ai dit sur la communion. Méditez sur cette parole de notre Seigneur : Ne jugez point, et vous neserez point jugés; et celle de saint Paul : Pourquor jugez-vous le serviteur d'autrui? On se trompe quand on croit qu'un directeur ne peut priver de la communion que pour des crimes ; etce n'est pas une moindre erreur de croire que toutes les religieuses soient exemptes de grands péchés. Laissez le jugement à ceux auxquels Jésus-Christ l’a donné, et que chacune pratique ce que dit saint Paul : Pensez à ceux qui doivent rendre compte de vos dmes.
Au surplus je vous déclare encore une fois, que celles à qui la privation de la communion est une occasion de relâchement, sont dans une erreur manifeste. Celle qui n’est pas jugée digne de communier avec les Sœurs, doit se tenir ce jour là plus que tous les autres dans la récollection, et dans l'esprit d'humilité et de pénitence. Il faut que, privée du pain de vie, elle se nourrisse de ses larmes, et se garde bien d'être plus gaie ou plus libre, dans un temps où l'Eglise exerce sur elle un si sévère jugement. Si vous vous mellez en cet état les Jours que vous serez privées de la communion, vous en viendrez bientôt à la communion fréquente, où vous trouverez en Jésus-Christ le repos de vos âmes. Les inquiétudes trop vives, les violentes agitations seront dissipées; Dieu fera couler sur vous un fleuve de paix, dont les eaux rejailliront à la vie éternelle.
Lisez et relisez cette lettre; ce que Dieu dicte aux supérieurs est le vrai remède des maladies d'une. maison, surtout quand ils sont instruits, comme je le suis, de ce qui se passe, et que vous les voyez occupés du soin de votre salut. Leurs soins et leur vigilance vous doivent faire sentir combien vos âmes leur sont chères et précieuses ; et celle pour qui son évêque veille ale cœur bien dur, si elle n’est sollicitée de veiller sur cllemême,
Veillez donc et prier, parce que vous ne savez pas ni le jour on à : # #4 a à € « ee RE
ni l'heure à laquelle l'Epoux viendra : et malheureuses les vierges qui trouveront les portes fermées, et auxquelles il dira : Je ne vous connoïs point, et énfin qu'il exclura éternellement des délices nuptiales. Ah! que mes Filles de Coulommiers ne soient point de ces vierges folles, que l'huile ne leur manque pas, que leurs lampes soient allumées, que leurs vertus et leurs bonnes œuvres soient exposées devant Dicu et devant les hommes, afin qu'on y glorifie en elles le Père céleste. C’est Ja grâce que je vous souhaite en vous donnant ma bénédiction à toutes, et à chacune en particulier; et je suis en la charité de notre Seigneur, etc.
À Meaux, ce 17 janvier 1683.
LETTRE VIII.— A des religieuses de la ville de Meaux.
H les exhorte à une paix persévérante , à l'amour du silence , et à la confianc en Dieu.
La paix et l'amour de notre Seigneur soit avec vous.
Je recois votre présent avec joie et reconnoissance : tout Y est bénignité, tout y est paix, tout y est douceur; voyez ce que Dieu fait par le chétif ministère de ses serviteurs. Mais si c’est ici une œuvre de Dieu, il faut qu’elle soit durable ; car l'esprit pacifique que vous avez, selon l'Evangile, représenté par la colombe, vient dans les cœurs non seulement pour y être, mais pour y demeurer. Il y demeurera, vous dit Jésus- Christ, et il y sera.
Que je suis ravi, mes Filles, que vous goûtiez ce silence où Dieu seul se fait entendre! qu'il parle puissamment quand la créature se tait devant lui, et s'occupe du seul nécessaire! Si vous continuez, vous serez vraiment ma joie, ma consolation et ma couronne au jour de notre Seigneur. Vos prières m’obtiendront la miséricorde dont j'ai tant de besoin, et Dieu ne me jugera pas dans ses rigueurs.
Je vous envoie l'ordonnance, que je vous prie de relire et d'observer soigneusement ‘ elle est écrite d’une main qui vous est connue et qui vous est chère. Abandonnez-vous à Dieu; vous aurez toutes en général et toutes en particulier ce que vous avez demandé. Car au fond que demandez-vous, sinon la paix dans l’obéissance? Dieu pourvoira à tout, Dieu fera tout.
Je retournerai demain à Meaux, s'il plait à Dieu, et jeudi j'irai célébrer la messe chez vous, et y honorer les mystères in-
compréhensibles de la croix, source d'éternelle concorde et de” paix entre Dieu et les hommes. Je suis en la charité de notre Seigneur, etc. s
A Germigny, ce jour de saint Jacques et saint Philippe, 1685.
. LETTRE IX.— A madame de Beringhen, religieuse à Faremoutier.
Sur la maladie de sa tante, abbesse de cette maison.
Votre lettre d'hier, Madame, m'avoit donné un peu de repos, sur le sujet de madame votre tante : mais j'apprends aujourd'hui que les choses ne vont pas mieux, et qu’elle a reçu le saint viatique. J'ai cru qu’il étoit nécessaire que le père visiteur se rendit aussitôt à Faremoutier. Il ne faut pas l'exciter à vous procurer, à mesdames vos Sœurs et à tout le couvent, toutes les consolations possibles. Je n’ai pas laissé de l’en charger: et sans la visite que j'ai indiquée, j’aurois été moi-même pour vous 8oulager. Je vous prie d'être persuadée qu'on ne peut être plus touché que je le suis du triste état où vous êtes. Dieu n’envoie de tels fléaux qu'avec des desseins de miséricorde, pour attirer à lui les cœurs qu'il afflige. Je suis, Madame, comme vous savez, très cordialement à vous.
A Germigny, ce 30 mai 1685.
LETTRE X.— Aux religieuses de Faremoutier.
Sur la mort de madame de Beringhen, abbesse de ce monastère.
Quand Dieu frappe de cette sorte, mes Filles, il averti de prendre garde à soi, mais de songer non seulement à son salut, mais encore à la perfection. Je puis dire que votre perte m'a faitsentir que J'étois père: mais ce n’est pas assez de Pêtre en ressentant votre affliction, il faut l'être encore en vous exhortant à profiter de cés moments précieux. C'est assurément dans les grandes douleurs que Dieu se plaît à travailler dans les cœurs. Il y'applique, avec la croix de son Fils, les grâcès qui l'accompagnent ; ef en nous ôtant les persoines chères, il veut que nous apprenions à réunir nôs alfections en lui seul.
Je m'en vais offrir à Dieu le saint sacrifice pour la défunte. Je rendrai grâces à ses bontés, de lui avoir donné une fin si sainte et si exemplaire, si digne des saintes abbesses qui l'ont précédée, et de la sainteté du monastère de Faremoutier, J'espêre que la gloire s'en relèvera de plus en plus, et que Dieu
saura donner à cette abbaye une abbesse digne de sainte Fare, Je ne vous dis point mes vœux; je les ai exposés ailleurs, ct ne cesse de les répandre devant Dieu. Reposez-vous, mes Filles sous les ailes de sa Providence paternelle : mettez en lui seul votre espérance, et considérez que tout ce qui se passe ne mérite point l'attention de celles qui sont nées pour l'éternité, Je suis à vous de tout mon cœur en la charité de notre Sei gneur.
À Germiguy , ce {°° juin 1685.
LETTRE XI. — À madame de Beringhen, nommée abbesse de Faremoutier
Sur la nomination de cette dame à l’abbaye de Faremoutier.
La nouvelle que je viens d'apprendre de votre nomination, étoit la seule qui pouvoit diminuer la peine que me donnoit la perte d’une abbesse aussi illustre que feu madame deFaremoutier. Ce qu’on me mande des sentiments de la communauté, me fait espérer que votre gouvernement sera heureux. Je suis confirmé dans cette pensée par la grâce que Dieu vous fait de ressentir le poids de la charge qui vous est imposée : une charité sincère vous le rendra léger. Songez, ma Fille, qu'il faut cesser d’être à soi, quand on est aux autres; et que quand on est appelé à la conduite des âmes, on est appelé plus que jamais à l’humilité et à l’anéantissement de tout ce qu'il y a d’humain.
Je n'ai pas loisir d'écrire à madame d’Arminvilliers, ni à la communauté, pas même au père prieur. Commencez à prendre soin du monastère ; et assurez toutes vos Sœurs, qui seront bientôt vos Filles, qu'ayant pris une part extrême à leur juste douleur, j'en prends aussi beaucoup à la consolation que Dieu leur envoie. Soyons-nous les uns aux autres un exemple de sainteté. Je ferai l'oraison funèbre de madame votre tante, puisque vous le souhaitez, et que vous voulez bien que je prenne le temps qui me sera le plus commode. j
À la Ferté-sous-Jouarre, dimanche 3 juin.
7 LETTRE XII.— A la même.
11 lui parle des formalités nécessaires pour avoir ses bulles, et l’exhorte à résister à sa douleur.
J'ai de la peine à croire, Madame, que vos bulles puissent être retardées par le défaut d’aggrégation ; puisque, comme vous
le remarquez, vous êtes dans Ja maison depuis tant d'années : mais comme cette aggrégation ne peut nuire, Vous pouvez la prendre et l'envoyer à M. le Prémier, en lui marquant l'avis qu'on vous a donné de Paris. M. l’archevèque de Reims saura bien choisir ce qui sera nécessaire, eten tout cas cet acte ne peut que faciliter du côté de Rome. Votre information est sgnée, et doit être envoyée aujourd’hui chez M. le Premier,
Au reste, souvenez-vous, ma Fille, de l'obligation où vous êtes de résister à votre douleur. La douleur a je ne sais quelle trompeuse douceur, à laquelle.il faut s'opposer comme aux au— tres ; mais elle abat à la fin et rend l’âme paresseuse. Dieu veut qu'on soit vigilant, surtout quand on se prépare à entrer dans un état où l’on doit rendre compte de soi et des autres. Je prie Dieu qu'il vous remplisse de son Esprit consolateur.
À Germigny, ce 15 juin 1685,
LETTRE XIII.—A la même.
I! lui demande les instructions nécessaires pour l’oraison funèbre de sa tante, qu'il devoit faire.
Je ne puis quitter le diocèse pour peu de temps que ce soit, sans vous dire adieu, ma chère Fille. J'espère être ici sur la fin du mois, et nous ferons le service avec l’oraison funèbre de cette chère tante dans le mois de septembre, s’il plaît à Dieu. I sera bientôt temps de n’envoyer ce que vous saurez, pour le joindre à l’imprimé que j'ai reçu , etil sera bon de m'instruire de quelque chose de la famille : car encore qu'il ne faille pas, dans l'éloge d’une religieuse , appuyer. beaucoup là dessus , il ne faut pas tout à fait l'omettre. Je m'en vais pour loraison funèbre de madame la princesse Palatine*, où Faremoutier aura beaucoup de part. Je vous prie de me mander si vous comptez parmi les abbesses qui vous ont précédée, quelques princesses ou de France ou de quelque autre maison souveraine. Je salue de tout mon cœur madame votre sœur, et suis à vous très sincèrement.
