I: ÉLÉv. L'être de Dieu
De toute éternité Dieu est : Dieu est parfait, Dieu est heureux, Dieu est un. L'impie demande : Pourquoi Dieu est-il? Je lui réponds : Pourquoi Dieu ne seroit-il pas? Est-ce à cause qu'il est parfait, et la perfection est-elle un obstacle à l'être ? Erreur insensée : au contraire, la perfection est la raison d'être. Pourquoi l'imparfait seroit-il, et le parfait ne seroit-il pas? c'est-à-dire : Pourquoi ce qui tient plus du néant
1 TL Joan. mn. 4. — ? 76. x1v. 21. — 5 Gal. v. 6.
seroit-il, etce qui n’entient rien du tout ne seroit pas? qu'’apelle-t-on parfait? un être à qui rien ne manque. Qu'’appelle-t-on imparfait? un être à qui quelque chose manque. Pourquoi LL être à qui rien ne manque ne seroit-il pas, plutôt que l'être à qui quelque chose manque ? D'où vient que quelque chose est, et qu'ilnese peut pas faire que le rien soit; sice n'est parce que l'être vaut mieux que. le rien, et que le rien ne peut pas prévaloir sur l'être, ni empêcher l'être d’être? Mais par la même raison, l’imparfait ne peut valoir mieux que le parfait, ni être plutôt que lui, ni l'empêcher d'être. Qui peut donc empêcher que Dieu ne soit : et pourquoi « le néant de »Dieu que l'impie veut imaginer dans son cœur insensé ! pourquoi, dis-je, ce néant de Dieu l’emporteroit-il sur l’être de Dieu? et vaut-il mieux que Dieu ne soit pas que d’être?
O Dieu! onse perd dans un si grand aveuglement. L’impie se perd dans le néant de Dieu qu'il veut préférer à l'être de Dieu ; et lui-même, cet impie, ne songe pas à se demander à lui-même pourquoi il est. Mon âme, âme raisonnable, mais dont la raison est si foible, pourquoi veux-tu être, et que Dieu ne soit pas? Hélas, vaux-tu mieux que Dieu, âme foible, âme ignorante, dévoyée, pleine d’erreuret d'incertitude dans ton intelligence, pleine dans ta volonté de foiblesse, d'égarement, de corruption, de mauvais desirs, faut-il que tu sois, et que la certitude, la compréhension, la pleine connoissance de la vérité, et l'amour immuable de la justice et de la droiture ne soient pas?
Ile ÉLÉv. La perfection et l'éternité de Dieu.
On dit : le parfait n’est pas, le parfait n’est qu'une idée de notre esprit qui va s’élevant de imparfait qu'on voit de ses yeux, jusqu'à une perfection qui n'a de réalité que dans la pensée. C’est le raisonnement que l’impie voudroit faire dans son cœur ; insensé qui ne songe pas que le parfait est le premier, et en soi, et dans nos idées : et que l’imparfait en toutes façons n° en est qu'une dégradation. Dis-moi, mon âme, comment entends-tu le néant, sinon par l'être? Comment
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entends-tu la privation, si ce n’est par la forme dont elle prive ! Comment l'imperfection, si ce n’est par la perfection dont elle déchoit? Mon âme n’entends-tu pas que tu as une raison, mais imparfaite, puisqu'elle ignore, qu'elle doute, qu'elle erre, et qu’elle se trompe? Mais comment entends-tu l'erreur, si ce n’est comme privation de la vérité? et com— ment le doute ou l’obscurité, si ce n’est comme privation de l'intelligence et de la lumière? ou comment enfin l'ignorance, si ce n’est comme privation du savoir parfait? comment dans la volonté, le déréglement et le vice, si ce n’est comme privation de La règle, de la droiture et de la vertu? il ya donc primitivement une intelligence, une science certaine, une vérité, une fermeté, une inflexibilité dansle bien, une règle, un ordre avant qu'il y ait une déchéance de toutes ces choses ; en un mot, il y a une perfection avant qu'il y ait un défaut; avant tout déréglement, il faut qu'il y ait une chose qui est elle-même sa règle , et qui ne pouvant se quitter soi-même, ne peut non plus ni faillir, ni défaillir. Voilà donc un être parfait : voilà Dieu, nature parfaite et heu— reuse. Le reste est incompréhensible, et nous ne pouvons même pas comprendre jusqu'où il est parfait et heureux ; pas même jusqu'à quel point il est incompréhensible.
D'où vient donc que l’impie ne connoît point Dieu, et que tant de nations, ou plutôt que toute la terre ne l’a pas connu, puisqu'on en porte l'idée en soi-même avec celle de la perfection? d'où vient cela? si ce n’est par un défaut d'attention, et parce que l'homme livré aux sens et à l'imagination, ne veut pas ou ne peut pas se recueillir en soi-même, ni s’attacher aux idées pures, dont son esprit embarrassé d'images grossières ne peut porter la vérité simple. r
L'homme ignorant croit connoître le changement avant l'immutabilité, parce qu’il exprime le changement par un terme positif, et l’immutabilité par la négation du changement même : et il ne veut pas songer qu'être immuable c’est être, et que changer c’est n'être pas : or l'être est, et il est connu devant la privation qui est non-être. Avant donc qu'il y ait des choses qui ne sont pas toujours les mêmes, il y en a une qui, toujours la même, ne souffre point de déclin ;
et celle-là non-seulement est, mais encore elle est toujours connue , quoique non toujours démêlée ni distinguée, faute
d'attention. Mais quand, recueillis en nous-mêmes, nous nous rendons attentifs aux immortelles idées dont nous portons en nous-mêmes la vérité, nous trouverons que la perfection est ce que l’on connoît le premier , puisque , comme nous avons vu , on ne connoît le défaut que comme une déchéance de la perfection.
IIIe ÉLÉvV. Encore de l'être de Dieu et de son éternelle béatitude.
