SUR LA MÈME DIFFICULTÉ
Et sur quelques réflexions dont on la soutient ; où il est prouvé que Jésus- Christ a d’abord autorisé sa mission par ses miracles ; que la plupart des prophéties n’étoient pas connues durant sa vie ; que celle de l’enfantement virginal est de ce nombre ; que plusieurs de ses disciples l’ont ignorée, -et qu'il ne s’est pas pressé de les instruire sur ce point, non plus que sur beaucoup d’autres ; qu’il étoit du conseil de Dieu, que ce mystère s’accomplit sous le voile du mariage ; quelles ont été les dispositions de la divine Providence, pour préparer le monde à un si grand mysre .
J'ai, Monsieur, recu votre lettre du 41 d'octobre, et j'ai vu celle de même date que vous écrivez à M.***, où vous le priez de me proposer une nouvelle difficulté, si toutefois elle est nouvelle : car, pour moi, je crois y avoir déjà satisfait dans ma lettre précédente, en vous faisant observer que les preuves indicatives de la venue du Messie devoient être distribuées, de sorte qu'elles soient déclarées chacune en son temps ; ainsi qu'il ne faut pas trouver étrange qu’elles ne pussent d’abord être toutes remarquées par les Juifs. L'on ne doit pas croire pour cela qu’il leur fût permis de tenir leur es-
E Voy. Dissertat. sur Grotius, n. v. dans la seconde Instruction sur le nouveau Test. de Trévoux, ci-après, t. 1v.
prit en suspens sur la mission de Jésus-Christ ; puisqu’outre d’autres prophéties plus claires que le soleil qu'ils avoient devant les yeux, le Sauveur leur confirmoit sa venue par tant de miracles, qu’on ne pouvoit lui refuser sa créance sans une manifeste infidélité, comme il dit lui-même en ces termes : Si je n'élois pas venu, sije ne leur avois point parlé, et que je n'eusse pas fait en leur présence des prodiges que nul autre n'a faits avant moi, ils n'auroient point de péché ; mais maintenant leur incrédulité n'a point d'excuse . Ils devoient done commencer par croire, et demeurer persuadés que le particulier des prophéties se découvriroit en son temps.
Par exemple, c’étoit une marque pour connoître le Christ, qu’il devoit convertir les Gentils. Mais encore que notre Seigneur défendit à ses apôtres d'entrer dans la voie des Gentils, et de prêcher dans les villes de Samarie * , il ne falloit pas pour cela refuser de croire cette belle marque de sa venue : et au contraire, il falloit croire avec une ferme foi, que tout ce qui étoit prédit de Jésus-Christ, s’accompliroit l’un après l’autre, au temps et par les. moyens destinés de Dieu. Jésus-Christ lui-même avoit déclaré qu’il donneroitaux Juifs, dans sa résurrection, le signe du prophète Jonas *. S’ensuitil de là, qu’ils dussent demeurer en suspens jusqu’à ce qu’ils eussent vu l’accomplissement de ses paroles? point du tout; puisqu'ils devoient tenir pour certain que celui qui commandoit à la mer et aux tempêtes, qui guérissoit les aveugles-nés,. qui avoit la clef de l’enfer et de la mort, tirant les morts du tombeau quatre jours après leur sépulture, lorsque déjà ils sentoient mauvais, et qui enfin se montroit le maître de toute la nature, étoit assez puissant pour accomplir tout ce qu’il avoit promis. Il étoit prédit bien clairement que le Christ naîtroit à Bethléem : plusieurs Juifs ne savoient pas que Jésus-Christ y fût né; Philippe même, un de ses apôtres, semble l’avoir ignoré, lorsque l’indiquant à Nathanaël comme le Messie, il lui dit : Nous avons trouvé Jésus, fils de Joseph de Nazareth * : et Nathanaël lui ayant fait l’objection en ces termes : Peut-il venir quelque chose de bon de
‘ Joan. xv. 92, 24. — 2 Matth. x. 5, — 3 Ibid. au. 39, 40. — 4 Joan. 1. 45 et 46.