À Meaux, ce 2 août 1685,
* Elle avoit été élevée à Faremoutier, où, dans ses premières années , elle paroissoit vouloir se consacrer à Dieux ma À:
LETTRE XIV.— A Ja supérieure des Ursulines de Meaux. Il lui exprime sa satisfaction de l’obéissance de ses religieuses envers lui.
Je me réjouis, ma chère Fille, du témoignage que vous rendez à la manière sincère dont toutes vos Sœurs me témoignent leur obéissance : je vous prie de les assurer que plus elle sera grande et sincère, plus je me sens engagé à prendre un soin particulier de leur avancement et de leur repos. Pour vous, je ne puis vous dire combien je suis content de votre conduite, et combien je la trouve digne d’une bonne religieuse èt d’une bonne supérieure. Je suis de tout mon cœur, ma chère Fille, votre très affectionné serviteur.
A Paris, ce 20 août 1685.
LETTRE XV.—Aux Ursulines de Meaux.
Sur la joie qu’il ressent de leur obéissance.
Je reçois, mes chères Filles, avec une joie sensible le témoignage sineère de votre obéissance, que vous me donnez en commupn : rien ne me pouvoit donner plus de joie; puisque rien ne marque tantle progrès que vous faites dans la vertu et dans le chemin de la perfection, dont l’obéissance est le fondement. D'ailleurs, rien ne peut toucher davantage un père que l'obéissance, qui marque le vrai caractère de fille, et lui donne une favorable ouverture pour avancer dans la perfection les enfants que Dieu lui a donnés. Priez Dieu que dans le desir immense qu'il m'inspire de vous avancer à la perfection de votre état, je travaille aussi à la mienne sans relâche, et que nous nous soyons les uns aux autres un motif de plaire à notre Seigneur, dans l'amour duquel je suis cordialement, mes chères Filles, votre très affectionné serviteur.
À Paris, ce 20 août 1685.
LETTRE XVI.— A madame de Tanqueux, supérieure des filles charitables de la Ferté. ,
11 leur permet de se confesser et de communier dans leur chapelle.
Comme vous m’avez demandé à deux différentes fois la permission de communier, vous et les Sœurs, les, jours ouvriers dans la chapelle, la première pour les infirmes, la seconde en général pour toutes les Sœurs, à cause des classes : hier en dic-
tant ma lettre je ne mesouvins quede la première concession que j'avois faite; mais je me suis souvenu depuis, et j'ai trouvé dans les mémoires que j'avois faits pour la visite, que Jj'avois aussi accordé la communion pour toutes les Sœurs. Ainsi mon intention est de vous continuer ce que j'ai accordé pour bonne raison. Vous pouvez dire à Mousseau qu'il peut continuer à vous communier comme auparavant, selon l’ordre qu'il en avoit reçu de moi. Je dis le même pour la confession, et afin que cela soit fixé sans qu'il y arrive de difficulté, renvoyez-moi ma lettre, afin que je fasse une ordonnance en forme, qui établira les choses comme elles doivent demeurer. Il est bon aussi de m'envoyer copie de ce que feu M. de Meaux a accordé pour la fête de sainte Anne. -
Je suis fâché que M. de Fortias s’en soit allé sans que j'aie eu le bien de le voir. Je vous prie d'être persuadée que l'affection que j'ai pour la communauté ne peut être ralentie; et que j'ai une estime très particulière pour votre personne, et suis très cordialement, etc.
À Germigny, ce 30 septembre 1685.
LETTRE XVIL—A madame de Sainte-Agnès, supérieure des Ursulines - de Meaux.
Sur la prochaine élection ; les confessions, les longues et fréquentes conversations avec les directeurs.
Je croyois, ma Fille, pouvoir vous voir avant mon départ, et dire à la communauté ce que Dieu demande d’elle en cette occurrence : c’ést de se dépouiller de toute vue particulière sous les yeux de Dieu; en sorte qu'on ait dans le cœur ce sentiment. Si cela est, Dieu donnera ses lumières, et le Saint-Esprit présidera à vos élections : ainsi soit-il. Je ne puis pas diré précisé ment quand jeles ferai faire; des affaires peuvent me retenir plus ou moins : tout ce que je vous puisdire, c'estque mon cœur me rappelle continuellement ici, et que votre communauté a beaucoup de part à l’attrait que je ressens. S
J'apprends avec déplaisir qu'il y en a qui ne se confessent pas à M. de l'Isle : je vous prie de déclarer de ma part à la com: munauté qne je desire absolument que tout le monde s’y confesse à l'ordinaire, ne pouvant en aucune sorte souffrir cette diversité qui vous rejetteroit dans de nouveaux troubles. Déelarez donc à vos Sœurs, que c'est un ordre général et irrévocable, et lisez-leur cette lettre.
Plus je connois ce prêtre, plus je le trouve saint et éclairé ; et Dieu m'a fait ressentir qu’il fera un grand bien à la communauté. Je lui ai parlé de certaines choses qui pouvoient faire de la peine : c'étoient de bonnes pratiques en elles-mêmes ; mais que je né croyois pas bonnes pour votre communauté. Il en connoît les raisons ; et il n'aura pas encore été trois mois dans cet exercice, que vous ressentirez que la grâce de Dieu est en lui.
Mais je suis bien aise de vous dire, vous voyez, ma Fille, que c’est à la communauté que je parle, qu’il ya un manquement essentiel parmi vous ; c'est que chacun rapporte à sa compagne ce qu'on lui dit etce qu’on lui ordonne dans la confession, tant par conseil que par pénitence : c'est une mauvaise et très injuste pratique; mauvaise, parce qu’elle est contre la révérence due au sacrement et à son ministre; injuste et frès injuste, parce qu'elle expose au blâme un confesseur à qui il n’est pas permis de se défendre. Il est juste que l'Eglise, qui lui ferme la bouche, la ferme aussi à celles qui pourroient parler contre lui. Qu'on ne le fasse plus, par considération de mon juste de-. sir, et qu'on ne m’oblige pas à des défenses absolues. Ne souf= frezpas, ma Fille, que vos Sœurs aient de fréquentes et longues conversations avec les directeurs que je tolère. Si je n’apprends à mon retour qu'on est sur ce point dans Ja modération nécessaire, je serai contraint à révoquer tous les pouvoirs. ;
Pour vous, ma Fille, qui, Dieu merci, êtes exempte de toutes les choses qui font le sujet de cette lettre, rendez-en grâces à Dieu, vous et celles qui sont aussi dans la même pratique que vous, et inspirez ce sentiment aux autres. En votre parti— culier, suivez sans crainte votre attrait, qui est bon. J'ai fait beaucoup de réflexions sur tout ce que vous m'avez dit de votre état; et très content de ce récit, je n’ai qu'à vous exciter à vous perfectionner dans cette voie, qui est simple et droite.
Je remercie la communauté du présent que M. Morin m'a apporté de sa part, et suis, ma Fille, bien persuadé que mon portrait est dans les cœurs , gravé par les saints sentiments que Dieu m'a fait la grâce d’y porter selon mon ministère, A vous de bon cœur.
Janvier 1686,
P. S. J'oubliois de vous dire, que je parlerai à toute la com-
munauté avant les élections.
LETTRE XVIII. — A madame de Beringhen, abbesse de Farémoutier.
Sur l'établissement d’une école de filles à Faremoutier.
Je prie Dieu, ma Fille, qu’il vous renouvelle à ce renouvellement d'année, et de mon côté je suis bien aise de vous renouveler les assurances d'une fidèle et constante amitié.
J'apprends avec joie, de M. Morin votre médecin, que votre santé est bonne, et que le repos est extrêmement propre à rétablir votre poitrine affoiblie. Je vous prie donc de vous ménager, et de croire qu'en le faisant dans Pesprit d’obéissance et de charité pour vos Filles, vous offrirez à Dieu un sacrifice agréable.
On me propose il y a longtemps de faire à Faremoutier un établissement d’une école de filles, et d'y envoyer la sœur Berin, qui est capable d’enseigner la jeunesse. On me fait entendre que vous voulez bien donner un logement, quelques pains toutes les semaines, et du bois. Je vous prie de me mander ce que vous pouvez faire: et comme on me dit en même temps que la nièce de M. Vaillant peut contribuer à cette bonne œuvre, je vous serai obligé de parler avec M. le curé, afin que je sache de quoi on peut faire état. Véritablement ce sera un bien inestimable de pouvoir procurer une école aux filles, qui sont très mal instruites; mais je serai bien aise de savoir au vrai ce qu’on peut faire sur les lieux, afin que je prenne mes mesures là dessus. Je vous prie donc de mander toutes les personnes qui peuvent savoir ce qu’il y auroit à faire, M. le curé, M. Vaillant, sa nièce et la mère de cette nièce, qu'on m'a dit qui prêteroit des meubles, et de m'instruire de tout, afin que je prenne une résolution avant mon départ. Je me recommande de tout mon cœur à la sainte communauté, et en particulier à madame votre sœur. De tout mon cœur à vous.
À Meaux, ce 5 de l’an 1686,
LETTRE XIX.— A la pet se communauté des filles charitables de a Ferté.
Sur Ja manière dont elles doivent se conduire pour attirer et gagner les nouvelles catholiques, et les instructions qu’elles doivent leur donner pour dissiper leurs préjugés.
Mes Filles, je n’ai point douté que vous n’eussiez de la Joie d'instruire les nouvelles catholiques. Ce n’est pas assez de les
recevoir quand elles viendront ; il faut que la charité vous fasse trouver le moyen de lesattirer, et que vous les alliez chercher dans leurs maisons. C’est là ce que Dieu demande de vous, d’aller au devant de la foi encore infirme, et de travailler à la soutenir : il faut beaucoup de douceur et de patience.
Inspirez-leur les dévotions communes et solennelles de l'Eglise ; les particulières doivent être réservées à un autre temps: surtout qu'elles connoïssent que nous savons goûter Dieu et Jésus-Christ, et qu’elles ressentent que parmi nous on s’unit à Dieu par Jésus-Christ et ses saints mystères, et surtout par celui de la communion, plus intimement, et par des voies plus pénétrantes qu'elles nel'ont appris dans leur première religion. Apprenez-leur l'humilité et la docilité d'esprit, sans laquelle on ne connoit jamais Dieu ni ses vérités : celles qui seront jugées capables de lire le nouveau Testament, et particulièrement l'Evangile, doivent apprendre de vous que l'humilité est celle qui introduit au secret, et qui apprend à goûter la parole de l'Epoux. Enfin, mes Filles, contentez mon cœur dans le desir qu'il a que ces nouvelles plantes prennent tout à fait racine , et portent des fruits agréables à Dieu et dignes de sa sainte Eglise. Amen, amen. Dieu soit avec vous, mes Filles.
