TROISIÈME LETTRE
Qui contient l'explication à fond de la prédiction d’Isaïe, chap. vrr, Ÿ. 14, et chap. 1x, Ÿ. 6.
Puisque j'ai une fois commencé à glorifier le fils d'une vierge dans la prédiction d'Isaïe, j'en continuerai l’explication avec la grâce de Dieu qui mele met dans l'esprit : et je vous l'adresse, Monsieur, comme à celui dont les lettres en ont été l’occasion.
Je dirai donc, avant toutes choses qu'il n’y a rien de plus précis que les paroles du prophète pour signifier la viergemère ; et je dirai en second lieu qu’elle ne peut être que la mère de Jésus-Christ. , |
Récitons d’abord la prophétie comme elle est dans saint Matthieu : Une vierge concevra et enfantera un fils : et il sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous ‘. I
x Matth. 1. 23.
- faut soigneusement remarquer que l’évangéliste renferme toute la prophétie dans ces paroles. On pourroit traduire, et peut-être mieux : la Vierge, non pas une vierge indéfiniment, mais celle que Dieu avoit en vue, et qu'il vouloit montrer en esprit à son prophète. Quoi qu'il en soit, la version de l’évangéliste ne peut être suspecte aux Juifs, puisqu'il n’a fait que suivre celle des Septante, publiée plusieurs siècles avant Jésus-Christ, et par conséquent dans un temps où il ne s’agissoit d'autre chose que d'expliquer la vérité
.de l'Écriture, selon que les esprits en étoient naturellement frappés. On sait que cette version étoit celle qu'on lisoit dans toutes les synagogues d'Asie, de Grèce et d'autres lieux infinis, où l’hébreu et le syrien n'étoient pas connus, et où néanmoins les synagogues mêmes de Jérusalem et de Syrie fréquentoient tous les jours ; de sorte qu'elle étoit approuvée et reçue de tout le peuple de Dieu. On lit encore ici le même mot de vierge dans les anciennes paraphrases des Juifs, qu'ils appeloient Turgum, dans celle d'Onkélos et dans celle de Jonathan, c’est-à-dire, dans leurs livres les plus authentiques, et où ils ont mieux conservé les traditions de leurs pères. Mais sans avoir besoin de nous arrêter à ces éruditions rabbiniques, il nous suffit que ce terme de vierge se soit trouvé si propre et si naturel en cet endroit, qu'il ne s’en est pas présenté d’autre à la pensée des Septante, c'est-à-dire des interprètes reçus dans la nation ; et quesaint Matthieu n’ait pu rapporter cette prophétie que de la seule version qui étoit alors en usage. Pour ce qui est des interprètes postérieurs à la venue de Jésus-Christ, comme Symmaque et Théodotion, qui ont tâché d’affoiblir la prophétie, on ne doit pas les écouter, puisqu'on sait que Juifs eux-mêmes, ils n'ont fait leurs traductions, aussi bien qu’Aquila, que pour contredire les chrétiens et flatter l’incrédulité de leur nation.
Saint Jérôme remarque ici très-à-propos, que le mot hébreu est alma, qui signifie dans son origine cachée, renferimée, c'est-à-dire, non-seulement une fille, mais une fille comme recluse et inaccessible, à la manière d’une chose sacrée, dont il n'est pas permis d'approcher. C'est pourquoi
DE LA PROPHÈTIE D ISAIE. 19 nous voyons dans les Machabées , que, selon cette origine, les filles sont appelées recluses, renfermées, xardxhioor. Aussi l'usage du mot alma est-il constant dans l'Écriture pour signifier une vierge; et il ne s’y trouve jamais joint avec les termes de concevoir ou d’enfanter qu’en ce seul endroit : par conséquent ces deux mots de vierge et d'enfantement sont mis là pour signifier un fait unique, et qui n’a point d’autre exemple que celui que nous propose la foi chrétienne.
