IV: ÉLÉv. Sur quoi toutes ces grâces sont fondées
« Pour exercer sa miséricorde envers nos pères, et se sou- » venir desonalliance sainte, selon qu'il avoit juré à Abra- » ham notre père * ». Il semble qu’il falloit dire que Dieu exerçoit ses miséricordes sur nousen mémoire de nos pères. Mais pour nous ôter davantage toute vuede notre propre justice , et nous faire mieux sentir que nous sommes sauvés par grâce, le saint prêtre aime mieux dire qu'ilexercesa miséricorde envers nos pères qui li ont plu, qu’envers leurs enfants ingrats : qu'il nous sauve par sa bonté, et non à cause de nos mérites ; et pour satisfaire à sa promesse, plutôt qu’en ayant égard à nos œuvres qui sont si mauvaises. .
Ce n’est pas qu'il ne faille croire que Dieu donne des mérites à ses saints : mais c’est que ces mérites sont desgrâces ;
4 Matt. xv et xx. — 2? Marc,av. 16, 17. — 3 Luc. 1. 72,734
c’est que la grâce qui nous les donne, nous est donnée sans mérite : on a des mérites, quand on estsaint; mais pour! être saint, iln’ya point de mérite : la récompense est due après Ja promesse ; mais la promesse à été faite par pure bonté: la récompense est due encore une foisà ceux qui font des bonnes œuvres; mais la grâce qui n’est point due, précède, afin qu’on les fasse. Enfants de grâce et de promesse, vivez dans cette foi ; c’est la nouvelle alliance que Dieu a faite avec nous: « Que nulle chair ne se glorifie en sa présence : et que celui » qui se glorifie, se glorilie en notre Seigneur ‘ ».
Ve ÉLÉv. Quel est le serment de Dieu, et ce qu’il opère.
« Selon qu'il avoit juré à notre père Abraham° ». Je ne puis mieux exprimer le mystère de ce serment, que par ces paroles de l’épître aux Hébreux *: « Dans la promesse que » Dieu fit à Abraham ; n’ayant point de plus grand que lui
par qui il pût jurer; il jura par lui-même » comme il est écrit: « J'ai juré par moi-même, dit le Seigneur»; et ajouta «Si jene vous comble de bénédictions etsije ne multiplie votre » race jusqu'à l'infini ‘ » : suppléez , je serai un menteur, moi qui suis la vérité même. « Abraham», continue l’apôtre, « ayant altendu avec patience, a obtenu l'effet de cette pro- » messe; car, comme les hommesjurent par celui quiest plus
.» grand qu'eux, et que le serment » où ils font entrer la toute puissance et la vérité de Dieu dans leur engagement, est la plus grande assurance qu'ils puissent donner pour terminer tous leurs différends» , dont aussi le sermentest la décision : «Dieu voulant aussi faire voir avec plus de certitude aux » héritiers de la promesse, la fermeté immuable de sa réso- » lution, a ajouté le serment » à sa parole : «afin qu'étantap- » puyéssur ces deux choses inébranlables; par lesquelles il est » impossible que Dieu nous trompe», c’est-à-dire, surla parole de Dieu , et sur le jurement qui la confirme ,« nous ayons » une puissante consolation, nous qui avons mis notre refuge » dans la possession des biens proposés à notre espérance »,
Con 0 SA ne TS ER TT 1e 17 — 1 Gen, xx11. 16. 17, 18. — 5 Heb. vi, 15. 16, 17. 18.
Il ne faut point ici de commentaire; il n’y a qu'à écouter toutes ces paroles, etrnous en laiser pénétrer. Prenons garde seulement qu’en nous attachant à la promesse, nous ne présumions pas plusqu'il ne ne nous est promis: Dieu a promis À la pénitence la rémission des péchés ; mais il n’a pas promis le temps de faire pénitence à ceux qui ne cessent d’en abuser.
VI: ÉLÉv. Seconde partie de la prophétie du saint cantique qui regarde saint Jean Baptiste.
« Et vous, enfant, vous serez appeléle prophète du Tres » Haut'»; son prophète particulier et par excellence : prophète « et plus que prophète * », comme l’appelle le Sauveur, puisque non-seulement vous l’annoncerez comme celui qui va venir à l'instant, mais encore que vous le montrerez au milieu du peuple, comme celui qui est venu *». Vous marcherez » devantle Seigneur pour lui préparer ses voies “ ». Voilà done comme Zacharie appelle Jésus-Christ « le Très-Haut, et « le Seigneur» , c’est-à-dire, dans un seul verset, il l'appelle par deux fois, «Dieu ». Voilà donc le caractère de la prophétie de saint Jean Baptiste, marqué distinctement par Zacharie, qui est marcher devant le Seigneur pour lui préparer sa voie. Et ce caractère est tiré de deux anciennes prophéties; l’une d'Isaïe *: « Une voix est entendue dans le désert: Préparez » la voie du Seigneur; faites ses sentiers droits». L'autre, de Malachie, en confirmation *. « J’enverrai mon ange ; mon » envoyé paroîtra et préparera les voies devant moi : et le Sei- » gneur que vous cherchez viendra dans son temple ».
