XII: SEMAINE
re ÉLÉv. L'annonciation de la sainte Vierge : salut de l'ange.
« Au sixième mois de la grossesse d’Elisabeth , l'ange Ga- » briel fut envoyé dans une ville de Galilée, nommée Na- » zareth, à une Vierge qu'an homme appelé Joseph, de la » maison de David, avoit épousée; et le nom de la Vierge » étoit Marie ‘».
Dès que nous voyons l'ange saint Gabriel envoyé, nous devons attendre quelque excellente nouvelle sur la venue du.
1 Ephes. 1v. 19. —7? Philip. 1v. 13. —? Luc. 1. 24. 25.— ‘Gen. XVIII, 10.11. 12. 14. — * Luc. 1, 26. 27.
Messie. Lorsque Dieu voulut apprendre à Daniel « homme » de desirs » l’arrivée prochaine du « Saint des saints», qui devoit être «oint et immolé'», le même ange fut envoyé à cé saint prophète. Nous venons encore de le voir envoyé à Zacharie; et à son seul nom nos desirs pour le Christ du Seigneur doivent se renouveler par de saints transports.
Ce n’est pas dans Jérusalem, la ville royale, ni dans le Temple qui en faisoit la grandeur, ni dans le sanctuaire qui en est la partie la plus sacrée, ni parmi les exercices les plus saints d’une fonction toute divine, ni à un homme aussi célèbre par sa vertu que par la dignité de sa charge, et par l'éclat d'une race sacerdotale, que ce saint ange est envoyé à cette fois. C’est dans une ville de Galilée, province des moins estimées, dans une petite ville dont il faut dire le nom à peine connu. C’est à la femme d’un homme, qui, comme elle, étoit à la vérité de la famille royale, mais réduit à un métier mécanique. Ce n’étoit pas une Elisabeth , dont la considération de son mari faisoit éclater la vertu. Il n’en étoit pas ainsi de la femme de Joseph, qui étoit choisie pour être le mère de Jésus; femme d’un artisan inconnu, d'un pauvre menuisier : l'ancienne tradition nous apprend qu’elle gagnoit elle-même sa vie par son travail: ce qui fait que Jésus-Christ est appelé par les Pères les plus anciens : fabri et quæstuariæ Filius.
Ce n’est point la femme d’un homme célèbre , et dont le nom fût connu : «elle avoit épousé un homme nommé Joseph, » et on l’appeloit Marie ». Ainsi, à l'extérieur, cette seconde ambassade de l’ange est bien moins illustre que l’autre. Mais voyons le fond; et nous y découvrirons quelque chose de bien plus élevé.
L'ange commence par ces mots d’un humble salutation : «Je vous salue, pleine de grâce» : très-agréable à Dieu,
remplie de ses dons : « le Seigneur est avec vous, et vous » êtes bénie par dessus toutes les femmes». Ce discours est d’un ton beaucoup plus haut que celui qui fut adressé à Zacharie. On commence par lui dire « Ne craignez point», comme à un homme qu’on sait qui a sujet de craindre; et
1 Dan. 1x. 21 et seq. — ? Luc, 1, 28. 29.
a vos prières », lui dit-on, « sont exaucées. » Mais ce qu'on annonce à Marie , elle ne pouvoit pas même l'avoir demandé, tant il y avoit de sublimité et d'excellence. Marie, humble, retirée, petite à ses yeux, ne pensoit pas seulement qu'un ange la pût saluer, et surtout par de si hautes paroles : c’est son humilité qui la jeta « dans le trouble ». Mais l'ange reprit aussitôt : « Ne craignez point, Marie ‘ ». Il n’avoit point commencé par là, comme on a vu qu'il fit à Zacharie; mais quand Marie eut montré son trouble causé par sa seule humilité, il fallut bien lui répondre : « Ne craignez point, Marie, vous » avez trouvé grâce devant le Seigneur : Vous concevrez » dans votre sein, et vous enfanterez un fils *». Votre conception miraculeuse sera suivie d’un enfantement aussi admirable. Il y en a qui concoivent, mais qui n’enfantent jamais, qui n'ont que de stériles et infructueuses pensées. Mon Dieu! à l'exemple de Marie, faites que conçoive et que j'enfante. Et qui dois-je enfanter , sinon Jésus-Christ ? « Je vous enfante », disoit saint Paul *, « jusqu’à ce que Jésus-Christ soit » formé dans vous ». Tant que Jésus-Christ, c’est-à-dire, une vertu consommée , n’est pas en nous , ce n'est encore qu’une foible et imparfaite conception : il faut que Jésus-Christ noisse dans nos âmes par de véritables vertus, et accomplies selon la règle de l'Evangile. ;
Cet homme que, « Jésus aima‘ » quand il le vit si bien parler du précepte de l’amourdivin, n’avoitencore pourtantqu'une simple et foible conception : et dès qu’il lui fallut quitter ses richesses qu'il aimoit, il se retira avec larmes, et abandonna l'ouvrage où Jésus l’avoit appelé. Celui qui vouloit encore « aller ensevelir son père, avant que de suivre le Sauveur” », ne l’avoit conçu qu'à demi; et quand on l’a enfanté, on ne connoît ni d’excuse, ni de retardement. On ne se laisse non plus rebuter par aucune difficulté. Et quand Jésus-Christ nous dit : «Les renards ont leurs tanières, et les oiseaux leurs » nids ; mais le Fils de l'homme n’a pas où reposer sa tête *» : ceux qui cherchent encore un chevet, et le moindre repos dans les sens, n'ont pas enfanté Jésus. Ce qu'ils regardent
1 Luc, 1. 30. — ? Jhid. 31.— ? Gal. vi, 19. — { Marc. x. 21 et seq. — 5 Matth. vit, 21. — 56 Ibid. 20.
comme grand, n’est qu’une imparfaite conception, un avor-ton qui ne voit jamais le jour.