Les Juifs disent qu’il n’y faut pas chercher tant de finesse, et que le prophète suppose que cette vierge qui devoit enfanter, cesseroit d’être vierge quand elle deviendroit mère, Mais qu'y auroit-il là d'extraordinaire, et qui méritêt d’être donné par un prophète comme un fait singulier et prodigieux ? c'est au contraire ce qui arrive à toutes les femmes; et toutes celles qui deviennent mères ont été premièrement vierges : de sorte que ces deux mots vierge et portant un enfant dans son sein, sont regardés naturellement comme incompatibles.
On demandera peut-être quelle preuve on a, que ce fils porté dans le sein d’une vierge soit Jésus-Christ. Mais c’est ce qui n’a point de difficulté. Puisque d’un côté, celui qui sera le fils d’une vierge, n’ignorera point ce don de Dieu ; et de l'autre, qu’on ne connoît que le seul Jésus-Christ à qui on ait appliqué ce titre de fils d'une vierge; Dieu n'ayant pas même voulu qu'il restât la moindre ambiguïté dans cette application.
Les Juifs demandent à quel propos il seroit ici parlé de Jésus- Christ, et quel rapport pourroit avoir avec Achaz cet enfantement virginal, pour être donné en signe à ce roi, qui vivoit plus de sept cents ans auparavant. Mais cette nation aveugle, qui ne connoîit pas les prérogatives du Christ qu'elle attend, a ignoré qu’il vient toujours à propos dans tout l’ancien Testament; puisqu'il devoit être la fin de la loi, et l’objet non-seulement de toutes les prophéties, mais encore de tous les événements remarquables, qui ne sont qu'une figure des merveilles de son règne. Au surplus, qu'on parcoure toutes les prophéties, on trouvera que, non plus que celle-ci, la plupart ne paroissent pas avoir de liaison avec le reste du dis-
1 II. Mach. 1rr. 19:
cours où elles sont insérées. David, dans le Psaume LxxT, ne vouloit parler d’abord que du règne de Salomon, qu’il avoit nommé son successeur : mais Dieu, quand il lui a plu, lui a élevé l'esprit, et l’a transporté au temps de celui que tous les rois et tous les Gentils devoient adorer, dont l'empire devoit s'étendre par toute la terre, qui étoit devant le soleil, et en qui toutes les nations de Punivers devoient être bénites ; c’est-à-dire, Jésus-Christ, dont Salomon étoit une si noble figure. C’est pour la même raison qu’au Psaume xL1v, qui regarde directement le même Salomon, tout d’un coup il l'appelle Dieu, et l’oint par excellence; ce qui ne peut convenir qu’à Jésus-Christ. Il en est de même des autres prophéties, où sans liaison avec la suite du discours, celui-là nous est annoncé, qui devoit être abreuvé de vinaigre ‘, vendu trente deniers destinés à l’achat du champ d’un potier ou d’un sculpteur, monté sur un âne pour faire son entrée royale * : ainsi du reste, qui convient manifestement à Jésus-Christ seul. Il n’en étoit point parlé d’abord dans le prophète Michée : mais soudain il le voit sortir de la petite ville de Bethléem, comme chef du peuple d'Israël, dont il ajoute que la nativité étoit éternelle *. C’est ainsi que Dieu agit ordinairement dans les prophètes : et il leur fait mêler dans leurs discours Jésus-Christ si détaché de toute autre chose, qu’on voit bien qu’il n’y a point d'autre cause qui ait fait parler de lui si clairement en ces endroits, si ce n’est l'instinct du Saint- Esprit, qui souffle où il veut, et qui sait bien s’affranchir de toutes les règles des discours vulgaires.
