CHAPITRE XIII
étoient magistrats, comme Hiéroclès, dont il a déjà été parlé, et Théoteenus sous Maximin ! : c’étoient eux qui commencoient la persécution.
Elle fit que la terre... et ceux qui l'habitent, adorérent la première bête. La bête, comme on a vu, c’est Rome idolâtre. Un des mystères de la religion romaine, c’est que Rome, qui forcoit toute la terre à l'idolâtrie, en étoit elle-même l’objet, comme on a dit. On sait qu’elle avoit ses temples où elle étoit adorée; mais ce qu’il yavoit de plus solennel, c’est qu'elle étoit adorée dans:ses empereurs à qui elle-avoit donné toute sa puissance. Personne n’ignore la lettre dé Pliné le jeune à Trajan *; et on y voit que pour éprouver les chrétiens, il leur présentoit l'image dé l'empereur avec celle ‘des dieux, afin qu'ils l'adorassent, en lui offrant de l'encens et des effusions. On voit encore dans une lettre de saint Denis d'Alexandrie *, qu'Æmilien, préfet d'Egypte, lui ordonne de sacrifier aux dieux et aux empereurs. Tout est plein d'actes semblables, où l’on voit ces deux cultes ensemble ; et on adoroit les empereurs avec d'autant plus de soumission, que c’étoient eux qui faisoient adorer les autres divinités. C’étoit là un des secrets de l'empire, et un des moyens de graver plus profondément dans l'esprit des peuples la vénération du nom romain.
11 importe de se bien mettre dans l'esprit ce point essentiel de l’idolâtrie romaine, parce que le Saint-Esprit en a fait, pour ainsi parler, tout le fondement du chapitre que nous expliquons, se plaisant à réunir toute cette fausse religion dans le culte des empereurs , qui en effet renfermoit tout, et par là nous en faisant voir le vrai caractère.
Adorérent la première bête, dont la plaie mortelle avoit élé quérie. On voit dans ces paroles que l’adoration regarde la bête comme guérie, c’est-à-dire, Julien l’Apostat, dans lequel revivoit l’idolâtrie, et l'esprit des persécuteurs : car ce prince reprit le premier dessein conçu sous Dioclétien, de ne donner aucun repos aux chrétiens, jusqu’à ce que le nom en fût entièrement éteint. Il est vrai que d’abord il n’approu-
1 Lact: v. Instit. 3. de mort, 16. Eus. 1x. 2, 8. — 2 Lib. x. Ep. 97. — 3 Eùs. vit. M.
Bossver, t, 17. 11
voit pas les cruautés de Dioclétien; mais il y entra dans la suite, et il résolut d employer contre les chrétiens, au retour de la guerre de Perse, les mêmes supplices dont s'étoit servi cet empereur, Soc. 111. 42, 19. Voilà done manifestement la bête qui revit. C’est Julien qui fait revivre les desseins de Dioclétien contre l'Église; et c’est pourquoi nous verrons dans la suite de ce chapitre, que saint Jean nous ramènera
toujours au temps de Dioclétien.
Il n’est pas ici question de comparer en eux-mêmes les caractères de Dioclétien et de Julien, qui, au fond, sont fort dissemblables. Ici, par rapport à la prophétie de saint Jean, il suffit de regarder Julien comme semblable à Dioclétien, dans le dessein de ruiner le christianisme.
Elle fit: elle, c'est la philosophie pythagoricienne, assistée de Ja magie; c'est elle qui concilioit tant de sectateurs, ou, pour mieux dire, tant d’adorateurs à Julien; car cet empereur, non content de faire revivre la cruauté de Dioclétien, fit revivre encore la doctrine de Porphyre, qui étoit venu sous Dioclétien au secours de l’idolâtrie. lamblique, un des sectateurs de ce philosophe, fut respecté de Julien, jusqu'à en être adoré comme un de ses dieux, Jul. Epist. 31, 40, etc. ad. TJambl. Maxime, de la même secte, eut un pouvoir absolu sur son esprit. L'empereur tomba, dit Socrate, dans la maladie de Porphyre, c’est-à-dire, dans ses erreurs, 111. 23. On ne célébroit que Porphyre, qui étoit le maître commun de toute la secte. Libanius, le panégyriste de Julien, mit ce philosophe parmi les dieux ‘ ; et nous apprenons de saint Grégoire de Nazianze *, qu’on écoutoit ses paroles comme celles d'un dieu. Enfin, tous les auteurs unanimement, tant les païens que les chrétiens, assurent que ce prince ne se gouvernoit que par ses philosophes et par ses devins, Eunap. in Max. Chrys., ete. Amm. Marcel. lib. xxv. Greg. Naz. Orat. in Jul.
Elle fit que la terre et ceux qui l'habitent, adorèrent la bête dont la plaie mortelle avoit été quérie. On voit ici un secret de l’histoire de Julien : c’est que Maxime et ses devins le poussèrent à usurper l’empire, en lui promettant un
3 Eunap. in Porph, Soc, ibid. — 2 Orat, 1v. 2. cont Jul.