‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 128 sur 245 · CHAPITRE XYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYII

Orat. 3, quæ est I. in Jul. et dans Sozomène, v. 47, Julien paroissoit dans cette imâge avec un Jupiter qui le couronnoit comme du haut du ciel, avee un Mercure ét un Mars, qui par les signes qu'ils fäisoienit, montroient que ce prince avoit reçu l'éloquence d'un de ces dieux, ét la valeur de l'autre. S’il n’y eût eu que l’image seule de Julien, les chrétiens n’eussent point fait de difficulté de lui rendre de très-grands honneurs, parce qu'on n’eût fait par là qu’honorer Julien, comme empereur, selon la coutume : mais y joindre les dieux, qu’on ne voyoit plus paroître depuis Constantin, avec les images des emperéurs, et y offrir de l'encens, c'étoit comme guérir la plaie de l’idolâtrie, c’étoit dresser une image à Ja bête ressuscitée. On en'peut dire autant du Labarum, lorsque Jülien en fit ôter la croix que Constantin y avoit mise. Soz. ibid.

15. Il lui fut donné pouvoir d'animer l'image de la bête, et de la faire parler. Maxime qui se vantoit, comme on vient de voir, de faire rire la statue d’une déesse, ‘pouvoit bien la faire parler. D’ailleurs, Julien faisoit sans cesse consultér les oracles d’A'pollon et des autres dieux, Theod. tr. 10. C'étoit à leurs statues que se faisoient ces consultations. Personne n’ignore celle que fit Julien à la statue d’Apollon en ce lieu célèbre auprès d’Antioche, appelé Däphné, Soz. v. 19, etc. I'ne faut donc nullement douter que lorsqu’on lui faisoit entendre ces oracles, qui lui promettoient la victoire sur les Perses, on ne lui rapportât que les dieux avoient parlé en sa faveur ; et c’étoit faire Poe leurs statues que l'on croyoit animées de la divinité même.

On lit aussi dans Ammian Marcellin un songe de Julien étant à Vienne, où ne image resplendissante qui lui apparut, lui expliqua en quatre vers grecs la mort prochaine de l’empereur Constance : ce qui suppose qu’on croyoit que les images des dieux parloient aux hommes, et que Julien vouloit qu’on crût qu'il étoit accoutumé à ces célestes entretiens, Amm. Marc. lib. xxr. 2.

C’en est assez pour faire voir que par les prestiges ou les illusions des magiciens, on regardoit les idoles et les statues des dieux comme parlantes. C'est ce que saint Jean appelle

1 Suid, verbo Julian.

246 L'APOCALYFPSE,

faire parler les images de la bête, parce qu'il renfermoit, comme on a vu, toute l'idolâtrie romaine dans celle qui regardoit le culte des empereurs et de leurs images ; et on pouvoit d’autant plus facilement confondre les images des dieux avec celles des princes, qu’on les mettoit ensemble, comme on a vu; outre qu'il est certain d’ailleurs que les. princes traitoient tellement d’égal avec les dieux, qu'ils leur donnoient leur figure et prenoient la leur ; ce qui fait qu'on voit souvent dans les médailles Julien même, sans aller plus loin, représenté en Sérapis.

Mais encore que cela soit vrai dans le littéral, le langage mystique de saint Jean nous doit faire porter la vue plus loin. C'étoit rendre en quelque sorte les statues vivantes, que de croire avec les. philosophes celles des dieux animées par leur présence. C'étoit les faire parler, que de prononcer tous les beaux discours qui en animoient le culte; et comme on a vu que l’idolâtrie se trouvoit renfermée toute entière dans les images des empereurs, où l’on voyoïit ordinairement les autres dieux ramassés; c'est, dans la sublimité de ce style allégorique et figuré des prophètes, donner la parole à ces images, que de faire voir les raisons spécieuses pour lesquelles les peuples se devoient porter à rendre les honneurs divins aux dieux qu’elles avoient autour d’elles et à ellesmêmes.

Et de faire tuer tous ceux qui n'adoroient pas l'image de la bête. 11 y avoit des ordres particuliers pour punir, comme ennemis de l’empereur, ceux qui refusoient d’adorer la statue avec les dieux qui étoient autour, Soz. ibid. Greg. Naz. ibid. Outre qu’on punissoit sous divers prétextes, et souvent même par la mort, ceux qui refusoient de sacrifier aux idoles; et si Julien sembloit épargner la vie des chétiens, ce n’étoit que pour un certain temps, puisqu'il en voua le sang à ses dieux, au retour de la guerre de Perse. Greg. Naz. ibid. Paul Oros. vit. 30. Chrys. advers. Jud.

46. Elle fera que les pctitset les grands. portent le caractère de la bête en leur main droite, ou sur leur front : elle fera qu’ils professeront l’idolâtrie, et qu'ils en feront les œuvres. Les païens, pour se dévouer à certains dieux, en

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