ME
LETTRE LXXXII.—A la même.
Le père de Riberolles vous sera, Madame, un bon émoin Le à mo
du déplaisir où je suis de m'en retourner d’un lieu si proche de e vous, sans avoir l'honneur de vous voir : il vous en fera mes
justes et nécessaires excuses.
M. le curé est venu ici me représenter, de la part des Late
& D" en 4 RES d k Sur une mission , et l'entrée des personnes sccusières dans le monastère
tants, que la mission que nous avions résolu de leur donner incontinent après la Toussaint , leur sera plus utile durant le carème; et j'ai cédé à leurs desirs. Ainsi je remettrai à ce temps la visite que je vous dois, et je vous promets aussi de la faire plus longue : je trouverai même, s’il plaît à Dieu, le loisir de vous voir auparavant, et je vous assure de n’en perdre aucun. Je trouve partout des marques de vos bontés et de celles de madame d’Arminvilliers, dont madame de Sainte-Avoye m'a fait les très obligeantes recommandations. Nous allons donner une supérieure à ce monastère, et je prie Dieu que ce soit lui-même qui la choisisse.
Je vous envoie la permission d'entrer pour madame de Besmana. Cette lettre vue de vous lui suffira pour cela : c’est pourquoi je vous l’envoie tout ouverte. Cette dame me pardonnera si j'accorde trop tard ce que je voudrois pouvoir n’accorder jamais à qui que ce soit. Ce me seroit une grande consolation de voir la maison de sainte Fare redevenir sous votre gouvernement, selon vos souhaits, inaccessible comme elle devroit être aux personnes séculières, même pieuses et modestes. Je ne puis empêcher ttes, malgré la généralité de cette expression, d’y faire secrètement quelques exceptions, et surtout en faveur d'une personne aussi exemplaire et aussi retirée que madame de Caumartin.
A Coulommiers, ce 27 octobre 1695.
… LETTRE LXXXIII.— A la même.
Sur le jubilé, le nouvel abbé de la Trappe, et les affaires qu'on prétendoit que le prélat avoit à Rome,
Je me rends, Madame, à toutes les raisons que M. le curé me mande, et que vous approuvez, de remettre le jubilé à la quinzaine de Pâques à Faremoutier, et dans les lieux du voisinage qui sont à portée de profiter de la mission; et je mande à M. le curé de le faire savoir à sa paroisse, comme je vous prie, Ma dame, de le déclarer à votre sainte communauté.
L'abbaye de la Trappe ne perdra rien à la mort de don Zotn : le Roi a nommé dom Armand *, qui a été vingt
* Ce dom Armand est Je fameux père François Gervaise ; né à Paris en 1660 ; d’abord carme déchaussé, puis religieux , et enfin abbé de la Trappe. 11 donna sa ission en 1698, et mourut exilé à l’abbaye de Reclus, au
pi a de Troyes, le 21 septembre 1751.
ans et plus carme déchaux, professeur en philosophie et en théologie dans son ordre à Meaux , prieur dans son ordre plusieurs fois, et dans le fond un excellent homme.
Tout le monde veut que j'aie des affaires à Rome, etilne tient pas à cerlains moines qu'on ne le croie dans tout le royaume : cependant je n’en ai aucune, ni petite ni grande ; et le voyage de mon neveu n'est qu’un voyage comme celui. de cent autres jeunes abbés, résolu il y avoit déjà longtemps, et déterminé en ce temps par l'occasion du passage de M. le car dinal Cavallerini, sur les galères du grand duc. On n’a pas seulement parlé à Rome de l'affaire de Rebais, et M. le cardinal de Janson me le mande positivement : cependant on n'en veut rien croire, et je vous supplie, Madame, de n’en pas douter. Ce n’est pas à vous que je voudrois donner du galimatias; mais il n'ya rien, rien du tout, vous le pouvez croire. Le nonce même n’a rien trouvé à redire dans mon procédé : il s’est expliqué hautement sur la bulle du bénédictin de Rebais, comme d’une chose surprise. Si on savoit le soin que je prends de vous expliquer tout cela, on croiroit qu’il y a quelque chose : à tout autre qu’à vous je ne répondrois qu’en riant; mais à vous, il faut vous mettre l'esprit en repos, puisque votre bonté vous fait prendre tant d'intérêt à ce qui nous touche.
Je me réjouis d’avoir l'honneur et la consolation de vous voir.
À Paris, ce 19 mars 1696, | hs.
