II: ÉLÉv. La présentation de Jésus-Christ
La première de ces deux lois paroissoit manifestement avoir été faite en: figure de Jésus-Christ, qui étant, comme dit saint Paul, « le premier né avant toutes les créatures *», étoit celui en qui tout devoit être sanctifé et éternellement consa-
1 Levy. x11, 2. 6. — 2? Ib, 8, — 3 Coloss. 1. 15,
cré à Dieu. Unissons-nous donc en ce jour par la foi à Jésus- Christ afin d'être en luiet par lui présentés à Dieu pour être son propre bien, et nous dévouer à l’accomplissement de sa “volonté, aussi juste que souveraine.
Nous savons quele premier acte de Jésusentrant au monde fut de se dévouer à Dieu, et de se mettre à Ja place de toutes les victimes, de quelque nature qu’elles fussent, pour accomplir sa volonté entoute manière. Ce qu'il fit dans le sein de sa mère par la disposition de son cœur, il le fait aujourd’hui réellement en se présentant au temple, et se livrant au Seigneur comme une chose qui est à lui entièrement.
Entrons dans ce sentiment du Seigneur Jésus, et unis à son oblation, disons-lui d’une ferme foi : © Jésus! quelle victime voulez-vous que je sois? Voulez-vous que je sois un holocauste consumé et anéanti devant votre Père par le martyre du saint amour? Voulez-vous que je sois, ou une victime pour le péché, par les saintes austérités de la pénitence, ou une victime pacifique et eucharistique dont le cœur touché de vos bienfaits s’exhale en actions de grâces et se distille en amour à vos yeux? Voulez-vous qu'immolé à la charité, je distribue tous mes biens pour la nourriture des pauvres, ou que, « frère sincère et bienfaisant'», je donne ma vie pour leschrétiens, me consumant en pieux travaux dans l'instruction des ignorants et dans l’assistance des malades? Me voilà prêt à m'offrir, à me dévouer, pourvu que soit avec vous; puisque avec vous je puis tout, et que je serai heureux de m'offrir par vous et en vous, à Dieu votre Père.
Mais pourquoi ce premier né est-il racheté? Falloit-il racheter le Rédempteur? Le Rédempteur portoit en lui-même la figure des esclaves et des pécheurs : sa sainte mère ne le pouvoit conserver en sa puissance qu'en le rachetant. Il lui fut soumis, il lui obéit, il la servit durant trente ans. Rachetez-le, pieuse mère; mais vous ne le garderez pas longtemps, vous le verrez revendu pour trente deniers, et livré au supplice de la croix. Divin premier né, soit que vous soyez ra cheté pour être à moi dans dans votre enfance, soit que vous soyez vendu pour être encore plus à moi à la fin de votre vie,
1 JIL. Joan. 5. 6,
je veux me racheter pour vous de cesiècle malin; je veux me vendre pour vous , et me livrer aux emplois de la charité.
Ile ÉLÉv. La purification de Marie.
Ne cherchons aueun prétexte pour nous exempter de l'observation de la loi. Par les termes mêmes de la loi de la purification , il paroît que la sainte Vierge en étoit exempte, n'ayant contracté ni l’impureté des conceptions ordinaires, ni celle du sang et des autres suites des vulgaires enfante-
‘ments. Elle obéit néanmoins : elle s'y croit obligée pour l’édification publique, comme sonFils avoit obéi par son ministère à la loi servile de la circoncision.
Ne cherchons aucun prétexte de nous dispenser des saintes
-. “observances de l'Église, de ses jeùnes, de ses abstinences, de ses ordonnances. Le plus dangereux. prétexte de se dispenser de ce que Dieu demande de nous, est la gloire des hommes. Un fidèle vous dira : Si je m'humilie, si je me relàche, si je pardonne, on dira que j'aurai tort. Un ecclésiastique à qui vous conseillerez de se retirer durant quelque temps dans un séminaire, pour se recueillir et se redresser contre ses dissipations, vous dira : On croira qu’on me l'a ordonné par pénitence, et on me croira coupable. Mais ni Jésus, ni Marie n'ont eu ces vues. Jésus ne dit pas : On me croira pécheur comme les autres, si je subis la loi de la circoncision. Marie ne dit pas: On me croira mère comme les autres, et le péché comme la concupiscence mêlé dans la conception de mon Fils, comme dans celle des autres; ce qui fera tort, non tant à moi qu’à la dignité et à lasainteté de ce cher Fils. Elle subit la loi, et donne un exemple admirable à tout l'univers, de mettre sa gloire dans celle de Dieu, et dans l'honneur de lui obéir et d'édifier son Église.
