‹ Œuvres de Bossuet (volume 5)Chapitre 21 sur 85 · VI: ÉLÉv. Le sacerdoce de Jésus-Christ · texte numérisé non relu

VI: ÉLÉv. Le sacerdoce de Jésus-Christ

La race dont Jésus-Christ est sorti, étoit vraiment ja race royale, et il y a remisle trône d’une manière plus haute qu'il n'yavoit jamais été. Mais en Jésus-Christ, il n°y a point de race sacerdotale ; il n’a ni prédécesseur, ni successeur , il a seulement des figures dont Melchisédech est la plus illustre, et la seule qui paroisse digne de lui. I n’y a qu’à lire l'épitre aux

{ Matth. 1. 3, 4. 5. —*? I Tim. 1, 15.

Hébreux, et il n°y faut point de commentaire. On nous y montre tout d'un coup, dans la Genèse, « Mélchisédech sans père, » sans mère, sans généalogie, sans commencement de ses » jours, et sans qu’on en voie la fin'» ; ce n’est pas qu'il n’eût tout cela, ni qu'il faille donner dans l'erreur de ceux qui ont voulu que ce fût un ange. C’est assez, pour être la figure de Jésus-Christ, que tout cela ne soit point marqué, et qu'il paroisse seulement comme « sacrificateur du Dieu très-haut, » pour offrir à Dieu du pain et du vin, et ensuite le présenter » à Abraham, pour le bénir», et en sa personne béni comme supérieur tout le sacerdoce lévitique, « en recevoir » la dime*», comme un hommage qui étoit dû à l’excellence de son sacerdoce, et la recevoir en même temps de Lévi et d’Aaron lui-même, et de toute la race sacerdotale, puisqu'elle étoit en Abraham comme dans sa tige ; et cette dime n'est autre chose que la dépouille des rois vaincus, dont la défaite paroît n'être accordée à Abraham, que pour honorer « Mel- » chisédech, ce grand pontife, ce roi de justice, roi de paix, » qui est l'interprétation de son nom et de la ville où il rè- » gne ». Dans toute la suite de l’histoire on ne dit pas un seul mot de Melchisédech, il n’y est marqué que pour cette divine fonction ; et tout d'un coup, neuf cents ans après, David, en voyant le Christ qu’il appelle « son Seigneur, à la » droite de Dieu », en grande majesté et puissance, « en- » gendré de sein de Dieu, devant l'aurore», vainqueur de ses «ennemis » qui sont «à» ses «pieds», vainqueur des «rois», lui adresse ces mots avee serment: « Vous êtes prêtre éter- » nellement selon l'ordre de Melchisédech*» ; vous n'avez point de devancier ni de successeur : votre sacerdoce est éternel ; il ne dépend point de la promesse adressée à Lévi, ni à Aaron età ses enfants. «Et voici », conclut saint Paul, » dans un nouyeau sacerdoce », un nouveau service « et une » nouvelle loi‘ ».

Venez’, Jésus, Fils éternel de Dieu, sans mère dans le ciel, et sans père sur la terre; en qui nous voyons et reconnoissons une descendance royale; mais pour ce qui est du sacer-

! Héb. vrr: 3. — ? Gen. 14. 18. 19. 20. Heb. var. 1, 2. 4, etseq. : — Ps, cix 1.2. 3.4. 5, — % Heb, vit. 22 et seq.

doee, vous ne le tenez que de celui qui vous a dit: « Vous » êtes mon Fils: je vous ai aujourd’ hui engendré'». Pour ce divin sacerdoce il ne faut être né que de Dieu; et vous avez votre vocation « par votre éternelle naissance * ». Vous venez aussi « d’une tribu à laquelle Dieu n’a rien Es sur la sa- » crificature ». La vôtre a ce privilége « d’être établie par ser- » ment », immobile, sans repentance et sans changement : le Seigneur, dit-il, «a juré, et ne s’en repentira jamais. La » loi de son sacerdoce est éternelle étinviolable * »: Vous êtes seul; vous laissez pourtant après vous des prêtres, mais quine sont que vos vicaires , sans pouvoir offrir d’autres victimes que celle que vous avez une fois offerte à la croix, et que vous offrez éternellement à la droite de votre Père.

