‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 182 sur 245 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Pour ne laisser au pieux lecteur, autant qu’il sera possible, aucune difficulté sur ce chapitre, je l’avertirai encore que le règne de Jésus-Christ, dont il y est parlé, se prend en diverses manières dans ce divin livre : quelquefois en un sens moins étendu pour le temps du triomphe de l'Église après les persécutions de Rome, lorsque les royaumes de la terre sont soumis à Jésus-Christ par les empereurs chrétiens, xr. 45, x11. 40 ; et quelquefois absolument, lorsque Jésus-Christ ressuscité entre sa gloire où il règne avec ses saints, eomme il est porté, Apoc. 11. 26. 117. 21. vir. 45, 46, 17. x1v. 4, 5. Et c’est manifestement, comme on a vu, du règne pris en ce sens, que se doit entendre le chapitre xx, en y joignant comme il a aussi été remarqué, la manifestation de la gloire de Jésus-Christ et de ses saints sur la terre, et la dernière consommation du règne de Dieu à la fin des siècles, lorsque tous ses ennemis seront à ses pieds, et tous ses élus recueillis.

Quant à l'opinion de ceux qui veulent que les mille ans s'accomplissent longtemps avant la fin des siècles, et qu'ils soient même déjà accomplis, j'y ai consenti, à condition que ce seroit sans préjudicier au dernier et parfait accomplissement, qui est celui qu’on vient de voir; ce qui peut-être n'empêche pas qu'il n’y ait encore d’autres termes prévus par le Saint-Esprit, où cette prédiction recevra quelque sorte d’acecomplissement.

Grotius et quelques autres font commencer les mille ans du règne de Jésus-Christ avec ses martyrs en l'an 413, lorsque Constantin fit cesser les persécutions, et qu’il établit la paix de l'Église par cent glorieux édits. Ils remarquent que depuis ce temps, lediable a eu moins de puissance pour trom-

. per les hommes ; mais que mille ans après, le treizième siècle étant écoulé, la puissance ottomane commença àse déclarer sous Orcam, fils d'Ottoman, et à peu près dans le même temps, les erreurs de Viclef, suivies de celles de Jean Hus, des hussites et des luthériens, ravagèrent l'Église.

Alors le règne-des saints, jusqu'alors si respecté par tous les fidèles, qui reconnoissoient les miracles que Dieu faisoit pour les honorer, fut attaqué par ces hérétiques, qui se mo-

quèrent de ces miracles, et de la vertu qu'on attribuoit à l'intercession des saints; et c’est là qu’ils mettent le déchainement de Satan. Ils y rapportent aussi le grand schisme de l'Occident dans le quatorzième siècle, avec les malheurs dont il fut suivi, Mais je trouve des événements plus marqués longtemps avant cette date. La puissance des successeurs de Mahomet est bien plus considérable en toutes manières, que ne le fut alors celle des Turcs; et les hérésies des Albigeois et des Vaudois furent bien plus funestes à l’Église, que celle de Viclef renfermée en Angleterre et en Bohème. Au surplus, quoiqu'il soit vrai que ses disciples aient attaqué le règne des saints, au sens que Grotius. remarque-très-bien, nous avons vu ailleurs ‘ que Viclef.et Hus en conservèrent l'invocation et les reliques : mais les Albigeois les rejetèrent, à l'exemple des manichéens leurs prédécesseurs;.et en cela. ils furent imités par les Vaudois. Qu'il nous soit donc permis de reprendre de plus haut avec saint Jean le règne de Jésus- Christ, qui, à vrai dire, commence à.sa mort et à sa résurrection. Dès lors Satan est lié, vaincu, désarmé, mené en triomphe, comme on vient de le marquer par l'Evangile et par saint Paul. Depuis ce temps, la séduction de Satan est allée toujours en diminuant par la prédication de l'Évangile : ainsi Jésus-Christ régnoit, et conquéroit les nations. Les martyrs régnoient: avec lui, en triomphant: du monde, en convertissant les peuples, en faisant des miracles inouïs jusqu’alors, et pendant leur vie, et après leur mort. Mille ans durant, l'Eglise n’a souffert aucune diminution sensible; le nom chrétien et la communion catholique subsistoient toujours partout où l'Évangile avoit été prèché. L'Afrique avoit encore des Églises: chrétiennes. L'Orient n’avoit pas encore rompu avec l'Occident ; et cependant les pays du Nord venoient en foule. La discipline se soutenoit, quoiqu’elle souffrit quelque affoiblissement, et on travailloit perpétuellement à lui rendre toute sa vigueur par les canons. Les maximes du moins étoient en leur entier, comme on le pourroit montrer par les conciles qui se tenoient alors, où l’on trouve dans le gouvernement ecclésiastique cette ancienne séve et. x Variations, Lib. xt,

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