‹ Œuvres de Bossuet (volume 5)Chapitre 27 sur 85 · VI: ÉLÉv. L'’étable et la crèche de Jésus-Christ · texte numérisé non relu

VI: ÉLÉv. L'’étable et la crèche de Jésus-Christ

Dieu préparoit au monde un grand et nouveau spectacle, quand il fit naître un roi pauvre, et il fallut lui préparer un palais, et un berceau convenable. «Il est venu dans son bien, » et les siens ne l’ont pas reçu *» «Il ne s’est point trouvé » de place » pour lui, quand il est venu : la foule et les riches de la terre avoient rempli les hôtelleries ; il n’y a plus pour Jésus qu’une étable abandonnée et déserte, et une crèche pour le coucher. Digne retraite pour celui qui dans le progrès de son âge devoit dire : « Les renards ont leurs » trous; et les oiseaux du ciel », qui sont les familles les plus vagabondes du mondé, «ont leurs nids ; mais le Fils de » l’homme n’a pas où reposer sa tête‘». Il ne le dit pas par plainte : il étoit accoutumé à ce délaissement, et à la lettre, dès sa naissance, il n’eut pas où reposer sa tête.

C’est lui-même quile voulut de cette sorte. Laissons les lieux habités par les hommes ; laissons les hôtelleries où règnent le tumulte et l'intérêt : cherchez pour moi parmi les animaux une retraite plus simple et plus innocente. On a enfin trouvé un lieu digne du « délaissé ». Sortez, divin enfant ; tout est prêt pour signaler votre pauvreté. Il sort comme un trait de lumière,. comme un rayon du soleil : sa mère est tout étonnée de le voir paroître tout à coup; cet enfantement est exempt de cris, comme de douleur et de violence ; miraculeusement conçu, il naît encore plus miraculeusement : et les saints ont trouvé encore plus étonnant d'être né que d’être conçu d’une vierge.

Ps, xx1. 27. — ? Joan. rs. 11. — 5 Luc. 11. 7. —* Ib: 1x. 58.

Entrez en possession du trône de votre pauvreté. Les an— ges vous y.viennent adorer. Quand Dieu vous introduisit dans le monde, ce commandement partit du haut du trône de sa majesté : « Que tous les anges de Dieu l’adorent ‘». Qui peut douter que sa mère, que son père d'adoption ne l’aient adoré en même temps? C’est en figure de Jésus, que l’ancien Joseph ut «adoré de son père et de sa mère *» ; mais l’adoration que reçoit Jésus, est bien d’un autre ordre, puisqu'il est « béni » et adoré comme Dieu au dessus de tout, aux:siècles des » siècles* ». .

Ne pensez pas approcher de ce trône de pauvreté avec l'amour des richesses et des grandeurs. Détrompez-vous, désabusez-vous, dépouilléz-vous , du moins en esprit, vous qui venez à la crèche du Sauveur. Que n’avons-nous le courage de tout quitter, en effet, pour suivre, pauvres, le Roi des pauvres ! Quittons du moins tout en esprit ; et au lieu de nous glorifier du riche appareil qui nous environne, rougissons d'être parés où Jésus-Christ est nu et délaissé. £

Toutefois iln’est pas nu: «sa mère l'enveloppe de langes'», avec ses chastes mains. IT faut couvrir le nouvel Adam, qui porte le caractère du péché, que l'air dévoreroit, et que Ja pudeur doit habiller autant que la nécessité. Couvrez donc, Marie, ce tendre corps ; portez-le à cette mamelle virginale. Concevez-vous votre enfantement? N'avez-vous point quelque pudeur de vous voir mère ? Osez-vous découvrir ce sein maternel ? Et quel enfant ose en approcher ses divines mains ? Adorez-le en l’allaitant, pendant que les anges lui vont amener d’autres adorateurs.

VII* ÉLÉv. L'ange annonce Jésus aux bergers.

- «Les bergers », les imitateurs des saints patriarches, et la troupe la plus innocente et la plus simple qui füt dans le monde, « veilloient la nuit» , parmiles champs, « à la garde » de leurs troupeaux ‘ ». Anges saints, accoutumés à converser avec ces anciens bergers, avec Abraham, avec Isaac, avec Jacob, annoncez à ceux de la contrée, que le grand pas-