LETTRE LXXXIV.— A la même.
Sur la bonne réception faite à Rome à son neveu.
Vous voulez bien, Madame, qu'en vous demandant de vos nouvelles je vous en dise des nôtres. Vous serez bien aise d’ap— prendre que mon neveu à eu l'honneur de baiser les pieds au Pape, et que sa sainteté a témoigné toute sorte de bonté pour lui et pour moi : ce que je suis bien aise de faire savoir à des amis tels que vous, principalement à cause des bruits impertinents que les moines ont fait courir, que j'étois très mal avec Rome. Tout le contraire paroît par la réception qu'or fait dans toute cette Cour, et il n’y a pas eu seulement lg dre nuage, |
Le curé de Douy dit que son affaire, mise en compromis entre mes mains, demeure indécise par le défaut de la ratification des religieuses, qui en effet est nécessaire. é
Ce 25 juin 1696. - #
664 LETTRÉS LETTRE LXXXV.—A la même.
Sur la permission de sortir du monastère , que demandoit une religieuse.
J'ai reçu ici, Madame, par les mains de M. Morin, la lettre que vous m’aviez annoncée par celle que j'ai reçue à Paris. Je vous dirai franchement que je trouve le sujet de la sortie fort léger, pour aller voir le médecin de Chaudrez. S'il falloit à tous les nouveaux, ou médecins, ou charlatans qui s'élèvent, faire sortir les religieuses, la conséquence en seroit trop grande, On peut exposer le mal, et recevoir les avis nécessaires sur cet exposé. Quant à l'inspection de la personne, c’est là un de ces soulagements d'imagination, auxquelson renonce quand ons'est consacré à Dieu. Je suis à vous, Madame, comme vous savez.
À Meaux, ce 21 septembre 1696.
LETTRE LXXXVI.— A Ja même.
Il consent avec peine à la sortie de la religieuse , et l’exhorte à ne point faire à usage de sa permission,
J'ai étéà Mantes, à deux lieues du médecin de Chaudrez, et résolu, Madame, d'y aller moi-même le consulter pour notre religieuse, si je n’eusse appris que pour aucune considération il n’écoutoit aucune consultation, et vouloit voir la personne ; ce qui m'a enfin fait résoudre, par une indulgence peut-être excessive, d’accorder le congé à cette religieuse et à la compagne que vous voudrez lui donner, plutôt pour la satisfaire, que par aucune espérance de soulagement; cet homme étant incapable, autant que j'en puis juger, de lui en donner aucun. Je lui conseille donc de renoncer, pour Famour de Dieu, à cette frivole satisfaction : si elle ne peut s’y résoudre, déter— minez-lui vous-même, si vous l'avez agréable, un terme fort court; et prions Dieu tous ensemble qu’il ne m'impute pas ma facilité à péché. J'espère être lundi à la Trappe,et quatre jours après aux Clairets. Je prie Dieu, Madame, qu'il soit avec vous.
Cette lettre servira d’obédience avec la vôtre à madame de Sainte-Mevoux et à sa compagne.
A Ja Ronse, près Evreux, ce 6 octobre 1696.
LETTRE LXXXVII.— A la même.
Sur les raisons qu'elle avoit alléguées pour différer la cérémonie de sa bénédiction.
Je vous supplie, Madame, que nous nechangions rien du tout au femps que nous avons arrêté pour votre bénédiction. Ma conscience ne me permet pas de reculer davantage; ct je vous avoue que je fus un peu étonné du délai que vous me proposâtes. La raison tirée de la grille me parut si légère, que naturellement tout autre que moi l’anroit pris pour un prétexte. D'autres croiroient que vous ne faites pas l'état que vous devez d'une si sainte et si nécessaire cérémonie, où même que vous reculez à faire la profession d'obéissance, Pour moi je vous connois trop pour adhérer à ces pensées, qui, pouflant ne peuvent pas ne point passer dans l'esprit.
Pour le sermon de mademoiselle votre nièce, vous savez bien que nous avions arrêté le père de la Pause, pour joindre ensemble l’une et l’autre cérémonie. Mais de cela, Madame, vous en serez la maîtresse, et je serai de ma part très aise de vous contenter sur le père de la Ferté. Je ne vous oblige à aucune célébrité, mais seulement à ce que l'Eglise commande. Pardonnez-moi, Madame, si je vous dis si franchement toutes choses ; croyez que c’est un effet de ma sincère amitié. Je serai samedi à Meaux, où j'attendrai de vos nouvelles : je m’attends à un oui formel; car pour moi il n’y aura point dans mon discours de oui ou non, ni aucun doute.