«Je suis celui qui suis : celui qui est m'envoie à vous! » : c’est ainsi que Dieu se définit lui-même ; c’est-à-dire, que Dieu est celui en qui le non-être n’a point de lieu ; qui par conséquent est toujours le même : par conséquent immuable : par conséquent éternel : tous termes qui ne sont qu'une explication de celui-ci : « Je suis celui qui est». Et c’est Dieu qui donne lui-même cette explication par la bouche de Malachie, lorsqu'il dit ar ce prophète : « Je suis le Seigneur, » et je ne change pas *
Dieu est donc une ect qui ne peut ni rien igno— rer, ni douter de rien, ni rien apprendre ; ni perdre ni acquérir aucune perfection : car tout cela tient du non-être. Or Dieu est celui qui est, celui qui est par essence. Comment donc pent-on penser que celui qui est ne soit pas réel ; ou que pendant qu’on voit que l’imparfait est, on puisse dire, on puisse penser, en entendant ce qu'on pense, que le parfait ne soit pas ?
Ce qui est parfait est heureux ; car il connoît sa perfection : puisque connoître sa perfection , est une partie tror -essentielle de la perfection pour manquer à l'être parfait. © Dieu! vous êtes bienheureux ! O Dieu! je me réjouis de votre éternelle félicité. Toute l'Écriture nous prêche, que «l'homme qui espère en vous est heureux » : à plus forte raison êtes-vous heureux vous-même, à Dieu en qui on espère ! Aussi saint Paul vous appelle- til expressément « pien- » heureux» : «Je vous annonce ces choses selon le glorieux
1 Exod. 11. 14. — ? Malach. 1n. 6. — ? Ps. XYxII. 9. LXXXNII. 13.
» Évangile de Dieu bienheureux ‘ ». Etencore : « C'estce que » nous montrera en son temps celui qui est bienheureux, et le . » seul puissant, Roi des Rois, et le Seigneur des Seigneurs, » qui seul possède l'immortalité, et habite une lumière inac- » cessible , à qui appartient la gloire et un empire éternel. » Amen *». O Dieu bienheureux ! je vousadore dans votre bonheur. Soyez loué à jamais, de me faire connoître etsavoir que vous êtes éternellement et immuablement bienheureux. fl n’y a d’heureux que vous seul, et ceux qui, connoissant votre éternelle félicité, y mettent la leur. Amen, amen.
IVe ÉLÉv. L'unité de Dieu.
« Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur * », car il est celui qui est. Celui qui est, est indivisible : tout ce qui n’est pas le parfait dégénère de la perfection. Ainsi le Seigneur ton Dieu étant parfait, est seul, «et il n°y » a point un autre Dieu que lui‘ ». Tout ce qui n’est pas celui qui est par essence et par sa nature , n’est pas et ne sera pas éternellement, si celui qui est seul ne lui donne l’être.
S'il y avoit plus d’un seul Dieu , il y en auroit une infinité. S'il y en avoit une infinité, il n’y en auroit point ; car chaque Dieu n'étant que ce qu'il est, seroit fini, et il n’y en auroit point à qui l'infini ne manquât: ou il en faudroit entendre un qui contint tout, et qui dès là seroit seul. « Ecoute, Israël » : écoute dans ton fond : n’écoute pas à l'endroit où se forgent les fantômes : écoute à l'endroit où la vérité se fait entendre, où se recueillent les pures et simples idées. Ecoute là, Israël : et là, dans ce secret de ton cœur ; où la vérité se fait entendre, là retentira sans bruit cette parole : « Le Seigneur notre » Dieu est un seul Seigneur * ». Devant lui les cieux ne sont pas : tout est devant lui comme n'étant point, tout est réputé comme un néant °, comme un vide, comme une pure inanité : parce qu’il est celui qui est, qui voit tout, qui sait tout, qui fait tout, qui ordonne tout, et « qui appelle ce qui n’est » pas comme ce qui est ?».
* Tim. 1: 1. —2T Tim. vI. 15. 16. — ® Deut. vr. 4. — 473. II. 24. 1V. 35. 39. — S Dent. vi. 4. — © Is. xL. 17. 29. 93. Ps. XxXxVIII, 6. — 7 Rom. 1y. 17. L
SUR LES MYSTÈRES. ya V® ÉLÉv. La prescience est la providence de Dieu.
« Qui est celui qui appelle toute la suite des générations » dès le commencement ? C’est moi, le Seigneur : qui suis > le premier et le dernier ‘ » : qui dans le centre de mon éternité vois tout commencer et tout finir.
Babylone, assemble tes devins : que dis-je tes devins? as— semble tes dieux; « qu'ils viennent : qu'ils nous annoncent » les choses futures : qu’ils nous annoncent du moins tous » les temps passés ( et qu'ils fassent la liaison des uns avec » les autres) : nous serons attentifs à vos paroles. Dites-nous » ce qui arrivera, que nous sachions les choses futures ; an- » noncez-les-nous, et nous avouerons que vous êtes des dieux. » Faites-nous du bien et du mal si vous pouvez? ». Car si vous le pouvez faire à votre gré, vous pouvez le prévoir et le deviner. « Mais vous n'êtesrien, tant que vous êtes de faux » dieux. Votre ouvrage n’est rien non plus; il est au rang de » ce qui n’est pas : celui qui vous choisit pour son Dieu est » abominable* ». C’est ainsi que le prophète Isaïe, et avec lui tous les saints convainquent de néant les dieux des païens.
Mais moi, dit le Seigneur par la bouche de ce saint prophète, comme je fais tout, je prédis ce que je veux. « Qui » sera celui qui le fera venir de l'Orient? qui l’appellera de » loin, afin qu'il le suive ? qui dissipera devant son épée les » nations comme de la poussière, et les armées devant son » are comme de la paille que le vent emporte ‘? Je le ferai » venir de l’aquilon et de l’orient‘», celui que je sais et que je vois de toute éternité *. C’est Cyrus que j'ai nommé pour être le libérateur de mon peuple. « Il connoîtra mon nom : » tous les princes seront devant lui comme des gens qui amas-
°» sent de la boue. Qui est-ce qui l’a annoncé dès le commen- » cement® ? C’est moi le Seigneur, c'est là mon nom : je ne » donnerai pas ma gloire à un autre, ni ma louange aux ido- » les. Ce que j'ai annoncé au commencement, et qui a paru
PTS xD D 02 DIT SOINS EMI 4, 2, 6 T6 25. — "6 Ib. 26.