À Meaux, ce 13 janvier 1686.
LETTRE XX.— A madame de Beringhen.
I s'excuse d’avoir donné atteinte, sans le savoir, aux droits de l’abbesse.
Vous pouvez croire, Madame, que je n’ai nul dessein de vous faire tort. Je n’ai pas même conçu que les comptes de la paroisse se rendissent devant vous, et j'avois commis seulement à la place du curé, parce que les curés sont bien aises quelquefois de n’avoir rien à démêler avec leurs paroissiens dans le temporel. Il n’y aura qu’à faire les choses à la coutume; et mon dessein, non plus que le vôtre, n’est pas d'innover. Surtout rien ne changera jamais dans l'attachement que j'ai à votre service.
A Pris, ce 27 janvier 1686.
LETTRE XXL—A la supérieure des Ursulines de Meaux.
Sur l'attrait qu’il desire qu’elle suive : que la miséricorde infinie dé Dieu etles mérites du Sauveur sont l'unique soutien du chrétien.
Il est vrai, ma Fille, que je ne puis être à Meaux au commen
cement du carème; je ne tarderai pourtant pas: voyez ce que vous avez à faire, et ne manquez pas de me l'écrire.
L'attrait que je vous exhorte de suivre, regarde principalement l'occupation envers les perfections divines : J’approuve aussi tout le reste que vous m'avez exposé de vos dispositions. Je ne crois pas qu'il faille tant éplucher si on a commis dans toute sa vie des péchés mortels, ou non ; il faut toujours sup— poser qu'on n’a que trop mérité l'enfer , si Dieu nous traitoit à la rigueur, et mettre son appui sur son infinie miséricorde et sur les mb de du Sauveur ; c’est le vrai soutien du chrétien.
Exhortez ma sœur de *** à faire effort sur elle-même, et à ne désespérer jamais de la grâce de Dieu; puisqu'il ne la couserve que pour lui donner le temps de se convertir tout à fait. Je suis bien aise de ce que vous me mandez des dispositions de vos Sœurs. À mon retour, je m’appliquerai à mettre M, de l'Isle au point où il faut qu'il soit, afin que la maison tire le profit, qu'on peut espérer de ses talents. Je suis à vous, ma Fille, de tout mon cœur.
À Paris, ce 20 février 1686.
LETTRE XXIL—A madame de Peringhen.
I1 lui propose de recevoir chez elle une dame faussement convertie.
J'ai, Madame, une proposition à vous faire, mais à vous seule, afin que vous. me disiez avec une entière liberté votre pensée. Madame de Chevri, fausse convertie de ce diocèse, me donne de l'inquiétude, et il est nécessaire de la renfermer. J'ai de la peine à vous proposer de la recevoir, du moins pour quelques jours; mais deux raisons m’y obligent : l’une, que votre maison est la plus voisine de chez elle ; et l’autre, qu'apparemment elle aura moins de répugnance à yêtre que dans toute autre, et que j'aurai plus de moyen de la voir là qu'ailleurs.
Je fais état, et c'est indépendamment de tout ceci, de me rendre chez vous lundi soir. J'y demeurerai, si vous l'agréez,
mardi tout le long du jour jusque au soir, que j'irai à Coulommiers. Je vois tous les inconvénients; mais je Vois aussi ce-que la charité de Jésus-Christ peut demander. Pour manier ces esprits, il faut de la dextérité et de la charité; et, sans flatterie, je ne vois que vous et madame votre sœur, où je puisse espérer ces deux qualités si nécessaires. Au surplus, quand vous aurez un peu essayé ce que vous pourrez gagner sur cet esprit, et que je lui aurai parlé moi-même, vous serez libre ; etn ayant aucun
engagement que volontaire avec moi, vous vous en déferez quand il vous plaira. Mais il importe que je puisse lui parler ‘en lieu sûr et commode; et je vous en délivrerai aussitôt que vous le voudrez, la chose étant nuement entre vous et moi. Si vous pouvez la recevoir à ces conditions, vous me délivrerez d’une grande inquiétude. S'il y a quelque difficulté, vous me le direz franchement comme à un ami, qui au fond ne veut autre chose que ce que vous voulez vous-même. M. de Chevri, qui va luimême vous porter ce billet, saura de vous vos intentions, et vous instruira de ce qu'il faudra que vous sachiez. Tout à vous , ma Fille, de tout mon cœur.
À Germigny, ce 18 juin 1686.
LETTRE XXIHI.— A une supérieure de religieuses. Sur l’abandon à la supréme bonté , et le mystère de la piété.
Vous pouvez sans hésiter, ma Fille, procéder à la conclusion par suffrages de la novice; et si elle est reçue, j'en louerai Dieu. Quant... , je ne yois aucune apparence de le faire, ni même de le lui permettre. Je crois, et je dois croire selon ses lettres, qu'il attendra mes ordres sur cela; et s'il les prévenoit, je n’aurois pas sujet d’être content. Ces manières... ne me plaisent guère ; et le compte que vous m'en avez rendu étoit assez nécessaire pour me faire connoître le personnage. Je vous verrai peut-être plus tôt que vous ne pensez.
Quant aux vérités dont je vous parlai dernièrement, je vous réitère encore que je ne vois ni joie, ni repos, ni adoration véritable, ni sincère amour, ni rien, en un mot, que dans ce haut abandon àla divine, suprême et inaltérable bonté, à la quelle seule il se faut fier, et non seulement plus qu'aux autres, mais incomparablement plus qu’à soi-même. Voilà tout ce que je connois dans le mystère de Ja piété : une grande attention et une grande vigilance quand Dieu commande, et par dessus toute activité naturelle et surnaturelle, un repos inébranlable daus l'abandon à celui qui seul est bon. I1 n'y a de bon que Dieu, dit Jésus-Christ, et par conséquent il n°y à que lui à qui on se doive pleinement fier pour le temps et pour l'éternité. Dieu vous donne cette confiance, ma Fille.
A Meaux, ce 28 juin 1686.
LETTRE XXIV.—A madame de Beringhen.
Sur les raisons d'accorder l’entrée du monastère à une nouvelle convertie.
Hn'yapas moyen, Madame , de refuser à madame de Chevri l'entrée qu’elle desire tant dans votre maison, où j'espère qu’elle aura trouvé le commencement de son salut. Elle à fait sa confession aussibien qu'on le pouvoit desirer d’une personne qui jusque ici n’a rien su ni jamais pensé à une si importante
… acüon. Continuez-lui votre charité, et croyez, Madame , que je suis à vous de tout mon cœur.
À Germigny, ce {er juillet 1686.
LETTRE XXV.—A Ja supérieure des Ursulines de Meaux.
Raisons qui ne permettent pas qu’un ancien confesseur de la maison voie des religieuses qui le demandoient.
J'ai lu, ma Fille, avec beaucoup d'attention votre lettre , celle de la mère dépositaire , et les deux de M. André. Après y avoir fait devant Dieu une sérieuse réflexion, je ne trouve point
à propos ce voyage de M. André, qui ne pourra que réveiller le trouble des esprits, et sera trop court pour l’apaiser. C’est peu pour celles qui se persuadent d’avoir besoin de son secours, de ne le voir qu'en passant : les autres qui auroient le même desir, se feront mille sujets de plainte de l'impossibilité où du -refus; en un mot, c'est occasionner de nouvelles affaires. Je suis satisfait au dernier point des dispositions que je vois dans la mère dépositaire : elles sont selon Dieu et selon mon cœur, qui en cela, j'ose le dire , est selon Dieu.
Je parlerai, s’il est nécessaire, à M. André; mais comme ce qu'il témoigne le plus desirer c’est un témoignage de sà conduite, le mien sur ce point lui doit tenir lieu de tout ; et afin qu'il l’ait aussi authentique qu’il le pourra desirer, je vous envoie celte lettre ouverte que vous ou la mère dépositaire pouvez lui envoyer.
Vous pouvez dire aussi à la sœur de la ***, que le desir qu'a M. André de la mettre en repos une bonne fois, est très louable, mais impossible : on ne finit pas en une fois de telles peines. Je prendrai soin d'elle; et si elle a à recevoir quelque soulagement dans les angoisses ou Dieu permet qu'elle tombe,
ce ne peut être par ce qui passe; c’est un secours permanent dont elle a besoin.
LA
Ceci sera commun , s’il vous plaît, à vous et à la mère dé— positaire; le surplus sera pour la mère assistante. J'aurois fort desiré de la voir avant mon départ , et d'entendre d'elle même ce qu’elle vous à dit, qui est l’abrégé pour elle de ce qu’elle doit présentement à Dieu. L'abandon à la Providence et à la conduite des supérieurs pour l'avenir, et à l'égard des choses passées faire tout nouveau, selon la parole de PEpoux dans l’Apocalypse !; voilà ce que Dieu veut. Tout à vous en Ja charité de notre Seigneur.
À Meaux, ce 18 juillet 1656.
LETTRE XXVI.— À madame de Beringhen.
Sar certains ornements mondains qu’on vouloit introduire à Faremoutier.
Je recois, Madame, avec joie, les continuels témoignages de vos bontés. M. Rueil se ressentira dans l’occasion de l'affection que vous avez pour son avancement , et du bon témoignage que vous donnez à sa verlu. Je consens que vous receviez madame le Boussi, prieure de Bray. Quant au balcon sur lequel vous souhaitez que je vous fasse réponse, je vous dirai franchement que ces ornements mondains ne conviennent pas à la simplicité d'un monastère, et que vousne les devez pas souffrir, Tout à vous de tout mon cœur, Madame et très chère Fille. =
A Meaux, ce 19 septembre 1686. k.d
LETTRE XXVII.—A la même.
* L 4 $ sa Sur une sœur qui faisoit les écoles, la liberté qu’il vouloit qu’on laissât aux Sœurs pour leur conscience.
Vous pouvez dire, Madame, à la sœur Berin, qu'elle ne doit point hésiter de donner la quittance en la forme qu'on lalui demande; parce que sa réception dans une des maisons ne dépend point de la réserve qu’elle fera de ses droits, mais de moi uniquement. Je lui donnerai sur cela toutes les sûüretés qu’elle pourra desirer : elle n’a qu’à bien travailler et demeurer en repos. Je suis plus en peine de ce qu'on m'a dit qu'elle avoit rebuté madame Vaillant sa compagne , en la voulant astreindre à son directeur. Ce n'est pas mon intention qu'on entre dans de telles contraintes ; et quoique je ne prétende pas obliger les
1 Apoc. XXI. 5.
Sœurs à se confesser au curé, je serai toujours plus aise , tout le reste égal, qu'on le préfère à tout autre; et l'esprit de ces maisons est toujours d’être attaché à la hiérarchie.