A Paris, ce 10 juillet 1698,
LETTRE LXXXVIIT. —A Ja même.
Sur sa soumission , et des bons effets de la Relation du quiélisme.
Je n'ai, Madame, qu'à louer Dieu de la déclaration de votre obéissance pour votre bénédiction. Vos excuses m'avoient fait beaucoup de peine; parce que je les trouvois, à ne rien dissimuler, peu dignes de vous, aussi bien que peu ne. Lun obligations de ma conscience. Vous ordonnerez comme il vous plaira des prédicateurs, et je m'en repose sur vous.
Quand madame de Roquepine vous mènera madame sa bellefille, je serai très aise que vous la trailiez comme madame sa
mère. , À Je suis bien aise que la Relation vous ait contentée. Je vois
de tous côtés qu’elle a ouvert les yeux à tout le monde. Dieu soit loué de ce bon effet et du triomphe manifeste de la vérité. Nous le verrons, s’il plaît à Dieu, bientôt déclaré à Rome, où la Relation paroît avoir produit le même effet qu'à Paris et dans toute la France. Madame d’Arminvilliers me fait plaisir de me dire par vous ses sentiments, et je vous salue, Madame, toutes deux de tout mon cœur.
À Meaux, ce 13 août 1698,
LETTRE LXXXIX.— A la même.
Que la circonstance de sa bénédiction n’est pas une raison pour dispenser de la clôture; et sur l'indifférence qu’on témoigne pour cette sainte cérémonie:
Ce n'est pas une raison canonique pour dispenser de la clôture que l'assistance à une bénédiction. Vous savez bien, Madame, que c’est là mon sentiment, et qu'il faut s’en tenir aux termes du pontifical. Le saint abbé de la Trappe à qui vous déférez tant, s’est expliqué là dessus. Le diocèse ne fait rien à cela. Quand je permis à madame de Ja Vieuville de venir à la bénédiction de feu madame de Berei qui lui avoit succédé, c’étoit la ramener dans son monastère d’où j'eusse bien voulu qu'elle ne fût jamais sortie. Madame de Jouarre prendra bien cette excuse. Au lieu de me permettre le délai de la sainte cérémonie de cette bénédiction, ma conscience me reproche de l'avoir trop différée, et de ne m'être pas assez opposé à l'indifférence qu’on a à la recevoir. Ainsi, Madame, nous nous fixerons , si vous l'avez agréable, au 19 octobre, qui est le jour le plus commode à M. le Premier, aussi bien qu'à moi. Il ne me reste qu'à vous assurer vous et madame votre sœur de mes très humbles services.
. À Compiègne, ce 13 septembre 1698.
LETTRE XC.— A Ja même,
Sur la translation d'un curé à une autre paroisse, et la nomination à
Es une cure.
Il est Vrai, Madame, que je vous ai Ôté un bon curé; mais il m'étoit nécessaire au lieu où je l'appelle. Nous aurons tout loisir de conférer ensemble sur le sujet de son successeur.
Il vaque à votre nomination une cure considérable, et qui à bien besoin d’un bon pasteur : c'est celle de Moron dans votre
voisinage. Comme je sais vos intentions très pures pour fournir VEglise de bons pasteurs, je vous indique les sieurs l'Enfant et Folien, vicaires de Coulommiers, et les sieurs Landis, vicaires de Saint-Nicolas de cette ville, comme les meilleurs sujets du diocèse. Vous ne sauriez trop prendre garde à ce bénéfice, dont le dernier possesseur n’a pas été de grande édification. Je salue madame votre sœur de tout mon cœur,
À Meaux, ce 19 décembre 1699.
LETTRE XCI. — À la même.
Sur la cure de Faremoutier , et les pensionnaires qu’on proposoit à l'abbesse.
Comme j'espère, Madame, être dans peu de jours dans le diocèse, où je verrai moi-même les présentations et provisions de la cure de Faremoutier, je vous rendrai compte de cette affaire, et je vous prie seulement de charger quelque homme de créance de voir avec moi ce qui sera dans nos registres, afin de vous en instruire.
