LA NATIVITÉ DU SAINT PRÉCURSEUR
Ir ÉLÉvV. On accourt des environs,
« Le terme d’'Elisabeth étant accompli, les voisins et ses pa- » rents accoururent pour célébrer la miséricorde que Dieu » avoit exercée » (en lui Ôtant sa stérilité), « et s'en réjouir » avec elle’ ». Les vraies congratulations des amis et des parents chrétiens doivent avoir pour objet la miséricorde que Dieu nous a faite : sans cela, les compliments n’ont rien de solide, ni de sincère, et ne sont qu’un amusement.
Dieu dispose avec un ordre admirable tout le tissu de ses desseins. Il vouloit rendre célèbre la naissance de saint Jean Baptiste, où celle de son Fils devoit aussi être célébrée par la
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prophétie de Zacharie , et il importoit aux desseins de Dieu, que celui qu’il envoyoit pour montrer son Fils au monde, fût illustré dès sa naissance; et voilà que sous le prétexte d'une civilité ordinaire, Dieu amasse ceux qui devoient être témoins : de la gloire de Jean Baptiste, la répandre et s’en souvenir. Car «tout le monde étoit en admiration»: et les merveilles qu'on vit paroître à la naissance de Jean Baptiste, « se ré- » pandirent dans tout le pays voisin; et tous ceux, qui en » ouirent le récit le mirent dans leur cœur, en disant : Que » pensez-vous que sera cet enfant? Car la main de Dieu est » visiblement avec lui! ». Accoutumons-nous à remarquer que les actions qui paroissent les plus communes , sont secrètéement dirigées par l’ordre de Dieu, et servent à ses desseins , sans qu'on y pense , ensorte que rien n'arrive fortuitement.
IT: ÉLÉy. La circoncision du saint précurseur, et le nom qui lui est donné:
« Le huitième jour, on vint circoncire l’enfant , et ils lui » donnoient le nom de son père , Zacharie ; mais Elisabeth » répondit , que son nom étoit Jean. On lui remontroit que » personne n'avoit ce nom dans leur parenté: et en même » temps ils demandèrent par signes à son père, quel nom il » lui vouloit donner , et il écrivit sur des tabléèttes que Jean » étoit son nom ‘».On connut donc, par le concours du père et de la mère à lui donner ce nom extraordinaire dans la famille , qu’il étoit venu d’en haut : « .Et tout le monde étoit » étonné». Le nom de Jean signifie grâce, piété, miséricorde : etDieu avoit destiné ce nom au précurseur de sa grâce et de sa miséricorde.
Il paroît que Zacharie, à qui onne parloit que«parsignes"», n'étoit pas seulement devenu muet par son incrédulité ; mais que l'ange l’avoit encore frappé de surdité : mais l'ouïe lui fut tout à coup rendue avec la parole, quand il eut obéi à l'ange en donnant à son fils le nom de Jean. L'obéissance guérit le mal que l'incrédulité avoit causé : à l'instant celui qui n'entendoit rien que par signes , et ne parloit qu’en écrivant, « eut la bouche ouverte», et entonna ce divin cantique.
1 Luc. 1.65. 66.—? Ib. 1. 59, 60. 62. 63. — 3 Ib, 1, 62. 64.
Ile ÉLÉV. Le cantique de Zacharie, première partie : quels sont les ennemis dont Jésus-Christ nous délivre, et quelle est la justice qu'il nous donne. V :
« Béni soit le Seigneur Dieu d'Israël ! ». C’est après être demeuré longtemps muet, une soudaine exclamation pour exprimer les merveilles qu'il avoit été contraint de resserrer en lui-même, touchant le règne du Christ qui étoit venu, et qui bientôt alloit paroître. C’est ce qu’il voit dans son transport ; etil voit en même temps la part qu’aura son fils à ce grand ouvrage , qui sont lesdeux parties de cet admirable cantique.
C’est pour la gloire de Jésus-Christ le témoignage d’un prétre célèbre parmi le peuple , et aussi savant que pieux. C’est pourquoi toutes les paroles de son cantique ont de doctes et secrets rapports aux promesses faites à nos pères, et aux anciennes prophéties.
Il commence donc par bénir ce Dieu : « Parce qu'ila visité » son peuple, et en a opéré la rédemption » en lui envoyant son Fils, en qui « il nous a élevé un puissant Sauveur dans » la maison de David son serviteur * ». Voilà comme tout le monde connoissoit que le Fils de Marie par elle sortoit de David , et en héritoit la royauté.