Je ne sais plus où en sont les affaires avec madame de Bonneval : il me semble qu’elles étoient en assez bon train, et qu’en l’état où M. de Chevri avoit porté les choses de part et d'autre , c’étoit assez l'intérêt commun qu’elles se terminassent selon son projet. Au retour du petit voyage que je m'en vais faire à la Cour de madame la Dauphine, je vous en demanderai des nouvelles. Il sera temps aussi de parler de madame de
… Notre-Dame, qui a enfin donné sa démission , sans qu'on ait » pu la faire changer de dessein, quelques délais qu’on apportat à l'exécution de ses anciennes résolutions.
Je ne sais si mademoiselle de Mauléon se sera acquiltée du présent qu’elle s'étoit chargée de vous faire de l’Oraison funèbre de M. le Prince : c'étoit hien son intention de le fairé quand je suis parti de Paris. Soyez, s’il vous plaît, toujours bien persuadées, vous et madame votre sœur, de mon amitié très sincère.
À Meaux, ce lundi de la Pentecôte.
LETTRE XXVIIT. — A la même,
Li Sur un orage qu'il avoit essuyé ; et les visites qu’il se proposoit de faire.
… Ilest vrai, Madame, qu'au retour de Faremoutier nous eûmes tout loisir de dire : À fulgure et tempestate libera nos, Domine. Tout le ciel étoit en feu de toutes parts: la pluie tom boit à verse; la nuit survint bientôt, et on n’avoit de lumière que par les éclairs : mais enfin par les prières de sainte Fare ef de ses Filles, nous arrivâmes heureusement à l'Hermitage. Le lendemain on s’y reposa : on va aujourd'hui à Nanteuil conclure une mission. Lundi on reviendra faire sa volonté à Germigny un jour ou deux : ensuite .on ira aux conférences voisines; et samedi on pourra faire un tour à Versailles, pour revenir à la saint Etienne. Voilà, Madame, tout le projet.
Madame de Notre-Dame, au lieu de se faire saigner, feroit mieux de s'épargner davantage, jusqu'à ce que sa santé soit parfaitement rétablie. Mais en cela je me plains de son peu d’obéissance , et vous n'aurez pas peu gagné si vous emportez sur son esprit de se laisser conduire sur ce point plus qu'elle n’a fait. Je suis bien obligé aux inquiétudes des grandes et des petites, et enfin tout va selon leurs vœux.
À Germigny, ce 5 juillet 1687,
LETTRE XXIX.— A la même. Sur des permissions, et sur les prières des sainis.
J'accorde la permission que vous demandez pour le père de
Ja Tour. Vous pouvez aussi, ma Fille, en cas pareil la tenir pour
. donnée aux gens que vous saurez bien approuvés, quand on n'aura pas le temps de recourir à moi. Vous voyez que je suis bien aise de ce recours, qui me donne des occasions de vous assurer de mon amitié et de mon estime.
Jene manquerai pas de vous recommander aux prières du saint homme dont vous me parlez. A ce que je vois, vous m’'observez de près ; je ne suis pas en humeur de m'en fâcher : de telles prières nous peuvent tous sanctifier ; mais il faat nousmêmes prier beaucoup, afin que les prières des saints nous profitent.
À Meaux, ce 23 août 1687.
LETTRE XXX.— Aux religieuses de la congrégation de Coulommiers. Sur le choix des postulantes , et l'importance de cette action.
Mes chères Filles, la paix et la charité de notre Seigneur soient avec vous à jamais, et qu'elles y soient en particulier dans l’action qui se présente à faire , qui est la réception ou le refus des postulantes. Après avoir vu les lettres des mères conseillères et maîtresses, et de quelques autres de vous, je n'ai qu'à laisser agir chacune des Sœurs selon les mouvements de sa conscience : prenez garde seulement de ne laisser entrer dans vos cœurs aucun esprit de parti, ni aucune pique; car l'action étant de telle importance, je vous déclare encore une fois qu'on ne peut agir par ces motifs sans péché mortel. Je défends étroitement à toutes les Sœurs, et même sous peine de désobéissance, d’user de reproches ou de censures les unes envers les autres, voulant que chacune demeure tranquille pour donner lieu au Saint-Esprit, et lui laisser gouverner son cœur. Surtout qu'on se garde bien de faire dépendre le refus ou la réception de l’une, de celle de l'autre; vu même que les qualités des sujets sont si différentes, qu'il ne paroît nulle conséquence à tirer de l’un à l’autre, et que si on le faisoit, ce ne pourroit être que paf pique.
Je suis obligé de vous dire, par l'amour que j'ai pour la
maison , qu'elle doit beaucoup aux soins de M. Chibert et de sa
famille : à la vérité ce n’est pas là une raison décisive pour conclure en faveur de sa fille, si elle avoit des exclusions essentielles; mais ce peut être un motif pour supporter certaines choses dont on peut espérer la correction. Pour ce qui est de ma sœur Grassot, je lui souhaite une entière satisfaction sans la connoître. J'estime tant le bonheur d’être retiré du monde et de vivre dans la maison du Seigneur, que j'aurois peine à en exclure personne par mon inclination. C’est à vous à examiner sous les yeux de Dieu ce qui convient aux sujets et à la maison, et à donner votre suffrage par le seul motif de la con— science , en vue de la révision qui en sera faite un Jour devant le tribunal de Jésus-Christ. Tous les jours jusqu'à vendredi que l'affaire se consommera , si tout y est disposé d’ailleurs, je vous offrirai toutes à Dieu au saint autel , afin qu'il vous inspire ce qui lui est agréable.
Je ne toucherai en aucune sorte aux constitutions ni à la délibératiou que vous ferez, à moins que je ne reconnoisse que les constitulions aient été violées ; ce que je ne présume pas, etne croirai point aisément. Suivez-les en toutes.choses avec une pleine liberté d’esprit et de cœur; et gouvernez-vous de telle manière que j'aie sujet de rendre grâces à Dieu de votre conduite, et de vous en donner à toutes de justes louanges, Je prie, mes Filles, notre Seigneur qu'il soit avec vous.
À Germigny, ce 10 septembre 1687.
LETTRE XXXI.— À madame de Tanqueux.
Sur quelques filles des nouveaux convertis, et.la manière dont on dévoit les traiter,
On a trouvé bon, Madame , qu’on rendit les filles de Saey à leurs parents, sous la promesse qu'ils m'out faite de les envoyer aux instructions. Vous prendrez ,.s'il vous plaît, le soin de faire payer aux Sœurs, en les rendant, la pension réglée par M. lintendant, ou convenue avec eux, Pour celle qui s’est sauvée, M. l'intendant a ordonné qu'elle seroit ramenée chez vous pour l'exemple, et que vous la retiendriez jusqu'à nouvel ordre.
On se plaint à la Ferté, que les Sœurs mettent des bâillons et des cornes aux petites filles : ces châtiments sont bons quelquefois pour leur éviter le fouet ; mais le bâillon paroît un peu rude, et en un mot:il faut épargner aux filles des convertis ce qui leur donne prétexte de plainte. La douceur et la patience
sont ici le seul moyen qui nous reste. Je suis , Madame , de tout mon cœur, elc.
À Lusanci, ce 3 novembre 1687.
LETTRE XXXII. — A Ja sœur Jeanne Guyeux, religieuse de la conggéeation à Coulommiers.
Il approuve qu'elle se serve d’une version du Bréviaire, pour entendre l'office divin.
J'approuve fort, ma Fille; que les religieuses cherchent à entendre ce qu’on dit et ce qu'elles disent dans le service divin; parce que e’est un moyen très utile pour faciliter l'attention et exciter la piété. Je ne vois rien qui vous ernpêché de vous servir de la version dont vous m’écrivez , et je vous en donne la permission , jusqu'à ce qu'étant sur les lieux, je traite avec vous plus à fond de cette affaire. à
Je loue votre soumission et vos sentiments sur la révérence qui est dué au saint siége ; mais je ne sache pas qu'il se soit rien publié en France sur ces matières depuis fort longtemps : vivez donc en repos et sans serupule. Je prie notre Seigneur qu'rf soit avec vous.
À Meaux, ce 25 juin 1688.
LETTRE XXXIIL.—Aux religieuses Ursulines de Meaux.
Il parle des différents points sur lesquels il se propose de les interroger dans la suite de sa visite.
Dans le déplaisir où je suis , mes Filles, de l'interruption de ja visite, et dans le dessein que j’ai de la reprendre le plus tôt qu'il me sera possible, Dieu me met dans le cœur de vous avertir sur quoi elle roulera principalement. Les choses sur quoi je desire que chacune de vous s'examine, et dont je veux qu'on me rende compte, sont premièrement sur le silence ; si on le garde, si on l'aime, si on est bien persuadé que c’est le gardien del’âme et la mortification de la langue, le moyen le plus nécessaire pour désarmer l'ennemi dontelle est l'instrument ,fselon saint Jacques; puisque c’est l'enfer qui Panime et qui l’enflamme : sur l'office divin, et sur l’oraison; si on y est ponctuel, si on craint de pegdre les précieux moments que l’on doit passer avec Dieu, et si on les emploie utilement sous ses yeux : sur la charité qui doit être entre les Sœurs; si on sait se re mu
Bossuet, t, XXVIT,
tuellement comme on veut que Dieu nous supporte, et si loin de se provoquer les unes les autres à la colère , on se prévient mutuellement en honneur ; si on rend bénédiction pour emportement ou pour outrage, lorsqu'il arrive à quelqu’une de s’oublier assez pour s'y laisser aller : sur la pauvreté ; si l’on estwéritablement dépouillé de tout, et délivré à fond du desir de recevoir ou de donner, si ce n’est avec permission , et sans jamais se fâcher d’être refusé : sur les directions ; si on entre véritablement dans l'esprit d'unité, ne desirant de communiquer avec des hommes spirituels que dans les cas marqués dans les constitutions, c’est à dire, lorsque les besoins sont véritablement extraordinaires et connus des supérieurs, sans s’abandonner au découragement, et encore moins , ce qui seroit détestable, au murmure, lorsque on nous refuse ou qu’on nous diffère, pour entretenir l’ordre et éviter les mauvais exemples : sur J’obéissance; si on obéit de cœur, comme dit l’apôtre !, comme à Dieu, et non pas aux hommes ; si on accepte, sans répliquer et sans murmurer , les obédiences , souhaitant de suivre les ordres de la supérieure , et non pas de la faire céder à nos desirs et à nos plaintes, et en général si on pratique ce que dit saint Paul ? : Tout ce que vous avez à faire, faites-le de tout votre cœur , comme ayant à en rendre compte à Dieu, et non pas aux hommes.