Quant aux pensionnaires qu’on vous propose, dont l’une vous convient, et l’autre non, je m'accommoderai toujours à vos sentiments, sans que vous y paroissiez qu'autant que vous le jugerez à propos; et pour cela il faudra que vous me mandiez les qualités de l’une et de l’autre, et les circonstances qui peuvent déterminer, pour fonder mon consentement ou mon refus là dessus. Je ne doute point, Madame, que vous et madame d’Ar minvilliers n’entriez dans nos sentiments sur la perte que nous avons faite de M. le procureur général, et je vous en rends grâces très humbles.
À Paris, ce 2 octobre 1700.
LETTRE XCII. — A la même.
Sur une novice, et le droit de nomination à la cure de Faremoutier.
Je viens, Madame, de recevoir votre lettre du 15 octobre : je vous envoie la confirmation de votre élection, et je retiens M. Fouquet selon votre intention. ,
Quant à la pensionnaire que vous agréez, J'y consens: Je me tiendrois honoré de donner l’habit de novice à mademoiselle d'Helicour ; mais je me réserverai plus volontiers pour la profession, si madame la comtesse de Cayeux l’a agréable. J'entendrois avec joie le révérend père général : je lui envoie tout pouvoir.
Quant à la démission, on a peine à trouver des provisions, le cas n'étant arrivé de longtemps : on cherche pourtant; et si vous envoyez à Meaux de mardi en huit, on vous donnera connoissance de tout : mais vous voulez bien que je vous dise que c’est à vous à prouver, et que faute de preuve de votre part, non seulement la présomption, mais le droit même est tout entier et incontestablement à l’évêque. Néanmoins je veux bien encore faire rechercher tous les éclaircissements qui vous peuvent être favorables, s’il s'en trouve, voulant toujours prendre avec vous les partis les plus honnêtes.
Je salue toute la bonne compagnie, et suis comme vous savez très sincèrement attaché à ce qui vous touche.
À Germigny, ce 18-octobre 1700.
LETTRE XCIIL— A la même.
Sur la nomination à la cure de Faremoutier.
Je suis bien aise, Madame, que vous ayez agréé l’expédient que j'ai pris. Il falloit finir cette affaire, et ne pas laisser plus longtemps un si grand troupeau sans pasleur : si les pièces qu'on à montrées à Meaux à M. Loyseau, sont telles qu'on me les a rapportées, elles sont plus que suffisantes : quoi qu’il en soit, c’est assez que vous ayez un bon sujet, et celui que vous avez desiré. Vos protestations vaudront ce qu’elles pourront à l'avenir : elles n'empêchent pas l'effet présent que nous souhaitions tous deux : je ne crois pas, au surplus, que vous trouviez rien que vous puissiez opposer au titre d'évêque qui se soutient seul. Je salue madame votre sœur, et suis toujours ce que vous savez. :
À Paris, ce 26 novembre 1700.
LETTRE XCIV.—A la même.
Sur une affaire qu’avoit avec l’abbaye, touchant les dixmes, le curé de Faremoutier.
M. le curé de Faremoutier est fort satisfait de vos bontés. Je vous prie de les continuer et de‘lui faire justice sur l'affaire des menues dixmes. Je lui ai expressément ordonné de ne rien entreprendre sans me rapporter auparavant une bonne consultation. Vous voulez bien que je vous dise franchement que le bruit de tout le pays est que le troupeau est au sieur Raoul.
En ce cas, votre conscience scroit chargée seule de la prétendue exemption de la dixme. Je finis, Madame, en vous assurant très sincèrement de mes services.
À Meaux, ce 20 décembre 1700.
LETTRE XCV.—A la même.
Sur une contestation que le curé avoit avec l’abbaye.
J'enverrai, Madame, au premier jour l'obédience pour madame de Saint-Bernard et ma sœur de Saint-Augustin, limitée à trois jours de séjour à Paris.
Je n’ai donné aucun ordre à M. le curé, que de n’entreprendre aucun procès qu'avec bonne consultation dont il m'aura rendu compte. Pour dire autre chose, il faudroit que je fusse instruit d'un droit certain, ce que je ne sais pas ; et en ce cas je ne ferois rien qui vous regardät sans vous en parler auparavant ; cela étant du devoir paternel, de la satisfaction que j'ai tout entière dé vous, et de l’amitié qui est entre nous de tout temps.
À Paris, ce 15 février 1701.
LETTRE XCVI,—A Ja même,
Sur la translation d’une religieuse à une moindre observance.