S'il faut néanmoins marquer dans la prédiction d’Isaïe l’occasion qui le fait parler du fils de la vierge, il ne sera pas malaisé de la trouver. Il s’agissoit de JérusaJem délivrée des mains de Rasin, roi de Syrie, et de Phacée, fils de Romélie, roi d'Israël. Ce qu'il y eut de particulier dans cette délivrance, c’est que les enfants d’Isaïe furent donnés à tout le peuple comme un prodige qui leur pronostiquoit ce favorable événement, ainsi qu’il le marque lui-même en termes exprès dans le chap. vrix, v. 48 de sa prophétie : Mevoilà avec mes
* Ps. zxvirr. 22, — 2 Zach. x1. 19, 13, et 1x. 9. Joan. xtr, 14, 15.— 3 Mich. v. 2.
enfants que le Seigneur m'a donnés, pour étre un signe et un présage de l'avenir à Israël : In signum et portentum.
C’est parla mêmeraison qu’il est ordonné au chap. vu, Y. 3,
au même prophète, d'aller à la rencontre d’Achaz avec son fils Jasub qui lui restoit (comme un gage des événements favorables dont il avoit été le pronostic), pour lui annoncer avec lui la prompte défaite de ses ennemis. Il est aussi commandé au saint prophète de donner au fils de la prophétesse qu'ilé épousa dans les formes, un nom qui seroit le ne de ce succès avantageux ‘.
A l’occasion de ces merveilleux enfants, il plait à Dieu, dans le chap. 1x, x. 6, de la même prophétie, de parler d’un autre enfant, qui, plus merveilleux que ceux du prophète, en ce qu'il étoit fils non-seulement d’une prophétesse, mais encore d’une vierge, devoit aussi présager une délivrance plus haute, c’est-à-dire, celle dont Jésus-Christ est le seul auteur. Aussi n’est-ce point à Achaz seul que Dieu a donné ce signe, que ce prince avoit même refusé de demander, non pelam : c’est Dieu qui le donne de lui-même à toute la maison de David * : non point à Achaz, à qui il avoit dit : Pete tibi : demande pour toi; mais à tout le peuple, Dabo vobis signum ; et à toute la maison de David, Audite, domus David ; de même que s’il leur eût dit: Si j'ai donné aux Juifs du temps d’Achaz les enfants d’Isaie comme un Jasub, etcomme celui qu’il a eu de la‘prophétesse, pour leur être un signe de délivrance, que ne devez-vous pas attendre du signe nouveau que je vous donne en la personne d’un enfant fils d’une vierge ?
C’est cetenfant que vous devez appeler Emmanuel, Dieu avec nous : non-seulement parce qu'il fera votre réconciliation avec Dieu ; mais encore parce qu'il sera un composé miraculeux de Dieu et de l’homme, en qui la divinité RTE corporellement.
C'est pourquoi bientôt après le. prophète nous parlera d'un petit enfant qui nous est.né, et d'un fils qui nous a élé donné, dont la principauté est sur ses épaules *; soit qu'il faille entendre la marque royale dont il seroit revêtu, comme qui
1 Is. vit. 4,2, 8. — 2 Ibid, var, 11,12, 13. — 3 1id. 1x 6, 7
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diroit la pourpre parmi les Romains; soit qu'avec les Pères nous devions entendre la croix que Jésus porta, et où, par une secrète inspiration, le titre de sa royauté devoit être écrit. Mais ce qu’ajoute le saint prophète est beaucoup plus remarquable, puisqu'il dit que cet enfant sera nommé admirable, conseiller, Dieu fort, le père du siècle futur, le prince de la paix ; qu’il prendra sa place dans le trône de David, où il établira la paix et la justice, et enfin qu’il l'afférmira pour toute l'éternité.
