‹ Œuvres de Bossuet (volume 5)Chapitre 37 sur 85 · LA PRÉDICATION DE SAINT JEAN BAPTISTE · texte numérisé non relu

LA PRÉDICATION DE SAINT JEAN BAPTISTE

re ÉLÉv. La parole de Dieu lui est adressée.

Verrons-nous donc bientôt paroître Jésus? Nousle cachera-ton encore longtemps ? Qu'il vienne; qu’il illumine le monde. No. dus n'êtes pas encore assez préparé : sa lumière

vous éblouiroit : il faut voir auparavant saint Jean Baptiste.

« L'an quinze de l'empire de Tibère César, Ponce-Pilate » étant gouverneur de Judée, Hérode étant tétrarque de la » Galilée, Philippe son frère l’étantde l'Iturée, et du paysdes » Trachonites, et Lysanias de la contrée d’Abilas, sous le » pontificat d'Anne et de Caïphe, la parole de es. fut adres- » sée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert ' ». Elle lui est adressée comme aux anciens prophètes : l'esprit de prophétie se renouvelle et se fait entendre parmi les Juifs après cinq cents ans de silence; etles dates sont bien marquées selon le style de l’Ecriture,

Il n’étoit pas nécessaire que Jean fit des miracles pour autoriser sa mission etsa prophétie. Les autres prophètes n’en avoient pas toujours fait : la conformité avec l’Ecriture et la convenance des choses justifioient leur envoi. La vie de saint Jean étoit un prodige perpétuel. Il étoit né sacrificateur, et sa mission tenoitdel’ordinaire : on se souvenoitdes merveilles de sa conception et de sa naissance. Né comme Samson d’une mère stérile, comme lui il étoit nazaréen, c’est-à-dire, consacré à Dieu dès qu'il vint au monde * : toutce qui naïssoit de la vigne, ou qui peut enivrer lui étoit interdit ; sa retraite dans le désert étoitmiraculeuse, etson abstinence étonnante : : en se nourrissant de sauterelles, il prenoit une nourriture vile, désagréable et légère, mais expressément rangée parmi les viandes permises par Moïse dans le Lévitique, où « les ani- » maux qui avoient de longues cuisses, comme tout le genre » des sauterelles, quoiqu’ils marchassent à quatre pieds, » étoient séparés des volatiles impurs *», qui n’avoient pas cette distinction. Ainsi il vivoit en tout selon les règles de la loi : il prouvoit son envoi par les prophètes précédents : et surtout la sainteté de sa vie, le zèle et la vérité qui régnoient dans ses discours, l’autorisoient parmi le peuple, etle faisoient paroître un nouvel Elie.

C’étoit en effet sous cette figure qu’il avoit été annoncé par le prophète Malachie ‘ : et c'étoit un grand avantage au saint

Due. ar. 402; — Jud XIII 2. 5e — 0 DeY: XI 21 PRE 4-Mal: im. 1. :

précurseur, non-seulement d’avoir eu un prophète qui le prédit si expressément, comme on a vu : mais encore d’être figuré dans le prophète le plus zéléet le plus autorisé qui fût jamais, c’est-à-dire par Elie, que son zèle fit transporter au ciel dans un chariot enflammé.

Isaïe même l’avoit annoncécomme celui «dont la voix pré- » paroit le chemin du Seigneur dans le désert ‘ ». Et quand on l’en vit sortir tout d’un coup, après y avoir passé toute sa vie dès son enfance, pour annoncer la pénitence dont il portoit l’habit, et dont il exercoit avec tant d’austérité toutes les pratiques, le peuple ne pouvoit pas n'être point attentif à un si grand spectacle.

Allons donc écouter avec tous les Juifs ce nouveau prédicateur de la pénitence, si saint, si admirable, et si renommé par toute la contrée.

Ile ÉLÉV. La prophétie d’Isaïe sur saint Jean Baptiste, et comment il prépara la voie du Seigneur.

« Comme il est écrit dans le livre des paroles du prophète » Isaïe : La voix de celui qui crie dans le désert! Préparez les » voies du Seigneur : rendez droits ses sentiers : aplanissez » le chemin : toute vallée sera comblée, et toute montagne » et toute colline abaissée et aplanie : et toute chair verra le » salut qui vient de Dieu *».