Mes Filles, évitez l’oisiveté et les entretiens du monde : craignez les. parloirs, où l’on se dissipe quand d’autres raisons que le devoir indispensable vous y conduisent. Dieu soit en vous et avec vous toutes.
Jeudi matin 1688.
LETTRE XXXIV. — À madame de Tanqueux.
11 Jui envoie des règlements pour sa communauté.
J'ai revu les règlements ; il n’y aura qu’à les faire mettre au net, prendre garde à lorthographe , et en faire deux copies, dont l’une demeurera dans lés archives de l'évêché. Ma sœur Cornuau vous témoignera combien j’en suis satisfait, et le soin avec lequel j'ai tout examiné. Je vous envoie aussi mon ordonnance , dont il faudra donner copie à M. le curé, aussi bien que des précédentes, tant de celles de feu Monseigneur * d'heureuse mémoire, que de la mienne.
* Coloss. 111. 22, — ? Ibid..23. .
* M. de Ligny, prédécesseur de Bossuet.
Vous , Madame , et toutes les Sœurs verront par là combien je desire les favoriser et assurer; afin qu’elles puissent tranquillement vaquer avec vous, et sous votre conduite, au grand ouvrage de leur perfection , et de la parfaite glorification de Dieu en elles; en sorte qu’elles soient partout la bonne odeur de Jésus-Christ à la vie et à la mort. Amen, amen. Je vousprie de les assurer de mon affection , et de me croire, Madame, avec une estime particulière , ete.
A Germigny, ce 5 mai 1689.
LETTRE XXXV.—A madame de Beringhen.
Sur le père Gardeau, M. l’évêque d'El, et de. Jouarre.
Je ne pouvois pas trouver, Madame, une occasion plus favorable pour faire réponse à votre lettre, que celle du père Gardeau, curé de Saint-Etienne-du-Mont à Paris. Vous connoissez son mérite, et comme il est aussi bien persuadé du vôtre, votre entrevue ne peut être que très agréable. Il n’y à nulle difficulté de faire entrer M. l’évêque d’Eli : c'est un homme dont je connoiïs le rare mérite, et nous ne pouvons lui marquer assez de considération dans le diocèse. Je vous prie que le père Gardeau lui tienne compagnie : je voudrois bien pouvoir moi-même vous aider à faire les honneurs. J'espère vous voir lundi sans manquer, et il y a même beaucoup d’apparence que j'irai dîner à Faremoutier.
Il ne faut pas oublier la permission de confesser que demande cette dame anglaise pour ce père anglais , autant de fois et autant de temps qu’elle le souhaitera. Pour madame de Jouarre, je n’ai point d’autre raison que celle ou de m’acquitter du devoir de ma conscience, ou de connoître avec certitude que je suis déchargé : cela se passera avec toutes sortes d’honnêtetés de ma part.
A Meaux, ce 24 juin 1689. \ -
LETTRE XXXVI.—A madame de Tanqueux.
Sur la visite qu’il se proposoit de faire à la Ferté, et les communications des Sœurs avec les religieux de Rueil,
Je crois, Madame , être obligé de.vous dire que je ne pourrai aller à la Ferté-sous-Jouarre que vers la fin d'août. En attendant , je vous prie de dire à nos Sœurs qu’elles prient Dieu pour l’heureux succès de la visite, qui doit être un fondement
du bonheur de la maison, par les principes de bonne conduiie que je tâcherai d'y affermir.
Entre nous et dans le dernier secret, il est nécessaire d'insinuer à nos Sœurs qu'elle ne doivent point aller à Rueil , ni reeevoir dans la maison d'autres religieux que le père prieur. Ce n’est rien qui regarde les Filles ; mais une précaution généralé"très nécessaire pour les raisons que je vous dirai. Je pars demain pour Soissons , et espère être samedi à Meaux. Je suis, Madame, de tout mon cœur, et ayec l’estime que vous savez, efc.
A Germigny, ce 7 août 1689.
L2 LETTRE XXXVIE — A la même.
Sur les constitutions de sa commuñauté ; des avis donnés par le prélat, et la visité prochaine.
Je vous renvoie , Madame , les règlements et les constitutions" approuvées de moi : il en faudra faire une copie qui demeure dans les archives de l'évêché, :
Pour l'avis que je vous ai donné, vous ne devez pas croire que ce soit l'effet d'aucune plainte qu’on m'ait faite de la maison ; mais une précaution causée par -des connoissances que vous et vos Filles pourriez n’avoir pas. La visite sera remise au mois de septembre : je la veux faire avec loisir et attention. Je prie Dieu qu'il envoie son ange à Ja garde de M. votre fils, et qu'il écoute vos prières.
À Germigny, ce 25 août 1689.
LETTRE XXXVIL—A ja même.
Sur les changements qu'il a faits dans-leurs constitutions.
J'ai recu, Madame, avec ma sœur Cornuau , les règles avec les constitations. Les petites diversités qui étoient entre la copie et l'original corrigé de ma main, sont venues, principalement sur les règles, de ce qu'on avoit pris un livre pour un autre, J'ai réformé toutes choses-suivant que je l'avois agréé d’abord, L'article du curé.est absolument nécessaire, et J'y ai mis les iempéraments qu'il faut. Au surplus , je ne veux pas lui donner plus d'autorité que ne portent mes règlements, ni qu'il se mêle plus avant des affaires de la maison sans mon ordre exprès. J'ai trouvé , en relisant les constitutions ; qu'on-auroit pu éxiter.un
si grand détail : il y a beaucoup de choses qu'il semble mieux de laisser à l’usagé que de les écrire; et quand on écrit tant, cela est cause qu'on ne relit point, ou qu'on relit précipitamment et par manière d’acquit. C’est pourquoi je croirois , en écrivant moins, qu'on donneroit lieu à plus penser : je men remets néanmoins.à vous , cat il n’y a là rien de mauvais. Que si vous jugez à propos de décharger quelque chose de l'écrit, il ne faudra que marquer les endroits qui sercient les moins nécessaires, et les plus aisés à suppléer par la pratique : encore un coup, je remets le tout à votre prudence. J'espère que ma visite donnera la dernière forme à la maison , du moins pour le fond. Je suis, Madame ,-de tout mon cœur ; etc s
À Germigny, ce 30 août 1689.
LETTRE XXXIX.— A la même.
Sur son fils qui avoit été blessé ,.et la manière dont elle dévoit porter cet accident.
Je fus, madame, hier fort alarmé d'avoir vu dans une lettre d'un de mes amis que M. votre fils a été blessé : mes lettres d'aujourd'hui m'ont rassuré , et en le mettant au rang de ceux qui sont blessés légèrement.-Je le souhaite , et je vous prie de m'en faire écrire des nouvelles. Je prierai cependant notre Seigneur qu'il vous le conserve , et qu'il vous fasse la grace de porter ce malheur en chrétienne : c'est tout dire ,.et vous savez bien que toutes les vertus sont renfermées dans ce nom. Souvenez-vous de la sainte Vierge et de toutes ses’ dispositions, lorsqu'elle vit les blessures de ce cher et de ce divin Fils unique, qui étoit en même temps le Fils de Dieu comme le sien. Je vous mets de tout mon cœur entre ses mains maternelles, et je la prie de vous obtenir une imitation de sa résignation. Crovez, Madame, que personne ne prend plus de part que moi à vos peines. Je suis de tout mon eœur, etc. s
. A Meaux, ce 30 août 1689.
È ; LETTRE XL.—A la même. 4 2 fini promet de prier pour son fils. | Fentre , Madame , dans toutes les peines que vous me mar quez dans votre lettre; et dans ce sentiment je redoublerai les prières que je vous ai promises pour M. votre fils, afin que Dieu lui apprenne à faire sa volonté, et qu'il ait le même cœur
pour son service que pour celui de son prince. Je serai, sil plaît à Dieu, à la Ferté dans la semaine prochaine, pour y faire la visite de la maison. Je suis de tout mon cœur , etc.
A Meaux, dimanche 25 septembre 1689.
XLI. — EXTRAITS de lettres à la sœur André , de la communauté des filles charitables de la Ferté,
Sur la grâce de la visite épiscopale, les distractions , les aigreurs contre le prochain, la solitude ,-fes austérités , les tentations et l’acte d'abandon.
Quand la paix sera dans la maison, Dieu y sera, et c’est de quoi je le prie. On voit, par expérience, que la grâce de la visite épiscopale est grande ; mais il faut y être fidèle, autrement elle se perd; et il faut joindre le soin du pasteur avec l’obéissance et la docilité du troupeau; c’est ce que j'espère. Tenez-y la main, ma Fille; et pour vous, allez toujours dans votre voie. J’approuve votre conduite avec ma sœur Cornuau. Je prie notre Seigneur qu’il bénisse ma sœur Chevri : la sim— plicité et la vérité doivent être son partage.
A Meaux, ce 3 novembre 1689.
Ce que vous me mandez de la communauté et de quelques Sœurs en particulier me réjouit. Il sera utile à la maison que je l'ai bien connue, s’il plaît à Dieu. Je n’ai rien à vous répondre présentement sur les messes. Je ne partirai pas de cette ville sans avoir vu ce qu'il y aura à faire pour la supériorité. Je salue nos chères Sœurs. Il faut tâcher dans les distractions qu'il n’y en ait point dans le cœur; et que l’amour qui se sert de tout et même de ses foiblesses , demeure sans interruption.
À Paris, ce 47 janvier 1690.
Madame votre mère m'a écritsouvent qu’elle souhaitoit de me parler de son affaire. Je n’ai vu nulle utilité dans cette entrevue, parce qu’elle m'a toujours paru fort entêtée de sa prétention. Quand je verrai ouverture à quelque bien, je ne la négligerai pas ; surtout après ce que vous me marquez du péril de son salut, qui en effet est fort grand, lorque on s’emporte, comme elle fait, à dire des choses aigres contre le prochain , et qui, sans servir aux affaires , ne font que lui nuire. Je profiterai des choses que vous me faites eonnoître, pour en. traiter où il fau dra, et en chercher les remèdes.
I faut tâcher de se faire quelques heures libres et seules, où l'on puisse converser avec Dieu : mais c’est ordinairement une
tentation que de vouloir pousser à bout la solitude, puisqu'il y a si peu d’âmes qui puissent porter cet état. J'ai peine à rien décider sur les austérités, et je m'en rapporte volontiers à un confesseur discret, qui voit le fond et la suite : ainsi je n'accorde rien là dessus.
Je ne vous dis rien sur le desir d’avoir le saint sacrement, vous savez ce que j'ai dit là dessus. Ce seroit une tentation que cela se tournât en dégoût de votre vocation. Le diable se sert de tout pour nous détourner de Dieu et de notre vocation ; servons-nous aussi de tout et même des privations pour nous Y attacher...