Vous voyez bien, Madame, que je ne me presse pas d’envoyer mon obédience, et que j'ai attendu de votre part les éclaircissements que j'ai reçus par votre lettre du 8. Je. suis donc déjà déterminé à ne point donner d'obédience pour la sœur de Saint-Augustin. La grande difliculté est de savoir si l'on peut passer à une moindre observance. Jusque ici je ne le crois pas : j'y aviserai pourtant. Je ne sais pas aussi quel secours on attend de vous pour le temporel, et je vous prie de vous expliquer sur ce sujet un peu davantage; car la sœur de Saint-Bernard m'en écrit aussi. Vous verrez la réponse que je lui fais : pour le choix de la religieuse qui pourra l'accompawner, je m'en rapporte à vous, et serai toujours disposé, Madame, à ne rien faire qui ne vous contente.
A Paris, ce 25 février 1701. ee"
LETTRE XCVIIL.— A la même. ,
Sur l'entrée de quelques personnes dans l’abbaye, et les pensions de ses nicces.
Pour répondre, quoique trop tard, Madame, à vos lettres du 42 et du 24 juin, dont la dernière m'a été rendue un peu tard, vous ne doutez point que je n’aie beaucoup de joie de l'entrée que vous donnerez à madame votre nièce et à madame de Surville, Vous y pouvez joindre madame des Goths et mademoiselle Burel, à condition qu’elles ne coucheront point au dedans.
Mon conseil ecclésiastique trouve quelque difficulté à ce que je ratifie les pensions de mesdames vos nièces. Je reverrai les écrits que j'ai sur cela, quoiqu’ils ne soient pas dans la dernière régularité. Il ne s’agit pas du fond, mais de Ja manière dont j'entrerai dans la chose, qui pourroit tirer à conséquence.
Je m'en vais dans le moment donner lobédience pour la sœur Louise Molin de Saint-Antoine, converse : peut-être ne pourra-t-on pas l'envoyer aujourd'hui. La religieuse peut partir en attendant et sur la foi de l’obédience, où je mettrai expressément que c’est sans la dispenser de la grande règle.
Je joins à la permission les deux personnes dont vous me parlez dans votre lettre du 2%, aux mêmes conditions de ne point coucher en dedans. Je retournerai pour le mois d'août, et reprendrai avec joie le dessein de vous aller voir. Je salue madame votre sœur et vos ehères nièces.
À Versailles, ce 3 juillet 1701,
LETTRE:XCVIII. — A la même.
Sur la translation d’un prêtre qu’il desiroit conserver dans le diocèse.
C’est par mon ordre, Madame, que M. Culambourg est venu ici: c'est qu’en rappelant plusieurs choses que vous m'avez dites et que j'ai apprises d’ailleurs, j'ai eru qu’il avoit de l’éloignement de servir dans les couvents, et qu'il songeoit à se retirer : c’est pourquoi ne voulant pas que le diocèse le perdit, je l'ai destiné à être ici avec nous dans l'Hôtel-Dieu. J'ai voulu savoir ses sentiments ; et comme il a témoigné que ect emploi étoit de son goût, je vous supplie, Madame, de vous Yÿ accorder; vous me ferez beaucoup de plaisir. Il pourra rester à Faremoutier huit ou quinze jours , si vous l’avez agréable , et
cependant on disposera tout ici pour le placer. Vous savez, Madame, ce que je vous suis.
À Meaux, ce 5 septembre 1701.
LETTRE XCIX.—A la même.
Sur les pensions de ses nièces qu’il avoit de la peine à approuver.
Je vous rends grâces, Madame, du renouvellement des assu= rances de vos bontés, et je vous assure que j'y réponds fidèlement. Quant à la pension de mesdames vos nièces, la difficulté de mon côté est que j'entre là dedans en les approuvant; ce qui est de conséquence pour l'exemple. J'ai revu depuis peu les papiers de cette affaire, et il est certain que lexpédient de M. Nouet n'étoit pas bon. Je prendrai nouveau conseil à Paris, et j'assemblerai quelques docteurs pour faire ce qui sera le plus favorable à votre maison , autant que la conscience le pourra permettre. Je salue madame votre sœur et mesdames yos nièces de tout mon cœur.
À Meaux ce 15 janvier 1702.