* M. Bossuet , en citant le ÿ. 2 de ce chapitre, n’a pas exprimé le mot justum, le juste, qui est dans le texte sacré. Ici il fait entendre que Cyrus
étoit la figure de Jésus-Christ ; et que c’étoit ce juste par excellence que le Saint-Esprit faisoit annoncer principalement. Ædit. de DéJoris,
» le premier dans mes oracles, voilà qu'il arrive. Je décou- » vrirai encore de nouvelles choses : devant qu'elles parois- » sent, je vousles ferai entendre’. Israël, tu es un peuple dis- » sipé : qui t'a donné en proie à tes ennemis, si ce n'est le » Seigneur lui-même, parce que nous avons péché? et il a » répandu sur nous le souffle de sa colère * ».
« Et maintenant, dit le Seigneur *, je te crée de nouveau, » Jacob; et jete forme, Israël. Je suis le Seigneur ton Dieu et » ton Sauveur, Ô Israël ! Je suis. Il n’y a point de Dieudevant » moi, etiln’y en aura point après. Je suis, je suis le Seigneur » et il n’y a que moi qui sauve. Dès lecommencement jesuis: » je suis le Seigneur votre saint, le roi et le créateur d'Israël. » Ne songez plus aux choses passées, j'en vais faire denou- » velles. J'ai formé ce peuple pour moi, etje veux qu'il ra- » conte mes louanges ».
« Je suis le premier et le dernier encore um coup; etil » n'y a de Dieu que moi seul. Je suis le Seigneur qui fais tout ; » qui rends inutiles tous les présages des devins: je leur ren- » verse l'esprit et je change leur sagesse en folie ». Mais au contraire, j'exécuterai après plusieurs siècles, «et je ferai » revivre la parole du prophète mon serviteur que j'ai ins- » piré ; et j’accomplirai les prédictions de mes messagers. » Je dis à Jérusalem rninée et changée en solitude : Tu se- » ras pleine d'habitants. Je dis aux villes de Juda : Vous se- » rez bâties, le relèverai vosruines, et jeremplirai vos rues so- » litaires et abandonnées. J'ai dit à Gyrus : Vous êtes le prince » que j'ai choisi : vous accomplirez ma volonté. J'ai dit à Jé- » rusalem : vous serez bâtie: et au Temple réduit en cen- » dres : Vous serez fondé de nouveau ‘». J'ai nommé Cyrus pour accomplir cet ouvrage.
« Voici ce que dit le Seigneur à Cyrus : « Mon oint, que > J'ai pris par la main pour lui assujettir les nations, et met- » tre en fuite les rois devant lui. Je te livrerai les trésors ca- » chés;, ce qu’on aura recélé dans les lieux les plus cachés » sera ouvert, afin que tu saches que je suis le Seigneur, le » Dieu d'Israël qui te nomme par ton nom». Je ne l'ai pas
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fait pour l'amour de toi, mais « pour l'amour de Jacob mon » serviteur, et d'Israël que j'ai choisi. C’est pour lui que je » l'ai nommé par ton nom. Je t'ai représenté, je t'ai figuré » tel que tu es. Tu ne me connoissois pas; et moi je te revé- » tois de puissance, afin que du levant jusqu’au couchant on » sache qu'il n’y a de Dieu que moi; et que moi, et non pas » un autre. Je suis le Seigneur, c’est moi qui crée la lumière, » et qui répands les ténèbres : je pardonne et je punis : je » distribue le bien etle mal, la paix et la guerre, selon le mé- » rite d’un chacun : je suis le Seigneur qui fais toutes ces » choses ‘». Ainsi parloit Isaïe. Et deux cent cinquante ans après, Cyrus, vainqueur selon cet oracle, vit la prophétie, et publia cetédit : «Voici ce que dit Cyrus, roi de Perse: Le Dieu » du ciel, le Seigneur m'a livré tous les royaumes de laterre, » et m'arecommandé de rebâtir sa maison dans Jérusalem”».
Cent autres pareils exemples justifient la prescience et la providence de Dieu ; mais celui-ci comprend tout et ne laisse rien à desirer.
VIe ÉLÉv. La toute-puissante protection de Dieu.
« Montez à la cime d’une montagne élevée, vous qui annon- » cez à Sion Ja bonne nouvelle de son salut : élevez une voix » puissante, vous qui annoncez à Jérusalem son bonheur; » élevez votre voix, ne craignez pas. Dites aux villes de Juda : » Voici votre Dieu qui vient à votre secours ; c’est votre Dieu » qui vient avec force et avec un bras dominant : il vient, et » avee lui vient sa récompense, et son ouvrage ne manquera » pas. Comme un pasteur paît son troupeau; comme il ra- » masse avec son bras pastoral ses tendres agneaux, et qu'il » porte lui-même les petits qui ne peuvent pas se soutenir ; » ainsi fera le Seigneur * ».
« Qui est celui qui a mesuré l’immensité des eaux par sa » main, et qui a pesé les cieux avec son poignet, et avec trois » doigts, toute la masse de la terre? Qui est celui qui a mis » les montagues et les collines dans une balance ‘ »?et a pu faire que toute la terre se servant à elle-même de contrepoids, demeurât dans l'équilibre au milieu des airs? « Qui
1 Us. xuy. 0. 3.4.5 5.067: — AIT. Par. xxxvi. 22.23. I. Esdr. 1, 1. 2. wi. 2. 3 — Is, xL..19. 10.. 11:19" 16. 12.
» à aidé l'esprit du Seigneur, ou qui lui a servi de conseiller, » etlui a montré, dans ces grands ouvrages, ce qu'il falloit » faire‘ » ? S'il faut lui offrir des sacrifices dans sa grandeur, » le Liban n'aura pas assez de bois, ni la terre assez d’ani- » maux pour son holocauste ? »; c'est-à-dire que le cœur de l'homme, quoique plus grand que tout l'univers, et que toute la nature corporelle, n’aura pas assez d'amour et assez de desirs à lui immoler. Le cœur de l’homme se perd quand il veut adorer Dieu.