Il entre beaucoup de tentation dans les peines de ma sœur André : il n’est pas besoin qu’elle me spécifie rien davantage ; mais que plus l'obscurité est grande, plus elle marche en foi et en soumission; plus l'agitation est violente, plus-elle s'abandonne à Dieu avec courage sans rien céder à la tentation, ni se laisser détourner de la vocation à laquelle Dieu a attaché son salut. Quand on fait ces actes d'abandon que je demande , je ne prétends pas qu'on doive sentir qu'on les fait, ni même qu'on le puisse savoir; mais qu'on fasse ce que l'on peut dans le moment , en demandant pardon à Dieu de n'en pas faire davantage. C'est à l'espérance qu’elle se doit abandonner plutôt qu'à la crainte.
A Paris, ce 26 janvier 1690.
LETTRE XLII.—A madame de Beringhen.
Sur la visite que le Dauphin avoit rendue au prélat; la mort de M. Pastel, son grand vicaire; et son attachement pour ses Filles de Faremoutier.
Il ya trop longtemps que je suis en ce pays, Madame , sans yavoir de vos nouvelles. J'envoie en apprendre et vous dire des miennes.
Hier , j'eus le bonheur d'avoir ici Monseigneur : il y arriva à cinq heures, et il voulut bien partir de Versailles de fort bonne heure pour me donser plus de temps. IL est parti ce matin à sept heures, et me voilà bien honoré.
Vous aurez su la mort de M. Pastel : c'est un redoublement de soin pour moi. Quoique j'aie mis M. Phelippeaux à sa place, et qu’il soit très capable de cet emploi, il faut quelque temps pour acquérir la croyance et l'expérience nécessaires à un si grand emploi. M. le curé de Doui m'a dit qu’on vous avoit envoyé son mémoire. Voyez, s’il vous plait, Madame , ce que
vous avez à dire. Je salue de tout mon cœur madame d'Arminvilliers. J'espère vous voir bientôt, et je ne veux pas que Jouarre ait à reprocher à mes anciennes Filles qu’elle m'obligent à le négliger. Mais aussi comment négliger Faremoutier? mon cœur y sera toujours. =
À Germigny, ce 18 mai 1690.
XLITT.— Aux Filles charitables de la Ferté-sous-Jouarre.
Il répond à leur demande d’une supérieure ; fixe les bornes de son autorité ; et les exhorte à l’obéissance.
J'ai reçu , mes Filles, la lettre que vous m'avez écrite, pour me prier de vous donnér commé supérieure ma sœur des Noyers, que les Sœurs de l’Union nous ont donnée. Je consens à vos desirs ; et sans conséquence pour les autres élections , où j'observerai les formes prescrites par vos règlements, je vous ordonne de Jui obéir comme à votre supérieure. Je n’entends pas qu’elle change rien aux règlements et constitwtions que j'ai approuvés, éomme aussi n’en a-t-elle pas le dessein : s’il y a quelque chose à faire de conséquence , elle m'en rendra compte. J'espère vous voir dans le mois prochain. Les affaires de Jouarre m'arrêtent encore ici pour quelques jours : j'aurai une Singulière consolation de trouver l’ordre et l'obéissanee , qui est la souree de l'union , bien établie. Je prie, mes Filles . notre Seigneur qu’il soit avec vous.
À Paris, ce 16 juillet 1690.
LETTRE XLIV.—A une religieuse de la congrégation, à Coulommiers.
Sur quelques permissions ; sur le bonheur qu’elle avoit eu de: concourir à la conversion d’une âme ; sur l’étude de Jésus-Christ, et l'humilité.
1 y a longtemps, ma Fille, que je devrois avoir répondu à votre lettre. Vous avez dû entendre que j’accordois les permissions que vous me demandiez, puisque vous ne receviez point de défenses contraires ni de refus. C’est mon intention d’en user ainsi dans ces sortes de choses : il n’en seroit pas de même pour de plus importantes , où il faudroit attendre un ordre exprès. | 3
Vous êtes bien heureuse d’avoir été choisie de Dieu pour concourir à la conversion d'une âme :-priez-le qu'un reflux de grâce vous convertisse vous-même. C'est un bonheur d’avoir à
souffrir des contradictions pour de tels sujets, et c’est Jà le sceau de la croix qui marque l’œuvre de Dieu.
Les conseils qu’on vous à donnés sur les résolutions de votre retraite sont très saints : faites votre exercice le plus ordinaire de ces mots sacrés du Pater : Fiat voluntas tua. Goûtez Jésus- Christ, méditez-en nuit et jour les actions, les paroles et les soutfrances ; tout y est esprit de vie. Songez bien à ce qu'il a dit : Venez à moi ; et surtout à ce qui suit : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Pour vous fonder dans l'humilité, qui est le grand remède, non seulement contre l'enflure du cœur , mais encore contre la dissipation, pénétrez cette parole de saint Paul ! : Celui qui pense qu’il est quelque chose, quoiqu’il ne soit rien, se trompe lui-méme.
J'ai besoin de prendre ici un peu de repos, après quoi je songerai à vous aller voir , et j’en ai grand desir. Je suis fâché de la peme de ma sœur du Saint-Esprit : je lui ai offert tout le secours qu'elle pouvoit attendre de moi ? mais ni moi ni M. le grand vicaire n’avons pu, pour certaines raisons, nous rendre à Coulommiers pour cela ; et je me sens encore obligé, comme je viens de vous le dire, à prendre un peu de repos.
Ma sœur de Saint-Antoine pourra vous instruire de ce qui regarde les novices et votre lettre du 3. Vous pouvez communiquer par letires avec la pensionnaire qui souhaite tant d'être au nombre des postulantes, et l’assurer de ma protection. Je prie notre Seigneur qu’il soit avec vous.
A Germigny, ce 7 septembre 1690.
P. S. Je vous permets le jeùne des samedis jusqu’à la visite, CS J =
LETTRE XLV.—A madame de Tanqueux.
Sur un règlement devisite, quelques unes des Sœurs, et les confesséurs.
Voilà, madame, le règlement de visite pour votre chère maison : vous suppléerez à ce qui y manque, par votre prudence. J'ai grande espérance que Dieu y sera servi, pourvu: qu'avec l'exercice de la charité on y cultive l'esprit de silence et de recueillement. | :
Ma sœur André revient bien, et j'espère que Dieu lui continuera, ses regards. Ma sœur Cornuau se réduit de plus en plus à l’obéissance. N'oubliez pas de dire à ma sœur Mabillon que je suis bien content d’elle, et que la première fois que j'irai à
1Gal. vi, 5.
la Ferté, elle sera la première que j'écouterai en plein loisir.
Faites, s’il vous plaît, entendre aux confesseurs l'endroit qui les touche. Je ne vous dis que de petits mots, parce que Dieu vous dit le reste. Je prie Dieu qu'il vous bénisse et votre famille qui m’est très considérable et très chère.
A Geérmigny, ce 14 octobre 1690.
LETTRE XLVI.— A la sœur André.
11 lui donne d'excellents avis pour profiter de ses fautes, et s’avancer dañs la vertu.
Dieu soit béni à jamais, ma Fille, Dieu soit béni à jamais pour les miséricordes qu’il commence à exercer envers vous : il vous rendra tout. Ce n'est pas à nous à songer à réparer le temps perdu : à notre égard il est irréparable ; mais celui dont il est écrit 1, que où le péché a abondé la gréce a surabondé, peut non seulement réparer tout le passé qu’on à perdu, mais encore le faire servir à notre perfection. Quant à nous, tout le moyen qui nous reste de profiter de nos égarements passés, c'est de nous en humilier souvent jusque au centre de la terre ef jusque au néant : mais du fond de ce néant, et du fond même de ces ténèbres infernales où sont les âmes encore éloignées de Dieu, mais repentantes, il doit sortir un rayon de bonne confiance qui relève le courage et fasse marcher gaiement dans la voie de Dieu, sans se laisser accabler par ses péchés, ni engloutir par la tristesse de les avoir commis. Cette douleur doit nous piquer jusque au vif, et non nous abattre, mais nous faire doubler le pas vers la vertu. Vivez entièrement séquestrée du monde et des affaires : vaquez à la seule affaire nécessaire, en simplicité et en silence.
Le vœu de ne jamais accepter la supériorité a dù être subordonné à celui de l’obéissance, et je ne l’accepte qu’à cette condition : mais mon esprit est de vous tenir fort soumise, fort intérieure, fort dans le silence, hors les emplois nécessaires. Domptez votre volonté, rompez-la en toutes rencontres, laissezla rompre, fouler aux pieds et mettre en pièces à qui voudra : c’est votre ennemie, et il ne doit vous importer par quel coup elle périsse : c'est un serpent tortueux qui se glisse d’un côté pendant qu’on le chasse de l’autre; c’est ce serpent dont nous devons tous écraser la tête.
: Rom. v. 20.
Ne vous informez pas si vous avez offensé Dieu, et combien, dans beaucoup d’états que vous me marquez : jetez tout à l’axeugle dans le sein immense de la divine bonté et dans le sang du Sauveur; il s’y peut noyer plus de péchés que vous n’en avez commis et pu commettre. Ne vous hâtez pas, pour cause, de faire des confessions générales, même depuis le temps que vous savez ; je vous la ferai faire, s’il le faut : en attendant, vivez en repos, puisque vous aŸez pourvu à ce qui étoit nécessaire. Dieu est si bon, si bon encore un coup, si bon pour la dernière fois à ceux qui retournent à lui, qu'on n'ose presque le leur dire ; de peur, pour ainsi parler, de relâcher les sentiments de la pénitence. Il est vrai que d'autre part il est jaloux, attentif à tout, sévère observateur de nos moindres démarehes : il faut le servir en crainte, et se réjouir devant lui avec tremblement, comme chantoit le Psalmiste ‘ : mais si la consolation et la joie de l’esprit veut dominer, laissez-la faire. Jésus est toujours Jésus : je le prie qu'il soit avec vous.
À Germigny, ce 14 octobre 1690.
LETTRE XLVII.— À madame de Tanqueux.
1] lui donne des avis sur la conduite des Filles charitables de la Ferté, dont elle étoit la mère.