Ecoutons notre loi en la personne de Jésus-Christ, tant que nous sommes de prêtres du Seigneur. S'il a été dit à Lévi à raison de son ministère sacré : Vous êtes mon « homme » saint, à qui» j'ai « donné la perfection et la doctrine ‘» ; et que pour cela il doit « dire à son père et sa mère: Je ne vous » connois pas; et à ses frères : je ne sais qui vous êtes; et » il n'a d'enfants » que ceux deDieu. Si c’est là, dis-je, la loi de Lévi et du sacerdoce mosaïque , combien pur, combien détaché de la chair et du sang doit être le sacerdoce chrétien, qui a Jésus-Christ pour auteur, et Melchisédech pour modèle! Non, nous ne devons connoître d'autre emploi, d’autre fonction, ni avoir d’autre intérêt que celui de Dieu, enseignant sa loi et ses jugements, et lui offrant continuellement des parfums pour l’apaiser. Si nous gardions cette loi de notre saint ministère, on ne verroit pas tous les jours envahir les droits et l'autorité du sacerdoce, qui sont ceux de Jésus-Christ. Dieu se ren droit notre vengeur, et cette prière de Moïse auroit son ellet: «Seigneur », aidez vos ministres ; « soutenez leurforce; proté: » gez l'œuvre de leurs mains ; frappezle dos de leurs ennemis » fugitifs; et ceux quiles haïssent ne se relèveront jamais». Mais parce que, plus charnels que les enfants du siècle, nous ne songeons qu’à nous engraisser, vivre à notre aise , nous

UPs. 11.7. — 2 Heb. vit. 16. — © Ib. 13.14. 20. 21. 24, —* Deut. SxxIN. 8. 9.— $ Ib. 11.

faire des successeurs, nous établir un nom et une maison, tout le monde entreprend sur nous ; l'honneur du sacerdoce

est foulé aux pieds.

VII: ÉLÉv. Quelle a été l’oblation de Jésus-Christ : etle premier acte qu'il a produit en entrant dans monde.

«Il à paru », dit saint Paul', «en s’offrant lui-même pour » victime ». C’est lui-même, c'est son propre corps, c'est son propre sang qu'il a offert à la croix, c’est encore son propre corps et son propre sang qu'il offre dans le sacrifice de tous les jours; et ce n’est pas sans raison que David voyant en esprit le premier acte qu'il produiroit en se faisant homme *, et saint Paul, en interprétant cette prophétie”, le font parler en cette sorte au moment qu'il entra dans le monde : « Vous n'avez point voulu », dit-il, « d’hostie et d'oblation ; » Mais vous m'avez formé un corps » ; l'original porte : « vous » me l'avez approprié : les holocaustes et les sacrifices pour » le péché ne vous ont pas plu; alors j'ai dit : Me voici, je » viens pour accomplir votre volonté, à mon Dieu ! et ce qi » a été écrit de moi à la tête de votre livre ». Par cette parole, Jésus-Christ se met à la place de toutes les victimes ancienues, et n'ayant rien dans sa divinité qui pût être immolé à Dieu, Dieu lui donne un corps propre à souffrir, et accommodé à l'état de victime où il se met.

Dès qu’il eut commencé ce grand acte, il ne le discontinua jamais, et demeura, dès son enfance , et dès le sein de sa mère, dans l’état de victime, abandonné aux ordres de Dieu, pour souffrir et faire ce qu'il voudroit.

«Je viens», dit-il, « pour faire votre volonté, comme il a » été écrit au commencement du livre » : ën capite libri. I] y aun livre éternel, où est écrit ce que Dieu veut de tous ses élus; et à la tête, ce qu’il veut en particulier de Jésus-Christ, qui enest le chef. Le premier article de ce livre, est que Jésus- Christ sera mis à la place de toutes les victimes en faisant la volonté de Dieu avec une entière obéissance, C’est à quoi il

YHeb. 1x. 25, 26. — ? Ps. xxxix. 7. 8. 9. — 3 Feb, x. 5. 6. 7.

se soumet : et David lui fait ajouter: «Mon Dieu, je l'ai voulu, »et votre loi est au milieu de mon cœur ‘ ».

Soyons donc, à l'exemple de Jésus-Christ, en esprit de victime , abandonné à la volonté de Dieu : autrement, nous n'aurons point de part à son sacrifice. Fallüt-il être un holocauste, et une victime entièrement consumée par le feu, laissons-nous réduire en cendres ; plutôt que de nous opposer à ce que Dieu veut.