Voilà donc ce petit enfant auquel Isaïe donne six beaux noms, qui tous l’élèvent au-dessus des hommes, et forment le caractère du Messie. Premièrement il est admirable : car quel enfant plus admirable que celui qui est né d’une vierge, et dont on a dit : Jamais aucun homme n'a parlé comme celui-ci ‘, et n’a rien fait de semblable aux œuvres qui sont sorties de ses mains *? Secondement, ilest conseiller par excellence, parce que par lui se sont consommés les plus secrets conseils de Dieu. Troisièmement, il est fort : c’est le Seigneur Dieu des armées, le fort d'Israël, dit ailleurs Isaïe °celui dont il est écrit que nul ne peut ôter de sa main ceux que son Père lui adonnés *. Il est le père du siècle futur, c’està-dire, du nouveau peuple qu'il devoit créer pour le faire régner éternellement. Il est le prince de la paix, et seul il a pacifié le ciel et la terre. Mais ce qu’il y a de plus remarquable, c’est que ce prophète l’appelle Dieu, en nombre singulier, et absolument, qui estle caractère essentiel pour exprimer la divinité : par conséquent il est Dieu et homme, le vrai Emmanuel, Dieu uni à nous, et le seul digne de naître d’une vierge, afin den’avoirque Dieu seul pour père. On voit par là le rapport manifeste de cet enfant dont il est parlé au ch. 1x avec celui qui devoit être le fils d’une vierge dans le ch. vir.
Toute la suite de l'Évangile atteste cette vérité. Quand il s’est appelé si souvent le fils de l’homme, c'étoit par rapport à sa sainte mère : c’est la même chose que saint Paul a exprimée, en disant qu'il a été fait d'une femme, factum ex muliere * : et les termes de fils de l’homme, à celui qui ne
1 Joan. vrr, 46.— 2 Ibid, vrr, 31. — 3 Is,.1. 24. -— 4 Joan, x. 28, 29. — 5 Gal..1v. 4.
connoissoit de père que Dieu, ne pouvoient signifier autre chose que fils d’une mère vierge. C'étoit en même temps et par la même raison, non-seulement le vrai Emmanuel, mais encore le vrai Melchisédech ; Sans père en terre, sans mère au ciel : digne d’être notre pontife, étant saint, innocent, sans tache par le seul droit de sa conception et de sa haissance, à cause qu'il étoit conçu du Saint-Esprit.
Il convenoit aussi à Jésus-Christ, comme étant le fils d'une vierge, d'être le premier qui ait proposé au monde la haute perfection de la pureté virginale, et celle de ces eunuques spirituels, dont la grâce est si éminente, qu’à peine la peut-on comprendre * : il s'est déclaré l'époux de toutes les vierges : le fruit de da prédication de son Évangile, c’est qu’on en a vu une infinité qui ont marché sur ses pas, et la chasteté comme la foi, a eu ses martyrs.
Les convenances de ce qui est dit de la vierge mère ne sont pas moins remarquables. En même temps que pour l'élever au faite de la grandeur, Dieu voulut réunir en sa personne toute la perfection de son sexe, c’est-à-dire, la souveraine et virginale pudeur, avec la fécondité qui est portée jusqu'à la faire mère de Dieu ; il lui inspira aussi la plus parfaite et la plus profonde humilité *. Jésus-Christ dit qu'il est digne
de créance dans le témoignage qu’il se rend à lui-même , à "cause qu’il n’y recherche que la gloire de son Père‘ : nous pouvons appliquer cette parole à la sainte Vierge, qui, sans tirer avantage des merveilles qui s'étoient accomplies en elle, ne reconnoît de grandeur qu’en Dieu qu’elle glorifie: si.elle est transportée de joie, ce n’est qu’en Dieu son Sauveur : si plus glorieuse prophétesse que celle d’Isaie, qui aussi selon saint Jérôme, n’en est qu’une figure imparfaite, elle voit que toutes les races futures Ja publieront bienheureuse, c’est à cause qu'il a plu à Dieu de regarder la bassesse de sa servante * : il semble qu'elle n'ose dire qu'elle est vierge et mère tout ensemble; et elle n'exprime un si grand don qu'en disant que celui qui seul est puissant lui a fait de grandes choses, et qu’il a voulu exercer la toute-puissance de son
1 Heb. vrr. 1, 2, 3,26. — 2 Matth, x1x. 12. — 3 Luc. 1. 48. — 4 Joan, vrrr, 14, 16, 28, 29, 38, 49, 50.— 5 Luc. r. 47, 48, et-seqq.
bras ‘. Au surplus, personne n’ignore qu’entendant parler tout le monde de son Fils, elle garde un perpétuel silence, sans diré ce qu’elle en savoit, ni la manière dont il lui avoit été donné : de sorte que la plus excellente de toutes les créatures étoit en même temps la plus humble, et celle qui se distinguoit le moins du commun des femmes. On voit donc la convenance manifeste de tout le mystère; rien n'étant plus propre à une vierge que le silence et l’humilité.
