‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 171 sur 245 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

lui : le dragon donne à cet empire sa grande puissance", mais plus il redouble ses efforts, plus sa défaite est manifeste. L'Eglise triomphe sous Constantin, l’idolâtrie reçoit le coup mortel. Cette puissance malfaisante que Satan avoit donnée aux persécuteurs, leur est funeste, puisqu'elle avance leur supplice en augmentant leur crime. Enfin , par un troisième Ve, il ressuscite l’idolâtrie, qui avoit recu une blessure mortelle, et il lui donne de nouveau sa puissance ?. On l'adore, comme l’auteur de cette résurrection de l’idolâtrie qui paroit miraculeuse. Par les prestiges et les faux miracles de ses devins et de ses enchanteurs, il aveugle Julien l'Apostat, qui devoit être l'instrument de sa malice, et il éblouit les peuples. Le monde est replongé dans l'idolâtrie, avec un aveuglement d'autant plus criminel, qu’il est sans comparaison plus mauvais de la relever de sa chute, que de la conserver dans sa puissance. Malgré les empereurs chrétiens qui vinrent après Julien, Satan règne dans le cœur de la prostituée, qui ne cesse d'aimer ses idoles, quoiqu’abattues et brisées ; et après le comble du crime où il la jette, il lui attire aussi le comble de la peine, et le dernier coup de foudre, par lequel son empire, qui étoit aussi celui de l’idolâtrie et du démon, étant renversé sur la terre, elle est encore précipitée dans les enfers.

Voilà l'histoire des trois Væ. Si le premier est différent des deux qui le suivent, en ce qu’il représente , à l'égard de l'Eglise, une persécution spirituelle, et même à l'égard du siècle, une plaie qu’on n’y sent pas, c’est-à-dire, la diminution de la lumière dont il devoit être éclairé, c’est que le Saint-Esprit -a voulu montrer à saint Jean toutes les sortes de jugements que Dieu a résolu d'exercer sur les infidèles, et ensemble toutes les sortes de victoires que l'Agneau devoit remporter sur le démon et le monde. Les deux autres Væ font voir le crime plus sensiblement puni; et tout enfin se termine au feu éternel.

Le dernier Væ ne paroît clairement marqué qu’à la chute de Rome, comme on a vu ?; mais il y faut rapporter tout ce

r Chap. zur. 3. —2 Ibid. 4, 11. — 5 Chap. xvr11. 10, 16, 19.

qui suit après le second. Or, le second se termine à l'endroit où les deux témoins montent au ciel ', où la persécution cesse, où l'Église paroît en grande gloire, où enfin le règne des impies est ébranlé, et ensemble Dieu glorifié par le nombre infini des conversions *. Ce temps concourt manifestement avec celui où le dragon est vaincu , où l’idolâtrie est abattue, où Ja bête recoit la plaie mortelle, et paroît tout à fait morte‘. Là se termine le second Væ; et par conséquent le troisième commence à l’endroit où la bête est ressuscitée, et où l’idolàtrie revient en triomphe sous Julien l’Apostat ‘. À ce Væ appartient donc tout ce qui suit jusqu'à la chute de Rome; et si saint Jean ne marque pas le commencement ni la fin de ce Væ aussi clairement que des autres, outre la raison commune de diversifier le style, c'est qu’il doit être aisé à un lecteur déjà instruit de trouver ce qui regarde le troisième Væ par l’analogie des deux autres qu’il vient de voir.

Le temps des trois Væ est maintenant aisé à déterminer. Le premier commence à Sévere, et finit au commencement des malheurs de Valérien. Le second , qui commence là, est poussé jusqu’ à la défaite de Maxence et des autres persécuteurs, par où l’idolâtrie est abattue, et le règne de l'Église établi, Le dernier comprend tous les attentats, depuis l’idolâtrie ressuscitée par Julien l'Apostat, avec tout ce qui est arrivé jusqu’à la fin pour les punir.

Il ne faut pas oublier ici qu'une vision répète souvent sous une figure ce qu’on aura déjà vu représenter sous une autre : car le lecteur seroit accablé des merveilles d’une vision, si on lui représentoit tout en même temps. On soulage done son attention, et on lui inculque davantage une vérité, en la lui proposant sous diverses formes : en même temps il est consolé, parce qu’un endroit lui explique l’autre, et qu’on ne cesse de lui découvrir toujours de nouveaux caractères de la chose qu’on avoit dessein de Jui montrer : comme il paroît à à l'égard de la persécution de Dioclétien, dans les chap. xt, XIT, XIII, XVII, et par la chute de Rome, dans les chapitres XIV, XVII €t XVIII.

2 Chap. xr. 12, 13, — 2 Chap. xir, 9, et suiv. — 3 Chap. xr1, 3, et suit. — 4 Ibid.

Page 1