‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 125 sur 245 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

passionnés pour Apollonius Tyaneus, qu'ils adorent comme un homme d'une sainteté admirable, dont les miracles sont sans nombre, et comme un dieu '. Il nous reste quelques écrits de ces philosophes, où l’on peut voir, aussi bien que dans les écrits des Pères, les artifices dont on se servoit, afin de rendre l'idolàtrie spécieuse, On peut voir aussi ce que dit saint Augustin de ces faux sages, que leur curiosité et leur orgueil jeta dans les pernicieux secrets de la magie. Porph. de abst. Aug, vu. 1x. de Civit. Eus. contra Hieroc., etc.

C'étoient ces philosophes qui animoient Dioclétien et les autres princes contre les chrétiens. Un d'eux est marqué par Lactance *, comme un des principaux instigateurs de la persécution : l’autre n’animoit pas moins le peuple par ses discours, et les princes persécuteurs par ses flatteries, en les louant comme défenseurs de la religion des dieux *.

Une autre bête s'élever de la terre. T1 a paru en d’autres endroits de cette prophétie des prodiges dans l’air, dans le ciel, dans la mer : en voici un qui s'élève de la terre; et toute la nature est.animée d'objets merveilleux et surprenants. C'est une variété, et, pour ainsi parler, une espèce de contraste dans le tableau de saint Jean, de faire qu’une de ces bêtes s'élève de la mer, et l’autre de la terre, et qu’elies viennent à la rencontre l’une de l’autre, afin de se prêter un mutuel secours. Si néanmoins on veutentendre quelque autre mystère dans cette bête qui s'élève de la terre, je dirai que la sagesse de ces philosophes, défenseurs de l'idolâtrie, étoit cette sagesse dont parle saint Jacques, animule, terrestre, diabolique, Jac. 111. 15. N

: Qui avoit deux cornes semblables à celles de l’Agneau. Les cornes signifient la force : celle de l'Agneau consistoit dans sa doctrine et dans ses miracles. La philosophie imitoit ces deux choses : la sublimité et la sainteté de la doctrine de Jésus-Christ, par ses contemplations et ses abstinences; et les miracles de Jésus-Christ, par les prestiges dont ces philosophes, la plupart magiciens, tâchoient de soutenir leur doctrine. On sait que Julien l'Apostat, attaché à ce genre de philosophie, tâcha d'imiter l'Agneau, et d'introduire dans le

1 Vopise. in Aurel. — ? Ibid. — 3 Ibid. c. 2.

paganisme une discipline semblable à la chrétienne dans l'érection des hôpitaux, dans la distribution des aumônes, et dans la subordination et régularité des pontifes. Julian. Ep. 49, ad Arsae. Pontif. Galat. Soz. v. 15. Greg. Naz. Orat. in Jul. etc.

Si je me croyois obligé, comme quelques-uns, à trouver deux personnes dans ces cornes, je nommerois Plotin et Porphyre comme les premiers qui joignirent dans leurs écrits la philosophie et la magie, gens d’ailleurs si célèbres parmi les païens, qu’on leur dressa des autels, comme nous le verrons de Porphyre, et comme de célèbres auteurs l'ont dit de Plotin. Porph. in vit. Plot. Eunap. in Clor. Mais je crois la première explication plus naturelle : on n’est forcé de prendre les cornes pour des personnes, que lorsqu'il est ainsi marqué, comme on l’a vu dans Daniel et dans saint Jean.

Et qui parloit comme le dragon. Sous toutes ces belles couleurs et ces belles allégories dont on couvroit l’idolâtrie, c'étoit au fond toujours elle, et toujours la créature adorée à la place du Créateur : c'étoit toujours dans les écrits de ces philosophes et dans ceux de Julien, et Sérapis et la reine Isis, et Jupiter, et les autres dieux, et tout le culte du paganisme sans en rien rabattre. Il y a une lettre de Julien, où, consulté s’il falloit enseigner les dieux d'Homère et d’Hésiode, il répond, qu’ou il ne faut pas lire ces divins poëtes, ou il faut dire comme eux ; et que si on ne veut pas le faire, on n'a qu'à aller expliquer Luc et Matthieu dans les églises des Galiléens, Jul. Ep. 42. Il faut voir aussi les paroles de cet apostat dans les livres de saint Cyrille, principalement dans le vr etle vrr, et on y trouvera partout la grossière idolâtrie fort peu déguisée.

42. Elle exerçoit : le grec, Elle exerce ; comme dans toute la suite, elle séduit, elle ‘fait, etc. Saint Jean raconte en cette manière tout ce que fait cette seconde bête, c’est-àdire, la philosophie, tant sous Dioclétien que sous Julien, qui marchoit sur ses pas, comme on verra.

Elle exerçoit toute la puissance de la première bête. Rome idolâtre et ses empereurs autorisoient ces faux sages, qui animoient toutes les villes contre les chrétiens, Quelques-uns

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