‹ Œuvres de Bossuet (volume 5)Chapitre 22 sur 85 · ÉLÉv. Marie va visiter sainte Élisabeth · texte numérisé non relu

ÉLÉv. Marie va visiter sainte Élisabeth

«Aussitôt après que Marie eut concu le Verbe dans son sein » elle part etmarche avec promptitude dans le pays des mon- » tagnes de Judée’», pour visiter sa cousinesainte Élisabeth. Ne sentons-nous point la cause de cette promptitude, de cette élévation, de cette visite? Quand on est plein de Jésus-Christ, on l’est en même temps de charité , d’une sainte vivacité, de grands sentiments, et l'exécution ne souffre rien de languissant. Marie, qui porte la grâce avec Jésus-Christ dans son sein , est sollicitée , par un diviu instinct , à l'aller répandre dans la maison de Zacharie, où Jean Baptiste vient d'être conçu.

C’est aux supérieurs à descendre, à prévenir. Marie, qui se voyoit prévenue par le Verbe descendu en son sein, pouvoitelle n'être pas touchée du desir de s’humilier et de descendre à son exemple? Jésus devoit être précédé par saint Jean au dehors; mais au dedans, c’est Jésus qui le devoit prévenir, qui devoit sanctifier. Il falloit que Jean -reçût de Jésus la première touche de la grâce.

Si vous sortez , âmes saintes et cachées, que ce soit pour chercher les saintes, les Élisabeth qui se cachent elles-mêmes; allez vous cacher avec elles: cette sainte société honorera Dieu, et fera paroître ses grâces.

Dans toutes les visites que nous rendons, imitons Marie, rendons-les en charité; alors sous une simple civilité, il se cachera de grands mystères ; la grâce s’augmentera ou se déclarera par l'humilité , par l'exercice d’une amitié sainte.

tDs, xxx, 6. Luc, xx111, 46, — ? Luc, 1. 39, k : < 10.

Cultivez , mes pieuses, les devoirs de la parenté, Soyez amies, femmes chrétiennes , comme Marie et Élisabeth; que votre amitié s'exerce par la piété: que vos conversations soient pleines de Dieu : Jésus sera au milieu de vous, et vous sentirez sa présence.

Hommes , imitez aussi ces saintes et humbles femmes. O Dieu ! sanctifiez les visites; Ôtez-en la curiosité, l’inutilité , la dissipation, l'inquiétude , la dissimulation et la tromperie faites-y régner la cordialité et le bon exemple.

Ile ÉLÉv. Jésus-Christ moteur secret des cœurs : divers mouvément, excite dans les âmes dont il s'approche.

Merveille de cette journée ! Jésus-Christ est caché, et c'es, lui qui opère tout : il ne paroît en lui aucun mouvement, il meut tout : non-seulement Marie et Élisabeth , mais encore l'enfant qui est au sein de sa mère, agissent sensiblement. Jésus , qui est en effet le moteur de tout, est le seul qui paroît sans action, et son action ne se produit que par celle qu'il inspire aux autres.

Nous voyons ici, dans ces trois personnes sur lesquelles Jésus-Christ agit, trois dispositions différentes des âmes dont il approche : « D'où me vient ceci » ? dit Élisabeth‘. Elle s’étonne de l'approche de Dieu, et n’en pouvant découvrir la cause dans ses mérites , elle demeure dans l’étonnement des bontés de Dieu. En d’autres âmes, Dieu opère le transport et de saints efforts pour les faire venir à lui : c'est ce qui paroît dans le tresssaillement de saint Jean Baptiste. Sa dernière opération est la paix dans la glorification de la puissance divine; et c'est ce qui paroît daus la sainte Vierge. Voyons donc dans ces trois personnes si diversement émues, ces trois divines opérations de Jésus-Christ dans les âmes : dans Élisabeth, l'humble étonnement d’une âme de qui il approche ; dans Jean Baptiste, le saint transport d'une âme qu'il attire; et dans Marie, l’ineffable paix d’une âme qui le possède.

3 Luc.r, 43.

LT ÉLÉv. Le cri de sainte Élisabeth, et son humble étonnement.