« Savez-vous bien le commencement de toutes choses? » Avez-vous compris les fondements de la terre, ni comme » Dieu se repose sur son vaste tour * », et en fait comme son siége ou comme l’escabeau de ses pieds ? « Levez les yeux, et » voyez qui a créé tous ces luminaires , qui les fait marcher » comme en ordre de bataille , et les nomme chacun par son » nom, sans en omettre un seul dans sa puissance ». Jacob qui, vous défiant de cette puissance, dites en vous-même : » Mes voies sont cachées au Seigneur, il ne sait plus où je » suis, et mon Dieu n’exercera pas son jugement sur moi, « pour me punir ou me sauver : « ignorez-vous que le Sei- » gneur est éternel, qu'il a marqué et créé les Hmites de la » terre? Sans défaillance , sans travail, sans lassitude, il agit » sans cesse, et sa sagesse est impénétrable. El rend la force à » celui qui est épuisé, ildonne du courage et de la vertu à celui » quin’est plus.Lajeunessela plus robuste tombera en foiblesse » malgré sa vigueur; mais ceux qui espèrent au Seigneur » verront leurs forces se renouveler de jour en jour »; quandils croiront être à bout et n’en pouvoir plus , tout d’un coup « ils pousseront des ailes semblables à celles d’un aigle ; » ils courront et ne se lasseront point; ils marcheront et ils » seront infatigables * ». Marchez donc, âmes pieuses, marchez; et quand vous croirez n’en pouvoir plus, redoublez votre ardeur et votre courage.
«Je vous tirerai, ditle Seigneur‘, des extrémités delaterre. » Jevous ai pris la main, et je vous ferai revenir du bout du » monde; je vous ai dit: Vous êtes mon serviteur, je vous ai
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SUR LES MYSTÈRES, ii
» choisi, et ne vous aipointrejeté. Ne craignez donc rien, » puisque je suis avec vous; ne vous laissez point affoiblir, » puisque je suis votre Dieu. Je vous ai fortifié, je vous ai » secouru , et la droite de mon juste , de mon Christ a été » votre soutien. Tous vos ennemis seront confondus, et se- » ront comme n'étant pas; vous demanderez où ils sont, et » vous les verrez disparus : vos rebelles, qui vous livroient » de continuels assauts, seront comme n'étant pas; tous » leurs efforts seront vains et comme un néant, parce que, » moi, qui suis le Seigneur, je vous ai pris par la main, et je » vous ai dit dans le fond du cœur : Ne craignez point, je » vous ai aidé. Jacob, qui étois petit et foible comme un ver- » misseau qui à peine se peut traîner : Israélites, qui étiez » languissants, abattus et réduits au rang des morts, je vous » ai ressuscités, moi, le Seigneur, par mon secours tout- » puissant, et je suis votre rédempteur, moi le Saint d'Israël. » Vous mettrez vos ennemis en fuite; vous serez sur eux » comme un chariot neuf armé de tranchants de fer; vous » détruirez leurs armées ; et leurs forteresses , füssent-elles » élevées comme des montagnes, vous les réduirez en poudre: » VOUS pousserez vos ennemis devant vous , comme un tour- » billon fait la poussière , et vous vous réjouirez dans le Sei- » gneur, et votre cœur, transporté d’aise, triomphera dans le » Saint d'Israël ».
Il ne faut pas dire que ce soient ici des miracles, des effets extraordinaires de la toute-puissance de Dieu. Dieu ne montre des effets sensibles de cette puissance, que pour nous convaincre de ce qu’il fait en toute occasion plus secrètement. Son bras n’est pas moins fort quand il se cache que quand il se déclare : il est toujours et partout le tout-puissant, « le triomphateur en Israël ‘, » comme il s'appelle luimême, le protecteur invincible et toujours présent de ses amis.
«Écoute donc, Jacob, mon serviteur, Israël que j'ai élu. » Voici ce que dit le Seigneur : Moi qui te formé, moi qui te »crée, moi qui te tire du néant à chaque momnet, qui
KT, Reg. xv29,
» suis ton secours dès le ventre de ta mère‘ », dès le commencement de ta vie, dans ta plus grande foiblesse et parmi les plus impénétrables ténèbres. « Mon serviteur que j'ai aimé », homme droit que j'ai choisi, je t'enverrai du ciel mes consolations, « j'épancherai des eaux abondantes sur » celui qui aura soif, je verserai des torrents sur cette terre » desséchée, je répandrai mon esprit sur toi », je te rendrai féconde en bonnes œuvres, et « je bénirai tes productions ». Écoutez ces paroles , âmes désolées, que Dieu semble avoir délaissées dans son courroux, mais que son amour cependant met à l'épreuve : vous vivrez, c’est moi qui le promets, moi qui suis le véritable et le Saint, le fidèle et le toutpuissant : je fais tout ce que je veux. Le Seigneur a juré, et il a dit : Si ce que je pense n'arrive pas, si ce que je résous ne s’accomplit point, je ne suis pas Dieu ; mais je suis Dieu, je suis le Dieu des armées, le Dieu qui fait tout ce qui lui plaît dans le ciel et dans la terre. Le Seigneur a prononcé, «et qui pourra anéantir son jugement * »? Le Seigneur à étendu son bras, et qui en pourra éviter les coups, ou détourner l'effet?
VII° ÉLÉv. La bonté de Dieu et son amour envers les siens.