Nazareth? Philippe ne lui répond autre chose, sinon : Venez, et voyez; c'est-à-dire, reconnoissez par vous-même les merveilles qui vous convaincront qu’il est le Messie. Ainsi Jésus-Christ même ne se pressoit pas de les éclairer sur ce point. Et quand les pharisiens disoient à Nicodème, un des leurs : Approfondissez les Ecritures, et reconnoissez que le prophète ( que nous attendons ) ne doit point venir de Galilée * ; nous ne voyons pas que ce pharisien, quoique d’ailleurs affectionné à Jésus-Christ, eût rien à leur répondre, content de savoir en général que nul homme ne pouvoit faire les prodiges qu'il faisoit, si Dieu n'étoit avec lui’. Bien plus, Jésus-Christ lui-même ne répondoit rien à ceux qui disoient que le Christ devoit sortir de David, et de la ville de Bethléem *. Rien ne pressoit, et Jésus-Christ ayant par avance montré sa venue par les signes les plus authentiques, qui étoient les œuvres de son père, c’est-à-dire, par le témoignage le plus éminent et le plus sublime que le ciel eût jamais pu donner à la terre, il avoit suffisamment fondé la foi qu'on devoit avoir à ses paroles,-encore qu’on n’entendit pas quelques prophéties particulières : car c'étoit assez qu’on vit clairement que les merveilles qu’il opéroit, étoient une preuve certaine et plus que démonstrative de sa mission.
Au surplus, non-seulement l’accomplissement des prophéties, mais encore leur intelligence, avoit son temps : souvent elles s’accomplissoient aux yeux et entre les mains des apôtres mêmes, sans qu'ils s’en aperçussent, comme il est expressément marqué en deux endroits de saint Jean, c'est-à-dire, eu chap. 111, Ÿ. 22, et au chap. x11, y. 16, dans lequel il est marqué que les apôtres n’entendoient pas les prophéties qu'ils accomplissoient eux-mêmes.
Quand donc on dira que le signe de l’enfantement de la Vierge étoit un de ceux qui devoient être révélés des derniers, et que le commun du peuple, pour y faire l'attention convenable, avoit besoin d’être averti, comme il le fut par l'Évangile de saint Matthieu, il n’y aura rien là d’extraordinaire, ni qui affoiblisse la preuve de la venue du Christ. .
En effet, nous ne voyons pas dans tout l'Évangile, que
1 Joan. vu. 50, 59%, — 2 Ibid. ur. 2, — 3 Ibid, vir. 49.
les Juifs eussent la moindre attention à l’oracle d'Isaie. Ils objectoient au Sauveur Ja prophétie de Michée sur la naissance du Christ en Bethléem ; mais ils ne lui disent jamais un seul mot sur ce qu’il devoit naître d’une vierge, et il ne faut pas s’en étonner.
Car si les apôtres, après avoir conversé trois ans avec leur maitre, eurent besoin qu’il leur ouvrit le sens des Ecritures pour être capables de l'entendre, comme il est porté dans saint Lue, ch. xx1v, Y. 45, combien plus le commun du peuple ayoit-il besoin qu’on lui montrât, comme au doigt, le sens de certaines prophéties plus enyeloppées, que de lui-même il n'eût pas pu démêler dans les endroits où elles étoient insérées : et on doit toujours se souyenir que cette naissance virginale ne pouvant être connue par aucune marque sensible, ni autrement que par un témoignage divin, il falloit rendre ce témoignage authentique et irréprochable par une longue suite de tant de merveilles, que tous les esprits demeurassent convaincus de cette naissance, comme d’un earactère spécial, et digne de la personne seule du Messie.
Mais, dites-vous, ce n’est pas là votre peine : le fond de votre objection n’est pas seulement que la prophétie d'Isaïe n'éclaircissoit pointes Juifs, mais encore qu’elle les ayeugloit, et leur fournissoit un argument contre Jésus-Christ, auquelils ne pouvoient trouver aucune réplique : puisque étant né d’une femme mariée, ils ne pouyoient croire raisonnablement autre chose, sinon qu'ilétoitle fruit de ce mariage : et par conséquent, dites-vous, ils ne pouvoient reconnoître notre Seigneur pour Messie, sansdémentir le prophète : cesont vos propres paroles.
Permettez-moi ici de vous demander si vous trouvez que)que part dans l'Évangile, que le peuple ou les pharisiens aient fait, ou insinué par le moindre mot cette objection à Jésus - Christ. Vous croyez la trouver en quelque façon dans un passage de saint Jean : mais nous démontrerons bientôt que ce passage n’a point de rapport à notre sujet, et je conclurai en attendant que vous ne devez pas attribuer aux Juifs une objection dont ils ne se sont jamais ayisés.