LETTRE C.— Aux Sœurs Ce la communauté de Sainte-Anne, de la Fertésous-Jouarre. k b
Il les reprend d’avoir agi sans ses ordres, pour se procurer une supérieure. ; P
Il est venu à ma conuoissance, més Filles, que quelques unes de vous prenoient des mesures pour avoir une supérieure des Filles de Sainte-Geneviève de Paris : c'est ce qu'on n’a pas dû faire sans permission. Avertissez donc celles qui se sont mélées de cette affaire , de demeurer en repos jusqu’à ce que M. votre supérieur étant arrivé, j'aie concerté avec lui ce que le bien de la maison demandera. Notre Seigneur soit avec vous, mes Filles.
À Meaux, ce 3 juin 1702, LETTRE CI.—A madame de Beringhen.
,« 11 lui recommande une jeune nouvelle convertie,
Je vous recommande, Madame, mademoiselle Croyer, qui est digne de votre protection par sa foi et par son courage. Sa piété ne peut être mieux cultivée que par des mains comme les vôtres, ni avoir un meilleur guide que vos instructions et vos
exemples. Depuis le temps qu'elle est entrée dans l'Eglise, je ne l'ai vu ni vaciller ni varier, et je n'ai point encore connu dans une si Jeune personne une plus sûre vocation. Je voudrois bien que celle de votre novice pour la vie religieuse füt aussi bonne.
"On me parle diversement du succès de la nouvelle épreuve, -et c’est de vous, Madame, que j'attends la vérité.
Puisque M. de Culambourg ne peut, à ce qu'on me dit, se résoudre pour Faremoutier, je ne veux point que le diocèse le perde : je le placerai bien, ét je vous prie de m'aider à le conserver.
QUESTIONS faites à Bossuet, par les religieuses de la Visitation, avec les réponses.
PREMIÈRE QUESTION. Comment se défaire de soi-même, puisque nous sommes toujours avec nous ?
RÉPONSE. Saint François de Sales dit, que l'amour-propre ne meurt jamais qu'avec nous, c'est à dire, avec nos corps : il faut toujours que nous sentions ses attaques sensibles et ses pratiques secrètes; mais nous devons nous beaucoup humilier, nous défier de nous-mêmes, et sans nous décourager, nous confier plemement à Dieu, en tâächant de rendre involontaires ces mouvements qui nous sont si propres et si naturels durant cette misérable vie.
SECONDE QUESTION. Qu'est-ce que porter devant Dieu à l’oraison, non seulement un fond soumis, mais un laisser faire ? Qu'est-ce que ce laisser faire ?
RÉPONSE. Ce mot signifie deux choses, le faire de Dieu et le laisser faire de la créature. Quand l’âme cesse de vouloir agir par elle-même, et qu'elle s'offre à Dieu avec des dispositions propres à recevoir l'opéralion de sa grâce ; alors elle est dans l'état que Dieu desire d’elle.
TROISIÈME QUESTION. N'est-ce point une oisiveté , que de demeurer sans rien faire, sous prétexte de laisser faire Dieu ?
RÉPONSE. Ce n’est pas ne rien faire que d’être soumis à Dieu; au contraire, c’est alors que l’on fait davantage ce qu'il veut de nous. Un arbre l'hiver ne produit rien; il est couvert de neige, tant miéux : la gelée, les vents, les frimas le couvrent tout : pensez-vous donc qu’il ne fasse rien pendant qu'il est ainsi tout sec au dehors? Sa racine s'étend, se forlilie et s’échauffe par la neige même : et quand il s’est étendu dans
ses racines, il est en état de produire de plus excellents fruits dausla saison. L'âme sèche, désolée, aride et en angoisse devant Dieu, croit ne rien faire ; mais elle se fonde en humilité, et elle s’abîme dans son néant : alors elle jette de profondes racines pour porter les fruits des vertus et de toutes sortes de bonnes œuvres, au goût de son Dieu.
Quatrième question. Quel est le moyen le plus court et le plus sûr, pour parvenir à la vraie humilité, si difficile à acquérir ?
Réponse. Saint Bernard y répond admirablement , lorsqu'il dit que le chemin à l'humilité c’est l'humiliation. Quand on se sert de tout ce qu’il y a dans la vie chrétienne de contraire à l’orgueil de l'homme, pour avancer dans la vertu, c'est assurément le chemin le plus court. Porter le fardeau de la loi de Dieu, le poids de sa divine conduite, et tout ce qu’il lui plaît de nous envoyer par sa providence ; s’anéantir sous sa main puissante ; marcher et avancer toujours ainsi dans le chemin de la vertu, et ne s'arrêter jamais, c’est le vrai moyen pour parvenir à l'humilité.