C’est un père, c'estune mère, c’estune nourrice: «une mère » peut-elle oublier son enfant qu'elle a porté dans son sein ? » et quand elle l’oublieroit, je ne vous oublierai pas * », dit le Seigneur: « Le Seigneur ton Dieu t'a portésur ses bras comme » un petit enfant ‘, comme un aigle qui porte ses petits, qui » étend ses ailes sur eux, qui vole sur eux, et les provoque à » voler » : ainsi Dieu ne détourne point ses regards de dessus son nid, «et le garde comme la prunelle de son œil *. fl nous » porteà ses mamelles pour nousallaiter, il nous met sur ses » genoux »; etnon content de nous nourrir, iljoint à la nourriture les tendresses et les caresses : « comme une mère ca- » resse son enfant qui suce son lait; ainsi je vous consolerai‘», dit le Seigneur.
Plus que tout cela, c’est un amant passionné, c'est un ten-
1 Is. xL1v. {. 2, etc. — ? Job. xL. 3. — 3 Is. xuix. 15. — 4 Deut. 1 31. — 5 16, xxx1I1. 10. 11. — 6 Is. LxvI. 12. 13.
dre époux. «Voici ce que dit le Seigneur à Jérusalem,» à l'âme fidèle : « Quand tu es venue au monde, tu étois dans l’impu- » reté » de ton père Adam, dont tu avois hérité la corruption etle péché. « On ne L'avoit pas coupé le nombril, tu n’avois » point été lavée d’eau, ni salée de sel, ni enveloppée dans » des langes : personne n'avait eu compassion de toi, ni ne » t'avait regardée d’un œil de pitié; exposée et jetée à terre » comme un avorton, par un extrême mépris, dès le jour de » ta naissance, tu n'étois que pour ta perte, et personne n’a- » voit soin de toi' ». Voilà quelle est par elle-même la nature humaine conçue en iniquité et dans le péché. « Alors, dit » le Seigneur, je t'ai vue en passant, pauvre et délaissée; » et pendant que, souillée encore de ton sang », et toute pleine de l’impureté de ta naissance, tu n'avais rien qui ne fit horreur, et que tu étois livrée inévitablement à la mort, «Je » l'ai dit: Je veux que tu vives. «Vis, malheureuse âme,» c’est » moi qui le dis : vis toute horrible que tu es dans l'impureté » de ton sang, dans l’ordure de ton péché. C’est ainsi que Dieu parle à Ta âme qu'il lave par le baptême.
Mais ce n’est pas là qu’il borne ses soins: « Tu ue dit le Seigneur : ta raison se formoit peu à peu, et tu de- » venois capable des ornements qu'on donne à de jeunes » filles *», des vertus dont il faut parer les âmes dès leur jeu- » nesse. Tu commencois à pouvoir porter des fruits ; «tes ma- » melless’enfloient et se formoient, et tu étois parvenue à l’âge » qui donne des amants ». Mais de peur que tu n’en prisses qui fussent indignes de toi, je me suis présenté moi-même à tes desirs. « J'ai passé, et je l'ai vu en cet âge » : et, quoique tu fusses nue et pleine encore de confusion, sans raison sans règle par toi-même et dans tes premiers desirs , je t'ai épou-
e, je t'ai appelée dans ma couche et à des embrassements qui purifient l'âme : j'ai contracté avec loi un mariage éternel. « J'ai fait une alliance avec toi : j'ai juré par ma vérité, » que je ne t’'abandonnerais pas, et tu es devenue mienne ; » je t'ai lavée d’une eau » sainte. Dès les premiers jours de ta naissance, où je L’avois ordonné de vivre, tu avois déjà été
* Ezech. xvI. 2. 4. 5, 6. — ? Ezech. xvi. 7. 8. 9. 10.
purgée par l’eau du baptême; mais il a fallu te laver encore des mauvais desirs que la racine impure de ta convoitise poussoit sans cesse : l'impureté du sang dont tu étois née, étoit encore sur toi ; je l'ai ôtée par de saintes instructions, et j'ai mis sur toi toute la sainteté de ton baptême. « Et je t'ai » oint d'une huile » sainte, par l'abondance de mes grâces. « Je t'ai donné des habits de diverses couleurs » : je t'ai ornée de toutes les vertus; « et je t'ai chaussée avec soin » des plus belles peaux. « Je t'ai environnée d'habits de fin lin, qui « sont Les justices des saints, et je t'ai revêtue des choses » les plus fines! » : je ’ai Ôté, par ma grâce, tes desirs grossiers et charnels.
Mon amour a été plus loin, et ne voulant pas seulement que tu fusses nette et pure, mais encore riche et opulente, « je t'ai donné de grands ornements, des bracelets dans tes » bras, un riche collier autour de ton cou, des cercles d’or » et des pierreries pendantes à tes oreilles, et une couronne » sur ta tête. Tu reluisois toute d’or et d'argent, et tout étoit » riche et magnifique dans tes habits. Je te nourrissois de ce » qu'il y a de meilleur et de plus exquis » : toutes les douceurs étoient servies sur ta table. Par ces ornements, par ces soins, « ta beauté avoit reçu un si grand éclat, que tout le » monde en étoit ravi. Je t'ai élevée de cette beauté jusque » dans le trône: tout l'univers ne parloit que de ta beauté, que » moi seul je t'avois donnée, dit le Seigneur Dieu * », qui suis le beau et le bon par excellence, et l’auteur de toute beauté et de tout bien dans mes créatures. |
Regarde, âme chrétienne, quel amant , quel époux t'a été donné ! Il t'a trouvée étant laide , il £a fait belle : il n’a cessé de t'embellir de plus en plus ; il a prodigué sur toi tous ses dons, toutes ses richesses : il t'a placée dans son trône ; il t'a fait reine; ses anges t'ont admirée comme l'épouse du Roi des Rois , comme reçue dans sa couche, unie à son éternelle félicité. Comblée de sa gloire et de ses délices, qu'avois-tu à desirer, âme chrétienne , pour connoître toutes les bontés et tout l'amour de cet époux bienfaisant ?
* Apoc. xIX. 8. — ? Ezech. xvi. 11. 19. 13. 14.
SUR LES MYSTÈRES, 15 Ville. ÉLÉv. Bonté ct amour de Dieu envers les pécheurs pénitents.