Que ce soit done là le glorieux titre du Messie, d'être fils d’une vierge : qu’il soit seul caractérisé par ce beau nom. Songeons qu'il a trouvé au-dessous de lui, même la sainteté nuptiale ; puisqu'il n’a voulu lai donner aucune part à sa naissance : purifions notre conscience de tous les désirs charnels : quand il nous feudra participer à cette chair virginale, songeons à la pureté de la vierge qui le reçut dans son sein : honorons ensemble, avec la distinction convenable, le fils de la vierge et la mère vierge; puisque le fils de la viérge est le Fils de Dieu; et que la mère vierge est mère de Dieu : reconnoissons dans ces deux mots mère vierge, et fils de la vierge, la plus belle relation qui puisse jamais être conçue : adorons Jésus-Christ comme vrai Dieu; mais confessons à la fois que ce qui a le plus approché de lui, est celle, qu’en se faisant homme, il a daigné choisir pour être sa mère.
Je pourrois m’ouvrir encore ici une nouvelle et longue carrière, si je voulois rechercher avec les saints Pères les causes
. de l’obscurité de quelques prophéties. Saint Pierre nous dit dans sa seconde Épiître, que nous n'avons rien de plus ferme que le discours prophétique ; et que nous devons y être attentifs comme à un flambeau qui reluit dans un lieu obscur et ténébreux*. C'est donc un flambeau, mais qui reluit dans un lieu obscur, dont il ne dissipe pas toutes les ténèbres. Si tout étoit obscur dans les prophéties, nous marcherions comme à tâtons dans une nuit profonde, en danger de nous heurter à chaque pas, et sans jamais pouvoir nous convaincre : mais aussi, si tout y étoit clair, nous croirions être dans la patrie et dans la pleine lumière de la vérité, sans reconnoître le besoin que nous avons d’être guidés, d’être instruits, d’être
: Luc. 1. 47, 48, et seqq. — 2 I, Petr. r. 19. S
éclairés dans l’intérieur par le Saint-Esprit, et au dehors par l'autorité de l’Église. Je pourrois encore me jeter dans une plus haute contemplation sur le tissu des Écritures que Dieu a voulu composer exprès d’obscurité et de lumière ; afin, comme dit saint Augustin, de rassasier notre intelligence par la lumière manifeste, et de mettre notre foi à l'épreuve par les endroits obscurs. En un mot, il a voulu qu'on ait pu faire à l'Église de mauvais procès ; mais il a voulu aussi que les humbles enfants de l'Église y pussent assez aisément trouver des principes pour les décider : et s’ilreste, comme il en reste beaucoup, des endroits impénétrables , ou à quelques-uns de nous, ou à nous tous dans cette vie, le même saint Augustin nous console, en nous disant que, soit dans les lieux obscurs, soit dans les lieux clairs, l'Écriture contient toujours lés mêmes vérités, qu’on est bien aise d’avoir à chercher, pour les mieux goûter quand on les trouve : et où l'on ne trouve rien, on demeure aussi content de son ignorance que de son savoir ; puisque après toutilest aussi beau de vouloir bien ignorer ce que Dieu nous cache, que d’entendre et de contempler ce qu’il nous découvre. Marchons donc dans les Écritures en toute humilité et tremblement : et pour ne chopper jamais, ne soyons pas plus sages ni plus savants qu’il ne faut; mais tenons-nous chacun renfermés dans les bornes qui nous sont données.
Je prie Dieu qu’il vous conserve la santé, et vous donne tout le repos que peut souhaiter un homme de bien.
Signé + J BÉNIGNE, évêque de Meaux.
À Paris, le 8 de novembre 1703,
Bossuer, t. 11,