Votre objection porte que c’eût été démentir la prophétie, . de reconnoître pour vierge la mère du Sauveur, que l'on
voyoit dans le mariage. Cela seroit vrai, s’il n’y avoit point ‘ de milieu entre être marié et n’être pas vierge : car si, selon le prophète, Dieu pouvoit faire enfanter une vierge; qui empêchoit qu’il n’opérât un si grand mystère sous le voile sacré du mariage ? c’étoit au contraire ce que demandoit la convenance des conseils de Dieu, et l’ordre de sa sagesse aussi douce qu’efficace. Et après tout, s’il en faut venir à cette discussion, eût-ce été une œuvre convenable à Dieu, de donner en spectacle aux hommes une fille avec son enfant, pour être le scandale de toute la terre, le sujet de ses dérisions, et l’objet inévitable de ses calomnies ? Quand elle auroit assuré qu'elle étoit vierge, sa parole particulière n’eût pas été un témoignage süffisant pour l’affermissement de la foi : il falloit que Ja révélation d’un si grand mystère fût préparée par tous les miracles de Jésus-Christ et de ses apôtres, avant qu’elle fût reçue avec une autorité digne de créance. Ainsi c’étoit un conseil digne de Dieu, de faire naître dans le mariage le fils de la Vierge, afin quesa naissance parût du moins honnête jusqu’à ce que le temps fût venu dela faire paroîtresurnaturelle etdivine.
Ce n’étoit donc pas, comme porte votre objection, démentir la prophétie, de reconnoître que notre Seigneur, fils d’une mère mariée, fût le Christ : Isaïe ayant bien dit que la mère du Christ seroit vierge, mais n’ayant dit nulle part que cette vierge ne seroit point mariée.
Dieu à dit précisément ce qu’il vouloit dire, et ce qui devoit arriver selon l’ordre de ses conseils éternels. C’est aussi ce qui convenoit à sa prescience : ainsi on ne sauroit trop remarquer qu’il a prononcé par son prophète, que cette mère seroit vierge, parce que c’étoit là ce qu’il vouloit, et ce qui en effet devoit arriver : mais par la même raison il n’a pas dit qu’elle ne sercit pas mariée; parce que ce n’étoit pas en cette matière qu'il avoit disposé les choses. D'où il s’ensuit, qu’on auroit tort de regarder comme incompatibles ces deux paroles, vierge et mariée : puisqu’au contraire, quelle que püt être cette vierge-mère, et dans quelque temps qu'elle pût venir, la convenance des conseils divins demandoit que ce mystere fût enveloppé sous la sainteté du mariage.
En effet, nous ne lisons pas que la sainte Vierge voulüt :
passer pour autre chose que pour une femme du commun, à qui rien n’étoit arrivé d’extraordinaire : elle-même elle appeloit saint Joseph père de Jésus-Christ, ce qu’aussi il étoit en un certain sens, par le soin qu’il en prenoit comme de son fils ; c’est ce qui paroît dans ses paroles : Votre père et moi affligés, vous cherchions parmi les troupes ‘ : pour montrer que saint Joseph, son époux, partageoit avec elle les inquiétudes que l'enfant leur avoit causées en se dérobant d'avec eux comme il avoit fait. Jésus-Christ lui-même avoit, pour ainsi parler, les oreilles rebattues de ce reproche : N'est-ce pas là le fils de Joseph. cet artisan que nous connoissons ; et comment ose-t-il dire qu'il cst descendu du ciel * ? Nous ne voyons pas que le Sauveur se soit mis en pee de les désabuser, ni de leur dire comment il étoit venu au monde : ce n’est pas qu'il ne le fit assez entendre, toutes les fois qu'il disoit qu'il venoit de Dieu, qu'il étoit descendu du ciel, et qu'il ne reconnoissoit d’autre père que Dieu même : mais pour dire en termes exprès, qu'il étoit fils d’une vierge, et que Joseph n'étoit pas son père, il ne l’a pas voulu faire; parce qu’il falloit qu’une vérité que le monde n’auroit pu porter fût précédée par l'entière prédication de son Évangile.
Votre objection porte encore, que le mariage de la sainte Vierge étoit aux Juifs un argument auquel ils ne pouvoient trouver de réponse : vous en pourriez dire autant de la résurrection de notre Seigneur. Quand un homme est mort, il demeure mort; et l’on ne doit pas croire naturellement qu'il ressuscite, sans savoir d’ailleurs par des témoignages certains, qu'il est sorti du tombeau. Ainsi naturellement on doit croire que tout enfant a un père comme une mère, à moins que Dieu ne révèle expressément le contraire; ce qu'il peut faire également, soit que la mère soit mariée, soit qu’elle ne le soit pas : ainsi vous voyez que le mariage n’y fait rien, et que votre objection est vaine.