«On dit par commun proverbe : Si un mari quitte sa » femme; et que se retirant de lui elle épouse un autre mari, » la reprendra-t-il ? » Cette femme ne sera-t-elle pas souillée et abominable ? « Et toi, âme pécheresse, tu t'es livrée à « tous tes amants ». Ce n’est pas moi qui tavois quittée ; non, je suis un époux fidèle, et qui jamais ne fais divorce de moi-même : c’est toi, âme infidèle, qui m'as abandonné, et t'es donnée, non pas à un seul amant, mais à mille et mille corrupteurs. « Reviens toutefois à moi, dit le Seigneur, et je » te recevrai ‘ ».
« Regarde de tous côtés, » et tant que ta vue se pourra étendre, tu ne verras que des marques de tes infamies. « En quel lieu ne t’es-tu pas prostituée », âme impudique et livrée à tous les desirs de ton cœur? « Tu étois comme »exposée dans les chemins publics, et il n’y avoit aucune « créature qui ne captivèt ton cœur ». Te répéterai-jé tes vengeances , tes envies, tes haines secrètes, ton ambition à laquelle tu sacrifiois tout, tes amours impures et désordonnées? « Toute la terre a été souillée de tes prostitutions et » de tes malices. Tu as le front d’une impudique, tu n'as pas » rougi de tes excès. Reviens donc du moins dorénavant : » appelle-moi mon père, mon époux et le conducteur de ma » virginité. Pourquoi veux-tu toujours t’éloigner de moi » comme une femme courroucée, et veux-tu persister dans » ton injuste colère ? Tu as dit que tu ferais mal, tu t'en » es vantée, et tu l'as fait, et tu l'as pu *». Je l'ai abandonnée à tes voies. « Reviens, infidèle; et je ne détournerai pas mes » yeux de toi : parce que je suis le Saint, dit le Seigneur ; » et ma colère ne sera pas éternelle. Connois seulement » ton iniquité, et que tu as prévariqué contre le Seigneur. Il » n’y a point d'arbre feuillu dans la forêt, qui ne soit té- » moin de ta honte»; iln’'y a point de vain plaisir qui ne l'ait déçue : « et tu ne m'as point écouté , dit le Seigneur. Con- » vertissez-vous, enfants rebelles, convertissez-vous * ».
Jerem, ni. 1. — 2 Jb. nt. 2. 9, 4. 5. — 5 Z8. 12. 13. 14.
Revenez à la maison paternelle, enfants prodigues *, on vous rendra votre première robe, on célèbrera un festin pour votre retour, toute la maison sera en joie,et votre père, touché d’une tendresse particulière, s’excusera envers les justes qui ne l'ont jamais quitté, en leur disant : « Vous êtes » toujours avec moi ; mais il faut que je me réjouisse, parce » que votre frère étoit mort, et il est ressuscité : il étoit » perdu, et il a été retrouvé * ». Réjouissez-vous avec moi, et avec tout le ciel, qui fait une fête de la conversion des pécheurs, et « conçoit une joie plus grande pour le retour » d'un seul, que pour là persévérance de quatre-vingt-dix- » neuf justes, qui n’ont pas besoin de pénitence * ».
« Revenez done, enfants désobéissants, revenez , épouses » infideles, parce que je suis votre époux ‘ ». « Est-ce ma vo- » lonté que l’impie périsse , et non pas qu’il se convertisse, »et qu'il vive ? Convertissez-vous , faites pénitence , et » votre péché ne vous tournera pas à ruine. Eloignez de » vous toutes vos prévarications et vos désobéissances, et fai- » tes-vous un cœur nouveau et un nouvel esprit. Et pourquoi » voulez-vous mourir, maison d'Israël , pendant que moi, » moi que vous avez offensé, je veux votre vie ! Non, je ne » veux point la mort du pécheur, dit le Seigneur Dieu : reve- » nez et vivez ‘ ».
« C'est moi, c’est moi-même qui efface vos iniquités pour » l'amour de moi-même, et pour contenter ma bonté: et je » ne me ressouviendrai plus de vos péchés. Seulement , sou- » venez-vous de moi. Entrons en jugement l’un avec l'au- » tre : je veux bien me rabaisser jusque-là : Plaidez votre » cause ; avez-vous de quoi justifier vos ingratitudes °, après » que je vous ai pardonné tant de fois? Jacob, souvenez-vous- » en, ne m'oubliez pas. J'ai effacé comme un nuage vos ini- » quités : j'ai dissipé vos péchés, comme le soleil dissipe un » brouillard. Pécheurs, retournez à moi, parce que je vous ai » rachetés. Ocieux, chantez ses louanges : terre’, faites reten- » {ir vos louanges d’une extrémité à l’autre : montagnes,
L'Lucs xV029-228 Eh EU —— TO NN TT D Th GE 7 —
‘ Jerem. I. 14. — $ Ezech. xvI1I. 23. 30.. 31. 32. — 6 Is. xLrII, 25.226.
» portez vos cantiques jusques aux nues, parceque le Seigneur » à fait miséricorde ‘. Autant que le ciel est au dessus de la » terre, autant a-t-il exalté et affermi ses miséricordes : au- » tant que le levant est loin du couchant, autant a-t-il éloigné » de nous nos iniquités. Comme un père a pilié de ses enfants, » ainsi Dieu a eu pitié de nous, parce qu'il connoît nos foi- » blesses et de quelle masse nous sommes pétris. Nous ne » sommes que boue et poussière ; nos jours s’en vont comme » une herbe, et tombent comme une fleur : notre âme, plus » fragile encore que notre corps, n’a point de consis- » tance * »,
IX° ÉLÉv. L'amour de Dieu méprisé et implacable.
