CHAPITRE IX
périssent, infectent l'air et y laissent une sorte de pestilence spirituelle, dont tout le genre humain est infecté.
Si l'on dit après tout cela, que saint Jean nous montre ic dans ces sauterelles mystiques, plutôt les ravages que la défaite des hérésies, on n'aura pas fait assez de réflexion sur les paroles dece grand apôtre; puisque enfin il nous amontré très-expressément , que les vrais fidèles dont l'Église est principalemerit composée, sont un peuple contre lequel ces animaux si cruels et si venimeux ne peuvent rien : et d’ailleurs il fait les hérétiques du genre de ces animaux, qu’on voit périr par eux-mêmes sans pouvoir achever l’année, ÿ. 4, 5. À quoi encore nous conduit l’idée d’une fumée -qui s'élève contre le soleil, et dont on voit la dissipation assurée dans sa propre élévation, sans que le soleil ait besoin d'employer contre elle autre chose que sa lumière, Y. 2. C’est enfin nous avoir montré la défaite de ces animaux monstrueux, que de nous les faire bien connoître, et de nous avoir appris par quel esprit ils sont poussés : car tout ce qui est conduit par l'ange de l’'abîme, doit avec lui être replongé dans l’abime, d'où ilne sort que pour un temps; et comme nous a dit saint Paui, avoir le sort de Jannès et de Mambré, lorsque par le même secours ils résistèrent à Moïse, sup. #. 41. Par où saint Jean nous fait voir l'Église invincible, et nous prépare à entendre ce qu'il dira dans la suite, qu’elle verra tous ses ennemis tombés à ses pieds, n’y ayant point à craindre qu’eile périsse, après la victoire qu’ellea remportéecontre des ennemisfurieux, qui animés par toute la puissance de Fenfer, attaquoient le fondement de sa doctrine, c’est-à-dire, la divinité de Jésus- Christ, et tâchoient de lui ravir jusqu’à son soleil.
12. Le premier malheur a passé: malheur public, nonseulement de l'Église, mais encore de tout le genre humain, comme ce seroit un malheur public d’éteindre le soleil. C’est aussi ce que saint Jean nous a mis d’abord devant les yeux, en disant que le soleil et tout l'air furent obscurcis, c'est-àdire, que la lumière de la vérité est obseurcie, non-seulement, pour ainsi parler, dans son propre globe, mais encore par rapport aux hommes, et même aux infidèles, pour qui elle luisoit, comme Primase l'interprète sur le #. 12 du cha-
pitre précédent !. Nous avons aussi remarqué que les hérésies nuisoient beaucoup aux infidèles, Hist. abrég. n. 8, ce qui sans doute n’arrivoit pas sans une secrète permission de Dieu : car c’est par un secret jugement qu’il permet au dieu de ce siècle, au démon qui y préside, au prince de cet air, que Jésus-Christ doit chasser, d'agir dans les incrédules, et de répandre l’aveuglement dans leur esprit, en sorte que la lumière de l'Evangile de Jésus-Christ ne les éclaire pas: IT. Cor. 1v. 4. Eph. 11. 2. Ainsi tout ce qui empêche que la vérité ne se fasse sentir, est un malheur envoyé de Dieu à sa inanière, comme les guerres, comme la peste, comme la famine, conformément à cette parole de saint Paul : Parce qu'ils n'ont pas reçu l'amour de la vérité pour être sauvés, Dieu leur enverra une opération d'erreur, IT. Thess. 11.40, 41, en sorte qu'ils errent eux-mêmes, et qu'ils jettent les autres dans l'erreur, IL: Tim. 111, 13. Et non-seulement dans l'Église, maïs encore hors de l’Église, dont ils empéchent les infidèles de voir la lumière, en leur faisant blasphémer le nomet la doctrine de notre Seigneur, Rom. 11. 24. I. Tim. vr. I. Tit. 11. 5, etc.
Au reste, saint Jean ne pouvoit placer ces malheurs de Ia séduction dans une place plus convenable, qu’en les mettant, comme il a fait, à la suite d’autres erreurs et d’autres séductions, c’est-à-dire, de celles des Juifs, et après la chute de Cochebas. Les vraies guerres etles vrais soldats qui devoient ravager dans le temporel l'empire persécuteur, se trouveront en d’autres endroits, et surtout dans les chapitres xvt et xvi1, même dès la fin de celui-ci, et au son de la sixième trompette. Mais il étoit à propos que saint Jean n’oubliât pas les hérésies, qui,.comme les autres malheurs annoncés dans cette prophétie, sont des exercices que Dieu envoie à ses fidèles pour les éprouver ,I. Cor. xt. 19, et un supplice qu’il envoie aux ennemis de la vérité pour les punir. La doctrine de cette remarquesera fortifiée par celle du chapitre xr. .6, 44, et du chap. xW. Y. 12, où il paroîtra que les maux de l'Eglise et ceux-là même qu'elle souffrira par la violence des persécuteurs, sont les maux de tout l'univers, et même
1 Lib, 1r,'in Apoc.