CHAPITRE XX
garde l’autorité des anciens docteurs, nous en parlerons à la fin de ce chapitre.
. Saint Augustin nous apprend que les mille ans de saint Jean ne sont pas un nombre préfix, mais un nombre où il faut entendre tout le temps qui s’écoulera jusqu’à la fin des siècles, conformément à cette parole du Psalmiste : La parole qu'il a commandée jusqu'à mille générations’ ; ce qui ne veut dire autre chose que toutes les générations qui seront jamais. À quoi il faut ajouter la perfection du nombre de mille, très-propre à nous faire entendre tout ce long temps que Dieu emploiera à former le corps entier de ses élus jusqu'au dernier jour, à commencer depuis le temps de la prédication et de la passion de notre Seigneur; car ce fut alors que le fort armé, qui est le diable, fut lié et désarmé par un plus fort, qui est Jésus-Christ, Matth. x1r. 29. Luc. xt. 21, et que les puissances de l'enfer furent désarmées et menées en triomphe, Coloss. 11.15.
C’est donc alors que saint Jean voit le démon enchaîné : c'est de là qu'il faut compter les mille ans mystiques de la prison de Satan, jusqu’à ce qu’aux approches du dernier jour, sa puissance, qui est restreinte en tant de manières par la prédication de l'Évangile, se déchainera de nouveau pour un peu de temps, et que l'Eglise souffrira, sous la redoutable mais courte tyrannie de l’Antechrist, la plus terrible tentation où elle ait jamais été exposée. C’est là sans doute le sens véritable, comme on verra par la suite : de sorte qu’il ne faut pas croire que l’enchaînement de Satan soit quelque chose qui doive arriver après le temps de saint Jean, mais plutôt que ce grand apôtre retourne les yeux vers ce qui étoit déjà accompli par Jésus-Christ; parce que c’est le fondement de ce qui devoit arriver dans la suite, et dont ce saint apôtre alloit nous donner une image.
Quelques interprètes modernes, même catholiques, mettent avant la fin des siècles le déchaînement de Satan, et les mille ans accomplis : à quoi je ne veux pas m'opposer, pourvu qu’on regarde cette sorte d’accomplissement, et le déchaîne-
1 Aug. xx. de Civ. c. 7, et seq. — 2 Ps, iv: 8,
516 L'APOCALYPSE, ment de Satan qu'on lui attribue, comme une espèce de figure du grand et finai déchaînement dont nous venons de parler.
3. Afin qu'il ne séduisit plus les nations. I ne faut pas, entendre qu'il n’y ait plus du tout de séduction ni de tentation, puisque tant que le siècle subsistera, les hommes auront toujours à combattre Satan et ses anges ; et c’est ce qui paroîtra clairement sur les versets 7 et 8. Mais il faut en— tendre que la séduction ne sera pas si puissante, si dangereuse, si universelle, comme l'explique saint Augustin, xx. de Civ. 7, 8. (Ed. Ben. tom. 7.)
Il doit être délié pour un peu de temps. Parce qu'ainsi qu'il a été dit, la grande persécution de l’Antechrist sera courte, comme celle d’Antiochus, qui en a été la figure.
4. Je vis. des trônes.. La suite va faire paroître que ces trônes sont préparés pour les martyrs. Et les ames de ceux qui avoient eu la têle ceupée : voilà donc ceux à qui étoient préparés les trônes. Il exprime les martyrs par le plus grand nombre, qui sont les décapités. Le grec dit rexshextopévov, qui avoient eu la tête coupée avec une hache, qui avoient été frappés de la hache, comme on parloit, securi percussi ; c’étoit un supplice des Romains. Par où l’on voit que les martyrs dont il veut ici représenter la gloire et la puissance, sont ceux qui avoient souffert durant la persécution de cet empire. Saint Jean ne leur donne pas en vain ce caractère; et pour confirmer qu’il veut parler des saints martyrisés dans la persécution romaine, qui est celle qu’il a prophétisée dans les chapitres précédents, il ajoute dans ce même verset 4, que ces décapités par un coup de hache, n'avoient point adorë la bêle ni son image, et n'en avoient point reçu le caractère ; toutes choses que nous avons vu être des marques de l'idolâtrie romaine, xr11. 44, 46, 17. Il paroît donc par toutes ces raisons, que ces martyrs assis sur le trône, sont ceux qui ont souffert durant les persécutions de l'empire romain ; et le Y. 9 le fera encore mieux connoitre. Il faut aussi remarquer dans ce passage, que la persécution de la bête est distinguée de celle de Gog et de Magog, qu’on verra au ÿ. 7, puisque l'une est avant les mille ans, et l’autre après.
Les ames de ceux. Que le lecteur attentif remarque qu’on