« Parce que vous n’avez pas voulu servir le Seigneur votre » Dieu avec plaisir et dans la joie de votre cœur, dans l'abon- » dance de tous biens, vous serez assujetti à un ennemi im- » placable que le Seigneur enverra sur vous, dans la faim et » dans la soif, dans la nudité et dans la disette ; et il mettra » sur vos têtes un joug de fer dont vous serez accablé... » et comme le Seigneur a pris plaisir de vous bien faire , de » vous multiplier, de vous enrichir à pleines mains ; ainsi il » prendra plaisir de vous perdre, de vous détruire, de vous » écraser ‘». Pesez ces paroles : la mesure de vos tourments sera l'amour méprisé.
» Pourquoi criez-vous vainemement , et que vous sert de » pousser jusqu’au ciel vos plaintes inutiles sous la main qui » vous brise? Votre fracture est incurable ; la gangrène est » dans votre plaie, et il n’y a plus de remède : il n’y a plus » pour vous de baume ni de ligature. Je-vous ai frappé d’un » coup d’ennemi ‘, d’une plaie cruelle : non d’un châtiment » paternel pour vous corriger, mais du coup d’une main ven- » geresse et impitoyable , pour contenter une inexorable jus- » tice. Vos péchés sont devenus durs par la dureté de votre » cœur, par vos habitudes invétérées, par votre inflexibilité » dans le mal. Et moi aussi, dit le Seigneur , je m'endurcirai » sur vous, et j'oublirai que je suis père. Vous implorerez
1 18. xu1v. 21. 22. 23.— 2? Ps. cr. 11. 12. 13. 14. 15. — 5 Deut, xxviti. 47. 48: — 4 16, 63. — 5 Jerem. xxx. 12, 13, 14.
» en vain ma miséricorde, poussée à bout par vos ingratitu- » des : votre insensibilité fait la mienne. Je vous ai fait ce » cruel et insupportable traitement , à cause de la multitude » de vos crimes, et de vos durs péchés ! » : à cause de la dureté inflexible de votre cœur rebelle et opiniâtre.
« Il est temps que le jugement commence par la maison » de Dieu ° : Amenez-moi Jérusalem ; amenez-moi cette âme » comblée de tant de grâces: je la perdrai, je l’effacerai » comme on efface une écriture dont on ne veut pas qu’il » reste aucun trait; je passerai et repasserai un stylet de fer » sur son visage * »,et il n’y restera rien de sain et d’entier.
X°. ÉLÉv. La sainteté de Dieu : Dieu est le saint d'Israël, le très-saint, trois fois saint.
Dieu se délecte particulièrement dans le nom de saint. Il s'appelle très-souvent le Saint d'Israël *. Il veut que sa sainteté soit le motif, soit le principe de la nôtre : « Soyez saints, » parce que je suis saint * ». Sa sainteté qui fait la consolation de ses fidèles, fait aussi l’épouvante de ses ennemis. » À qui est-ce que tu l’attaques , Rabsace insensé : de qui as- » tu blasphémé le nom ? contre qui as-tu élevé la voix, et » lancé tes regards superbes? contre le Saint d'Israël. Pen- » dant que tu t'emportois comme un furieux contre moi, ton » orgueil est monté jusqu'à mes oreilles. Je mettrai un frein à ta bouche, et un cercle de fer à tes narines ; et je te ramènerai au chemin par où tu es venu ° ».
Et ailleurs : « Le vigilant et le saint est descendu du ciel ° »: c'est un ange, si vous voulez ; quoi qu’il en soit, sa puissance est dans sa sainteté. La $entence est partie d'en haut : « Et il » à crié puissamment : Coupez l'arbre, abattez ses branches : » il à été ainsi ordonné dans l'assemblée de ceux qui veillent » {oujours : c’est la sentence des saints, dont la force est dans » leur sainteté ». Et après : « Le royaume a été donné au peu- » ple des saints du Très-Haut » : parce qu’il est saint , et le
1 16. 15. — ? I. Pet. 1v. 17. — 5 IV. Reg. xx1. 19. 13. — 4 Ps.
LxX. 22. Is. x11. 6. et ailleurs. — 5 Lev. x11. 44, 45. x1x. 2. et
ailleurs. — 6 1v. Reg. xx. 22. 28. Is. xxx wir. 23, 29, — 7 Dan. iv. LOL NT NT 180207)
SUR LES MYSIÈRES. 19
tout-puissant protecteur de Ja sainteté. Les païens mêmes savoient Ja puissance attachée à la sainteté du nom divin. La reine vint dire au Roi Balthazar : El y a un homme dans votre » royaume qui a en lui-même l'esprit des saints dieux »; c’'étoit-à-dire , l'esprit de prédiction et d'une efficace divine.
« J'ai vu le Seigneur assis sur un trône élevé et haut, et ce » qui étoit au dessous de lui remplissoit le Temple. Des Sé- » raphins étoient autour, l’un avoit six ailes, et l’autre au- » tant : deux ailes couvroient la face du Seigneur, deux voi- » loient ses pieds , et les deux autres servoient à voler. Et ils » crioient l’un à l’autre , et ils disoieut : Saint, saint, saint le » Seigneur, Dieu des armées ; toute la terre est remplie de sa » gloire. Et les gonds des portes trembloient à la voix de ce- » Jui qui crioit ; et la maison fut remplie de fumée * ». Voilà donc la sainteté de Dieu, voilà pourquoi il est appelé le Saint d'Israël. Il se manifeste à son prophète comme le très-saint, le trois fois saint dans ses trois personnes : et la gloire et la majesté qui remplissent toute la terre, sont l'éclat de sa sainteté, dont « il est revêtu comme d’un vêtement * », dit David, et saint Jean dans l’Apocalypse voit « quatre animaux qui ne » cessoient de crier jour et nuit : Saint, saint, saint, le Sei- » gneur, Dieu tout-puissant, qui étoit, et qui est, et qui doit » venir ‘». Remarquez ce cri partout : il n'y a rien qu'on publie avec un cri plus grand et plus persévérant : rien qui éclate plus hautement dans tout l'univers , que la sainteté de Dieu.