1 Heb. 1. 6. Ps. xcvi. 7. — ? Gen. xxx vil. 9. 10, 11, — ? Rom. 1x. 5..—- * Luc, 11. 7. — Ib. 8.9,

teur est venu ; que la terre va voir encore un roi berger, qui est le fils de David. « L'ange du Seigneur. » Ne lui demandons pas son nom, comme Manué , il nous répondroit peutêtre : « Pourquoi demandez-vous mon nom qui est admira- » ble'»? Si ce n’est qu'il faille entendre que c’est le même ange qui vient d'apparoître à Zacharie et la sainte Vierge. Quoi qu'il en soit, sans rien présumer où l'Évangile ne dit mot, « l'ange du Seigneur se présenta tout à coup à eux: » une lumière céleste les environna, et ils furent saisis d’une » grande crainte *».Tout ce qui est divin étonne d’abord la nature humaine pécheresse et bannie du ciel. Mais l'ange les rassura, en leur disant: « Ne craignez pas : je vous annonce » ane grande joie. C’est que dans la ville de David », retenez ce lieu qui de si longtemps vous est marqué par la prophétie, «aujourd'hui vous est né le Sauveur du monde, le » Christ, le Seigneur. Et voici le signe que Je vous donne » pour le reconnoître ; vous trouverez un enfant enveloppé » de langes, couché dans une crèche ». A cette marque singulière d’un enfant couché dans une crèche, vous reconnoîtrez celui qui est le Christ, le Seigneur : « Petit enfant qui » est né pour nous, Fils qui nous est donné » ; qui en même temps «est appelé l’admirable, Dieu, fort, le vrai fort d'Is- » raël » , comme l'Écriture l'explique ailleurs : « le père de » l'éternité, le prince de paix * ». Aussi « au même instant » se joignit à l'ange une grande troupe de l'armée céleste, » qui louoit Dieu, et-disoit : Gloire à Dieu, et paix sur la » terre * ».

Remarquons ici un nouveau « Seigneur », à qui nous appartenons ; un Seigneur qui recoit de nouveau ce nom suprême et divin avec celui de Christ. C’est Le Dieu qui est oint de Dieu, à qui David a chanté : « Votre Dieu , à Dieu ! vous » a oint: vous êtes Dieu éternellement * ». Mais vous êtes de nouveau le Christ, Dieu. et homme à la fois, et le nom du Seigneur vous est affecté , pour exprimer que vous êtes Dieu à même titre que votre Père; dorénavant, à l'exemple de Fange, on vous appellera Seigneur en toute souveraineté et

? Jud. x1r1. 17. 18. — ? Luc. 11. 9. 10. 11.12. — Is, 1x. 6. — ‘ Luc. 11, 13. 14.— $ Ps, xLIY,

hauteur. Commandez donc à votre peuple nouveau : vous ne parlez point encore ; mais vous commandez par votre exem-— ple; et quoi? l'estime du moins et l'amour de la pauvreté, les mépris des pompes du monde , la simplicité, l'oserai-je dire , une sainte. rusticité dans ces nouveaux adorateurs que l'ange vous amène, et qui font toute votre cour, agréable à Joseph, à Marie, et de même parure qu'eux, puisqu'ils sont également revêtus de la livrée de la pauvreté.

VIT ÉLÉY. Les marques pour connoître Jésus.

Repassons sur ces paroles de l'ange : « Vous troûverez un » enfant dans des langes, sur une crèche" » : vous connoîtrez à ce signe que c’est le Seigneur. Allez dans la eour des rois; vous reconnoîtrez le prince nouveau-né par ses couvertures rehaussées d’or, et par un superbe berceau dont on voudroit bien faire un trône. Mais pour connoître le Christ qui vousest né, ce Seigneur si haut, que David son père, tout roiqu'il est, appelle « son Seigneur * », on ne vous donne pour signal que la crèche où il est couché , et les pauvres langes où est enveloppée sa foible enfance; c’est-à-dire qu'on ne vous donne qu'une nature semblable à la vôtre , des infirmités comme les vôtres , une pauvreté au dessus de la vôtre. Qui de vous est né dans une étable ? qui de vous, pour pauvre qu'il soit, donne à ses enfants , une crèche pour berceau? Jésus est le seul qu’on voit délaissé jusqu'à cette extrémité, et c’est à cette marque qu'il veut être connu.

S'il vouloit se servir de sa puissance, quel or couronneroit sa tête ! Quelle pourpre éclateroit sur ses épaules ! Quelles pierreries enrichiroient ses habits ! « Mais » poursuit Tertullien *, «il à jugé tout ce faux éclat, toute cette gloire en- » pruntée , indigne de lui-et des siens ; ainsi en la refusant , »illa méprisée; en la méprisant, il l'a proscrite ; en la pro- » scrivant, il l’a rangée avec les pompes du démon et du » siècle ».

C'est ainsi que parloient nos pères, les premiers chrétiens ; mais nous, malheureux, nous ne respirons que l’embition et la mollesse.