Le mot de « corne » dont il se sert, est un mot de magnificence etde terreur, qui dans, le style de l’Ecriture, signifie la gloire, et en même temps une force incomparable pour dissiper nos ennemis. C’est ce que devoit faire le Sauveur sorti de David, pour la rédemption du genre humain.
Le saint prêtre nous fait voir deux choses dans cette rédemption ; la première, sont les maux dont elle nous affranchit ; et la seconde, sont les grâces qu’elle nous apporte.
Premièrement donc: «Il avoit promis par la bouche de ses » prophètes, qu'il nous délivreroit de nos ennemis, etde ceux » qui nous haissent *». Quels sontles ennemisdontnousdevons être délivrés ? Ce sont avant touteschoses , lesennemis invisibles qui nous tenoient captifs par le péché, par nos vices el par tous nos mauvais desirs : ce sont là nos vrais ennemis, qui
1 Luce, 1, 68. — ? Luc. 1. 68, 69. — 3 1b. 70. 71.
seuls aussi peuvent nous perdre. Jésus-Christ nous délivre aussi des ennemis visibles, en nous apprenant non-seulement à neles craindre plus, mais encore à les vaincre par la charité et par la patience, selon ce que dit saint Paul’. « Ne vous » laissez pas vaincre parle mauvais, mais surmontez le mauvais » par l'abondance du bien » : soigneux de gagner par lacharité vosfrères qui vous persécutent, « et entassant des charbons » sur leurtêtes »., pour leséchauffer etfondre leglace de leurs cœurs endurcis.
C’est ainsi que le Sauveur nous apprend à vaincre nos ennemis. Mais s’il faut qu'ils soient vaincus manifestement, Dieu les mettra à nos pieds d’une autre sorte , comme il y a mis les tyrans persécuteurs de l’Eglise : et si les Juifs avoient été fidèles à leur Messie, jene doute pas que Dieu ne les eùt tirés de leur servitude d'une manière éclatante , pour lesfaire marcher sans crainte et servir Dieuen paix. s
Quand donc Dieu fait prospérer son peuple contre les.ennemis quiles oppriment, qu'ils regardent ces heureux succès comme une grâce du libérateur qui leur est venu , et qu’ils en profitent pour mieux servir Dieu. Autrement, et s'ils en abusent pour mener une vie plus licencieuse , la paix n’est pas une paix sainte et chrétienne , mais un fléau de Dieu plus terrible que la guerre même.
Mais les véritables ennemis, dont la défaite nousest promise par le Sauveur, sont les démons nos vainqueurs dès l’origine du monde ; et nos convoitises qui nous fontla guerre dans nos membres; et nos péchés qui nous accablent, et nos foiblesses qui nous tuent ; et les terreurs de la conscience, qui ne nous laissent aucun repos. Voilà les vrais ennemis, les vrais maux dont Jésus-Christ nous délivre, « pour nous faire marcher » sans crainteen sa présence *».
Ce n’est pas assez de nous délivrer des maux, le règne de Jésus-Christ nous apporte la sainteté qui doitavoir deux qua lités. La première est exprimée par ces paroles : «Afin que » nous servions en sainteté et en justice devant lui*» : c'est à-dire, dans une parfaite et véritable sainteté qui ne soit
è Ron, XII, 20, 21, = 2 Luc. 1.74, — 3 Ib. 75
point extérieure , et'aux yeux des hommes, mais aux yeux de Dieu. Gar dans le règne de Jésus-Christ, il ne s'agit pas de purilications extérieures, ni de vaines cérémonies, ni d’une justice superficielle ‘ : il faut être saint à fond, se tenir sous les yeux de Dieu , faire tout uniquement pour celui qui sonde le fond des cœurs, et ne songer qu’à lui plaire. Ce n’est pas assez, et voici laseconde qualité de la vraie sainteté : il faut persévérer dans cet état: une vertu passagère-n’est pas digne de Jésus-Christ. Ceux qui, transportés par la douceur d’une dévotion nouvelle, se retirent à la première tentation, sont ceux qu'il appelle « temporels *», ou justes pour un certain temps, et non pour toujours, La preuve du vrai chrétien est la persévérance ; et la grâce que Jésus-Christ nous apporte est une grâce qui, premièrement nous fait vraiment justes devant Dieu, et secondement nous fait justes, persévérants marchant courageusement et humblement à la fois, sousles yeux de Dieu, durant toute la suite de nos jours. Commençons donc une vie nouvelle sous le règne de Jésus- Christ ; soyons justes à ses yeux, en exterminant pour l’amour de lui toute tache qui offenseroit ses regards, et pratiquant une vertu ferme et sévère qui ne se relâche jamais, nien rien.