Il est vrai qu’on présume qu’un enfant qui est né dans le mariage en est sorti : mais si Dieu en a disposé autrement, et qu’il veuille faire prévenir par son Saint-Esprit, tout ce qui a coutume d'arriver parmi les hommes, qu'ont-ils à dire
L Luc. 11, 48, — 2 Matth. xut. 54, 55. Marc. vr. 3. Joan. vr. 42.
contre sa puissance ? Saint Paul disoit autrefois au conseil des Juifs : Vous semble-t-il incroyable que Dieu ressuscite les morts'? pourquoi celui qui a donné une fois la vie, ne pourra=t-il pas la rendre à ceux qui l’auront perdue? On pourroit dire de même : Vous semble-t-il incroyable que Dieu fasse concevoir une vierge? ne tient-il pas réunie dans sa puissance toute la fécondité qu'il a distribuée entre les deux sexes ? et ne peut-il pas suppléer, par son Saint-Esprit, tout ce qui auroit manqué aux forces de la nature ? C'est ce qu’on ne peut nier sans erreur, quoiqu’on puisse bien lignorer, et même ne le pas croire, quand le temps n’est pas arrivé où Dieu le veut révéler expressément : ce qui paroît même dans l’apôtre saint Philippe, qui, comme nous avons vu, appelle Jésus-Christ tout court le fils de Joseph *, quoiqu’en même temps il le reconnoisse hautement pour le Messie.
Vous eroyez apercevoir votre objection dans ces paroles. des Juifs, en saint Jean, ch. vir. Y. 27, où il est parlé de cette sorte : Lorsque le Messie viendra, on ne saura d'où il est venu; mais pour celui-là, nous savons d'où il vient : mais il est visible que cette peine des Juifs a un autre objet. Jésus-Christ devoit avoir deux naissances, l’une divine et éternelle, et l’autre humaine et dans le temps : cette première naissance devoit être inconnue aux hommes : de là s’étoit répandu le bruit qu'on ne sauroit pas d’où le Messie devoit venir, ce qui donna lieu à Pobjection des Juifs sur l’incertitude de l’origine du Messie, Mais pour concilier toutes cho- : ses, Jésus-Christ s’écria à haute voix : E{ vous savez qui je suis, el vous savez d'où je viens; et je ne suis pas venu demoimême ; mais celui qui m'a envoyé est véritable, et vous ne le connoissez pas *. Ainsi d’un côté vous me connoissez, et vous savez d’où. je dois venir, puisqu'il vous a été révélé que je dois sortir du sang de David, et de Bethléem qui étoit sa ville : mais je vous suis inconnu en un autre sens ; ; puisque, comme il dit ailleurs : Vous ne connoissez mi moi ni mon Père .
Il est vrai que les Juifs se trompoient encore en croyant Jésus-Christ le fils de Joseph, pour conelure de là que c’é-
1'Act. xxvi..8,— 2 Joan, 1. 45.— 3 Joan. vit. 28.— 4 Ibid. vin. 19.
toit un homme sans littérature, et sans aucun talent extraordinaire, qui aussi ne devoit pas se dire descendu du ciel ' ; mais pour ce qui est d’induire que sa mère ne püt être vierge, parce qu’elle étoit mariée, nous avons déjà remarqué qu’il ne leur est jamais arrivé de faire ce raisonnement, ni de tourner en ce sens l'oracle d’Isaie, qui n’avoit point parlé de cette sorte.
Concluons donc que le mariage de la sainte Vierge ne pouvoit être une preuve contre sa virginité ; Dieu ayant révélé le contraire en cette occasion par des témoignages certains. Nous pourrions dire que le premier témoin étoit Marie elle-même, dont la pudeur etla vertu reconnues parloient pour son innocence. A fin d'accomplir la prédiction d’Isaie, la première chose que Dieu devoit faire, étoit d’inspirer à celle qu'il avoit choisie, l'amour jusqu'alors inconnu de la virginité, et la volonté déterminée de la consacrer à Dieu. Marie avoit déjà reçu ce don de Dieu, quand l’ange lui vint annoncer qu'elle seroit la mère du Fils du Très-haut. Pour opérer en elle ce miracle, Dieu n’avoit pas besoin de son consentement ; mais outre les autres raisons qu'il eut de le demander, s'iln’avoit envoyé son ange pour le recevoir, nous n’aurions jamais su cette haute résolution de la sainte Vierge, de ne se laisser approcher par aueun homme. Il lui fait done proposer ce qu’il souhaitoit d’elle ; et il juge digne d'être la mere de son Fils incarne, celle qui la première de toutes les femmes avoit conçu le dessein et formé le vœu d'être vierge perpétuelle.