A la voix de Marie, et à sa salutation, «l'enfant tressaillit » dans son sein, et remplit du Saint-Esprit, elle s'écria. » Ce grand cri de sainte Élisabeth marque tout ensemble et sa surprise et sa joie : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes , » et le fruit de vos entrailles est béni!» : celui que vous y portez, est celui en qui toutes les nations seront bénies ; il commence par vous à répandre sa bénédiction. « D'où vient » ceci, que la mère de mon Seigneur vienne à moi * »? Les âmes que Dieu aborde, étonnée de sa présence inespérée, le premier mouvement qu’elles font, est de s'éloigner en quelque sorte comme indignes de cette grâce. « Retirez-vous » de moi, Seigneur», disoit saint Pierre”, « parce que je suis » un pécheur ». Et le Centenier : « Seigneur, je ne suis pas » digne que vous entriez dans ma maison ‘ ». Dans un semblable sentiment , mais plus doux, Élisabeth, quoique consommée dans la vertu, ne laisse pas d'être surprise de se voir approchée par le Seigneur, d'une facon si admirable. «D'où » me vient ceci, que la Mère de mon Seigneur », et qui le porte dans son sein, « vienne à moi»! Elle sent c’estque le Seigneur qui vient lui-même, mais qui vient et qui agit par sa sainte Mère. « À votre voix» , dit-elle, « l’enfant que je porte a » tressailli dans mon sein * ». Il sent la présence du maitre, et commence à faire l’office de son précurseur ; si ce n’est encore par la voix, c’est par ce soudain tressaillement : la voix même ne lui manque pas, puisque c’est lui qui secrètement anime celle de sa mère. Jésus vient à lui par sa mère, et Jean le reconnoît par la sienne.

Dans cette dispensation des grâces de Jésus-Christ sur Élisabeth et sur son fils à la visitation de Ja sainte Vierge, l'avantage est tout entier du côté de l'enfant. C’est ce qui fait dire à un saint Père ° :« Elisabeth a la première écouté Ja » voix, mais Jean a le premier senti la grâce. Élisabeth », poursuit saint Ambroise, « a, la première, aperçu l'arrivée

LLuc.x 41. 42, —21b, 43.—21]h. v. $..—t Matth. VIII, 8, — SLuc.rw 44. —"6 Ambr. I]. 31 in Luc. n. 23.

»de Marie; mais Jean a le premier senti l'avènement de Jé- » sus ». Illa Mariæ, iste Domini sentit adventum.

Élisabeth, comme revenue de son étonnement , s'étend sur la louange de la sainte Vierge. « Vous êtes heureuse d’a- » voir cru; ce qui vous à été dit par le Seigneur sera accompli' » Vous avez conçu vierge, vous enfanterez vierge : votre fils remplira le trône de David, et son règne n'aura pas de fin.

Croyons donc, et nous serons bienheureux comme Marie : croyons comme elle au règne: de Jésus et aux promesses de Dieu. Disons avec foi : « Que votre règne arrive * ». Crions avec tout le peuple : « Béni soit celui qui est venu au nom » du Seigneur, et béni soit le règne de notre père David * ».

La béatitude est attachée à la foi. « Vous êtes bienheu- » reuse d’avoir cru. Vous êtes bienheureux, Simon, parce »que ce n'est point la chair et le sang qui vous ont ré- » vélé » la foi que vous devez annoncer, « mais que c’est mon » Père céleste ‘ ». Et où est cette béatitude de la foi? « Bien- » heureuse d’avoir cru : ce qui vous a été dit s’accomplira * ». Vous avez cru, vous verrez : vous vous êtes fiée aux promesses, vous recevrez les récompenses : vous avez cherché Dieu par la foi, vous le trouverez par la jouissance.

Mettons donc tout notre bonheur dans la foi; ne soyons point insensibles à cette béatitude : c'est Jésus — Christ lui-même qui nous la propose, et la gloire de Dieu et sa volonté se trouvent dans notre béatitude. Ce qui est bienheureux est excellent en même temps : il est plus heureux de donner que de recevoir; c'est-à-dire il est meilleur. On est bienheureux de croire : il n'ya rien de plus excellent ni de meilleur que la foi, qui, appuyée sur les promesses , s’abandonne aux bontés de Dieu, et ne songe qu’à lui plaire. Beata quæ credidisti,

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