Ile ÉLÉy. La conception et l'enfantement de Marie : le règne de son Fils et sa divinité.
« Vous concevrez un fils, et vous lui donnerez le nom de » Jésus, de Sauveur ». [sera grand ', non pas à la manière de Jean, qui étoit grand comme le peut être un serviteur; mais celui-ci sera grand de la grandeur qui convient au Fils. Aussi l’appellera-t-on : « Le Fils du Très-Haut* ». Et ce ne sera pas par une simple dénomination ou par adoption, comme les autres qui sont appelés « enfants de Dieu ». Il sera le Fils de Dieu effectivement, le Fils unique, le Fils par nature : c’est pourquoi on lui en donnera le nom avec une force particulière. Il ne faut pas croire que ce soit un terme diminutif, dedire que Jésus « sera appelé le Fils de Dieu‘ »; autrement on pourroit dire de même, que ce que dit l'ange, qu'Elisabeth « est appelée stérile ‘», est une espèce de diminution de la stérilité; au contraire, il faut entendre une véritable et entière stérilité.
Croyons donc que Jésus « est appelé Fils», parce qu'il l'est proprement, effectivement , naturellement, par conséquent uniquement; Dieu en qui tout est parfait, devant avoir un Fils parfait et par conséquent unique. Et c'est pourquoi « Dieu lui donnera le trône de David son père, » selon la chair. Ce trône que David même voyoit en esprit, lorsqu'il disoit : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Soyez assis à » ma droite * »; c'est « son Fils et son Seigneur » tout ensemble. Ce trône de David, son père, n’est que la figure de celui que Dieu, qui «l'a engendré avant l'aurore ‘ », lui prépare. « Il aura » donc « le trône de David son père, et il régnera » éternellement dans la maison de Jacob ’». Quel autre peut régner éternellement, qu'un Dieu à qui il est dit: « Votre » trône, à Dieu, sera éternel ‘?» Et c’est pourquoi on ne verra point la fin de son règne.
O' Jésus ! dont le règne est éternel, en verra-t-on la fin
MEuc. à 31. 3980 2 080 SR 35 ip 96 Es pe Bfatth. xx11. 43. 44.—6 Ps. gix. 3.—° Luc. 1. 33.—5$ Ps. xL1x. 7. Heb. 1. 3,
dans mon cœur? Cesserai-je de vous obéir? Après avoir ‘commencé selon l'esprit, finirai-je selon la chair? Me repentirai-je d’avoir bien fait? Me livrerai-je de nouveau au tentateur, après tant de saints efforts pour me retirer de ses mains ? L'orgueil ravagera-t-il la moisson si prête à être recueillie? Non , il faut être de ceux dont il est écrit : « Ne » cessez point de travailler, parce que la moisson que vous »avez à recueillir ne doit point souffrir de défaillance ‘ ».
IIIe ÉLÉY. La virginité de Marie : le Saint-Esprit survenu en elle : son Fils saint par son origine.
Dieu qui avoit prédestiné la sainte Vierge Marie pour l’associer à sa très-pure génération, lui inspira l'amour de la virginité dans un degré si éminent, que non-seulement elle en fit vœu, mais que, même après que l’ange lui eût déclaré quel Fils elle devoit concevoir, elle ne voulut paint acheter l'honneur d’en être la mère au prix de sa virginité.
Elle répond donc à l'ange : « Comment donc cela sc » fera-t-il, puisque je ne connois point d'homme * » ? c’est-àdire j'ai résolu de tout temps de n’en point connoître. Cette résolution marque dans Marie un goût exquis de la chasteté , et dans un degré si éminent, qu’elle est à l'épreuve nonseulement de toutes les promesses des hommes, mais encore de toutes celles de Dieu. Que pouvoit-il promettre de plus grand queson Fils, en la même qualité qu’il le possède luimême, c'est-à-dire en la qualité de Fils? Elle est prête à le refuser s'il lui faut perdre sa virginité pour l’acquérir. Mais Dieu à qui cet amour acheva, pour ainsi dire, de gagner lo cœur, lui fit dire par son ange : « Le Saint-Esprit surviendra » en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira * ». Dieu même vous tiendra lieu d'époux; il s’unira à votre corps; mais il faut pour cela qu’il soit plus pur que les rayons du soleil. Le très-pur ne s’unit qu'à la pureté; il conçoit son Fils seul dans son sein paternel , sans partager sa conception avec un autre: ilne veut, quand il le fait noître dans le temps,
2,Gal, vr. 9. — 2? Luc 1. 34.— Ib. 1. 35,
le partager qu'avec une vierge, ni souffrir qu'il ait deux pères.