C’est ainsi que ce docte prêtre établit par les prophètes la mission de son fils, et le propre caractère de son envoi, qui est de préparer les voies du Seigneur ; mais il nous va encore expliquer ce que c'est que préparer les voies du Seigneur : c'est, dit-il, *,« de donner à son peuple la science du salut » pour la rémission de leur péchés » ; qui est le propre ministère de saint Jean Baptiste, dont saint Paul a dit dans les Actes, après les Evangélistes, «que Jean avoit baptisé le peuple
1 Luc 1. 76. —2? Matth. xr. 9. — 3 Joan: à. 15.25 27.29. et seq. — #Luc. 1.76. — 5 Is. xc. 3. Matth. 111. 3. Marc. 1. 3. Luc. III, 4 — 8 Malach. 111. 1, Matth. xt, 10, Marc, 1. 2, Luc. vis. 27. — 7 Luc. 1. 77e
Bussuer, t. v. A1
» du baptême de pénitence; leur disant de croire'en celui qui » alloit venir, c'est-à-dire , en Jésus ».
Venez done apprendre la ‘grande science , qui est la science du salut; et apprenons qu’elle consiste principalement dans la rémission des péchés, dont nous avons besoin toute notre vie ; en sorte que notre justice est plutôt dansla rémission des péchés que dans la perfection des vertus. .
C'est ce qui a fait dire à saint Paul après David: «Bienheu- » reux ceux dont sont remises les iniquités, et dont les péchés » sont couverts ; bienheureux à quile Seigneurn'impute point » le péché * » : afin que nous entendions que, ne pouvant être sans péché, notre vraie science est celle qui nous apprend à nous en purifier de plus en plus tous les jours, en disant avec David: «Lavez-moi de plus en plus de mon péché» .
Cette science est en Jésus-Christ dont ül est écrit : « Mon » serviteur en justifiera plusieurs dans sa science et il portera » leurs iniquités ‘». Voilà donc en Jésus-Christ la vraïe science de la rémission des péchés, dont il fait l'expiation par sonsang, en les portant sur lui comme une victime; mais Jean marche devartlui pour montrer au peuple que c’est en lui que les péchés sont remis.
Passons donc toute notre vie dans la pénitence, puisquela science du salut consiste dans la rémission des péchés, et ne nous glorifions point d'une justice aussi imparfaite que la nôtre; non qu'elle ne soit véritable, et parfaite à sa manière, mais parce que la plus parfaite en cette vie doit craindre (d'être accablée par la multitude des péchés, si elle ne prend un soin continuel de les expier par la pénitence et par les aumônes. C'est lascience que prêchoit saint Jean, en criant dans le désert, et faisant retentir toutela Judée de cette voix: « Faites de dignes fruits de pénitence ‘».
« Par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu‘» . C’est uniquement par là que nous trouvons la rémission de nos péchés; c’est par là, poursuit Zacharie, quec l'Orient nous » a visité d'en haut ». C’est là un des noms de Jésus-Christ
? Act. xix. 4. Matth. vit. 11, Marc, 1. 4. Luc. 111. 8. Joan. 1, 26.31. — 7)Rom. 1v.17%8. Ps. xxx. 109, :— 5 Ps. L. 3, — 4 Is LILI. 11. — 5 Matth. 11. 8. — 6 Luc. 1.78,
qu'un prophète appelle en la personne de Zorobabel: « Un » homme viendra ; et son nom est l'Orient '». Ce prophète , c'est Zacharie ; et Zacharie, père de saint Jean, en répète et en explique l'oracle. Jésus-Christ est le vrai Orient, lui« qui » fait lever sur nous le vrai soleil de justice *». Comme disoit Malachie : « Pour éclairer » , continue ici Zacharie, «ceux qui
.» sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort; » pour dresser nos pas dans la voie de la paix* ».
