‹ Œuvres de Bossuet (volume 5)Chapitre 28 sur 85 · Pet, v.7.— 2? Job. 1. 21, 22. —5 II. Time · texte numérisé non relu

Pet, v.7.— 2? Job. 1. 21, 22. —5 II. Time

SUR LES MYSTÈRES. c61

tion pure, les œuvres sont pleines; sinon l’on recoit de J6sus-Christ ce reproche : « Je ne trouve pas vos œuvres pleines » devant Dieu ! ».

X° ÉLÉv. Commencement de l'Évangile.

Le commencement de l'Évangile est dans ces paroles de l'ange : « Je vous annonce », de mot à mot: « Je vous évan- » gélise , je vous apporte la bonne nouvelle qui sera le sujet » d’une grande joie » ; et c'est celle «de la naissance du Sau- » veur du monde* ». Quelle plus heureuse nouvelle que celle d’avoir un Sauveur? Lui-même, dans la première prédication qu'il fit dans la synagogue, au sortir du désert, nous explique ce sujet de joie par les paroles d'Isaïe, qu'il trouva à l'ouverture du livre :« L'esprit da Seigneur est sur moi, » c'est pourquoi il m’a consacré par son onction ; il m'a en- » voyé annoncer l'Évangile aux pauvres, et leur porter la » bonne nouvelle de leur délivrance; pour guérir ceux qui » ont le cœur affligé ; pour annoncer aux captifs qu’ils vont » être mis.en liberté, et aux aveugles qu'ils vont recevoir la » vue ; et renvoyer en paix ceux qui sont accablés de nfaux ; » publier l’année de miséricorde et le pardon du Seigneur, » et le jour où il rendra » aux gens de biens « leur récom- » pense * », comme le châtiment aux autres.

Quelle joie pareille pouvoit-on donner aux hommes de bonne volonté , et quel plus grand sujet de joie ? Mais n'est-ce pas en même temps le plus grand sujet de glorifier Dieu? Et que peuvent desirer les gens de bien, que de voir Dieu exalté par tant de merveilles? Voilà donc ce que c’est que l'Évangile : c’est en apprenant l'heureuse nouvelle de la délivrance de l’homme, se réjouir d'y voir la plus grande gloire de Dieu, Élevons-nous aux lieux hauts, à la plus sublime partie de nous-mêmes; élevons-nous au dessus de nous, et cherchons Dieu en lui-même, pour nous réjouir avec les anges de sa grande gloire.

? Apoc. 11, 2. — ? Luc. 11. 10, — % Ib. 1. 18. 19. Is. LxI. 1 i2R

262 ÉDSVATIONS XIe ÉLév. Les bergers, à la crèche de Jésus-Christ.

Après le cantique des anges, « les bergers se disoient les » uns aux autres : Allons à Béthléem, et s'étant hâtés de » partir, ils trouvèrent Marie et Joseph, et l'enfant dans la » crèche‘ ». Le voilà donc ce Sauveur qu'on nous a annoncé! Hélas.! à quelle marque nous le fait-on connoître ? A lo marque d’une pauvreté qui n’eut jamais sa semblable. Non, jamais nous ne nous plaindrons de notre misère : nous préférerons nos cabanes aux palais des rois, nons vivrons heureux sous notre chaume, et trop glorieux de porter le caractère du Roi des rois. Allons répandre partout cettebienheureuse nouvelle : allons partout consoler les pauvres en leur disant les merveilles que nous avons vues.

Comme Dieu prépare la voie de son Évangile, chacun était étonné d'entendre ce beau témoignage de ces bouches aussi innocentes que rustiques. Si c'étoient des hommes célèbres, des pharisiens ou des docteurs de Ja loi, qui racontassent ces merveilles, le monde croiroit aisément qu'ils voudroient se faire un nom par leurs sublimes visions. Mais qui songe à contredire de simples bergers dans leur rééit naïf et sincère ? La plénitude de leur joie éclate naturellement, et leur discours est sans artifice. Il falloit de tels témoins à celui qui devoit choisir des pêcheurs pour être ses premiers disciples et les docteurs futurs de son Église. Tout est, pour ainsi parler, de même parure dans les mystères de Jésus-Christ. Tâchons de sauver les pauvres, et de leur faire goûter la grâce de leur état. Humilions les riches du siècle, et confondons leur orgueil. Si quelque chose nous manque, et à qui ne manque-t-il pas quelque chose? aimons, adorons , baisons ce caractère de Jésus-Christ. Ne souhaitons point d'être riches; car, :que gagnons-nous, puisqu'après tout , ‘quand nous aurons entassé dignités sur dignités, terres sur terres, trésors :sur trésors , il faut nous en détacher, il en faut perdre le goût, il faut être prêts à tout perdre , si nous voulons être chrétiens.

