‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 154 sur 245 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

ses empereurs. C’est le second caractère de ces rois destructeurs de Rome, et la marque dela décadence prochaine de cette ville autrefois si triomphante, de se trouver enfin réduite à un tel point de foiblesse, qu’elle ne puisse plus composer d’armées que de ces troupes de Barbares, ni soutenir son empire, qu’en ménageant ceux qui le venoient envahir.

Ce temps de foiblesse est très-bien marqué dans ces paroles de Procope : Alors la majesté des princes romains éloit si affoiblie, qu'après avoir beaucoup souffert des Barbares, elle ne trouvoit point de meilleur moyen de couvrir sa honte, qu'en se faisant des alliés de ses ennemis, et en leur abandonnant jusqu'à l'Italie, sous le titre spécieux de confédération et d'alliance, Procop. de bell, Goth. I. init. Le même auteur a remarqué qu'il y avoit déjà longtemps qu'on étoit tombé dans cette foiblesse, puisque-dès le temps du roi des Goths, Alaric, on avoit reçu dans l'alliance, les Syriens, les Alains et les Goths; ce qui fit, dit-il, qu'on eut beaucoup à souffrir d’Alaric, ibid. En effet, on fit avec lui divers traités, tous malheureux, pour l'empêcher de prendre Rome, Zoz. v, vr. On l’entretenoit encore d’espérances, pendant que la puissance romaine tomboit en morceaux. Saint Jérôme nous représentant les ennemis innombrables qui la déchiroïient un peu avant la prise de Rome, n’osoit nommer les Goths, que l’on comptoit encore parmi les amis. Epist. 17. ad Ageruch. Honorius avoit consenti qu'ils se missent en possession de la Gaule et de l'Espagne ; et enfin, faute d’avoir tenu cetraité, Rome périt, Jorn. de reb. Goth.

Il étoit bien visible que par ces honteux, mais nécessaires ménagements, Rome ne se sauvoit pas ; elle ne faisoit qu'un peu différer sa perte, et mettoit cependant ses ennemis dans son sein. Valens ressentit le mauvais effet d’un si foible et si dangereux conseil. Les Goths qu'il avoit reçus dans une province romaine, le firent périr : cependant il est certain qu'on les y avoit-mis pour la garder; et c’est pourquoi saint Ambroise écrivoit à l’empereur Gratien : Comment a-t-on pu croire que l'empire romain püt être en sûreté sous une telle garde? Ambr. de Fid. ad Grat. libro rr. sub fin. Outre les Alains et les Goths, on trouve encore dans

288 L'APOCALYPSE, Procope, parmi les alliés des Romains, les Hérules et les Lombards, ibid. 11. 111, c'est-à-dire, les maîtres futurs de Rome et de l'Italie. Sous Théodose le Grand et sous ses enfants, nous voyons les Francs, nos ancêtres, tenir un rang cousidérable dans l’armée romaine sous la conduite d’Arbogaste, leur chef, qui pouvoit tout dans l'empire, Zoz. 1v, etc. Les Alains et les Huns servoient contre Radagaise dans l'armée d’Honorius sous Ja conduite de Stilicon, id. lib. v, Oros. vit, ©. 39. Uldis, roi des Huns, est allié des Romains. Les mêmes agirent encore contre Alaric, Zoz. vr. Les Vandales furent reçus par Constantin dans la Pannonie, et y demeurèrent très-obéissants aux empereurs, Jorn. de reb. Goth. Les Frances, les Bourguignons, les Saxons, les Goths sont dans l’armée d’Aétius, général romain, au rang des troupes auxiliaires contre Attila, id. ibid. Et pour nous attacher aux Goths, à qui appartient principalement ou la gloire ou le déshonneur d’avoir vaincu Rome.et désolé son empire, on les voit dans les armées de Constantin, de Julien l’Apostat, de Théodose le Grand, de son fils Arcadius, Jorn. de reb. Goth. Oros. vrr. 35. Zoz.r11. Proc. de bell. Vand. 7. init. On les voit dans celles d'Honorius dont ils détruisirent l'empire; et il n’y a rien de plus exprès que ce que dit Paul Orose, que Rome fut prise par Alaric, qui éloit l’un de ses comtes, c’est-à-dire, l’un des principaux officiers de son empire, Paul. Oros. 11. 3. Ce même Alaric, le vainqueur de Rome, qui commanda sous Honorius dont il abattit l'empire, avoit déjà commandé sous Théodose dans la guerre contre Eugène. Ayant même été honoré en cette occasion des dignités romaines, Soz. virr. 10, il fut créé capitaine et général par Honorius, otpurnyès, Sozom. vit. 1v. 8, 25. Ce qui montre que les armées de ce roi goth, aussi bien que celles des autres, étoient devenues romaines. Synèse, dans son discours à Arcade, lui représente les inconvénients d’avoir tant de Barbares à la solde des Romains. Il étoit donc très-véritable que Rome, dans un certain temps marqué de Dieu , devoit être soutenue par ceux qui la devoient détruire à la fin, comme il sera dit #. 16, 17.

Prédire cet état de Rome de si loin, comme fait saint

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