Ma sœur André m'a écrit, et je vous puis dire, Madame, que loin qu’elle ait aucune peine de la saisie que nous avions résolue, elle me prie de vous obliger à la faire faire comme on en étoit convenu, et au surplus à ne lui plus parler du tout de ces affaires, qui renouvellent ses tentations et ses peines toutes les fois qu’elle est obligée à y songer. Elle me mande cela, autant qu’il me paroît, de fort bonne foi. Je ne vous dissimuleraï point qu'elle ne me paroisse peinée d’une lettre qu’elle craignoit que vous ne vissiez; d'elle à sa sœur, et d’autres papiers de confiance qu'on lui envoyoit : je suis bien persuadé que vous aurez tout fait avec votre prudence ordinaire. La grande affaire est de leur trouver une supérieure : la maison n'ira qu’à demi, tant que cette conduite lui manquera. Je suis bien résolu de m’appliquer à remédier à ce mal : jusqu’à ce que cela soit, il nous faudra supporter beaucoup de choses, et n’exiger pas la perfection tout entière d’une communauté qui n’est pas encore tout à fait formée. Cependantce qui doitvous consoler, c’est, Madame, que
Lt Ps. nn. 1.
vous trouveriez très difficilement des filles particulières mieux disposées que celles-là. Ainsi il faut attendre le moment, et ne les pas tant presser sur certaines choses de la dernière régularité, qu’elles ne peuvent pas encore porter. Je finis, Madame, en vous'assurant que je suis avec toute l'estime’ et la confiance possible, etc.
À Germigny, ce 29 octobre 1690.
LETTRE XLVIL. — A la sœur André.
I! Jui fait sentir les dangers qu’elle a courus, et l’exhorte à être fidèle à sa vocation.
Je souhaite fort, ma Fille, qu'on ne vous parle jamais des affaires qui renouvellent vos peines, et J'écris sur cela ce que je crois nécessaire à madame de Tanqueux. Je lui parle aussi des autres parties de votre lettre, et surtout de la peine que vous avez touchant celles que vous envoyez à votre sœur. Au surplus, prenez bien garde à la fidélité que Dieu vous demande, et souvenez-vous des inconvénients où vous avez pensé tomber et où vous étiez tombée en partie :. mais Dieu vous a soutenue et rappelée sur ce penchant. Epanchez done votre cœur en actions de grâces envers son infinie bonté, et soyez attentive à sa volonté, à l’ordre de sa providence et à votre vocation ; de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pis. Je pourvoirai toujours, autant que je pourrai, à vos peines, et je tâcherai de les prévenir. Je prie notre Seigneur qu'il soit avee vous.
A Germigny, ce 29 octobre 1690.
LETTRE XLIX. — A [a sœur Chevri, fille charitable ‘de la Ferté-sous— Jouarre.
Sur la manière de résister à la tentatiou; certaines vues qui se présentoient a elle daus l'oraison, la nécessité de combattre la tristesse ; et les desirs dont Dieu ne veut pas l'accomplissement.
Vous faites bien, ma Fille, de laisser passer avec indifférence les peines que vous m'avez expliquées : la tentation a gagné ce qu'elle vouloit quand on s’en embarrasse, et qu'on se détourne de la voie où Dieu nous appelle.
n'y a rien de suspect dans la voie de l'oraison à laquelle vous êtes attirée, ou plutôt dans laquelle vous êtes jetée. Ce qu'il y auroit à craindre seroit d’adhérer à ces vues des âmes privées de Dieu, si elles sont particulières; car il y auroit du
péril d'être jetée par là dans des jugements trompeurs et préjudiciables au prochain et à la gloire de Dieu : mais ces vues venant comme par force et par nécessité, il n’y à qu'à les laisser passer. Il ne faut pas se laisser plonger dans les tristesses accablantes qui en résultent; mais il y faut apporter une certaine résistance, douce pourtant, quoique forte , et toujours soumise à l’ordre de Dieu. La règle dans ces occasions est de résister doucement: en cette sorte, à ce qui peut jeter dans l'accablement ou dans le danger : que si on y est jeté par une force supérieure et inévitable, et il n'y a qu’à se laisser aller, avec une ferme confiance que Dieu qui y pousse d’un côté saura soutenir de l’autre, et que tout aura sa juste mesure. Suivez donc ‘cette lumière intérieure qui vous guide, et priez celui qui l'envoie de vous conduire intérieurement et secrètement dans les pas les plus ténébreux. e
Dieu donne souvent des desirs dont il ne veut pas donner l'accomplissement. Cette vérité est constante : il montre des voies de perfection qu’il ne veut pas toujours qu'on suive : il a ses raisons pour cela. Les âmes sont exercées par ces vues el par ces desirs ; cependant Dieu se réserve son secret.
H y a beaucoup d'apparence que ces desirs el ces vues d’être religieuse sont de ce genre; j'ose presque vous en assurer : mais néanmoins pour écouter Dieu, j'entrerai volontiers avec vous plus à fond sur cette matière. Tout ce qu'il faut éviter en cette occasion, c’est l'agitation et l'inquiétude : car partout où Dieu à un dessein, la tentation en a un autre; et si elle ne peut jeter les âmes dans des infidélités'grossières et manifestes, elle tâche de les jeter dans le trouble ; afin de resserrer le cœur , et d’en dissiper les désirs qui doivent tous être réunis au seul né— cessaire. Ecoutez donc cette parole du Sauveur : Marthe, Marthe, très inquiète , iln’y a qu'une seule chose qui soit nécessaire : Marie a choisi la meilleure part.
Cette lettre a été écrite à Meaux ; mais vous. la recevrez de Jouarre, où vous pouvez m'écrire dimanche , lundi , et mardi jusqu’à deux heures. Tout à vous en notre Seigneur
À Meaux, ce 4 novembre 1690.
LETTRE L.— A la même.
Il Jui témoigne beaucoup de bonté pour résoudre ses difficultés.
Il n’y a pas eu moyen, ma Fille, de vous parler à Jouarre, ni. même de vousy voir dansle mauvais temps qu'il faisoit : je vous
donnerai volontiers une paisible et une longue audience sur la difficulté et les desirs dont vous me parlez. Ce ne pourra être que dans l'Avent, puisque je pars samedi, pour aller faire un tour à Paris, s’il plaît à Dieu. Il n’y a rien qui presse pour cette affaire , surtout Dieu vous faisant la grâce d'attendre sans inquiétude la déclaration de sa volonté. Si vous trouvez à propos de m'écrire sur cesujet, vousle pouvez; maisil est bien pénible de s'expliquer par écritsuffisamment sur deschoses de cette nature. Faites ce que Dieu vous inspirera : s’il vous donne le mouvement de m'écrire, j'espère qu’en même temps il me donnera la grâce de vous bien entendre. Je n’ai garde de rien dire de tout ceci.
À Meaux, ce 7 novembre 1690.
LETTRE LI.—A la sœur André.
Sur le vœu de pauvreté qu’elle avoit fait, et les dispositions où elle devoit entrer.
Soyez donc pauvre à jamais comme Jésus-Christ ; j'yconsens, ma Fille, et j'en accepte le vœu. Ne craignez jamais ni de m'éerire, ni de me parler : je prendrai le temps convenable pour vous répondre , ou plutôt pour écouter Dieu qui vous répondra en moi. Dites souvent sans rien dire, dans cet intime silence et secret de l'âme : Tirez-moi , nous courrons après l’odeur de vos parfums; et encore : Venez, Seigneur Jésus, venez : c’est la parole que l'esprit dit dans l’Epouse, selon le témoignage de saint Jean. Laissez les affaires du monde, et répétez souvent aux pieds de Jésus ce que Jésus dit de Marie étant à ses pieds : Z n’y a qu’une seule chose qui soit nécessaire. Fondez-vous en douleur , fondez-vous en larmes , arrosez les pieds de Jésus , et mêlez-y la consolation avec la tristesse. Ce composé est le doux parfum des pieds du Sauveur : essuyez-les de vos cheveux , sacrifiez-lui tousles desirs inutiles. Vous ferez la confession que . vous souhaitiez, quand Dieu Je permettra. Puisse Jésus vous dire encore : Plusieurs péchés lui seront remis, parce qu’elle « beaucoup aimé. Vous voyez bien que j'ai reçu votre lettre. Cachez-vous en Dieu avec Jésus-Christ ; entendez cette parole. Dieu soit avec vous.
A Meaux, ce 10 novembre 1690.
LETTRE LII. — A madame de Saint-Étienne, religieuse Ursuline de Meaux.
Il lui marque comment elle doit conduire ses novices ; et l’exhorte à la mort N spirituelle.
Le compte que vous me rendez , ma Fille, de la disposition de vos prétendantes et de vos novices, m'a donné beaucoup de consolation. Menez-les efficacement et doucement par la voix de l’obéissance, dont le fruit principal est de tenir l'âme en re— pos dans une parfaite conformité au gouvernement établi par lessupérieurs. ,
Je suis bien aise qu’on sache profiter de la sage conduite de M. le grand vicaire. L'obligation de me suivre ne le distraira guère du diocèse , où je suis toujours en esprit, et d’où je ne m’absente que le moins possible selon le corps : ainsi il n'ya point à douter que je ne le conserve à votre sainte communauté pour supérieur.
Pour vous, ma Fille, je n’ai à vous proposer que cette mort spirituelle, qui vous rendant semblable à ce mystérieux grain de froment dont la chute jusque au tombeau a été le salut du genre humain, vous rendra en vous-même féconde en vertus, et féconde à engendrer en notre Seigneur un nouveau peuple pour la sainte maison où vous êtes. Il faut tomber, il faut mourir , il faut être humble et renoncer à soi-même , non seulement jusqu’à s'oublier, mais encore jusqu'à se haïr; car sans cela on ne peut aimer comme il faut celui qui veut avoir tout notre cœur. Je le prie, ma Fille, qu’il soit avec vous.
À Meaux, ce 19 mai 1691.
LETTRE LHI.— Aux religieuses de la congrégation, à Coulommiers.
Sur les cas où le confesseur peut priver les religieuses de la communion; et les règles qu’elles doivent suivre dans Ja fréquentation de ce sacrement : qu’elles ne doivent point faire de ce qui se passe dans le tribunal la matière de leurs conversations.
Plusieurs de vous, mes Filles, m'ont demandé la permission de communier plus ou moins que ne portent VOS constitutions. D'autres m'ont fait quelques plaintes de ce que M. votre confesseur les privoit des communions extraordinaires que la mère supérieure leur permettoit, et les obligeoit à prendre sa per-
mission expresse. Il n’est pas possible, mes Filles , que j'entre
dans les raisons particulières de priver de la communion, ou d'y admeitre. Ainsi, sans faire réponse sur ce sujet aux lettres particulières, je vous donnerai des règles que chacune pourra s'appliquer facilement. vi à ;
Pour cela il faut distinguer le cas d’indignité, qui est l'état de péché mortel , où l’on mange sa condamnation , où l'on ne discerne pas le corps du Seigneur, où enfin on s’en rend coupable, d'avec les autres cas où sans cette indignité on peut être privé de la communion ou s’en priver soi-même.