Cinquième question. L’Ecriture dit dans un endroit : Je fe— rai que vous fassiez ce qui est de mes ordonnances 1 : comment cela doit-il s'entendre ?
Réponse. I faut demander à Dieu qu’il fasse que nous marchions toujours dans ses voies par l'opération de son esprit , avec là plus humble dépendance des mouvements de sa grâce , et marcher ainsi sans discontinuer un seul moment,
Sixième question. Il est dit encore ailleurs : Soutenez les attentes du Seigneur ?.
Réponse. C'est qu'il y a des temps où Dieu veut envoyer des secours particuliers : mais il en faut attendre les moments; et l'âme doit être ferme, constante et patiente Pour soutenir cette longue attente avec la soumission et l'abandon qu’il demande d'elle.
AUTRES QUESTIONS proposées à Bossuet avec ses réponses.
Première demande. Comment peuvent s’accorder ces paroles : Dieu veut que tous les hommes soient sauvés®, avec le mystère de la prédestination ? :
Réponse. La bonté générale et paternelle de Dieu pour tous les hommes, n’empêche pas le choix particulier et spécial qu'il
1 Ezech. xxxvi, 27. — ? Eccli, 11. 3. — 3 J, Tim. Jy. 4.
Bossuet, t, xxy11,
fait de certains au dessus des autres, pour les appeler à son royaume, et en faire les membres vivants et inséparables de Jésus-Christ.
Seconde demande. De quoi sert-il de demander dans ses prières d'être du nombre des élus, puisque si nous n'en sommes pas de loute éternité, nous ne pouvons changer notre sort ?
Réponse. Quand nous demandons à Dieu ce qu'il veut de toute éternité, ce n’est pas pour le changer, mais pour nous y conformer : autrement, il ne-faudroit jamais prier; puisque Dieu sait bien ce qu'il veut faire pour toutes choses, et qu'il ne le sait et ne le veut pas d'aujourd'hui, mais de toute éternité?
Troisième demande, Comment s'accordent ces paroles de notre Seigneur en saint Matthieu, et en saint Marc t : Ceci est . mon sang, le sang du nouveau Testament, qui est répandu pour
plusieurs, avec celles de saint Paul aux Romains, chapitre v : Comme c’est par le péché d’uwseul que tous les hommes sont tombés dans la condamnation, ainsi c’est par la justice d'un seul que tous les hommes reçoivent la justification de la vie : et ces autres de saint Jean, chapitre 11 : C’est lui qui est la victime de -propitiation pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais pour ceux de tout le monde ?
Réponse. Saint Paul nous apprend que Dieu est le Sauveur de tous, mais principalement des fidèles? ; et on peut ajouter par d’autres passages, principalement des élus. Jésus-Christ est donc le prix de tous, parce qu'il n'y a personne qui ne puisse jouir du bénéfice de sa rédemption : mais il y en a plusieurs pour qui il s'offre par une prédilection particulière et avec effet ; et ce sont ceux-là qu'il appelle plusieurs. En un mot, il s'offre pour tous, mais principalement pour ceux qui par une foi sm-
cère reçoivent le fruit de sa mort; et celte foi, c’est lui qui la donne. |
Quatrième demande. Si Jésus-Christ n’a répandu son sang efficacement que pour les élus, personne n'étant assuré d'être de ec fortuné nombre, comment peut-on croire et dire qu’il est mort pour soi en particulier ?
Réponse. Tous ceux qui sont baptisés, {ous ceux qui recoivent les sacrements, et qui tchent de les bien recevoir, sont assurés dès là que Jésus-Christ est mort pour eux; puisque tout cela n’est qu'un effet et une application de sa mort : mais la vraie marque qu'on a en soi-même que Jésus-Christ est
? Matth. xxvi. 28. Marc. x1Y. 24. — 2? T'Tim. 1v- 10°
mort pour soi en particulier, c’est de faire ce qui, lui plait, d'attendre tout de sa grâce, et de s’abandonner entièrement à son infinie bonté.
Cinquième demande. Les raisonnements que j'ai faits malgré moi; ont produit un très grand trouble dans mon esprit : car d’après ceux que je viens de marquer, je.me suis trouvée dans l'impossibilité de m'occuper d'aucun mystère, à cause des réflexions qui me viennent; et même je me suis trouvée insensible à tous les mystères par ce principe. Que si je n’étois pas du nombre des élus, Jésus-Christ ne les avoit pas opérés pour moi. Vous voyez que tout cela conduità de grandes inquiétudes, et empêche entièrement les sentiments de reconnoissance et d'amour.