Virginité, quel est votre prix ! Vous seule pouvez faire une Mère de Dieu; mais on vous estime encore plus qu'une si haute dignité.
«Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très- » Haut vous couvrira; et c'est pourquoi la chose sainte quinoîtra » en vous, sera nommée le fils de Dieu‘. Qui nous racontera » sa génération *»? Elle est inexplicable et inénarrable. Écoutons néanmoins ce que l’ange nous en raconte par ordre de Dieu: «La vertü du Très-Haut vous couvrira». Le Très-Haut, le Père céleste étendra en vous sa génération éternelle: il produira son Fils dans votre sein, et y composera de votre sang un corps si pur, que le Saint-Esprit sera seul capable de le former. En même temps ce divin Esprit y inspirera une âme, qui, n'ayant que lui pour auteur, sans le concours d'aucune autre chose, ne peut être que sainte. Cette âme ct ce corps, par l'extension de la vertu générative de Dieu, seront unis à la personne du Fils de Dieu; et dorénavant ce qu'on appellera le Fils de Dieu sera ce tout, composé du Fils de Dieu et de l’homme. Ainsi, « ce qui sortira de votre sein, sera » proprement et véritablement « ap- » pelé le Fils de Dieu ». Ce sera aussi « une chose sainte » par sa nature ; « sainte»: non d’une sainteté dérivée et accidentelle , mais substantivement : Sanetum; ce qui ne peut convenir qu'à Dieu, qui seul est une chose sainte par nature. Et comme cette chose sainte, qui est le Verbe et le Fils de Dieu, s’unira personnellement à ce qui sera formé de votre sang, à l'âme qui y sera unie, selon les lois êternelles imposées à la nature par son créatenr, ce tout, ce composé divin, sera tout ensemble le Fils de Dieu et le vôtre.
Voilà donc une nouvelle dignité créée sur la terre : c’est la dignité de mère de Dieu, qui enferme de si grandes grâces qu’il ne faut ni tenter ni espérer de les comprendre “par sa pensée. La parfaite virginité de corps et d'esprit fait partie d’une dignité si éminente. Car si la concupiscence, qui
1 Luc. 1 35. — ?Is.L1It..8,
depuis le péché originel est inséparablement attachée à la conception des hommes, lorsqu'elle se fait à la manière ordinaire, s’éloit trouvée en celle-ci, Jésus-Christ auroit dû naturellement contracter cette souillure primitive, lui qui venoit pour l'effacer. Il falloit donc que Jésus-Christ fût fils d’une vierge, et qu'il fût conçu du Saint-Esprit. Ainsi donc Marie demeure vierge, et devient mère : Jésus-Christ n’appellera de père que Dieu, mais Dieu veut qu'il ait une mère sur la terre.
Chastes mystères du christianisme, qu’il faut être pur pour vous entendre ! Mais combien plus le faut-il être pour vous exprimer dans sa vie par la sincère pratique des vérités chrétiennes !
Nous ne sommes plus de la terre, nous, dont la foi est si haute ; «et notre conversation est dans les cieux ‘ ».
IV° EÉLEv. La tonception de saint Jean Baptiste prépare à croire la conception de Jésus-Christ,
L'ange continue : « Et voilà que votre cousine Élisabeth a » elle-mème conçu un fils dans sa vieillesse ; et c’est ici le » sixième mois de celle qui étoit appelée stérile » : et qui, par dessus la stérilité naturelle avoit encore celle de l’âge et de la vieillesse : « parce que rien n’est impossible à Dieu *». Marie n’avoit pas besoin qu'on lui alléguât des exemples de la toute-puissance divine; et c’est pour nous, à qui le mystère de son annonciation devoit être révélé, que l'ange apporte cet exemple. Dieu vouloit néanmoins que la sainte Vierge connût la conception de saint Jean Baptiste, à cause du grand mystère qu'il nous préparoit, par la connoissance qu’on lui donne de ce miracle.
Marie fut transportée en admiration de la puissance divine dans tous ses degrés. Elle vit que par le miracle souvent répété, de rendre fécondes les stériles , il avoit voulu préparer le monde au miracle unique et nouveau de l’enfantement d’une vierge; et transportée en esprit d'une sainte joie par la merveille que Dieu vouloit opérer en elle, elle dit d’une
1 Philip. 111. 20, — ? Luc. 1. 36. 37.
Bo iruer,t. y, 9
voix soumise : « Voici la servante du Seigneur ; qu'il me soit » fait selon votre parole ‘».
Ve ÉLÉv. Sur ces ‘paroles : « Je suis la servante du Seigneur».
Dieu n’avoit pas besoin du consentement et de l’obéissance de la sainte Vierge, pour faire d'elle ce qu’il vouloit, ni pour en faire noître Jésus-Christ, et en former dans ses entrailles le corps qu'il vouloit unir à la personne de son Fils; mais il vouloit donner au monde de grands exemples, et que le grand mystère de l'Incarnation fût accompagné de toutes sortes de vertus dans tous ceux qui y avoient part. C'est ce qui a mis dans la sainte Vierge et dans saint Joseph, son chaste époux , les vertus que l'Évangile nous fait admirer.