Je n'ai rien à vous dire sur le cas d'indignité : tout le monde sait qu'en ce cas on ne peut approcher de la sainte table sans l'absolution du prêtre. Si l’on doutoit qu’un péché fût mortel ou véniel , il faudroit encore recourir à lui; parce qu'il est préposé pour discerner la lèpre d'avec la lèpre , et se reposer sur SON avis,
Pour venir maintenant aux autres cas où cette indignité ne se trouve pas, le confesseur ne peut refuser la communion à celles qu’il a absoutes ; mais il peut la différer quelque peu de temps, s’il trouve qu'on ne s’y soit pas assez préparé. s |
Je n'approuverois pas régulièrement qu'on usât dans les grandes fêtes de cette sorte de délai, à cause du scandale; et parce que, absolument parlant, la disposition essentiellement requise se trouve dans ceux qui , étant sincèrement convertis , et suflisamment purifiés par la pénitence, sont hors du péché mortel par l’absolution.
Pour venir maintenant au cas de fréquenter plus ou moins la communion en état de grâce, il est certain que le confesseur étant, comme prêtre, le dispensateur établi de Dieu pour l’administration des sacrements, c’est principalement par son avis qu'il se faut régler, et ne point multiplier les communions contre sa défense au delà des jours marqués par les constitutions.
Il peut même , pour de bonnes raisons, diminuer aux particulières les communions ordinaires selon l'exigence des cas, et pour exciter davantage l'appétit de cette viande céleste en la différant ; mais, à moins de fortes raisons , cela doit être rare, parce que les constitutions ayant pour ainsi direarbitré le temps qu'on peut communier en religion , communément il s'en faut tenir à cette règle. A
Le confesseur peut ainsi imposer pour pénitence la privation de certaines communions plus fréquentes, s’il connoît par expérience que les âmes soient retenues du péché par la crainte
d'être privées du don céleste, et qu'ensuite elles y reviennent avec une nouvelle ferveur.
Il paroît, mes Filles , par toutes ces choses qui ne souffrent aucun doute, qu’on ne doit point communier contre la défense du confesseur. S’il abusoit de cette défense, et qu’il privât trop longtemps ou trop souvent des communions ordinaires celles qu’il auroit reçues à l’absolution, on s’en pourroit plaindre à l’évêque, qui est préposé pour donner, tant au confesseur qu'aux. pénitentes, les règles qu’il faut suivre. Pour ce qui regarde le détail, on voit bien que le secret de la confession ne permet pas à l’évêque d’y entrer , et qu’il doit seulement instruire le confesseur , en cas qu'il eût des maximes qui tendissent à éloigner trop légèrement de la fréquentation des sacrements, non senlement les religieuses que leur vocation met en état d’en approcher plus souvent, mais encore le reste des fidèles.
Quand il n’ya point de défense du côté du confesseur, on est libre de demander à la mère des communions de dévotion, et il n’est nullement nécessaire de demander pour cela le consentement du confesseur ; puisque d’un côté ilne s’agit que de la liberté naturelle que Dieu donne à ses enfants , et que de l’autre la constitution suppose que la supérieure connoît assez ses religieuses, pour juger s’il est à propos de leur accorder ou refuser des communions extraordinaires. Elle peut aussi priver des communions ordinaires celles qu’elle jugera à propos pour punir certaines désobéissances ou certaines dissensions entre les Sœurs, et enfin les autres fautes qui auront mal édifié la communauté.
Il faut sur toutes choses que le confesseur et la supérieure | agissent avec concert, et conviennent des maximes de conduite dont ils useront envers les Sœurs pour les porter à la perfection de leur état, et déraciner leurs défauts et imperfections. L Je ne parle point des cas auxquels le confesseur peut suspendre l’absolution, même ‘pour des péchés véniels, dont on ne prend aucun soin de se corriger; parce qu’encore que le péché véniel ne rende pas les communions indignes et sacriléges , c’est la pratique ordiriaire des Sœurs de s'abstenir par ré vérence de la communion , lorsque l’absolution leur à été différée.
Voilà, mes Filles, les règles que vous dévez suivre, et Ja conciliation de vos constitutions avec l'autorité des confesseurs. II ne faut rien craindre en suivant les constitutions, parce qu’elles
ont été approuvées par les évêques.
Il ne me reste qu'à renouveler les défenses que j'ai faites si souvent de se juger les unes les autres sur le délai ou la fréquence des communions, et de faire la matière des conversations de ce qui se passe dans le tribunal, qui doit être enveloppé dans un mystérieux secret, par respect pour un sacrement où le secret est si nécessaire, et pour ne point exposer le jugement prononcé par le prêtre, qui est celui de Jésus-Christ même, à la censure des Sœurs, qui ne peut être que téméraire; puisque ‘même le confesseur ne peutpoint rendre raison de ce qu'il fait, etnela doit qu’à Dieu seul.
Au surplus , mes chères Filles, vivez en paix, ne laissez point troubler votre repos par celles qui semblent mettre la perfection à communier , sans se mettre en peine de profiter de la communion: car je suis obligé de vous dire, et je le dis engémissant, que celles qui crient le plus haut qu’on les excommunie, sont souvent les plus imparfaites , les plus immortifiées, les moins régulières. Ne faites pas ainsi, mes Filles, et qu'on voie crottre en vous avee le desir de la communion , celui de mortifier vos passions et de vous avancer à la perfection de votre état.
Croyez-moi tout à vous, mes chères Filles, dans le saint amour de notre Seigneur. Je vous verrai sans manquer, s’il plaît à Dieu, au premier temps de loisir, et je règleraien vous écoutant, autant qu’il sera possible, ce que je ne puis régler à présent qu’en général, mais toutefois suffisamment pour mettre fin à vos peines, si vous apportez un esprit de paix à la lecture de cette lettre, et que vous en pesiez les paroles.
À Germigny, ce 26 juin 1691.
LETTRE LIV.— A madame de Tanqueux.
Sur létablissement de madame de Beauvau; dans la supériorité de la maison des Filles charitables de la Ferté.
Je vous envoie, Madame , la minute de l'acte d’établissement de madame de Beauvau, vous priant de faire remplir de son nom et du nombre des chapitres et articles des constitutions le blanc que j'ai fait laisser : aussitôt je renverrai l'acte signé et scellé pour être gardé dans vos archives.
Au reste, il ÿ a beaucoup à louer Dieu de nous avoir envoyé madame de Beauvau , sous laquelle, et par votre sainte et par-
faite correspondance ; la piété fleurit et la grâce fructifie dans notre chère maison.
Je n’ai pas encore bien examiné les livres des Sœurs, et je le ferai, s’il plaît à Dieu, au premier jour : en gros, je n’y vois rien de suspect ; mais comme je n’ai fait que parcourir le mémoire , il faut attendre une dernière résolution après un examen exact. S'il y a quelque règlement à faire, je vous prie de me le mander ; sinon il faudra remettre à la visite que je ferai dans le mois d’août, s’il plait à Dieu. Cette lettre vous sera commune avec madame de Beauvau, et il ne me reste qu’à vous assurer l’une et l’autre de mon estime et de ma confiance. Je suis, Madame, comme vous savez, ete.
À Germigny, ce 1° juillet 1691.
LETTRE LV.— Aux sœurs charitables de la communauté de la Fertésous-Jouarre, :
Sur l'établissement de madame de Beauveau, pour leur supérieure, et les avantages qu'il se promettoit de son gouvernement.
Je vous envoie , mes Filles, l'acte d'établissement de madame de Beauvau pour votre supérieure , misen bonne forme. J'ai sujet de rendre grâces à Dieu du choix qu’il m'a inspiré ; puisque la paix , le bon ordre et-le service de Dieu, avec le soin d'acquérir la perfection chrétienne s’augmente visiblement dans votre maison , depuis qu’elle en a pris en main la conduite. Vous savez que mon intention est que vous conserviez toujours à madame de Tanqueux, votre chère mère, le respect et la reconnoissance que vous lui devez en cette qualité : j'en ai dit ce qui convenoit dans l'acte que vous recevez, et autant que la brièveté de ces sortes d’actes le pouvoit souffrir. Je vous dirai en même fjemps qu'ayant appris qu'on reparloit de la sœur Saint-Mars, je me suis très bien souvenu qu’elle m’avoit ellemême demandé de se retirer de la maison , et que je l’avois accordé pour le bien commun ; en sorte qu’il ne reste plus qu'à procéder à la résolution du contrat, à quoi je consens. Au surplus, mes chères Filles, croissez en humilité et en douceur, et vivez en paix ; c’est le bien que je vous souhaite.
À Germigny, ce 1er août 1691.
ACTE d'établissement de madame de Beauvau, pour supérieure dans la communauté des Sœurs charitables de la Ferté-sous-J ouarre,
Nous , évêque de Meaux, desirant pourvoir autant qu'en nous est à l'avancement de nos chères Filles, les Filles charitables de
Sainte-Anne de la Ferté-sous=Jouarre : ce que nous avons toujours cru dépendre de l'établissement d’une supérieure actnellement résidente avec elle, qui leur fit observer les règles et constitutions que nous leur avons données , et lesunît ensemble plus étroitement sous le doux joug de l' obéissance : bien informés d'ailleurs de la piété , discrétion et capacité de notre chère Fille en Jésus-Christ, dame Marie de Beauvau, nous l'avons appelée en cette maison; et après avoir Gui la dame de Tanqueux , ci devant par nous préposée à la conduite de cette maison , établie et soutenue par ses soins ; laquellé noûs auroit déclaré que les soins qu’elle doit à sa famille ne lui permettoient pas de vaquer autant qu'elle desireroit au bien spirituel ettemporel-de ladite maison de Sainte-Anne, et nous a requis pour ce sujet d'y établir ladite dame de Beauvau, qu'elle juge la plus capable d’y accomplir l'œuvre et la volonté de Dieu: ouïes aussi en particulier nosdites Filles de la communauté-de Sainte- Anne, avons ladite dame de Beauvau, ordonnée et établie , l'ordonnons et l’établissons pour supérieure de celte communauté , tant qu'il nous plaira ; lui enjoignons par l'autorité du Saint-Esprit , qui nous à établi évêque pour régir l'Eglise de Dieu, de leur faire exactement observer lesdites règles et con stitutions ; sans y rien changer ni altérer que de notre permission et ordre exprès ; et à elles de lui obéir comme à léur légitime supérieure ; établie de notre autorité , sans préjudice de lélection que nous avons accordée à nosdites Filles et communauté , par le chapitre xx , articles 33 , 5% et 55 de leursdites constitutions ; ét pareïillement sans préjudice des honneurs et préséances, que ladite dame de Beauvau et nosdites Filles nous ont requis vouloir conserver à ladite dame de Tanqueux ; ce qué nous aurions accordé à la commune satisfaction de ladite communauté. Donné à la Ferté-sous-Jouarre , en visite, le vendredi huitième; jour de juin 4691.