Mais il y a un second témoin de la pureté de Marie, qui est sans reproche ; et c’est saint Joseph, que Dieu fui avoit donné pour mari; pour être non-seulement le gardien, mais encore le témoin non suspect d’üne si grande merveille. Quand ils’aperçut qu'elle étoit enceinte, nous savons qu'il fut frappé de l’état où il la trouva, et qu’il avoit pris des résolutions convenables à un homme sage : mais après tout, quoi que la vertu desa sainte épouse lui pût dire en sa faveur pour modérer ses soupçons, il ne céda qu’à un avertissement du ciel, et le tendre amour qu'il montra toujours pour
Matth. xnr. 54,53, 56. Joan, vr. 41, 42. vur. 15.
la mère et pour l'enfant fut la preuveincontestable de la parfaite fidélité que la Vierge lui avoit gardée, dont aussi Dieu même lui étoit garant, 4
S'il faut ici rapporter les autres premiers témoins de la virginité de Marie, nous pouvons compter sainte Élisabeth ; lorsqu elle dit à la sainte Vierge : Vous êtes bienheureuse d'avoir cru; et tout ce qui vous a élé dit de la part de Dieu s’accomplira ! : une femme stérile qui avoit conçu par miracle, étoit un digne témoin d’une naissance virginale. Jean Baptiste sentit l'effet de la présence de cette vierge mère ; et il étoit convenable que le fils de la stérile rendit hommage au fils de la vierge.
Je donnerai encore pour témoin le saint vieillard Siméon, qui tenant l’enfant entre ses bras au jour qu'il fut présenté au temple ?, n'attribua qu’à Marie seule le coup de l’épée qui la devoit percer un jour, et la douleur maternelle qu’elle devoit sentir au pied de la croix.
Mais encore que Jésus-Christ attendant le temps convenable, comme nous l'avons remarqué, n’ait pas voulu exprimer en termes formels toute la merveille de sa naissance, il y préparoit les esprits toutes les fois qu’il disoit qu'il'étoit descendu du ciel, qu’il étoit né et sorti de Dieu, et ainsi du reste : cequ'’il n’auroit jamais fait, s’il étoit venu au monde à la facon ordinaire : de sorte que tous les miracles qu’il a opérés pour montrer que Dieu seul étoit son père, dans le fond sont confirmatifs de cette vérité, que Joseph ne le pouvoit être, et qu'il étoit né d’une vierge.
C'est ainsi que Dieu alloit disposant le monde à la claire intelligence de l’oracle d’Isaie, quiest demeuré si propre à Jésus-Christ, que jamais il n’a été attribué à autre qu’à lui, et ne le peut jamais être; étant le seul dont on a dit, qu'il a été conçu du Saint-Esprit, et qu'il est né d’une vierge *
Il me resteroit à vous avertir qu’il seroit facile de vous prouver par les Pères, et surtout par saint Chrysostome, principalement dans ses Homélies de l'obscurité des prophéties*, et par saint Jérôme en divers endroits, la doctrine avancée
r Luc. 1. 43. — 2 Ibid. 11. 34, 35. — 3 Luc. 1. 31, 33. — 4 OBav. de S. Chrÿs. t, ur, à la fin. (Edit, Ben. t. vr. etsur S, Matth. Homel. 1v etv.)
dans cette lettre : mais je ne crois pas ce travail nécessaire, puisque la chose est si constante par les Ecritures. Au surplus, ne croyez pas, je vous prie, que cette réponse m’ait peiné dans l’obligation où je suis de ménager mes forces : au contraire, elle m’a donné une particulière consolation; et j'avoue que je suis bien aise de voir perpétuer dans l'Église la sainte coutume qui faisoit consulter les docteurs aux laïques, et aux femmes mêmes, sur l'intelligence des Ecritures. Je pourrois vous dire beaucoup d’autres choses sur cet endroit d’Isaïe ; mais aujourd’hui il me suffit d’avoir sa-. tisfait à votre doute, et je consacre de tout mon cœur cette explication véritable au fils de la Vierge, qui est Dieu béni aux siècles des siècles.
Pour ne finir pas comme un sermon, j'ajoute les assurances d’un attachement sincère.
Signé + J.-BÉNIGNE, évêque de Meaux.
A Paris, le 26 d'octobre 1703.