Il y a encore ici un plus haut mystère. La désobéissance d'Éve notre mère, son incrédulité envers Dieu, sa malheureuse crédulité à l'ange trompeur, étoit entrée dans l'ouvrage de notre perte ; et Dieu a voulu aussi, par une sainte opposition, que l'obéissance de Marie et son humble foi entrât dans l'ouvrage de notre rédemption. En $orte que notre nature fût réparée par tout ce qui avoit concouru à sa perte, et que nous eussions une nouvelle Ève en Marie, comme nous avons en Jésus-Christ un nouvel Adam , afin que nous puissions dire à cette Vierge avec de saints gémissements : Nous erions à vous, misérables bannis, enfants d'Eve, en gémissant et pleurant dans cette vallée de larmes : offrez-les à votre cher ils, et nous montrez à la fin ce béni fruit de vos entrailles que nous avons reçu par votre moyen.
Cest ici le solide fondement de la grande dévotion que l'Église a toujonrs eue pour la sainte Vierge. Elle a la mème part à notre salut qu'Ève a eue à notre perte. C’est une doc trine reçue dans toute l'Église catholique par une tradition qui remonte jusqu'à l’origine du christianisme. Elle se développera dans toute la suite des mystères de l'Évangile. Entrons donc dans la profondeur de ce dessein ; imitons l’obéissance de Marie : c’est par elle que le genre humain est sauvé, ctque, selon l’ancienne promesse , « la tête du serpent est » écrasée * ».
Lac ni38. =? Gen. 141. 15,
Vie ÉLÉv. Trois vertus principales de la sainte Vierge dans son annonciation,
La sainte virginité devoit être la première disposition pour faire une Mère de Dieu. Car il falloit une pureté au dessus de celle des anges, pour être unie au Père éternel, pour produire le même Fils que lui. Il falloit aussi être disposée par la même pureté à recevoir la vertu d'en haut, et le Saint- Esprit survenant. Cette haute résolution de renoncer à jamais à toute la joie des sens, comme si on étoit sans corps ; c'est ce qui fait une vierge, et qui préparoit sur la terre une Mère au Fils de Dieu. Mais tout cela, ce n’étoit rien sans l'humilité. Les mauvais anges étoient chastes; mais’ avec toute leur chasteté , parce qu'ils étoient superbes, Dieu les a repoussés jusqu'aux enfers. Il falloit donc que Marie fùt humble, autant que ces rebelles ont été superbes; et c’est ce qui lui a fait dire : « Je suis la servante du Seigneur * ». Il ne falloit rien moins pour la faire mère, Mais la dernière disposition étoit la foi. Car il falloit concevoir le Fils de Dieu dans son esprit, avant de le concevoir dans son corps; et cette conception dans l'esprit, étoit l'ouvrage de la seule foi: « Qu'il me soit » fait selon votre parole ». Par là donc cette parole entra dans Ja sainte Vierge comme une semence céleste ; et la recevoir on soi, qu'étoit-ce autre chose que de concevoir le Verbe en esprit ?
Ayons donc une ferme foi, et espérons tout de Ja bonté et de la promesse divine. Le Verbe s’incorporera à nous, et par cette espèce d'incarnation, nous participerons à la dignité de Ja Mère de Dieu, conformément à cette sentence du Sauveur : « Celui qui écoute la parole de Dieu et qui fait sa volonté , est » mon frère, ma sœur et ma mère *». Tel est donc le fondement de la gloire de la sainte Vierge. La suite développera d’autres effets de la prédestination de cette Vierge, mère de Dieu, et ce seront les effets du Verbe de Dieu en elleeten nous. Mais avant que de contempler les effets d'un si saint auteur, il faut auparavant en contempler la grandeur en ellemême.
LLuc: 138— 21b, vit. 21,
VIle ÉLÉÇ, Jésus-Christ devant tous les teinps : la théolog'e de saint Jean J'Evangéliste.
Où vais-je me perdre, dans quelle profondeur, dans quel abîime! Jésus-Christ avant tous les temps pêut-il être l'objet de nos connoissances? Sans doute, puisque c’est à nous qu'est adressé l'Evangile. Allons, märchons sous la conduite de l'aigle des évangélistes, du bien-aimé parmi les disciples, d’un ‘autre Jean que Jean Baptiste, de Jean « enfant du » tonnerre ! », qui ne parle point un langage humain, qui éclaire, qui tonne, qui étourdit, qui abat tout esprit créé sous l’obéissance de la foi, lorsque par un rapide vol fendant les airs, perçant les nues, s’élevant au dessus des anges, des vertus, des chérubins et des séraphins, il entonne son Évangile par ces mots : « Au commencement étoit le » Verbe *». C'est par où ilcommence à faire connoître Jésus- Christ. Hommes, ne vous arrêtez pas à ce que vous voyez Coinmencer dans l’annonciation de Marie. Dites avec moi : « Au » commencement étoit le Verbe ». Pourquoi parler du commencement, puisqu'il s’agit de celui qui n’a point de commencement? C’est pour dire qu’au commencement, dès l'origine des choses, « il étoit», il ne commencoit pas: «il » étoit», on ne le créoit pas, on ne le faisoit pas : «il » étoit ». Et qu'étoit-il? Qu'étoit celui qui, sans être fait, ct sans avoir de commencement, quand Dieu commença tout, étoit déjà ? Etoit-ce une matière confuse que Dieu cominençoit à travailler , à mouvoir, à former? Non, ce qui étoit au commencement, « étoit le Verbe », la parole intérieure, la pensée, la raison, l'intelligence, la sagesse, le discours intérieur : sermo : discours sans discourir, où l’on ne tire pas une chose de l’autre par raisonnement : mais discours où est substantiellement toute vérité, et qui est la vérité même,
Où suis-je? Que vois-je? Qu’entends-je? Tais-toi, ma raison : et sans raison, sans discours, sans images tirées des sens, sans paroles formées par la langue, sans le secours d’un air battu, ou d’une imagination agitée, sans trouble, sans