* Luc. 11. 12. — * Ps. cix. 1. — $ Tertul. de Patientiä, c. va.

SUR LES MYSTÈRES, 259 IX° ÉLÉv. Le cantique des anges.

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre » aux hommes de bonne volonté ‘». La paix se publie par toute la terre; la paix de l'homme avec Dieu, par la rémission des péchés ; Ja paix des hommes entre eux, la paix de l’homme aveelui-même par le concours de tous ses desirs à vouloir ee que Dieu veut. Voilà la paix que les anges chantent et qu'ils annoncent à tout l'univers.

Cette paix est le sujet de la gloire de Dieu. Ne nous réjouissons pas de cette paix, à cause qu'elle se fait sentir à nous dans nos cœurs, mais à cause qu’elle glorifie Dieu dans le haut du trône de sa gloire : élevons-nous aux lieux hauts; à la plus grande Lauteur du trône de Dieu, pour le glorifier en lui-même, et n’aimer ce qu'il fait en nousque par rapport à lui.

Chantons dans cet esprit avee toute l'Église : Gloria tn eæcelsis Deo. Toutes les fois qu’on entonne ce cantique angélique , entrons dans la musique des anges par le concert et l'accord de tous nos desirs. Souvenons-nous de la naissance de notre Seigneur qui a fait naître ce chant. Disons de cœur toutes les paroles que l'Église ajoute pour interprêéter le cantique des anges : nous vous louons ; nous vous adorons : laudamus te, adoramus te ; et surtout : Gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam ; nous vous rendons grâces à cause de votre grande gloire ; nous aimons vos bienfaits à cause qu'ils vous gtorifient, et les biens que vous nous faites, à cause que votre bonté en est honorée.

«Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ». Le mot de l'original qu’on explique par la bonne volonté de Dieu pour nous, et nous marque que la paix est donnée aux hommes chéris de Dieu.

L'original porte mot à mot : « Gloire à Dieu dans les lieux »hauts; paix sur la terre; bonne volonfé du côté de Dieu » dans les hommes ». C'est ainsi qu'ont lu de tout temps les Églises d'Orient. Celles d'Occident y reviennent en chantant la paix aux hommes de bonne volonté, c’est-à-dire première— ment à ceux à qui Dieu veut du bien; et en second lieu à

Luc. 11. 14,

ceux qui ont eux-mêmes une bonne volonté : puisque le premier effet dela bonne volonté que Dieu a pour nous, est de nous inspirer une bonne volonté envers lui.

La bonne volonté est celle qui est conforme à la volonté de Dieu : comme elle est bonne par essence et par elle-même celle qui lui est conforme est bonne par ce rapport. Réglons done notre volonté par celle de Dieu, et nous serons des hommes de bonne volonté, pourvu que ce ne soit pas par insensibilité, par indolence, par négligence , et pour éviter le travail; mais par la foi que « nous rejetions tout sur Dieu ». Les âmes molles et paresseuses ont plus tôt fait en disant tout à coup, que Dieu fasse ce qu'il voudra; et ne se soucient que de fuir la peine et l'inquiétude. Mais pour être véritablement conforme à la volonté de Dieu, il faut savoir lui faire un sacrifice de ce qu’on a de plus cher, et avec un cœur déchiré lui dire : Tout est à vous, faites ce qu'il vous plaira. Ainsi que le saint homme Job, qui ayant perdu en un jour tous ses biens et tous ses enfants, comme on venoit coup sur coup lui en rapporter la nouvelle, se jetant à terre, adora Dieu et dit: «Le Seigneur m’avoit donné tout ce que j’avois; le Seigneur » me l’a ôté : il en est arrivé ainsi qu'il a plu au Seigneur, » le nom duSeigneur soit béni*». Celui quiadore en cette sorte est le vrai homme de bonne volonté : et élevé au dessus des sens et de sa volonté propre, il glorifie Dieu dans les lieux hauts. C’est ainsi qu'il a la paix: il tâche de calmer le trouble de son cœur, non point à cause que ce trouble le peine, mais parce qu’il empêche la perfection du sacrifice qu’il veut faire à Dieu; autrement il ne chercheroit qu'un faux repos : et voilà ce que c’est que la bonne volonté.

La bonne volonté, c’estle sincère amour de Dieu, et comme parle saint Paul, « c’est la charité d’un cœur pur, d'une con- »science droite, et d’une foi qui ne soit pas feinte‘». La foi est feinte en ceux où elle n’est point soutenue par les bonnes œuvres ; et les bonnes œuvres sont celles où l'on cherche à . contenter Dieu, et non pas son humeur, son inclination, son propre desir. Alors, quand on cherche Dieu avec une inten-

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