Encore qu'on ne vous parle que de la rémission de vos péchés, et qu’elle soit toujours nécessaire durant tout le cours de cette vie, ne croyez pas que la justice ne soit pas infuse dans vos cœurs par Jésus-Christ. Il n'a pris le nom d'Orient que pour nous montrer qu'ilest pour nous éclairer une lumière naissante : «Il étoit la véritable lumière, qui éclaire tout » homme venant au monde “ » . Quand cette lumière commence à paroître , elle s’appelle Orient, et c’est un des noms de Jésus-Christ. Comme donc le soleil levant ne dissipe les ténèbres qu’en répandant la lumière dont ilembellit l'univers, ainsi le vrai Orient, qui se lève vraiment d'en haut lorsqu'il sort du sein de son pére pour nous éclairer, ne nous remet nos péchés qu’en nous remplissant de la lumière de la justice, par laquelle nous sommes nous-mêmes « lumière en notre » Seigneur; car vous étiez», ditsaint Paul *, « les ténèbres » mêmes, « mais à présent vous êtes lumière » ; non point toutefois en vous-mêmes, mais en Jésus-Christ qui vous apprend à marcher toujours les yeux ouverts, et à dresser incessamment vos regards vers lui, par une bonne et droiteintention, dont s’ensuivra dans tout votre corps, dans toute votre personne, une lumière éternelle, et un flambeau lumineux dont vous serez éclairé.
« Pour dresser nos pas dans le chemin de Ja paix ‘». O paix ! le cher objet de mon cœur: à Jésus! qui « êtes» ma « paix ’ » ; qui me mettez en paix avec Dieu, avec moi-même, avec toutle monde : « qui », par ce moyen, « pacifiez le ciel » et la terre ° ». Quand sera-ce, Ô Jésus! quand sera-ce,
Zach.ovi. 12: — ? Mal.1v..2..— Luc. 1..79..1s. 4X, 0112, — Joan. 1. 9. — 5 Erhes. v. 8. — $ Luc. 1. 79.— ? Ephes, 11, 14. — Coloss, I, 20,
que par la foi de la rémission des péchés, par la tranquilité de ma conscience, par une douce confiance de votre faveur et par un entier acquiescement, ou plutôt un attachement, une complaisance pour vos éternelles volontés, danstousles événements de la vie, je possèderai cette paix qui est en vous ». qui vient de vous, et que vous êtes vous-même ?
VIT: ÉLÉv, Saint Jean au désert dès son enfance.
«L'enfant croissoit, et son esprit se fortifioit, et il étoif » dans F désert jusqu’au jour de sa manifestation dans Is- » raël ! ». Ce que Dieu fait dans cet enfant, est inouiï. Celui qui, 0 le sein de sa mère, avoit commencé à éclairer saint Jean Baptiste , et à le remplir de son saint esprit, se saisit de lui dès son enfance; et il paroît que dès lors il se retira dans le désert sans qu'on puisse dire à quel âge Que ne faut-il point penser d’un jeune enfant qu'on voit tout d’un coup, après le grand éelat que fit sa naissance miraeuleuse, dispa— roître de la maison de son père, pour être seul avee Dieu, et Dieu avec lui? Loin du commerce des hommes, il n’en avoit aucun qu'avec le ciel, il se retire de si bonne heure d’une maison sainte, d’une maison sacerdotale , d'avec des parents d'une sainteté si éminente , élevés au rang des prophètes, dont il devoit être la consolation ; mais les saints n’en ont point d'autre que de tout sacrifier à Dieu.
Qui n'admireroit cette profonde retraite de saint Jean Baptiste? Que ne lui disoit pas ce Dieu qui étoit en lui, et pour qui, dès son enfance, il quittoit tout? Que ne lui disoit-il point dans ce silence, où il se metloit pour n’écouter que lui seul? « La langue » dit saint Jacques ?, « est la source de » toute iniquité ».: qui veut fuir le péché doit fuir la conversation. Ce fut l'esprit de saint Jean Baptiste, qui s’est perpétué dans les solitaires. Une voix fut portée à saint Arsène : « Fuis » les hommes » ; oui, si tu veux fuir le péché, et ne pécher point en ta langue. Mais à qui cette parole a-t-elle été dite plutôt qu'à saint Jean Baptiste, poussé au dedans par le Saint-Esprit à se retirer, dès son enfance, dans le désert ?
