‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 183 sur 245 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

cette ancienne vigueur du christianisme ; et les règles n’avoient point encore éte affoiblies par tant de dispenses et par tant d'interprétations relâchées; témoin les collections de Réginon, d’Atton, de Verceil, de Burchard et les autres. Sur la fin, et dans le dixième siècle, l'Église romaine souffrit un grand obseurcissement par la tyrannie des seigneurs romains, qui mettoient par force leurs enfants et leurs créatures dans la chaire de saint Pierre : mais tout cela étoit un effet de la violence plutôt que de la séduction; et Dieu, pour montrer qu’il tenoit encore Satan enchaïiné, ne lui permit pas alors de séduire les peuples, ni de faire naître en ce siècle aucune hérésie..

Après l'an mille de notre Seigneur, tout alla manifestement en diminuant, et les scandales se multiplièrent : la discipline se relâchoit visiblement : on en voyoit l’affoiblissement dans celui de la pénitence canonique. Le refroidissement de la charité prédit par notre Seigneur, Matth. xx1v. 41, 12, parut dans le schisme des Grecs, qui rompirent ouvertement avec l’Église romaine en l'an 4050, sous le pape saint Léon EX, et le patriarclie Michel Cérularius ; dans les guerres entre les papes et les empereurs ; dans les jalousies des deux puissances, et les entreprises des uns sur les autres; dans les oppositions entre le clergé et les religieux ; dans les schismes fréquents de l'Église romaine; et enfin dans le grand schisme arrivé après Grégoire XI, qui acheva de ruiner la discipline, et d'introduire la licence et la corruption dans le clergé : la foi même fut attaquée d’une manière plus couverte, et en cela plus pernicieuse que jamais, par les manichéens qui vinrent de Bulgarie. Nous en avons fait l'histoire dans le livre x1 des Variations , où l’on peut voir la muititude effroyable, les artifices et la séduction de ces hérétiques, qui,-réprimés souvent par saint Augustin, par saint Léon, par saint Gélase, et les autres papes, se cantonnèrent dans quelques provinces d'Orient, d’où ils se répandirent en Occident après l’an mille : car on les voit paroître la première fois en 4017, sous le roi Robert, et au concile d'Orléans, où ils furent condamnés au feu par ce prince, autant pour leurs maléfices et leurs sacriléges, que

pour leurs erreurs. En même temps il s’en trouve une infinité en Italie, en France, et en Allemagne. Le caractère particulier de ces hérétiques étoit d’inspirer la haine contre l'Église romaine. Cependant les manichéens, sous mille noms différents de Pétrobussiens, d’Henriciens, d'Albigeois, de Patariens, de Poplicains, et de tant d’autres, gagnoient insensiblement, Le mariage étoit défendu; les viandes que Dieu avoit créées étoient déclarées immondes par les maximes de ces hérétiques; et on y voyoit tous les caractères de cette hérésie des derniers temps, marquée si expressément dans saint Paul, I. Tim. 1v. 4. Cette peste de manichéens étoit d'autant plus dangereuse, qu'elle étoit cachée; ces hérétiques se mêlant parmi les fidèles, et y répandant leur poison, non-seulement sous l'apparence-du culte catholique, mais encore sous l'extérieur de la piété, et sous le masque de la plus fine hypocrisie,. comme one: peut voir amplement dans le lieu déjà allégué des Variations, et par les sermons 65 et 66 de saint Bernard sur les cantiques. Il n’est donc pas ici question de chercher des violences exercées par ces nouveaux persécuteurs ;. c'est une affaire de séduction et d'artifice. Ces nouveaux Gog et Magog, cette nation ennemie du peuple de Dieu, couvrit toute la face de la terre. Pour mieux porter le caractère de Gopg, ils étoient originaires de la Gogarenne, province d'Arméuie, où ils s'étoient cantonnés, et ils venoient des Bulgares, nation.scythique, dont on sait que Magog a. été la source. Partout les-églises et le camp des saints étoient assiégés et environnés par-ces hérétiques; et s’il faut de véritables combats, les guerres sanglantes des Albigeois nous en fourniront assez. Ç'a done été un prodigieux déchaînement de Satan. Rien n'empêche qu'il n’en arrive beaucoup de- semblables qui nous préparent au dernier. L’apostasie de Luther tient beaucoup de ce caractère, comme nous l’avons démontré ailleurs. Au reste, nous avons aussiremarqué qu’un des caractères des hérésies, est de n’avoir pas un temps complet ', c’est-à-dire, de durer peu, en comparaison de l'Eglise, qui est éternelle, et dont la perpétuelle stabilité est figurée par le. nombre parfait de: #'Apoc 1x, 5, 10.

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