XXVII. La bête punie, et l'empire persécuteur démembré
Ainsi nous avons l’idée des persécutions de la bête, c’està-dire, de Rome l’ancienne, par tous les moyens qu'en peut souhaiter. Mais pour ne rien oublier de ce qui devoit lui arriver, après nous l'avoir montrée comme dominante et persécutrice, il falloit encore la faire voir abattue et punie de ses attentats. Saint Jean ne pouvoit le faire d’une manière plus sensible, qu’en rappelant comme il fait à notre mémoire dans le chapitre xvr le premier coup qu’elle reçut du eôté de l'Orient sous Valérien", et nous la montrant aussitôt après dans le chap. xvir, entre les mains des dix rois qui la pillent, qui la désolent, qui la rongent, qui la consument, qui l’abattent avec son empire, que nous voyons tomber dans saint Jean’, comme il est tombé en effet par une dissipation et par un démembrement entre plusieurs rois ; en sorte qu'il ne reste plus. qu’à déplorer sur la terre son malheur”, et à louer Dieu dans le ciel de la justice qu’il a exercée sur elle‘ : ce que saint Jean a fait d’une manière si claire, et avec des caractères si précis des rois qui l'ont dépouillée qu'après avoir un peu démélé les figures de son style mystique, c'est-à-dire, avoir entendu la langue que parlent les prophètes, nous avons cru lire une histoire.
XXIX. La domination et la chute de Rome dans une même vision de saint Jean, comme dans un même tableau,
Dans ce grand tableau de saint Jean, la figure de la prostituée est une des plus merveilleuses, puisqu’avec toute la parure et tous les autres caractères qui lui sont donnés, elle
* Chap. xvr. 42, — 2 Ibid, xvar. 7, et suiv. — 3 Ibid, xvrrr. — 4 Ibid, 19.
marque aussi clairement qu’on le pouvoit souhaiter, une ville redoutée de tout l'univers, abandonnée à l’idolâtrie, persécutrice des saints'; en sorte qu'il ne restoit plus qu'à nommer Rome. Afin de mieux ramasser toutes les idées, le saint apôtre nous la montre dans une même vision comme dominante, et comme abattue; comme criminelle, et comme punie; faisant éclater sa cruelle domination dans les sept têtes de la bête qui la porte, et dans les dix cornes de la même bête la cause de sa chute inévitable?.