C’est dans la sainte volonté de Dieu que se trouvent l'égalité et le repos. Dans la vie des passions et de la volonté propre, or pense aujourd'hui une chose, et demain une autre : une chose durant la nuit, et une autre durant Je jour : une chose quand on est triste, et une autre quand on est en bonne humeur : une chose quand l'espérance rit à nos desirs, autre chose quand elle se retire de nous. Le seul remède à ces altérations journalières et à ces inégalités de notre vie, c’esi la soumission à la sainte volonté de Dieu. Comme Dieu eet toujours le même dans tous les changements qu'il opère au dehors , l'homme soumis à sa volonté est toujours le même. On n’a pas besoin de chercher des raisons particulières pour se calmer : c’est l'amout-propre ordinairement qui les fournit. La souveraine raison, c'est ce que Dieu veut. La volonté de Dieu , sainte en elle-même, est elle seule sa raison.

Prenons garde néanmoins que ce ne soit par paresse , ou par une espèce de désespoir, et pour nous donner un faux repos, que nous ayons recours à la volonté de Dieu. Ellr nous fait reposer, mais en agissant, et en faisant ce qu'il faut : elle nous fait reposer dans la douleur comme dans la joie, selon qu'il plaît à celui qui sait ce qui nous est bon. Elle nous fait reposer, non dans notre propre contentement, mais en celui de Dieu : le priant de se contenter et de faire toujours de nous.ce qu'il lui plaira. Qu'importe de ce que nous devenions sur la terre ? «Il n'y à qu’une chose à vouloir; » c'est, Seigneur, d'habiter dans votre maison tous les jours » de ma vie, pour y voir la volupté du Seigneur, y contempler » son saint temple *», et le louer aux siècles des siècles.

LPS. xxx 9. 2 Di, xxVI0 4

Commençons dès cette vie, et chantons avec David, ou plu-. tôt avec Jésus-Christ, l'hymne de la sainte volonté : « Me » voici, Seigneur, et je viens pour accomplir votre vo- » lonté ' ».

VIII: ÉLÉv. Jésus-Christ est le sacrifice pour le péché : excellence de son oblation.

Mon Sauveur ! dans ce verset de David que vous prononcâtes en entrant au monde *, vous nous déclarâtes que vous vous mettiez, par la volonté de Dieu, à la place de toutes les victimes de l’ancienne loi. Vous n'êtes donc pas non-seulement un holocauste entièrement consumé par le feu de l’amour divin qui absorbe tout en lui-même; mais vous êtes encore « la victime ponr le péché» , sur laquelle on prononce tous les crimes ; on l'en charge; ou les lui met sur la tête : on envoie après cette victime dans le désert : on la sépare de la société humaine : on l’excommunie. Ainsi a-t-on mis sur vous l’iniquité de nous tous : « Vraiment » vous « avez » porté nos péchés ‘». Il a fallu vous mener hors de la ville pour vous ‘attacher à votre croix : et vous avez sur vous « la ma- » lédiction qui porte : Maudit est celui qui pend sur un » bois » infàme *.

Allons avec larmes confesser nos péchés sur Jésus-Christ. Mettons-les sur lui, afin qu'il les expie. Pleurons, pleurons les peines qu'ils lui ont causées ; tâchons en même temps de le décharger d’un si pesant fardeau, en nous repentant de nos crimes pour l'amour de lui. O Jésus ! que je vous soulage : faites que je ne pèche plus, et que j'efface par la repentance, mes péchés qui vous ont couvert de tant de plaies.

Brûlez — moi de ce « feu » que vous «êtes venu allumer » sur la terre ?». Consumez toutes mes inclinations par votre amour, et que je devienne cette pure flamme qui n’a que vous pour pâlure : «Je viens, mon Dieu,» avec Jésus-Christ , « pour faire votre volonté * ». Heureux qui finit sa vie par un

1 Ps. xxx. 8.9. — 2 Ib. 7. 8. 9. — 3 Lev. xvI. 5. 6. 20. 21. — Is. LIT. 4. 5. 6. — © Heb. x11t. 11. —$ Deut. xx1. 23. Gal. 111. 13. — 7 Luc. xt. 49, — 8 Ps. xxxix, 7. 8. 9,

tel acte ! Nous la devions commencer par là comme Jésus- Christ. Finissons-la du moins en nous consommant dans la volonté de Dieu. « Mon Dieu, je remets mon esprit entre vos » mains '»,

XIVe SEMAINE.

LKS EFFETS QUE PRODUIT SUR LES HOMMES LE VERBE INCARNÉ * INCONTINENT APRÈS SON INCARNATION.,

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