‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 89 sur 245 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

à-dire, à l'ame, où elles coulent ce poison secret ; car elles ressemblent & des scorpions, qui ont leur venin dans la queue, Y. 3. Les hérésies ont une belle apparence, etsemblent d'abord ne faire aucun mal; mais le venin est dans la queue, c'est-à-dire, dans la suite. On n’a plus qu'à faire l’application de tout ceci à chaque verset, et on verra la justesse de cette similitude.

Et il leur fut défendu. Les hérétiques, tout rebelles qu'ils sont contre Dieu, sont assujettis à ses ordres. Dieu qui permet qu'ils s'élèvent, sait et ordonne ce qu’il en veut faire, et jusqu'où il leur veut permettre de nuire; c’est pourquoi saint Paul disoit : Mas ils n'iront pas plus avant, comme on vient de voir, Il. Tim. rx. 9.

Mais seulement aux hom?res qui n'ont pas le signe de Dieu sur le front; qui n’ont pas la marque des vrais chrétiens et des élus, dont il est parlé, Apoc. 11, 47. 11, 42. vit. 14, etc., c'est-à-dire, à ceux qui n’ont pas cette foi constante et persévérante, pour en faire profession j jusqu’à la fin. L’hérésie ne nuit qu'aux réprouvés, soit dans l'Église, soit hors de l'Église; et ceux des chrétiens à qui elle nuit, sont ceux dont il est écrit : {ls sont sortis du milieu de nous, mais ils n'étoient pas des nôtres : car s'ils eussent été des nôtres, ils seroient demeurés parmi nous, I. Jean, 11. 49. Il ne faut pas oublier que saint Jean marque clairement la victoire de l'Eglise sur les hérésies : car comme il dit, Apoc. xt 12, Mesure le temple , mais ne mesure point le parvis, qui est abandonné aux Gentils ; pour montrer qu’outre ce parvis abandonné aux Gentils, il y auroit un endroit que Dieu se réserveroit, où les mains profanes ne pourroient atteindre : ainsi il paroît en ce lieu que, malgré tout le ravage que feront ces effroyables sauterelles , Dieu saura bien conserver ceux qui sont à lui.

5. Il leur fut donné de tourmenter les hommes. Le tourment que les hérésies font sentir aux hommes, c’est leurs jalousies, leurs haines secrètes, un prodigieux affoiblissement par l'extinction de la charité, le remords de la conscience qui revient de temps en temps, quoique étouffé par l’orgueil; plus que tout cela, ce même orgueil toujours insatiable qui fait

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leur supplice, comme celui des démons, lorsqu'ils séduisent les hommes.

Et letourment qu'elles font souffrir est semblable à celui que fait le scorpion. La piqüre du scorpion, à laquelle Tertullien compare l’hérésie , pénètre d’abord, comme il dit ', dans les entrailles; les sens s’appesantissent, le sang se gèle, les esprits n’animent plus les chairs; on sent un dégoût extrême et une continuelle envie de-vomir. On change souvent de disposition ; le chaud et le froid nous affligent tour à tour. Il est bien aisé d'appliquer tout cela à l'hérétique, qui perd le goût de la vérité, et peu à peu tout eelui de la religion ; qui ne peut ni digérer, ni souffrir une nourriture solide; toujours, ou transporté par un zèle amer, ou froid et insensible, sans se soucier dans le fond dela religion, n’en aimant que ce qu'on fait servir à la secte et à ses opinions particulières.

6. En ce temps : du temps que les hérésies régneront, Les hommes chercheront la mort , et la mort s’enfuira d'eux. Cette façon de parler signifie des temps fâcheux, ennuyeux, pesants, de ceux où l’on est dégoüte de la vie, où, selon la phrase grecque ét latine, on mène une vie qui n’est point une vie : tels sont les temps où règnent les hérésies; car pre- mièrement,-et les chefs, et les sectateurs des hérésies sont tourmentés par leur esprit inquiet, par leur vaine et fatigante curiosité, qui les engage dans des études laborieuses et dégoütantes , pleines de chicane , et destituées-de bon sens : il faut s'épuiser l'esprit à gagner des sectateurs, à les maintenir par mille sortes d'artifices et de séductions; toutes choses par elles-mêmes tristes et pesantes , que le seul amour de la gloire fait supporter. Joignez à cela dans l'hérésie cette triste et obscure malignité, et les autres peines marquées sur le Y. 5. La vie de telles gens est malheureuse, ct ils ressemblent à ceux qui, attaqués par quelque venin, ne savent S'ils veulent vivre ou mourir. Mais comme cette parole de saint Jean, en ce temps, semble marquer, non-seulement le triste état de ceux quisont attaqués par le venin,mais encore un grandennui causé aux autres; c’est ce qui arrive dans les hérésies : on est . las de tant de malices couvertes du nom de la piété, detant

1 Scorp. cap. 4.

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