1 Marc, mr. 17. — 2 Joan. 1. 1.
effort humain , disons au dedans, disons par la foi avec un entendement, mais captivé et assujetti : « Au commence- » ment», sans commencement, avant tout commencement, au dessus de tout commencement, «.étoit » celui qui est et qui subsiste toujours : « le Verbe », la parole, la pensée éternelle et substantielle de Dieu.
«Il étoit », il subsistoit; mais non comme quelque chose détaché de Dieu : car « il étoit en Dieu ». Et comment expliquerons-nous : « être en Dieu », est-ce y être d'une manière accidentelle, comme notre pensée est en nous? Non : le Verbe n’est pas en Dieu de cette sorte. Comment donc? Comment expliquerons-nous ce que dit notre aigle, notre évangéliste? « Le Verbe étoit chez Dieu » : apud Deum, pour dire qu’il n’étoit pas quelque chose d'inhérent à Dieu, quelque chose qui affecte Dieu, mais quelque chose qui demeure en lui comme y subsistant, comme étant en Dieu une personne, et une autre personne que ce Dieu en qui il est. Et cette personne éloit une personne divine : elle « étoit Dieu ? ». Comment Dieu? Etoit-ce Dieu sans origine? Non: car ce Dieu est Fils de Dieu, est Fils unique, comme saint Jean l'appellera bientôt. « Nous avons », dit-il, « vu sa » gloire comme la gloire du Fils unique * ». Ce Verbe donc qui est en Dieu, qui demeure en Dieu, qui subsiste en Dieu qui, en Dieu, est une personne sortie de Dieu même et y demeurant; toujours produit, toujours dans son sein, ainsi que nous le verrons sur ces paroles: Unigenitus Filius qui est in sinu Patris : « Le Fils unique qui est dans le sein du » Père‘». Il en est produit, puisqu'il est Fils; il y demeure, parce qu’il est la pensée éternellement subsistante. Dieu comme lui; car le Verbe étoit Dieu : Dieu en Dieu, Dieu de Dieu, engendré de Dieu, subsistant en Dieu : « Dieu», comme lui, «au dessus de tout, béni aux siècles des siècles. Amen. » I est ainsi, dit saint Paul *.
Ah! je me perds, je n'en puis plus : je ne puis plus dire « qu'Amen; il est ainsi » mon cœur dit : « Il est ainsi; » Amen», Quel silence ! quelle admiration ! quel étonnement! quelle nouvelle lumière! mais quelle ignorance ! Je ne
1 Joan. 1.2. — 3 Ib. — ? Ib. 14. — * Ib. 45. — Ÿ Rom. 1x. 5.
vois rien, et je vois tout. Je vois ce Dieu qui étoit au commencement, qui subsistoit dans le sein de Dieu; et je ne le vois pas. « Amen; il est ainsi». Voilà tout ce qui me reste de tout le discours que je viens de faire, un simple et irrévocable acquiescement par amour, à la vérité que la foi me montre. Amen, amen , amen. Encore une fois : Amen. À jamais : Amen, VIII: ÉLÉv. Suite de l'Évangile de saint Jean.
«Le Verbe au commencement étoit» subsistant « en Dieu ‘». Remontez au commencement de toutes choses; poussez vos pensées le plus loin que vous pouvez : allez au commencement du genre humain: «il étoit*» hoc erat. Allez, au premier jour, lorsque Dieu dit : Que la lumière soit; «il étoit» hoc erat. Remontez, élevez-vous avant tous les jours au dessus de ce premier jour, lorsque tout étoit confusion et ténèbres, hoc erat, «il étoit ». Lorsque les anges furent créés dans Ja vérité, en laquelle Satan et ses sectateurs ne demeurèrent point, «il étoit», hoc erat. «Au commencement», avant tout ce qui a pris commencement, hoc erat. Il étoit seul, en son Père, auprès de son Père, au sein de son Père. « Il » toit », et qu'étoit-il? qui le pourroit dire? « Qui nous ra- » contera», qui nous expliquera « sa génération *? I étoit » : car comme son Père, il « est celui qui est ‘; il est Le parfait; ilest l'existant, le subsistant, et l'être même. « Mais qu'étoit-il? qui le sait? On ne sait rien autre chose, sinon «qu’il étoit» ; c’est-à-dire « qu'il étoit; » mais qu'il étoit engendré de Dieu, subsistant en Dieu, c'est-à-dire qu'il étoit Dieu, et qu'il étoit Fils.