IV° ÉLÉv. L'offrande des deux tourterelles, ou des deux petits de colomhe.
« Onoffrira un agneau d’un an en holocauste pour un fils » et une fille, et un petit de colombe ou une tourterelle » pour le péché ; que si l’on a pas un agneau d’un an, et » qu'onn'en ait pas le moyen, on offrira deux tourterelles ou
» deux petits pigeons, l’un en holocauste, et l’autre pour le » péché" ». Dieu tempère sa loi selon les besoins : sa rigueur, quoique régulière, est accommodante, et il permet au pauvre, au lieu d'un agneau, qui, dans son indigence, lui coûteroit trop, d'offrir des oiseaux de vil prix, mais agréables à ses yeux par leur simplicité et par leur douceur. Quoi qu'il en soit, il est constant que les tourterelles et les pigeons sont la victime des pauvres. Dans l'oblation du Sauveur, l'Évangile excluant l'agneau, et ne marquant que l'alternative des colombes ou des tourterelles, a voulu expressément marquer que le sacrifice de Jésus-Christ à été celui des plus pauvres. C'est ainsi qu'il se plaît dans la pauvreté , qu’il en aime la bassesse, qu’il en élale les marques en tout et partout. N'oublions pas un si grand mystère, et en mémoire de celui « qui étant » si « ri- » che s’est fait pauvre pour l'amour de nous, afin de nous en- » richir par sa pauvreté *», aimons-en le précieux caractère.
« Pour moi », disoit Origène*, « j'estime ces tourterelles » et ces colombes, heureuses d’être offertes pour leur Sau- » veur ; car il sauve et les hommes et les animaux'», et leur donne à tous leur petite vie. Allez, petits animaux et innocentes victimes, allez mourir pour Jésus. C’est nous qui devions mourir à cause de notre péché : sauvons donc Jésus de la mort, en subissant celle que nous avions méritée. Dieu nous en délivre, par Jésus qui meurt pour nous ; et c’est en figure de Jésus notre véritable victime, qu’on immole des animaux; ils meurent done pour lui en quelque sort, jusqu'à ce qu'il vienne ; et nous sommes exempts de la mort par son oblation. Une autre mort nous est réservée, c'est la mort de la pénitence, la mort aux péchés, la mort aux mauvais désirs. Par nos péchés et nos convoitises nous donnons la mort à Jésus, «et nous le crucifions encore une: fois». Sauvons au Sauveur cette mort seule affligeante pour lui. Mourons comme des tourterelles et des colombes, en gémissant dans la solitude et dans la retraite : que les bois , que les rochers, que les licux seuls et écartés retentissent de nos cris, de nos tendres gémissements. Soyons simples comme la colombe,
1 Levy. x. 6. 8. — 2? II, Cor. vm, 9. -— $ Orig. in. Luc. Hom. XIV. — 4 Pxxxv, 7, — $ Heb, vi. 6.
fidèles et doux comme la tourterelle, mais ne croyons pas pour cela être innocents comme le sont ces animaux : notre péché est sur nous, et il nous faut mourir dans la pénitence.
Ve ÉLÉV. Sur le saint vieillard Siméon.
«Il y avoit dans Jérusalem un homme juste et craignant » Dieu, nommé Simon, qui vivoit dans l’attente de la conso » lation d'Israël, et le Saint-Esprit étoit en lui, et il lui » avoit été révélé par le Saint-Esprit, qu’il ne Re point, > qu'auparavant il n’eût vu le Christ du Seigneur». Voici un homme admirable et qui fait un grand es dans les mystères de l'enfance de Jésus. Premièrement, c'est un saint vieillard qui n’attendoit plus que la mort : il avoit passé toute sa vie dans l’attente de la céleste consolation. Ne vous plaignez point, âmes saintes, âmes gémissantes, âmes qui vivez dans l'attente, ne vous plaignez pas si vos consolations sont différées. Attendez, attendez encore une fois : Exspecta, reeæpecta*. Nous avez longtemps attendu, attendez encore : Exspectans, eæspectavi Dominum °. Attendez en attendant ; ne vous lassez jamais d'attendre. » Dieu est fidèle ‘», et il veut être attendu avec foi. Attendez donc la consolation d’Israël. Et quelle est la consolation du vrai Israël ! C'est de voir une fois, et pout-être à la fin de vos jours, le Christ du Seigneur.