* Luc, 1e 804 — ? Jac, III, 6e
Tout le reste suivit. Cet homme , dès son enfance, d'une *etraite et d’un silence si prodigieux, mène une vie si étonnante ; n'ayant pour tout habit « qu’un » rude « cilice de poils » de chameaux ; une ceinture » aussi affreuse «sur ses reins ; > pour toute nourriture des sauterelles » sans qu'on explique comment il les rendoit propres à sustenter sa vie, « et du miel » sauvage ‘ », et dans la soif, de l’eau pure. Le désert lui lournissoit tout; et sans rien emprunter des villes ni des bourgades ; il n'eut aucune société avec les hommes mauvais. dont il venoit reprendre les vices et réprimer les scandales. Cette vie rude et rigoureuse n’étoit pas inconnue dans l'ancienne loi. On y voit dans ses prophètes, les nazaréens qui ne buvoient point de vin’. On y voit dans Jérémie* les réchabites, qui, non contents de se priver de cette liqueur, ue labouroient ni ne semoient, nine cultivoient la vigne , ni ne bâtissoient de maison, mais habitoient dans des tentes. : Le Seigneur les loue, par son prophète Jérémie, d’avoir été fidèles au commandement de leur père Jonadab, et leur promet en récompense, que leur institut ne cesseroit jamais. Les esséens, du temps même du Sauveur, en tenoient beaucoup. La vie prophétique qui paroît dans Élie , dans Élisée, dans tous les prophètes, étoient pleine d’austérités sem- Blables à celle de Jean Baptiste, et se passoit dans le désert, où ils vivoient pourtant en société avec leur famille. Mais que jamais on se füt séquestré du monde, et dévoué à une rigoureuse solitude , autant et d'aussi bonne heure que Jean Baptiste, avec une nourriture si affreuse , exposé aux injures de l'air, et n’ayant de retraite que dans les rochers, car on ne nous parle point de tentes ni de pavillons, sans secours , sans serviteurs, et sans aucun entretien, c'est de quoi on n’avoit encore aucun exemple.
C’est une autre sorte de prodige , que Jean Baptiste, qui avoit senti sur la terre le Verbe incarné dès le sein de sa mère, et à quison père avoit prédit qu'il en seroit le prophète et fui devoit préparer les voies, ne quitta point son désert pour l'aller voir parmi les hommes. Il le connoissoit
? Matth. 111. 4. — 2 Num. vi. 1 et seq. Jud. xt. 5. 7. Thren. 1V. 7. A2os. 11. 11, 1, Malach. ur, 49. — 5 Jerem. xxxv. 5. 6. 7 et seq.
si peu, qu'il fallut que le Saint-Esprit lui donnât un signe pour le connoître, quand le temps fat arrivé de le manifester au monde. Pousser la retraite jusqu'à se priver dela vue et de la conversation de Jésus-Christ, c’est une sorte d’abstinence plus divine et plus admirable que toutes celles que nous avons vues dans saint Jean Baptiste. Il savoit que le Verbe opère invisiblement, et de loin comme de près ; il s'occupoit de ses grandeurs qu’il devoit prêcher ; il l'adoroit dans le silence , avant que de l’annoncer par sa parole; il l’écoutoit au dedans ; il s’enrichissoit de son abondance, de sa plénitude , avant que d’apprendre aux hommes à s’en approcher. Que ne pensoit-il point en attendant ce « Dieu » que «per- » sonne n'avoit vu; mais » que « son Fils unique qui étoit » dans son sein » venoit « annoncer ' »? C’est ce que saint Jean devoit prêcher; c’est ce: qu’il contemple en secret ; et ne demande à voir ce Fils unique, que dans le temps que Dieu le feroit paroître pour le montrer etlui préparer les voies. Ainsi attaché aux ordres de Dieu, sans s’ingérer de quoi que ce soit, sans aucun empressement de paroiître, il passa sa vie dans le désert jusqu’à ce que l'heure destinée de Dieu pour sa manifestation en Israël füt arrivée. :
Mourez, orgueil humain, mourez, curiosité, empressement, desir de paroître : si vous voulez préparer la voie à Jésus, et l'introduire dans vos cœurs, mourez tous à la gloire humaine. Mourez-y principalement, solitaires sacrés ; imitateurs de saint Jean Baptiste et des prophètes; puissiezvous aimer la vie séparée, quitter les villes, aimer le désert; vous en faire un dans les villes mêmes, et recevoir la bénédiction des enfants de Jonadab, fidèles aux institutions de leur père ! Mais nous, fidèles, soyons-le donc à plus forte raison aux commandements sortis de la bouche de Dieu. Si les réchabites, si les moines, ont, avec raison, tant de scrupule, tant de honte, de manquer à leurs règles, combien devons-nous trembler à manquer à la loi de Dieu, dit lé Seigneur par la bouche de son prophète Jérémie ?!
4 Joan. 1. 18.—? Jerem. xxv. 13, 14. et seq.