Où voyez-vous qu'il étoit? « Toutes choses ont été feites » par lui, et sans lui, rien n’a été fait de tout ce qui a été » fait ». Concevons, si nous pouvons, Ja différence de celui qui éloit, d'avec tout ce qui a été fait. Entre celui qui étoit, et par qui tout a été fait, et être fait, quelle immense dis. tance de ces deux choses! Être et faire, c'est ce qui convient au Verbe: « être fait », c'est ce qui convient à la créature. I étoit donc comme celui par qui devoit être fait tout ce qui a
# Joan. 1,2. — ? Ib, 1. — 3 Is. Lai, 8. — 4 Exod, 111. 14.
été fait; et sans qui rien n'a été fait de tout ce qui a été fait ? Quelle force, quelle netteté pour exprimer clairement que tout est fait par le Verbe! Tout par lui, rien sans lui : que reste-t-il au langage humain pour exprimer que le Verbe est le créateur de tout, ou, ce qui est la même chose, que Dieu est le créateur de tout par le Verbe? Car il est créateur de tout, non point par effort, mais par un simple commandement et par sa parole, comme il est écrit dans la Genèse, et conformément à ce verset de David : «Ila dit, ct tout a » été fait. Il a commandé, et tout a été créé ? ». N’entendons donc point par ce « par », quelque chose de matériel et de ministériel. « Tout a été fait par le Verbe», comme tout être intelligent agit et fait ce qu'il fait, par sa raison, par sa pensée, par sa sagesse. C’est pourquoi, s’il est dit ici que « Dieu fait tout par son Verbe », qui est sa sagesse et sa pensée, il est dit ailleurs, que « la sagesse éternelle » qu'il a engendrée en son sein, et qui a été conçue et en- » fantée avant les collines, est avec lui, avec lui ordonne et » arrange tout, se joue en sa présence, etse délecte par la » facilité et variété de ses desseins et de ses ouvrages” ». Ce qui a fait dire à Moïse, que «Dieu“it ce qu'il avoit fait » par son commandement qui estson Verbe; qu'ilen fut content, et «vit qu’il étoit bon et très-bon ‘ ». Où vit-il cette bonté des choses qu'il avoit faites, si ce n’est dans la bonté même de la sagesse et de la pensée où il les avoit destinées et ordonnées ? C’est ponrquoi aussi il est dit, « qu'il a possédé», c'est-à-dire, qu'il a engendré, qu'il a conçu, qu'il a enfant « sa sagesse», en laquelle il a vu et ordonné «le commence- » ment de ses voies. Il s’est délecté en elle ; il en a fait son » plaisir » ; et cette éternelle sagesse, pleine de bonté et infiniment bienfaisante, à fait son plaisir, ses délices, d'être, de converser avec les hommes. Ce qui s’est accompli parfaite-
ment, lorsque le Verbe s’est fait homme, «s’est fait chair »,
s’est incarné, et « qu'il a fait sa demeure au milieu de nous». Délectons-nous done aussi dans le Verbe, dans la pensée, dans la sägesse de Dieu. Ecoutons la parole, qui nous parle,
1 Gen. 1. 3. 6. et seq. — ? Ps. xxx11. 9. — * Prov. vit. 22. 23. et seq. — * Gen. 1. 13. 21. 23. 31. — 5 Prov. vit. 22. — Joan. 1. 14,
dans un profond et admirable silence. Prêtons-lui l'oreille du cœur. Disons-lui comme Samuel : «Parlez, Seigneur, parce » que votre serviteur écoute ‘». Aimons la prière, la communication , la familiarité avec Dieu. Qui sera celui qui, s’imposant silence à soi-même, et à tout ce qui n’est pas Dieu, laissera doucement écouler son cœur vers le Verbe, vers la sagesse éternelle, surtout depuis « qu’il s’est fait homme, » qu'il a établi sa demeure au milieu de nous» ? En nousmêmes, ên nobis, dans ce qu'il y a de plus intime en nous, selon ce qui estécrit : «Il a enseigné la sagesse à Jacob son » serviteur, et à Israël son bien-aimé. Après il a été vu sur » la terre, et a conversé avec les hommes * ».
Que de vertus doivent noître de ce commerce avec Dieu et avec son Verbe ! Quelle humilité ! quelle abnégation de soimême ! quel dévouement! quel amour envers la vérité ! quelle cordialité ! quelle candeur ! Que notre discours soit en simplicité et sans faste, «cela est, cela n’est pas * »; etque nous soyons vrais en tout, puisque «la vérité a établi sa demeure » en nous ‘».
IX° ÉLÉv. La vie dans le Verbe : l'illumination de tous les hommes.
