CHAPITRE XX
miracles. Tertullien ‘ à remarqué dans les actes de sainte Perpétue*, qu’elle ne vit dans le paradis que les saints martyrs ses compagnons ; et c’est en effet ce qu’on voit encore dans les mêmes actes ; mais c’est que dans ces célestes visions, l’universalité des saints est désignée par la partie Ja plus excellente et la plus reconnue, qui est celle des martyrs. Saint Jean a suivi la même idée dans les chapitres vit, x1v, et encore dans celui-ci, comme on a vu.
Les autres morts. Saint Jean marque que les ames justes n'entrent pas toutes d’abord dans cette vie bienheureuse, mais seulement celles qui sont parvenues à un certain degré de perfection, et que saint Paul appelle pour cette raison, les esprits des justes parfaits *; ce que les saints Pères, et toute la tradition nous apprend aussi.
La seconde mort n'aura point de pouvoir sur eux. La première mort est celle où les ames sont ensevelies dans l'enfer avec le mauvais riche. La seconde mort est celle qui suit la résurrection, comme on verra au #. 43, et où l'homme entier est précipité en corps et en ame dans l'étang de feu et de soufre : Celle-ci , dit-il, est la seconde mort, ÿ. 14. Aïnsi, læœ première résurrection, 5,6, est celle, comme on a vu, où les saints mourants sur la terre, revivent en quelque façon, et vont commencer une nouvelle vie dans le ciel; et la seconde résurrection est celle où ils seront glorifiés dans le corps comme dans l’ame.
Ils régneront avec lui pendant mille ans : ils seront glorifiés sur la terre pendant toute l'étendue du siècle présent ; mais les années ne suffiront pas pour mesurer leur règne au siècle futur.
7. Après que mille ans seront accomplis, Satan sera délié; il séduira les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, dont le nombre est comme le sable de la mer. 8. Ils se répandront sur la face de la terre. X ne faut pas s’imaginer que Satan séduise tout d’un coup ces vastes nations et ces troupes dont toute la terre est couverte; il y trawailloit depuis lougtemps, puisqu'il les trouve toutes disposées à servir à ses desseins : ce qui fait voir que la séduc-
1 De anima, c. 55. — 2 Act. S. Perp. — 3 Heb, xrr. 93.
tion n’étoit pas tout à fait éteinte, mais seulement liée et bridée, principalement par rapport à l Église, selon la remarque de saint Augustin ‘, et la doctrine exposée sur le Y. 3. Ce frein imposé à la malice de Satan doit durer jusqu’au temps de l'Antechrist, vers la fin des siècles ; et alors plus déchainé que jamais, J exercera sans bornes sa séduction par des moyens inouis jusqu'alors.
Gog et Magog dans Ézéchiel, sont les nations ennemies du peuple de Dieu qui couvriront la terre, sur lesquelles Dieu fera pleuvoir du feu et dusoufre, et les consumera par ce feu dévorant. Ézéchiel, xxxvirr. 44, et xxx1x. 4, G. Ces noms déjà fameux par cette prophétie, sont ici rappelés par saint Jean, pour représenter ces nations séduites et séductrices, dont Satan se servira contre l’Église à la fin des siècles. On croit que sous le nom de Gog et de Magog *, Ézéchiel a décrit la persécution d’Antiochus, dont nous avons vu que le Saint-Esprit a choisi le temps pour être l'image des souffrances de l’Église; parce que ce prince fut le premier qui employa non-seulement la force, mais encore la séduction et l’artifice pour obliger les fidèles à renoncer à la loi de Dieu, I. Machab. 1. 14,45, 416, 34, A1, 45, etc. II. Mac. x, 1v. C'est aussi pour cette raison que ce tyran est regardé par tous les Pères comme la figure la plus expresse de l’Antechrist.
Il les assembler a au combat. 8. Ils environneront le camp des saints et la ville bien-aimée. S'il falloit prendre ici au pied de la lettre une ville où Jésus-Christ viendroit régner avec ses martyrs ressuscités et glorieux en corps et en ame, on ne sauroit plus ce que voudroient dire ces nations qui viendront assiéger la ville, où il y auroit un peuple immortel, et un Dieu qui régneroit visiblement au milieu d'eux. Il faut donc entendre iciune ville spirituelle telle qu’est l’Église E un camp spirituel, qui est la société des enfants de Dieu encore revêtus d’une chair mortelle, et dans le lieu de tentation; par conséquent aussi, une guerre et un combat spirituel, tel qu'est celui que les hérétiques ne cessent de nous livrer, et qui se redoublera à la fin des siècles avec un nouvel achar-
1 Aug. de Civ, xx. 8, — 2 Ezéch, xxxtx. 1,6, etc.