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Vous ne laisserez pas mon ame dans l'enfer, et vous ne permettrez pas que votre saint éprouve la corruption : vous m'avez montré le chemin et le retour à la vie ; après avoir observé que cette incorruptibilité et cette résurrection ne conviennent pas à David, il conclut que David étant prophète,-et Dieu lui ayant promis d'établir quelqu'un de son sang sur son trône, a parlé dans sa prévoyance de la résurrection de Jésus-Christ.
La quatrième présupposition et la plus importante de toutes, est que nous avons une raison particulière d'attribuer ce Psaume à Jésus-Christ, parce que lui-même étant à la croix, se l’est appliqué”. Qui ne respecteroit un tel interprète, qui, arrosé de son sang , attaché à la croix , déchiré de plaies, et au milieu de ses tourments les plus cruels, pendant qu'il accomplit la prophétie, se l’applique, en disant lui-même : Mon Dieu! Mon Dieu! pourquoi m'avez-vous délaissé?
Il est vrai qu’il ne répète que ces premières paroles ; mais nous verrons bientôt qu’il le fait ainsi à cause que sous le seul délaissement, toutes les autres circonstances de sa passion sont renfermées, et à la fois tous les glorieux effets de sa mort.
$ II. On met aux fidèles la clef de la prophétie à la main.
J’appelle la clef et le dénouement de la prophétie, les versets qui caractérisent Jésus-Christ crucifié : tels que sont ceux-ci, 17,18 et 19. Jls ont percé mes mains et mes pieds: on compteroit tous mes os : et encore : [ls ont partagé mes vêtements, et ont jeté le sort sur ma robe. J'appelle ces trois versets la clef de la prophétie, parce que tout le reste qui suit s’y rapporte, et en fait le singulier et le merveilleux : n’y ayant rien de plus surprenant que de voir celui qui a dit qu’il étoit crucifié, et qui a marqué dans le partage de ses habits les circonstances précises de son crucifiement, dire après, qu’il annoncera le nom de Dieu à ses frères, et qu’il convertira à la fois, non-seulement un grand nombre de Juifs, mais encore tous les Gentils, selon les termes exprès de la prophétie.
x Act, 11, 30, 31. — ? Matth, xxvr1. 46.
Voici done ce que j'appelle le dénouement de cet oracle prophétique. Le délaissé de ce Psaume est poussé jusqu'à la mort de la croix : les soldats qui l’y avoient attaché et qui le gardoient, ont suivi leur proie : comme ils l'avoient dépouillé pour le mettre en croix, ils regardoient aussi ses habits comme étant à eux : ils les partagent, ils les jouent; c’est là une circonstance de son crucifiement : on voit après qu’il ressuscite, puisqu'il raconte le nom de Dieu à ses frères ; et Ja conversion des Geniils est la suite heureuse et prochaine de tous ces grands événements. Tout homme où ccs caractères ne se trouvent pas, n’est pas le délaissé que nous cherchons.
Je pourrois encore ajouter que ce qui précède est comme un préparatoire à ces deux versets ; parce que c’est là que le prophète en veut venir, comme au dernier effet du délaissement.
Voilà donc ce que j'appelle la clef et le dénouement de la
prophétie; parce que c’est un caractère particulier qui est relatif à tout le reste, et qui détermine tout le Psaume à Jésus- Christ seul.
$ III. On va au-devant de quelques objections.
Ces fondements présupposés, j’entrerois d’abord dans l’explication de la prophétie, si ce n’étoit que je trouve plus à propos de faire connoître auparavant les absurdités tant des Juifs que des critiques judaïsants ; afin qu’étant rejetées, notre explication coule d’elle-même naturellement, et sans être interrompue d’aucune dispute. Il faut donc voir en peu de mots comment ils mettent leur esprit à la torture, pour éluder une prédiction si évidente. Ë
Selon eux , percer les mains et les pieds, n’est autre chose qu’une métaphore, qui signifie détruire les forces. Mais qui jamais a usé de cette figure? outre que le reste n’y convient pas, et que le dénombrement des os causé par la suspension de tout le corps n’appartient qu’au crucifiement véritable ; en un mot, le discours n’a rien de suivi, si l’on n'y entend la croix. Pourquoi donc chercher des allégories, lorsqu'on trouve en Jésus-Christ un sens littéral si propre et si suivi ?
Aussi les Juifs, et ceux qui les suivent, n'ont pu s’y arré-
ter; et il a fallu en venir à l'altération du texte, pour du moins le rendre douteux. Cette altération consiste en ce que par le retranchement d’un petit trait dans une lettre, au lieu de lire, ils ont percé, caru, ils veulent lire, canri : come un lion, mes mains et mes pieds. Mais premièrement, la raison s'y oppose : car que veulent dire ces mots : comme un lion, mes mains et mes pieds? et quand il faudroit Suppléer qu’ils les ont mordus et déchirés, le bon sens né permettroit pas d'introduire ici un lion. La comparaison du lion avoit déjà eu tout son effet dans ces paroles du verset 44: [ls ünt ouvert leur gueule sur moi, comme un lion ravisseur et rugissant.