! Lac. ar 15. 16.

XII* ÉLÉv. Le silence et l'admiration de Marie et Joseph,

Nous avons vu les bergers s’en retourner glorifiant Dieu , et Je faisant glorifier à tous ceux qui les écoutoient. Mais voici quelque chose encore de plus merveilleux et de plus édifiant : « Marie conservoit toutes ces choses, les repassant » dans son cœur ». Et dans la suite : «le père et la mère de » Jésus étoient dans l'admiration des choses qu’on disoit de » lui ». Je ne sais s’il ne vaudroit pas peut-être mieux s'u— nir au silence de Marie, que d'en expliquer le mérite par nos paroles. Car, qu'y a-t-il de plus admirable , après ce qui lui a été annoncé par l'ange , même après ce qui s’est passé en elle-même, que d'écouter parler tout le monde, et demeurer cependant la bouche fermée? Elle a porté dans son sein le Fils du Très-Haut : elle l'en a vu sortir comme un rayon de soleil d'une nuée, pour ainsi parler, pure et lumineuse. Que n’a-t-elle pas senti par sa présence ? et si, pour en avoir approché, Jean, dans le sein de sa mère, a ressenti un tressaillement si miraculeux, quelle paix , quelle joie divine n'aura pas sentie la sainte Vierge à la conception du Verbe que le Saint-Esprit formoit en elle? Que ne pourroit-elle donc pas dire elle-même de son cher Fils? Cependant elle le laisse louer par tout le monde: elle entend les bergers ; elle ne dit mot aux mages qüi viennent adorer son fils; elle écoute Siméon et Anne la prophétesse ; elle ne s’épanche qu'avec sainte Élisabeth, dont la visite avoit fait une prophétesse : et sans ouvrir seulement la bouche avec tous les autres, elle fait l'étonnée et l'ignorante : Erant mirantes. Joseph entre en part de son silence comme de son secret, lui à qui l'ange avoit dit de si grandes choses , et qui avoit vu le miracle de l'enfantement virginal. Ni l'un ni l’autre ne parlent de ce qu’ils voient tous les Jours dans leur maison , et ne tirent'aucun avantage detant de merveilles. Aussi humble que sage, Marie se laisse considérer comme une mère vulgaire, et son Fils comme le fruit d’un mariage ordinaire.

Les grandes choses que Dieu fait au dedans de ses créatures opérent naturellement le silence, le saisissement, et je

4 Luc. 11, 19.83,

ne sais quoi de divin, qui supprime toute expression. Car, que diroit-on, et que pourroit dire Marie, qui pût égaler ce qu'elle sentoit ? Ainsi on tient sous le sceau le secret de Dieu, si ce n’estque lui-même anime la langue et la pousse à parler. Les avantages humains ne sont rien, s'ils ne sont connus, et que le monde ne les prise. Ce que Dieu fait a par soi-même son prix inestimable que l’on ne veut goûter qu'entre Dieu et soi. Hommes, que vous êtes vains, et que vaine est l’ostentation qui vous presse à faire valoir aux yeux des hommes aussi vains que vous, tous vos faibles avantages ! «Enfants des hommes, » jusqu'à quand aurez-vous un cœur pésant » et charnel ? « jusqu’à quand aimerez-vous la vanité, et vous plairez-vous » dans le mensonge ‘? ». Tous les biens dont on fait parade, sont faux en eux-mêmes, l'opinion seule y met le prix ; et il n'ya de bien véritable que ce qu’on goûte seul à seul dans le silence avec Dieu. « Mettez-vous dans un saint loisir pour » connoître que je suis Dieu. Goûtez et voyez eombienle Sei- » gneur est doux *». Aimez la retraite et le silence, retirez-vous des conversations tumultueuses du monde, taisezvous, ma bouche, n'étourdissez pas mon cœur qui écoute Dieu, et cessez d'interrompre ou de troubler une attention si douce. Vacate et videte : «Nivez », dit le Psalmiste, « dans un » saint loisir, et voyez ». Et encore : «Goûtez et voyez com- » bien le Seigneur est doux ». Et laissez parler en vous ce goût céleste » : Gustate et videte, quoniam suavis est Dominus.

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