« En lui étoit la vie, et la vie étoit la lumière des hom- » mes ‘». On appelle vie dans les plantes, croître, pousser des feuilles, des boutons, des fruits. Que cette vie est grossière ! qu’elle est morte ! On appelle vie, voir, goûter, sentir, aller deeà et delà, comme on est poussé. Que cette vie est animale et muette ! On appelle vie, entendre, connoître, se connoître soi-même, connoître Dieu, le vouloir, l'aimer, vouloir être heureux en lui, l'être par sa jouissance : c’est lo véritable vie. Mais quelle en est la source ? Qui est-ce qui se connoît, qui s'aime soi-même, et qui jouit de soi-même, si ce n'est le Verbe ? En lui donc éto t la vie. Mais d'où vientelle, si ce n’est de son éternelle et vive génération ? Sorti vivant d’un Père vivant, dont il à lui-même prononcé: « Comme le Père a la vie en soi, il a aussi donné à son » Fils d’avoir la vie en soi°», Il ne lui a pas donné la vie
‘I. Reg 11. 10. — ? Baruc. Hi. 37. 38. — 5 Matth. y. 37. — 4 I, Joan. 1v. 12. — 5 Joan. 1, 14.— 5 Joan. v. 26,
comme tirée du néant; il lui a donné la vie de sa vive et propre substance : et comme il est source de vie, il a donné à son Fils d’être une source de vie. Aussi cette vie de l’inte]ligence est «la lumière qui éclaire tous les hommes ». C'est de la vie de l'intelligence, de la lumière du Verbe, qu’est sortie toute intelligence et toute lumière.
Cette lumière de vie a lui dans le ciel, dans la splendeur des saints, sur les montagnes, sur les esprits élevés, sur les anges; mais elle à voulu aussi luire parmi les hommes, qui s’en étoient retirés. Elle s’en est approchée : et afin de les éclairer, elle leur a porté le flambeau jusqu'aux yeux par la prédication de l'Evangile. Ainsi «la lumière luit parmi les » ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise’. Un peu- » ple qui habitoit dans les ténèbres a vu unegrande lumière. » La lumière s’est levée sur ceux qui étoient assis dans les » ténèbres et dans l'ombre de la mort»
« La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont » pas comprise ». Les âmes superbes n'ont point compris l'humilité de Jésus-Christ. Les âmes aveuglées par leurs passions n'ont point compris Jésus-Christ, qui n’avoit en vue que la volonté de son Père. Les âmes curieuses, qui veulent voir pour le plaisir de voir et de connoître , et non pas pour régler leurs mœurs et mortifier leurs cupidités, n’ont rien compris en Jésus-Christ, «quia commencé par faire », et qui après « a enseigné*». Les malheureux mortels « ont voulu se ré- » jouir par la lumière‘», et non pas laisser spl leurs cœurs « du feu que Jésus- Christ venoit allumer *». Les âmes intéressées , toutes enveloppées dans elles- Eh n'ont pas compris Jésus-Christ, ni le précepte céleste de se renoncer soi-même. « La lumière est venue, et les ténèbres n’y ont » rien compris». Mais la lumière du moins l’a-t-elle compris ? Ceux qui disoient : « Nous voyons® », et qui s’aveugloient eux-mêmes par leur présomption, ont-ils mieux compris Jésus-Christ? Non, les prêtres ne l'ont pas com— pris. Les pharisiens ne Font pas. compris: Les docteurs de la loi ne l'ont pas compris. Jésus-Christ leur a été une
4 Joan. 1. 5. — * Matth. 1v.,16. — 3 Act, r. 1. — 4 Joan. v..35. -- 5 Luc. x11. 49. —-6 Joan. 1x.-39..40- 41.
énigme. Ile n'ont pu souffrir la vérité, qui les humilioit, les reprenoit, les condamnoit; et à leur tour ils ont condamné « ils ont tourmenté, contredit, crucifié la vérité même.
Le comprenons-nous , nous qui nous disons ses disciples , et qui cependant voulons plaire aux hommes, nous plaire à à nous-mêmes, qui sommes des hommes, et des hommes si corrompus ? Humilions-nous, et disons: La lumière luit encore tous les jours dans les ténèbres par la foi et par l Évangile; mais les ténèbres n'y ont rien compris ; et Jésus-Christ ne trouve point d'imitateurs.
Xe ÉLÉv. Comment de toute éternité tout étoit vie dans le Verbe.
Ïl y a, dans ce verset de saint Jean , une variété de poncfuation qui se trouve non-seulement dans nos exemplaires , mais encore dans ceux des Pères. Plusieurs d’eux ont lu : « Ce qui a étéfait étoitvie en lui : Quod factum est in ipso vita » erat ‘ », Recevons toutes les lumières que l'Évangile nous présente. Nous voyons ici que tout, et même les choses inanimées quin'ont point de vie en elles-mêmes, étoient vie dans le Verbe divin par son idée et par sa pensée éternelle.
Ainsi un temple, un palais, qui ne sont qu’un amas de bois et de pierres, où rien n’est vivant, ont quelque chose de vivant dans l'idée et dans le dessein de leur architecte. Tout est donc vie dans le Verbe, qui est l’idée sur laquelle le grand Architecte a fait le monde. Tout ÿ est vie, parce que tout ÿ est sagesse, tout y est sagesse, parce que tout y est ordonné et mis en son rang. L'ordre est une espèce de vie de l'univers, Cette vie est répandue sur toutes ses parties; et leur correspondance mutuelle entre elles, et dans tout leur tout, est comme l'âme et la vie du monde matériel, qui porte F empreinte de la vie et de la sagesse de Dieu.