Il y a des grâces uniques en elles-mêmes, dont le premier trait ne revient plus, mais qui se continuent ou se renouvellent par le souvenir. Dieu les fait attendre longtemps pour exercer la foi et en rendre l'épreuve plus vive. Dieu les donne quand il lui plaît, d’une manière soudaine et rapide; elles passent en un moment, mais il en demeure un tendre souvenir et comme un parfum : Dieu les rappelle, Dieu les multiplie, Dieu les augmente; mais il ne veut pas qu'on les rappelle comme de soi-même par des efforts violents : il veut qu'on l’attende toujours ; et on ne se doit permettre que de doux et comme insensibles retours sur ses anciennes bontés. « Que ceux qui ont des oreilles pour entendre, écoutent *
! Luc. 11.25. 26.— ? Is. xxviil. 10, 13, — 3 Ps, Xxx1x. 2. — “II. Thess. ui, 3, — * Luc. XIV, 35,
Telle sera, par exemple, une certaine suavité du Saint- Esprit : un goût caché de la rémission des péchés, un pressentiment de la jouissance future, une impression aussi eflicace que sublime de la souveraine majesté de Dieu , ou de sa bonté et de sacommunication en Jésus-Christ; d’autres sentiments que Dieu sait, et que saint Jean, dans l’Apocalypse, appelle « la manne cachée ‘ », la consolation dans le désert, Y'impression secrète dans le fond du cœur, du « ‘nouveau » nom de Jésus-Christ, que nul ne connoît que celui qui » l’a reçu * ». C’est la consolation de Siméon dans ce mystère. Tous les fidèles y ont part, chacun à sa manière, et tous doivent le comprendre selon leur capacité.
0 Dieu et père de miséricorde ! faites-moi entendre ce nouveau nom de votre Fils; ce nom de Sauveur, que chacun de nous se doit appliquer par la foi, lorsque Dieu dit à notre âme : « Je suis ton salut * ». La voilà la consolation de Siméon : voyons comme il y est préparé.
NI ÉLÉv. Dernière préparation à la grâceque Siméon devoit recevoir; le Saint-Esprit le conduit au temple.
«Il vint donc au temple par un mouvement de l'esprit de » Dieu ‘ ». L’attente de Siméon étoit une préparation à la grâce de voir Jésns; mais cette préparation étoit encore éloignée. La dernière et la plus prochaine disposition c'est qu'après avoir longtemps attendu avec foi et patience, tout d’un coup il sent dans son cœur une impulsion aussi vive que secrète, qui le pressoit, à ce moment, d'aller au temple , sans qu'il sût peut-être distinctement ce qu'il y alloit trouver: Dieu se contentant de lui faire sentir que ses desirs seroient satisfaits. «Il vint »donc«en espritau temple » : il y vint par une secrète instigation de l’esprit de Dieu. Allons aussi en esprit au temple, si nous y voulons trouver Jésus- Christ. N'y allons point par coutume , par bienséance : « Les » vrais adorateurs adorent Dieu en esprit et en vérité* ». C'est le Saint-Esprit qui les meut, et ils suivent cet invisible moteur.
1 Apoc. 11. 17.—?1bid.—5 Ps. xxx1v. 3.—* Luc. 11. 27,—° Joan. 1v.24.
Le temple matériel , l'assemblée visible des fidèles, est la figure de leur invisible réunion avec Dieu dans l'éternité. C’est là le vrai temple de Dieu. Le vrai temple de Dieu où il habite, c’est la sainte.et éternelle société de ses saints, réunis en lui par Jésus-Christ. Ainsi aller au temple en esprit, c'est s'unir en esprit à-ce temple invisible et éternel, où Dieu. comme dit l'apôtre, sera tont en tous" ».
Allons donc en esprit au temple; et toutes les fois que nous entrerons dans ce temple matériel, unissons-nous en esprit à « la sainte et éternelle Jérusalem* », où est lé temple de Dicu où sont réunis les saints. purifiés et glorifiés., qui attendent pourtant encore, à la dernière résurrection, leur parfaite glerification, et l'assemblage consommé de leurs frères qui manquent encore à leur sainte société , et que Dieu ne.cesse de rassembler tous les jours.
Là donc on trouve Jésus-Christ, mais Jésus-Christ entier, c'est-à-dire le chef.et les membres; mais il ne sera entier, que lorsque le nombre-des saints sera complet. Ayons toujours la vue arrêtée à cette consommation -de l'œuvre de Dieu, et nous irons en esprit au temple pour y trouvèr Jésus- Christ.