Réponse. Ces pensées, quand elles viennent dans l'esprit, et qu'on ne fait que de vains efforts pour les dissiper, doivent se terminer à un abandon total de soi-même à Dieu, assuré que notre salut est infiniment mieux entre ses mains, qu'entre les nôtres; et c’est là seulement qu’on trouve la paix. C’est là que doit aboutir toute la doctrine de la firédestination, et ce que doit produire le secret du souverain maître qu’il faut adorer, et non pas prétendre le sonder. Il faut se perdre dans cette hauteur et dans cette profondeur impénétrable de la sagesse de Dieu, et se jeter comme à corps perdu dans son immense bonté, en attendant tout de lui, sans néanmoins se décharger du som qu'il nous demande pour notre salut. |
Sixième demande. I y alongtemps que je suis tourmentée de ces réflexions, que j'ai tâché de dissiper; en croyant en général tout ce que l'Eglise croit : mais je trouve que cela me cause tant de peines dans le temps où je devrois être tout. occupée de Dieu, que je me’suis crue obligée de vous exposer. tontes mes difficultés, et de vous supplier de me les résoudre.
:. Réponse. La fin de ce tourment doit être de vous abañdonner à Dieu, qui par ce moyen sera obligé par sa bonté et par ses promesses de veillersur vous. Voilà le vraidénouement pour nous, durant le temps de cette vie, de toutes les pensées qui niennentsur la prédestination : après cela il se faut reposer, non sur soi, mais uniquement sur Dieu et sur sa bonté paternelle. |
Septième demande. Comment s'accordent ces paroles de saint Paul aux Romains : Je trouve en moi la volonté de faire le bien ; mais je ne trouve pas le moyen de l’accomplir! ; avec ces autres : C’est Dieu qui énspire le vouloir ct le faire”.
1 Rom. val. 18. — ? Philip. 11. 13.
Réponse. On trouve dans la grâce de Dieu le moyen d'accomplir le bien, mais non pas dans toute la perfection; parce qu'on ne l’accomplit qu’imparfaitement dans cette vie, où l'on esttoujourscombattu, et où l’on a par conséquenttoujours à combattre; et parce que la grâce ne nous est donnée qu'avec mesure, et n’agit en nous que par degré, pour nous mieux faire sentir notre dépendance et nos besoins, et nous fonder dans l’humilité, 11 faut donc uniquement espérer en celui qui seul nous donne la victoire. Ainsi, lorsque on trouve le bien en soi, quelque petit qu’il soit, on doit croire que ce commencement, tel quel, vient de Dieu, et il le faut prier d'achever son œuvre, en se donnant à lui de tout son cœur, et à l'opération de sa grâce.
Huitième demande. Comment une personne qui ne connoît point en elle de grands crimes, peut-elle se dire et se croire la plus méchante des créatures, et demander à Dieu dans ses prières qu’il la retire de l’état de mort où elle est, qu'il lui rende la vie, et les autres demandes de cette nature.
Réponse. Nous portons dans notre fond le principe, la souree de tous les désordres, et la disposition à tous les péchés, auxquels nous serions livrés et précipités de l’un à l’autre, si Dieu ne nous en préservoit malgré notre pente naturelle. Ceux donc que Dieu a préservés, ont reçu un grand don; mais qui les rend plus ingrats, plus infidèles et plus coupables que les autres qui n’en ont pas reeu desi grands, si leur vie, leur reconnoissance et tous leurs sentiments ne répondent à une si grande miséricorde. Et oseroient-ils le dire et se le persuader ? Ainsi ils se doivent regarder comme les plus grands pécheurs, parce que Dieu juge de l’ingratitude d'une âme par les grâces qu’elle a reçues. On se doit aussi regarder comme coupable devant Dieu de tous les péchés dans lesquels nous tomberions, si nous n’étions soutenus : on se doit regarder comme mort devant lui ; parce que s’il nous laissoit un moment à nous-mêmes, notre perte seroit inévitable. Mais il est bon , et il ne nous abandonne point que nous ne l’abandonnions les premiers. Enfin, le salut est dans la confiance en la bonté de Dieu : qui espère en lui n’est point confondu, et on ne sauroit trop yespérer, pourvu qu’en même temps on tâche de travailler, en s'appuyant uniquement sur sa grâce qu’il nous donne abondamment, en proportion de nos desirs et de notre confiance.