‹ Œuvres de Bossuet (volume 4)Chapitre 99 sur 245 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

rivé; etsaint Jean nous le fait entendre dans la glorieuse résurrection de deux témoins, aux ÿ. 12, 13 de ce chapitre.

II. Le second caractère, qui étoit le plus consolant, c’est que Dieu ‘ donnoit des bornes aux persécutions.

De ces quatre caractères des persécutions, celui qui est le plus consolant pour les chrétiens, c’est le second, c’est-à-dire, celui qui leur fait voir que Dieu préside secrètement aux conseils des persécuteurs, dont il retient et lâche le bras autant qu’il lui plaît : car c’est ce qui fait sentir aux enfants de Dieu, que celui qui leur envoie les persécutions, c’est Dieu même leur bon père; en sorte que leurs souffrances venues de cette main leur deviennent chères.

III. Ce caractère marqué autrefois dans la persécution d’Antiochus.

Deux circonstances de cette persécution.

Dieu avoit commencé à faire paroître cette vérité à ses fidèles dès le temps de l’ancien Testament par plusieurs exemples, mais principalement dans la persécution d’Antiôchus. Elle fut d’une violence extraordinaire; et il sembloit d’abord que Dieu ne voulût plus donner de bornes aux souffrances de son peuple. Mais en même temps il marqua sensiblement le contraire par deux effets surprenants : l’un fut le terme trèscourt qu’il voulut donner aux fureurs d’Antiochus, puisque la persécution dura seulement trois ans etdemi, ainsi qu’ilétoit prédit, Dan. x11. 7, 11, et qu’il est aisé de le recueillir, tant des livres des Machabées, que de l’histoire de Josèphe : l’autre, qui n’étoit pas moins considérable, c’est que Dieu finiroit la persécution par la punition éclatante de son auteur.

IV, Les persécutions de l’Église ont à leur manière le même caractère, Dieu y met des bornes. Passage d’Origène.

C’étoit le conseil de Dieu d’en user à peu près de même avec ses fidèles. Car encore qu'après la croix de Jésus-Christ, son Église dût être fortement et plus longuemènt exercée, qu’elle ne l’avoit dû être dans le judaïsme, où les promesses temporelles étoient en vigueur : néanmoins il plaisoit à Dieu

-que les persécutions qu’il faudroit soutenir pour l'Évangile, eussent à peu près les mêmes caractères que celle d’Antio-

chus, où elles étoient comme dessinées par la main de Dieu, c’est-à-dire, premièrement qu’elles fussent courtes, et que Dieu y donnât de temps en temps quelque relâche à son peuple; et ce qui n’est pas moins remarquable, qu elles finissentpour l’ordinaireparun châtiment public des persécuteurs.

On voit en effet ces deux marques du doigt de Dieu, presque dans toutes les persécutions. Dieu faisoit sentir à ses enfants affligés, par le repos qu’il leur procuroit de temps en temps, qu’il savoit mesurer leurs souffrances à leurs forces, et comme Jésus-Christ l’'avoit dit lui-même, qu'il en abrégeoit le temps pour l'amour des élus. Matth. xx1v. 22.

Les chrétiens ont bien connu ce secours de Dieu durant les persécutions ; et comme on leur objectoit que Dieu les abandonnoit-à leurs ennemis, Origène répondoit pour toute l'Eglise, Que ce n’étoit pas les abandonner, mais plutôt leur rendre sensible sa protection, que de leur donner de temps en temps le loisir de respirer, en réprimant de telle sorte leurs persécuteurs, qu'on voyoit bien qu'il ne vouloit pas qu'on püt éteindre la race des saints, ni qu'il fût permis à leurs ennemis et aux princes mêmes, de les affliger au delà d'un certain point, ou d'un certain temps. Orig. 111. cont.s Cels. (Edit. Ben. t. 1. n. 8, p. 452).

V. Histoire abrégée des persécutions de l'Église, qui fait voir que Dieu ÿ mettoit des bornes.

Tout est plein de cessentimentsdans lesécrits des saints Pères et l'expérience en justifioit la vérité. La persécution de Néron, où saint Pierre et saint Paul furent couronnés, finit par sa mort, environ quatre ans après qu’il l’eut commencée! : celle de Domitien, où saint Jean souffrit, fut à peu près de même durée. Le massacre de Domitien tué par les siens, y mit fin’; et avant ce dernier coup, lui-même,.tout inhumain qu’il étoit, il avoit donné des bornes à sa fureur, en rappelant jusqu'à ceux qu’il avoit bannis, et réprimant par un édit les persécutions suscitées contre l'Église; ainsi les deux premières persécutions eurent manifestement les deux caractères de celle d’Antiochus. Dieu les finit par le châti-

# An, Chr. 64, 65, 68. — ? An. Chr, 93,95, 96,

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