Apprenons à regarder toutes choses en ce bel endroit, où atout est vie ». Accoutumons à rapporter tout ce qui arrive à sa source, Tout estordonné de Dieu, Tout est vie, tout est sa. gesse de ce côté-là, Dans tous les biens et dans tous les maux
1 Joan. 1. 3. 4.
qui nous arrivent, disons : Tout est animé par la sagesse de Dieu ;rien ne vient au hasard. Le péchémême, qui en soi est incapable de règle, puisqu'il est le dérèglement essentiel, et qui par cette raison ne peut venir de Pordré de Dieu ni de sa sagesse, par sa sagesse est réduit à l’ordre, quand il est joint avec le supplice ; et quand Dieu, malgré le péché et son énorme et infinie laideur, en tire le bien qu’il veut.
Régnez, Ô Verbe ! « en qui tout est vie » , régnez sur nous. Tout aussi est vie en nous à notre manière. Les choses inaniméesque nous voyons, Jorsque nous les concevons, deviennent vie dans notre intelligence. C’est vous qui l’avez imprimée en nous ; et c'est un des traits de votre divine ressemblance de votre image à laquelle vous nous avez faits. Elevonsnous à notre modèle ; croyons que tout ce que Dieu fait et tout ce qu’il permet, c'est par sagesse et par raison qu'il le fait et qu’il le permet. Agissons ainsi en tout avec sagesse, et croyons que notre sagesse est d’être soumis à Ja sienne.
XI ÉLÉv. Pourquoi il est fait mention de saint Jean Baptiste au commencement de cet Evangile.
« Il y eut un homme envoyé de Dieu, de quile nom étoit » Jean ‘». Ce commencement de l'Évangile de saint Jean est comme une préface de cet Évangile, et un abrégé mystérieux de toute son économie. Toute l'économie de l’évangile est, que le Yerbe est Dieu éternellement : que dans le temps il s’est fait homme : que les uns ont cru en lui etles autres non : que ceux qui y ont cru sont enfants de Dieu par la foi, et que ceux qui ne croient pas n’ont à imputer qu’à eux-mêmes leur propre malheur. Car Jésus-Christ, qui est venu parmi les ténèbres, y a apporté avec lui, dans ses exemples, dansses miracles et dans sa doctrine, une lumière capable de dissiper cette nuit. Non content de cette lumière, comme les hommes avec leur infirmité n’auroient pu envisager cette lumière en elle-même, Dieu , pour ne rien omettre, et afin que rien ne manquât à leurs foibles yeux, pour les préparer à profiter de
1 Jocni 6e
la lumiére qu'il leur offroit, et les y rendre attentifs ; a envoyé Jean Baptiste, qui, n'étant pas la lumière, Pa montrée aux hommes, en disant : « Voilà l'agneau de Dieu », voilà «celui » quiestavant moi, etdont je prépareles voies » : voilà « celui : » qui est plus grand que moi, et de qui je ne suis pas digne de
» délier les souliers‘ ». Toute bonne pensée qui nous sauve,
a toujours son précurseur. Ce n’est point une maladie, une
perte, une affliction, qui nous sauve par elle-même. C’est un
précurseur de quelque chose de mieux. Le monde me mépri-
sera, ou ne m'honorera pas autant que mon orgueil le desire.
Jele méprise à mon tour ; je m'en dégoûte. Ce dégoût est le
précurseur de l'attrait céleste qui m'unit à Dieu. Cette pro-
fonde mélancolie où je suis jeté, je ne sais comment , dans les
détresses de cette vie, est un précurseur qui me prépare à la
lumière. Viendra tout à coup le trait divin, qui, préparé de
cette manière, fera son effet. Les terreurs des jugements de
Dieu, qui ne me laissent de repos ni nuit ni jour, sont un, autre précurseur : c’est Jean qui crie dans le désert : Venez,
Jésus, venez dans monâme, ettirez-la après vous parun
chaste et fidèle amour.
XII: ÉLév. La lumière de Jésus-Christ s'étend à tout le monde.
« La véritable lumière qui éclaire tout homme venant au » monde étoit » au milieu de nous : mais sans y être aperçue. «Il étoit au milieu du monde », celui qui étoit cette lumière, «et le monde a été fait par lui, etle monde ne l’a pas connu. » Il est venu chez soi », dans son propre bien, « et les siens » ne l'ont pas reçu * ». Les siens ne Font pas reçu : en un autre sens, les siens l'ont reçu : les siens qu'il avoit touchés d’un certain instinct de grâce, l'ont recu. Les pécheurs qu’il appela quittèrent tout pour le suivre. Un publicain le suività la première parole. Tous les humbles l'ont suivi : et ce sont là vraiment les siens. Les superbes, les faux sages, les Pharisiens, qui sont à lui par la création sont aussi les siens ; car il les a faits: et il a fait comme créateur ce monde incrédule qui n’a pas voulu le connoître. 0 Jésus! je serois comme eux
1 Joan. 1. 27. 29. — ? Ib. 9. 10. 11.
si vous ne m'aviez converti. Achevez : lirez-moi du monde que vous avez fait, mais dont vous n'avez point faitla corruption. Tout y esteuriosité, avarice, « concupiscence des yeux » : impureté et « concupiscence de la chair»; et « orgueil de Ja » vie», orgueil dont toute la vie est infectée. O Jésus envoyezmoi un de vos célestes « pêcheurs *», qui me tire de cette Le de corruption, et me prenne dans vos filets par votre parole.