La sainteté est l’abrégé, et comme un précis des perfections divines. Le fils de Dieu même, dans sa dernière oraison, parlant à son père , comme pour renfermer en un seul mot ses perfections , l'appelle «mon père saint, mon père » juste * ». Et on ne trouve pas, dans son Evangile, qu'il lui ait donné d'autre titre que ces deux qui n’en font qu'un. Luimême est connu sous le nom de saint et de juste : « La » chose sainte qui naîtra en vous, sera appelée le fils de » Dieu ». Les démons parlent comme l'ange : « Je sais que
TP 0 TOME. VI 1002..9, 445 PSNCTII. 2. — # Apoc. 1v. 8. — 5 Joan. xvir. 11. 25. — © Luc. 1. 35.
» vous êtes le saint de Dieu ‘ ». Daniel l'avoit nommé en esprit à cause de son onction, « le saint des saints * ». Isaic l'appelle «le juste * ». Saint Pierre unit ensemble ces deux qualités, en disant : « Vous avez renié le saint et le » juste ‘ ».
XIe ÉLÉv. Ce qu’on entend par la sainteté.
La sainteté est en Dieu une incompatibilité essentielle avec tout péché, avec tout défaut, avec toute imperfection d’entendement et de volonté.
Premièrement. L'injustice, l'iniquité, le péché ne peut être en lui : il est la règle, et bon par essence , sans qu'il puisse y avoir en lui aucun défaut. Il n’entend et ne veut que ce qu'il faut entendre et vouloir : son entendre et son vouloir sont sa nature, qui est toujours excellente. Sa perfection morale et sa perfection naturelle ne sont qu'un : il est également indéfectible par son être, et infaillible dans son intelligence et sa volonté : par conséquent incompatible avec tout péché, avec tout défaut.
Secondement. Il appartient à lui seul de purifier du péché les consciences souillées : « Il est saint et sanctificateur : il est juste et justifiant le pécheur , comme dit saint Paul *».
Troisièmement. 11 est imcompatible avec les pécheurs, et les rejette de devant lui par toute sa sainteté et par toute son essence. «Le matin», et dans le temps que les pensées sont les plus nettes, et qu'on en doit offrir à Dieu les prémices, « Seigneur, dit le Psalmiste, je me présenterai devant » vous, et je verrai clairement, dans votre lumière, que vous » êtes un Dieu qui ne voulez point l'iniquité. Le malin n’ha- » bite point auprès de vous ; et les injustes ne subsisteront » point devant vos yeux. Vous haïssez tous ceux qui commet- » tent des péchés : vous perdrez tous ceux qui profèrent des » mensonges : l’homme sanguinaire et l'homme trompeur » sont en abomination devant le Seigneur ° ».
Quatrièmement. Les pécheurs l’attaquent inutilement par
PE Marcur. 242 = Dan- 1.24 — PIS Cxhy, 21. 0 AC Al. 14, — 5 Rom. 111. 26, — © Ps. x. 5. 6. 7.
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leur rébellion : et sa sainteté demeure inviolable au milieu des impiétés, des blasphèmes, des impuretés, dont tout l'univers est rempli par la malice des hommes et des démons.
Cinquièmement. Il demeure saint, quoique pour punir les pécheurs il les livre à leurs mauvais desirs : parce que, les y livrer n’est pas les produire. Dieu ne fait que se soustraire. lui-même à un cœur ingrat ; et cette soustraction est sainte, parce que Dieu se soustrait justement lui-même à ceux qui le quittent , et punit leur égarement volontaire, en les frappant d’aveuglement. Il fait tout dans l’homme, excepté le seul péché, où son action ne se mêle point. Celui qu’il permet, ne le souille point, parce que lui seul il en peut tirer un bien infini, et plus grand que n'est la malice de tous les péchés ensemble : comme quand il tire de la malice des Juifs un sacrifice si saint, qu'il y a de quoi expier tous les crimes. |
Sixièmement : Il purifie les justes par mille épreuves : il les met dans le creuset et dans le feu , dans le feu de cette vie , dans le feu de l’autre : « et rien de souillé n’entre en > son royoume ‘ ».
Enfin sa sainteté est la conviction de toute l’iniquité des hommes. « Malheur à moi , s’écrie Isäïe*, après avoir vu la » majesté du trois fois saint: malheur à moi avec mes lèvres » impures, au milieu d’un peuple souillé. J'ai vu de mes » yeux le roi des armées : Va, dit-il, et dis à ce peuple : » Ecoutez, et ne comprenez pas. Aveugle le eœur de ce peu- » ple, appesantis ses oreilles, ferme ses yeux * ». C'est l'effet de la sainteté de Dieu lorsqu'elle a été méprisée. Je serai sanctifié au milieu d'eux en les punissant : je laverai mes mains dans leur sang ; et ma juste vengeance fera éclater
ma sainteté.
«Les choses saintes sont pour les saints», s'écriait-on autrefois avant la communion. « Il n’y a qu’un saint, un seul » Seigneur, un seul Jésus-Christ », répondoit le peuple. O Seigneur ! sanctifiez-nous, afin que nous sanctiliions et glori-
APAPOC, Ex: 27e ns. LVI. D.10.1108
füons votre nom. En vérité, en vérité , je vous le dis : « je » ne vous connois pas; retirez-vous de moi, vous tous qui » opérezl'iniquité ! ». ,
Approchez, pécheurs pénitents: purifiez-vous dans la source de la pureté: « Si vos péchés sont rouges comme » l'écarlate, je les blanchirai comme la neige ? ». Quel merveilleux changement! l'Éthiopien n’a plus la peau noire, elle éclate d'une céleste blancheur : la sainteté de Dieu a fait cet ouvrage. « Soyez donc saints, parce que je suis saint, » dit le Seigneur * ». Soyez saints, ministres de Dieu et de ses autels, dispensateurs de sa parole et de ses mystères ; parce que Dieu vous a choisis pour sanctifier son peuple. « Peuple de Dieu , soyez saint, parce que Dieu habiteau mi- » lieu de vous ‘ » : sanctifiez vos âmes où il veut établir sa demeure, et vos corps qui sont les temples de son Saint- Esprit. .