CHAPITRE XIII
heureux succès de ses entreprises, Soc. rit. 4. Soz. v. 2. Eunap. in Max. Ce qui lui a fait dire à lui-même que les dieux lui avoient donné ce qu'ils lui avoient promis ‘. A quoi aussi regardoit saint Augustin, lorsqu'il disoit : qu'une détestable et sacrilége curiosité, c’est-à-dire, celle de la magie, où il chercha toute sa vie les choses futures, avoit flatté son ambition : de Civ. v. 24. Outre cela, il n’eut point de plus zélés partisans que les païens et les devins qui le conduisoient.
43. Et elle fit de grands prodiges : elle; c’est toujours la philosophie, soutenue de la magie, comme on a dit. Tous les écrits d’Iamblique, tous ceux de Porphyre et des autres, tant estimés de Julien, sont pleins de ces prestiges trompeurs, que le peuple prenoit pour des miracles ; et la foiblesse de Julien alloit encore au delà de celle des autres, Amm. Marc. xx, xx1I1, XXvV. On voit dans le même temps une infinité de prodiges de ces philosophes de Julien, et jusqu’à de fausses résurrections des morts, rapportées par Eunapius, in Porph. Ædes. Max. Proæres. Chrys., etc. Julien déclare lui-même la croyance qu’il avoit à ces arts, qu'il appelle saints, c'est-à-dire, à la magie, ap. Cyrill. lib. vr. cont. Jul. p. 198.
Jusqu'à faire tomber le feu du ciel... Parmi tous les faux prodiges, ou tous les prestiges que pouvoient faire les devins, c’étoit celui-ci qu’il talloit principalement remarquer, à cause que c’étoit par là que Julien s’étoit attaché à Maxime, son grand conducteur : l’histoire en est remarquable. Dans sa première jeunesse, pendant que Julien étudioit en Asie cette philosophie curieuse, et cherchoïit partout des maîtres qui la lui apprissent, un Eusèbe, jaloux de Maxime, dont la gloire effaçoit la sienne, entreprit de le décrier devant Julien en cette sorte. Ce n’est, disoit-il, qu'un imposteur qui s'amuse à des choses indignes : car un jour avec un peu d'encens et quelques paroles, il fit rire la statue de la déesse Hécaté, ct nous dit même qu'il alloit allumer les flambeaux éteints qu’elle tenoit à la main. À peine avoit-il achevé de parler, qu'une soudaine lumière alluma tous ces flambeaux. Lors-
1 Orat. ad Ethen.
que Julien eut ouï ces discours, il donna congé à celui qui lui parloit ainsi contre Maxime, et le renvoya à ses livres : car pour lui, il disoit qu'il avoit enfin trouvé ce qu'il cherchoit : et il envoya quérir Maxime, auquel il se livra. Eunap. in Max. Au resté, il n'importe pas que ces prodiges soient vrais ou faux; et pour leur attribuer de tels effets dans le style prophétique, il suffit que ces devins s’en vantassent, et qu'on les crût.
Le feu du ciel : on peut encore entendre la foudre, selon le style de l’Écriture, qui l'appelle le feu tombé duciel, Job... 16. C'étoit principalement dans l'explication des foudres et des éclairs que les devins faisoient valoir leurs présages. Ces feux, qu’ils appeloient leurs conseillers, consiliarium fulmen, sembloient venir à leur mandement, pour leur découvrir les conseils des dieux. On croyoit que, non-seulement ils interprétoient, mais encore qu'ils faisoient venir du ciel les présages fayorables. C’étoit principalement de quoi se vantoit ce grand imposteur Maxime, le principal séducteur de Julien. Lorsque les présages ne venoient pas comme ii souhaitoit, il ne laissoit pas de continuer ses opérations jusqu'à ce qu’il eût arraché des dieux ce qu’il vouloit, et en quelque façon forcé les destinées, Eunap. in Chrys. etc.
44. En ordonnant aux habitants de la terre de dresser une image & la bête, Dresser une image à la bête, c’est-àdire, aux empereurs idolâtres. C'est en ce lieu les adorer comme des dieux, ainsi que démontre le verset suivant, et le 9 du chapitre x1v. Il faut se souvenir que tout le culte idolâtre se retrouvoit dans celui qu'on rendoit aux images de l’empereur, sup. Y. 12,.et tout cela étoit figuré dans l'image d’or de Nabuchodonosor, que tout le monde adora, excepté les vrais fidèles, Dan. rrt.
À la bête, qui avoit reçu un coup d'épée, et qui néanmoins éloit en vie. C’est à cette bête, en quelque sorte ressuscitée , après avoir été blessée à mort, comme il est porté y. 3, 42, c’est-à-dire, à Julien l’Apostat, qu’on dressa cette image. On lui dressa en effet une image, où il étoit représenté avec tous les dieux ; et on obligeoit à lui offrir de l’encens dans cet état. L'histoire en est rapportée dans saint Grégoire de Nazianze,