CHAPITRE IX
du venin des hérésies, est de les écraser promptement sur la plaie, comme on fait les scorpions.
41. Elles avoient.…. pour roi l'ange de l’abime.. Car encore que les hérésies aillent sans ordre, et qu’elles fassent peu de cas de leurs auteurs, qu’elles désavouent le plus souvent ; en effet, elles sont dominées par l'ange de l'abime qui les conduit secrètement, et cet ange s'appelle 'Exterminateur, Apollyon dans le grec, c'est-à-dire, celui qui tue, qui fait périr; celui qui est appelé par le Fils de Dieu, Jean, vint, 44, homicide dès le commencement, parce que sa séduction a fait mourir nos premiers parents : de sorte que c’est principalement par séduction qu'il est exterminateur, ainsi que les hérétiques qu'il anime. Et ce nom d’exterminateur lui est donné en ce lieu, pour montrer que ce qui est dit de ces sauterelles qu’il mène au combat, qu’elles ne font pas mourir les hommes, s'entend seulement de la vie du corps, et qu’elles donnent la mort à l'ame. Ce verset convient parfaitement avec celui de saint Paul qu’on a déjà vu, où parlant des hérétiques et de leurs docteurs, comme, dit-il, Jannès et Mambré, ces enchanteurs des Égyptiens, résistérent à Moïse, ceux-ci de même résistent à la vérité ; en cela semblables à ces magiciens, que ce sera par l’instigation et la puissance du démon, qu’ils combattront la saine doctrine : mais aussi le succès en sera-t-il pareil, ef leur folie sera connue de tous, comme le fut celle de ces enchanteurs, continue le même saint Paul, IT. Tim. 111, 8, 9.
Les sauterelles de l'Apocalypse sont prises sur celles que Joël décrit 1 et 11, qui en effet ravagèrent toute la Judée du temps de ce prophète, et qui figuroient les Assyriens, moissonneurs cruels que Dieu devoit bientôt envoyer. Les dents de lion paroissent, Joël. 1.6, et dans ce chap. del Apoc. #. 8, la ressemblance des chevaux , Joël. 11. 4, et ici Y. 7, le bruit de leurs ailes comme des chariots, Joël. 11. 5, et ici 9, le tourment des hommes dans Joël. 11. 6, et ici 40.
Selon cette idée de Joël, on pourroit penser que les sauterelles de saint Jean sont de vrais soldats, comme ceux que le prophète Joël représentoit par cette figure. Et en effet, il y a des caractères qui y conviennent; mais nous avons VU que
486 L'APOCALYPSÉE,
saint Jean a banni d’abord cette idée, en nous disant que ces sauterelles, ni ne pillent, ni ne ravagent, ni ne tuent. Elles blessent seulement les hommes, mais à la manière des scorpions, par un venin et non par des armes; et au lieu que dans les guerres ordinaires personne n’est épargné, et que les saints ne le sont pas plus que les autres, comme il sera remarqué, Apoc. ch. xvr. 2, 3, 4, ici ce ne sont pas tous les hommes qui peuvent être blessés, mais seulement ceux qui n’ont point la marque de Dieu, et le caractère de son élection éternelle. Ces caractères que saint Jean a donnés à ces sauterelles, impriment d’abord l’idée d’une guerre spirituelle, de la blessure de l’ame et du venin de l’hérésie. Les ténèbres et l’épaisseur effroyable d’une fumée sortie de l’enfer, conduit encore à cette pensée; aussi, ni &ans saint Jean, ni dans les prophètes, en aucun endroit, on ne voit les vrais soldats sortir de l’enfer, ni conduits par le démon. A la fin de l’Apocalypse, l’idée de l'enfer revient encore avec celle du démon déchaïné, sous la même figure du puits de l’abime, Apoc. xx. Et nous voyons aussi très-clairement qu’il s'agit là de séduction; car on renferme Satan dans l’abime, afin qu'il ne séduise plus les nations, Y. 3, et lorsqu'il est délié, c’est pour les séduire, X, 7. On le voit à la fin puni de ses séductions, #. 9. Ce qui montre qu'où l’on fait paroître le démon sorti de l'abîme, c’est la séduction qu'il y faut entendre; et l’idée des armes et des soldats ne combat point celle-là, puisque dans ce même cha-pitre xx , le démon délié pour séduire, est représenté comme assemblant ses {roupes pour le combat, et assiégeant la cité sainte et le camp des saints, Y. 7, 8. Dans le Y. 47 du chapitre que nous expliquons, où l'on voit de vrais soldats, on y voit aussi de vraies cuirasses ; mais c’est ici comme des cuirasses : et le comme règne partout; ce qui n’étant pas ailleurs, ne peut être si constamment employé en cet endroit, que pour y montrer partout une allégorie..
Saint Jérôme remarque encore sur les sauterelles de Joël, qu'après qu’elles sont mortes, on les ramasse et on les met en tas dans des fosses, comme on le voit. dans Isaïe, xxxr11. 4. Cet amas, dit saint Jérôme, corrompt l'air et exeite la peste. Cela convient encore aux hérésies, qui lors. même qu’elles