CHAPITRE il
et si victorieuse. Les dieux qui habitoient en elle, lui avoient donné une destinée sous laquelle tout l'univers devoit fléchir, Son empire devoit être éternel : tous les dieux des autres peuples et des autres villes lui devoient céder; et elle comptoit le Dieu des Juifs parmi les diéux qu'elle avoit vaincus.
Au reste, comme elle croyoit devoir ses victoires à sa religion, elle regardoit comme ennemis de son empire ceux qui ne vouloient pas adorer ses dieux, ses césars et elle-même. La politique s’y méloit. Rome sé persuadoit que les peuples subiroient plus volontiers le joug qu'une ville chérie des dieux leur imposoit ; et combattre sà religion, e’étoit attaquer un des fondèments de la domination romaine.
Telle a été la éause des persécutions que souffrit l'Église durant trois cénts ans : outre que c’étoit dé tout temps une des maximes de Rome, de né souffrir de religion que celle que son sénat autorisoit'. Ainsi l’Église naissante devint l'objet de son aversion. Rome irnmoloit à ses dieux le sang des chrétiens dans toute l'étendue de son émpire, et Sen enivroit elle-même dans son aämphithéâtre, plus que toutes les autres villes. La politique romaine, et Ia haine insatiable des peuples le vouloit ainsi.
V. La chute de Rome et de son empire avec celle dé l’idolâtrie, sésolues dans les conseils éternels de Dieu.
Il falloit donc que cette ville impie et cruelle, par laquelle Dieu avoit épuré les siens, et tant de fois exercé $a vengeance sur ses ennemis, la ressentit elle-même à son tour; et que commé une aütre Babylône, elle devint à tout l’univers qu’elle avoit assujetti à ses lois, un spectacle dé là justice divine.
Mais le grand mystère de Dieu, c’est qu'avec Rome devoit tomber son idolâtrie; ces dieux, soutenus par la puissance romaine, devoient être anéantis, en sorte qu'il ne restât pas le moindre vestige de leur culte, et que la mémoire même en füt abolie. C’étoit en cela que consistoit la victoire de Jésus-Christ : c’est ainsi qu'il devoit mettre ses ennemis à ses
:Tit. Liv. lib, xxx1x. Orat. Mœcen. ap. Dion. lib, £rr. ete.
pieds ‘, comme le Psalmiste l’avoit prédit : c’est-à-dire, qu'il devoit voir non-seulement les Juifs, mais encore les Romains et tous leurs faux dieux détruits, et le monde à ses pieds d’une autre sorte, en se soumettant à son Evangile, et en recevant ses grâces avec humilité.
VI. Cette chute, et ensemble les victoires de J.-C. prédites par les
prophètes.
Toutes ces merveilles avoient été prédites par les prophètes dès les premiers temps. Moïse nous avoit fait voir l'empire romain, comme dominant dans la Judée, et comme devant périr à la fin”, ainsi que les autres empires. Daniel avoit prédit la dispersion et la désolation des Juifs *. Isaïe avoit vu les persécutions des fidèles, et la conversion de l'univers par leurs souffrances ‘. Le même prophète, sous la figure de Jérusalem rétablie, a vu la gloire de l'Église : Les rois devenus ses nourriciers, el les reines ses nourrices; leurs yeux baissés devant elle, et leur majesté abaïssée à ses pieds *. Daniel a vu la pierre arrachée de la montagne sans le secours de la main des hommes ‘, qui devoit briser un grand empire. Il a vu l'empire du Fils de l’homme, et dans l'empire du Fils de l’homme, celui des saints du Très-Haut’, empire auquel Dieu n’avoit donné aucunes bornes, ni pour son étendue, ni pour sa durée. Fous les prophètes ont vu comme Daniel la conversion des idolâtres, et le règne éternel de Jésus- Christ sur la gentilité convertie, en même temps que le peuple juif seroit dispersé : et tout cela pour accomplir l’ancien oracle de Jacob *, qui faisoit commencer l'empire du Messie sur tous les peuples, en même temps qu’il ne resteroit parmi = Juifs aucune marque de magistrature ni de puissance pu-
ique.
VII. Tout cela prédit plus particulièrement par saint Jean, dans le temps
qu'il devoit arriver.
Comme ce grand ouvrage de la victoire de Jésus-Christ dans la dispersion des Juifs, dans la punition de Rome ido-
“ FRE — 2 Num. xxiv. 24, — 3 Dan. 1x, 26, 27. — 4 Is. Lrx. = Did. xrix. 23. — 6 Dan. rr. 41, — 7 Ibid, vrs. 13, 1 97. — 8 Gen. .xurx. 10. Ce