Voilà un vrai lion avec ses caractères naturels ; qui s’attaque à toute la personne. Poürquoi lé faire reveñir encore une fois, pour ne s'en prendre qu'aux maihs et aux pieds ? Mais laissons là le raisonnement, puisque nous avons pour nous lès faits positifs.
Plusieurs siècles avant Jésus-Christ, les Septante ont traduit tout simplement : Lls ont percé, etc. Étoit-ce pour favoriser les ehrétiens, où pour suivre la vérité du texte qu’ils avoient devant les ‘yeux? Disons plus, saint Justin, martyr, oppose aux Juifs ce verset : {ls ont percé mes mains et mes pieds : et quoiqu'il ait aecoutumé de leur reprocher leurs aitérations, il ne leur en dit mot en ce lieu; marque certaine que de son temps, c'est-à-dire, au second siècle; elle n’avoit pas été encore faite, et que les Juifs lisoient comme nous, et comme ont lu les Septante. J'en dis autant des saints Pères qui ont écrit après lui : et Aquila même, ce juif perfide, qui a fait sa traduction expressément pour “échiredire les chrétiens, a tourné, non pas comme un lion, mais us ont déshonoré mes mains et mes pieds : ce qui présuppose qu’il a lu comme les Septante. Mais il n’y a aucun sens dans ces paroles : Jls ont déshonoré ines mains et mes pieds, si ce n’est qu'on veuille dire que déshonorer les mains et les pieds, c’est y faire une plaie honteuse, telle qu’on la voit à la croix, qui est le plus ignominieux de tous les supplices. Enfin, les Juifs n’ont osé nier que la lecon cru, ne fût bonne et ancienne : ils se contentent de laisser la chose ambiguë, sans vouloir songer qu'entre deux textes il faudroit se déterminer à celui qui a
un sens naturel, comme caru, par préférence à celui qui n’en a aucun, comme caarè, ainsi qu'il a été dit.
Concluons donc que la traduction és ont percé, etc., est la seule qui peut être soufferte; la seule aussi qui a été faite de bonne foi par les Septante, si longtemps avant la naissance du christianisme, et sans aucune prévention, et la seule qui se trouveavoir un sens littéral, et un manifeste accomplissement ; au lieu qu’on ne sait qu’imaginer pour l’accommoder à David : mais quand on en aura trouvé le moyen, on n’aura pas pour cela éludé la prophétie; et ce que disent les judaïsants sur le partage des habits, est encore plus visiblement absurde.
Théodore de Mopsueste, un hérétique du 1v° siècle, éludoit cette prophétie, comme il faisoit toutes les autres ; et disoit que ce malheur étoit arrivé à David, lorsque Absalom entra dans sa maison, la pilla, et se saisit de ses vêtements. Je ne dirai pas qu’il fit horreur au pape Vigile, et aux Pères du cinquième concile; je ne m’attacherai qu’au ridicule qui saute aux yeux dans cette interprétation; car aussi dans le pillage universel d’une maison, n’a-t-on à considérer que les habits enlevés? Mais quel besoin en ce cas de distinguer les habits qu’on partage d'avec la robe qu’on jette au sort sans la partager, à cause qu’elle étoit sans couture, et depuis le haut jusqu'en bas de même tissu"? On voit bien que cet endroit de la prophétie n’a aucun rapport à David, etqu'’elle ne peut convenir qu’à Jésus-Christ notre Sauveur.
C’est donc avec raison que nous en avons donné pour clef ou pour dénouement les versets 17, 18 et 19, que nous venons de réciter ; puisque d’un côté il est visible qu’ils ne conviennent qu’à Jésus-Christ, et que del’autre ils y attirent tout le reste, ainsi qu’on a pu voir.
Mais quand on auroit détourné un sens si clair à un autre qu’à Jésus-Christ, il faudra encore venir à la conversion des Gentils, qui ne peut être ignorée, ni déguisée ou dissimulée, quand elle arrive ; à cause qu’en la niant, on auroit l’univers entier pour témoin contre soi.
On peut donc aisément trouver quelque particularité de la
vie de David, où il se plaindroit d'être délaissé, comme lors- 1 Joan. x1x. 23.
que poursuivi par Saül dans toute la terre d'Israël, il se voyoit à chaque moment en état d'être livré entre les mains d'un si puissant et si implacable ennemi; ou lorsqu'il fut obligé de prendre la fuite devant son fils Absalom, qui n’oublioit rien pour l'outrager. On peut aussi trouver des endroits où il sera chargé d’opprobres par des personnes méprisables, tel que fut un Sémeï, qui même lui jeta des pierres , tant il fut emporté et violent. Quand done on aura trouvé toutes ces choses, et qu’on voudra supposer que David les aura enflées et exagérées dans son discours ; si l’on ne trouve des faits positifs tels que celui des mains et des pieds percés, des habits joués et partagés, et, ce qui est encore plus évident, celui de la gentilité convertie, l'on n'aura pas découvert le délaissé que nous cherchons. Mais il sera maintenant aisé de le découvrir par la seule lecture du psaume dont nous allons repré— senter la traduction : nous ne laisserons pas d’y ajouter une explication , mais si précise et si littérale, qu'il n’y restera pas le moindre embarras.