Deux moyens de préparer les voies au Christ nous sont montrés dans cet oracle d’Isaïe : l’un, qu’il devoit «prêcher devant lui à tout le peuple d'Israël le baptême dela pénitence’», pour préparer son avénement, ainsi que saint Paul le dit dans les Actes : et l’autre, qu'il devoit « montrer au peuple ce » Sauveur », commeil est encore porté dans le même sermon de l’apôtre.

Concevons donc ces deux caractères de saint Jean Baptiste ; laissons-nous préparer par le grand précurseur à l’avénement du Sauveur des âmes.

1 Is. xz. 3. Marc. 1. 2. 3. — ? Marc. 1. 2. 3. Is. x. 3. 4, 5. Luc. ur. 4, 5. — $ Act. x111. 24. 25,

III: ÉLÉv. Première préparation par les terreurs de la pénitencè.

La prédication de la pénitence a deux parties : l'une , de relever les consciences humiliées et abattues : c'estce qu'Isaïe appelle « combler les vallées » : l’autre , d’abattreles cœurs superbes : c'est ce que le même prophète appelle «abaisser » les montagnes et aplanir les collines ». Saint Jean fait l'un et l’autre ; et pour commencer -par le dernier , il abat les superbes, en disant aux pharisiens et aux sadducéens: «Race de » vipères, de qui apprendrez-vous à fuir la vengeance quidoit » venir ? Faites donc de dignes fruits de pénitence... car la » cognée est déjà à la racine des arbres'». Il nes’agitpasd'un ou de deux : c'est une vengeance publique et universelle. « Tout arbre qui ne porte pointde bon fruitsera coupé et jeté » au feu*». Toutes ces paroles sont autant de coupsde tonnerre sur les cœurs rebelles. Et celles-ci où il parle de Jésus-Christ ne sont pas moins fortes : «Il a un van en sa main, etil pur- » gera son aire , et il recueillera le bon grain dans son gré- » nier , etil brûlera la paille d’un feu qui ne s'éteint pas *».

Tout cela est préparé par ces premières paroles : « Faites » pénitence, car le royaume des cieux est proche ‘ ». Le monde dans peu de temps verra paroître son juge : plus il apporte de miséricorde, plus ses jugements seront rigoureux. Abaissez-vous donc, orgueilleuses montagnes , qui semblez vouloir menacer le ciel, abaissez vos superbes têtes. « Ce » n’est pas », dit saint Chrysostôme*, « aux feuilles ni aux » branches, mais à la racine, que le cognée est attachée ». Il ne s’agit pas des biens du dehors, des honneurs et des richesses, qu'on peut appeler les feuilles et les ornements de l'arbre, nide la santé ou de la vie corporelle que l’on peut comparer aux branches qui font partie de nous-mêmes : c’est à la racine, c’est à l'âme qu'on va frapper : il y va du tout; et le coup sera sans remède. Et ce ne sont pas seulement les plantes venimeuses et malfaisantes qu'on menace ; c’est la paille , les serviteurs inutiles ; ce sont les arbres infructueux que le feu brûlera toujours sans les consumer ; et pour périr

Matth. nr. 7. 8. — ? Ib. 10. — 3 Ib. 12. — # Matth. 111. 2. — Cheys. in Matth. Hom. x1. n. 3.

à jamais, il suffit de ne porter pas de fruit. Car c'est alors que vient la rigoureuse parole du sévère Père de famille, qui visitant son jardin, prononce cette sentence contre le figuier stérile : « Car pourquoi occupe-t-il la terre? coupez-le et le » mettez dans le feu ‘ ». Tremblez donc, pécheurs endurcis; tremblez, âmes superbes etimpénitentes, craignez cette inévitable cognée qui est déjà misie à la racime. Si le serviteur tonne ainsi que fera le maître quand il aura pris la parole ? « Si » ceux qui ont transgressé la loi de Moïse, sont inévitablement » punis, quel traitement recevront ceux qui auront outragé » le Fils de Dieu méprisé sa parole et foulé son sang aux » pieds *». Où irons-nous donc, race de vipères, qui ne produisons que des fruits empoisonnés? Qui nous apprendra à éviter la colère du Tout-Puissant qui nous poursuit ? Ou nous cacherons-nous devant sa face? Collines, « couvrez- » nous; montagnes , tombez sur nos têtes ».

Page 1