CHAPITRE XX
ne voit ici sur le trône pour vivre et pour juger avec Jésus- Christ, que des ames seulement ; ce qui paroîtra plus clairement dans la suite, contre ceux qui reconnoissoient pour les martyrs une résurrection anticipée avant la résurrection générale.
Et ils ont vécu et régné avec Jésus-Christ. C'est pour cela qu’on leur avoit préparé des trônes. Il y a eu des martyrs incontinent après la résurrection de Jésus-Christ ; et dès lors nous les avons vus assis dans son trône, et associés à son règne, Apoc. 11. 26. 117. 21, avant la résurrection de leur corps, et en état d'ames bienheureuses, comme on vient de dire ; ce qui a aussi été expliqué, Réf. après la Préf. n. 29.
Ce règne des martyrs avec Jésus-Christ consiste en deux choses ; premièrement, dans la gloire qu’ils ont au ciel avec Jésus-Christ, qui les y fait ses assesseurs ; et secondement, dans la manifestation de cette gloire sur la terre, par les grands et justes honneurs qu’on leur a rendus dans l'Église, et par les miracles infinis dont Dieu les a honorés, même à la vue de leurs ennemis, c’est-à-dire, des infidèles qui les avoient méprisés.
Quant à ce que quelques anciens concluoient de ce passage, qu'incontinent après les persécutions et la chute de l'empire romain arrivée pour en punir les auteurs, Jésus- Christ ressusciteroit ses martyrs, et viendroit régner avec eux sur la terre; outre les autres raisons qu’on a vues et qu'on verra dans la suite, on voit encore cette opinion réfutée par l'expérience, puisque ce qui étoit prédit par saint Jean sur la destinée de l’ancien empire romain, a eu sa fin, comme on a vu, il y a plus de treize cents ans, sans que le règne de Jésus-Christ ait paru.
De s'imaginer maintenant ici avec les protestants d’autres martyrs que ceux qui ont souffert sous Rome païenne, c’est leur donner un autre caractère que celui que leur a donné saint Jean, comme on a vu : de sorte que ces faux martyrs dont on nous raconte les souffrances sous la prétendue tyrannie de la papauté, ne trouvent point ici de place ; et nous verrons ailleurs que les ministres qui nous les vantent, les ont eux-mêmes à la fin ôtés de ce rang,
Je reconnois done dans saint Jean les vrais martÿrs que Rome païenne a persécutés, que Jésus-Christ a reçus incontinent après dans le ciel pour les y faire régner avec lui, et dont il nous a manifesté la gloire avec tant d'éclat sur la terre, afin d’honorer la cause pour laquelle ils avoient donné leur vie.
Is ont vécu et régné mille ans ; durant toute l'étendue des siècles jusqu'au jour du jugement, ce qui se doit entendre de leur glorification sur la terre, et dans l'Église; car pour ce qui est du règne de Jésus-Christ et de ses saints dans le ciel, on sait qu’il n’a point de fin.
5. Les autres morts ne sont pas revenus en vie... C'est ici la première résurrection. 6. Heureux et saint est celui qui. a part à la première résurrection. Cette première résurrection se commence à la justification, conformément à cette sentence : Celui qui écoute ma parole, est déjà passé de la mort à la vie, Joan. v. 24; et à cette autre : Levez-vous, vous qui dormez dans vos péchés, ef ressuscitez d'entre les morts, et Jésus-Christ vous éclairera, Eph. v. 44. C’est donc alors que l'ame commence à ressusciter ; et cette résurrection se consomme, lorsque sortie de cette vie qui n’est qu'une mort, elle vit de la vraie vie avec Jésus-Christ : c'est la première résurrection qui convient aux ames bienheureuses, comme on à VU; car pour ce qui est de celle des corps, il n’en sera parlé qu'aux Y. 42 et 13, et jusqu'ici on n’en a vu nulle mention. Cette première résurrection est manifestée par les miracles des saints ; car on voit qu'ils sont vivants par la vertu que Dieu fait sortir de leur tombeau, ainsi que tous les Pères l'ont observé, et que Grotius l’a reconnu : et tout cela est attribué particulièrement aux martyrs, qui sont les seuls des adultes dont on est certain qu’ils entrent d’abord dans la gloire ; les seuls pour lesquels on ne fait aucunes prières, et qu’au contraire on range d’abord parmi les intercesseurs, Aug. Serm, xvur, de verb. Apost. (Edit. Bened. Serm. CLIx. de verb. Apost. n. 1. tom. v, pag. 765). Il n’y avoit d'ordinaire que les martyrs dont on fit la fète dans les églises, et qui fussent nommés dans le canon; c’étoit principalement aux tombeaux des martyrs que se faisoient les