‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 142 sur 245 · CHAPITRE XVI. a · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. a

ce mystère d’une manière à ne nous laisser aucun doute. Après la persécution, nous eûmes, dit-il ', la guerre et la famine , et ces maux nous furent communs avec les païens. Mais lorsque tous ensemble nous eûùmes goûté un peu de repos, cette grande peste vint tout à coup, et fut pour eux le Plus extrême et le plus terrible de tous les maux ; maïs pour nous , nous la regardämes plutôt comme un remède, ou comme une épreuve, que comme une plaie; car encore qu'elle attaquêt davantage les Gentils, nous n’en fümes pas exempts. Saint Denis raconte ensuite comme, pendant que les Gentils Chassoient jusqu’à leurs amis et à leurs parents, les chrétiens, au contraire, secouroient jusqu'aux plus indifférents, et gagnoient le mal en assistant les malades. Par où nous apprenons trois choses qui semblent faites pour expliquer ce passage de l’Apocalypse : la première, que, par une bonté particulière de Dieu , la peste épargna les chrétiens plus que les autres : la seconde, que s’ils en souffrirent, ce fut plutôt en assistant ceux qui étoient frappés de ce mal, qu’en étant directement frappés eux-mêmes : Ja troisième, qu’ils le regardoient, non pas comme un fléau de Dieu, mais comme une matière d'exercer leur charité et leûür patience. Saint Cyprien, qui écrivoit dans le même temps, remarque soigneusement ce dernier point, Cyp. de mortal. Et on voit clairement par ces passages toutes les raisons que saint Jean avoit de regarder cette peste comme envoyée principalement aux infidèles.

Cette peste est sans doute celle qui avoit commencé à ravager tout l'univers quelques années auparavant, et dès le temps de la persécution de Gallus et de Volusien : mais elle reprenoit de temps en temps de nouvelles forces, et Zozime a remarqué qu’elle fut, après la prise de Valérien, et sous son fils Gallien, la plus grande, comme la plus universelle qu’on eût jamais vue, Zez. lib. 1. Treb. Poll. in Gallien.

3. Le second ange. sur la mer. Ce sont les guerres dans tout le corps de l'empire; et l’on voit toute la mer changée en sang, parce que tout nage dans le sang par tout l'empire. Comme le sang d'un corps mort : cette parole explique en-

1 Euseb. vrr. 29,

Bossver, t, 11.

core plus vivement le déplorable état de l'empire, lorsque -destitué de l'autorité qui en est l’ame, il semble n’être plus qu'un grand cadavre.

4. Le troisième ange. sur les fleuves. Les fleuves changés en sang sont les provinces ensanglantées de guerres civiles. Saint Denis d'Alexandrie nous représente dans sa ville des fleuves de sang; c’est que le préfet Emylien s’y fit tyran. Il s’en éleva trente autres en divers endroits; et trente bataillons ne suffirent pas pour les détruire, Dyon. Alex. ap. Euseb. vit. 21. Treb. Poll. in xxx. tyr.

5. Et j'entendis l'ange. Vous êtes juste, Seigneur. On voit ici que les jugements que Dieu exerce sur la terre, font le sujet des louanges que lui donnent les citoyens du ciel.

G. Parce qu'ils ont répandu le sang des saints. Onse rassasie du sang dont on est avide, principalement dans les guerres civiles, où chacun semble boire le sang de ses concitoyens.

1. J'en entendis un autre qui disoit..…. oui, Seigneur... Remarquez ici le consentement des anges à louer Dieu, et une manière admirable d’inculquer la vérité.

8. Le quatrième ange... sur le-soleil…. par l'ardeur du feu. Pour signifier les chaleurs excessives, la sécheresse, et ensuite la famine. On voit dans saint Denis d'Alexandrie le Nil comme desséché par des chaleurs brülantes. Saint Cyprien dans le même temps nous représente la famine, dont le monde fut souvent affligé, ad Demetr.

9. Et ils blasphémèrent le nom de Dieu. Au lieu de se convertir, les idolâtres rejetoient tous ces maux sur les chrétiens, Cyp. ibid. C’étoit là le plus grand mal de la plaie, que les hommes, loin d’en profiter, selon le dessein de Dieu, s’en endurcissoient davantage; ce qui paroît encore mieux ÿ. 40, 11.

10. Le cinquième ange. sur le trône de la bête. La bête, c’est, comme on a vu, Rome idolâtre : le fléau de Dieu sur Îe trône de la bête, c’est la grandeur et la majesté des empereurs ravilie; ce qui arriva lorsque Valérien vaincu et devenu esclave des Perses, servit à leur roi de marchepied pour monter à cheval; lorsqu’après sa mort, sa peau arrachée de dessus son corps, fut pendue dans leur temple, comme un.

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