‹ Œuvres de Bossuet (volume 5)Chapitre 54 sur 85 · Cor. 1. 23, — ? Joan. xt. 35.— © Tôid · texte numérisé non relu

Cor. 1. 23, — ? Joan. xt. 35.— © Tôid

venez : il ne peut plus ; il faut qu'il avance. Quel abîme lui est réservé ! quel précipice l'attend ! de quelle bête sera t à la proie ! Sans secours, sans guide, que deviendra-t-i} ? Hélas ! hélas !

XVIIE. Jour. Etat de ceux de qui la lumière se retire. Jésus se cache

d'eux. Merveilles de cette journée de triomphe. (Zbid.)

« Jésus dit ces choses, et il se retira et se cacha d’eux'». Quel état ! quand non-seulement on.se retire de la lumière, mais qu’à son tour, par un juste jugement, la lumière se retire ; et non-seulement se retire, mais se cache ! C’est l’état de ceux « dont l’entendement est enveloppé et obseurei » de ténèbres, par l'ignorance qui est en eux, à cause de » l’aveuglement de leur cœur: qui désespérant de leur retour, » se Dr: à toute impureté et à toutes actions impudiques », » comme à l'envi, et à qui pis fera. « Ah! ce n’est pas ainsi » que Jésus-Christ vous avoit enseignés: si toutefois vous » l'avez oui *, » si sa voix est parvenue jusqu'à vous.

Ce verset de saint Jean semble répondre à celui de saint Matthieu, où il est porté que Jésus, après avoir répondu aux reproches que les Pharisiens lui faisoient sur son entrée, « les er là, et sortit de la ville pour se retirer en Bétha- » nie°», Où il demeuroit. C’est ce que saint Jean appelle s'en aller et se cacher d'eux. Sa retraite étoit donc à Béthanie : c’est là qu'il se cachoit chez quelques-uns de ses amis et de ses disciples ; et apparemment dans la maison de Lazare, de Marie et de Marthe, ou chez quelque autre. De là on peut conclure que tout ceci s’est passé au jour de l’entrée du Sauveur ; que c’est à ce jour que le Père fit entendre du ciel cette voix que nous avons ouïe ; que c’est alors que Jésus développa tout le mystère de son exaltation, et de la propagation de sa doctrine, et de sa gloire après sa mort. Que cette journée est magnifique ! Quel concours de merveilles ! que de douces consolations ! que d’étonnantes menaces ! Quel recueillement, quelle frayeur, quel doux étonnement, quelle attention, quel mélange de crainte et d'amour ne doit pas inspirer cette journée! Que si l'on veut différer jusqu’au lendemain une partie de ces choses, comme

1 Joan. xir. 36. — ? Ephes. 1v. 18. 19. 29. — * Matth. xx1. 17.

‘il pourroit y en avoir quelque raison, c’étoit toujours une suite du triomphe de Jésus, puisque ce fut à ce jour qu'il purgea le temple avec tant d'autorité et de zèle , des voleurs qui en faisoient leur caverne.

O jour admirable! je n’avois pas encore vu vos lumières, ni compris toutes les merveilles dont vous êtes plein. ; XIX® Jour. Réflexions sur les merveilles de la première journée. Il faut

‘continuer sans relâche l’œuvre de Dieu, à l'exemple de Jésus-Christ,

Tous ces passages font voir qu’à cette dernière semaine, et dès le jour qu'il fitson entrée, le Sauveur sortoit tous les soirs de Jérusalem, et se cachoit à Béthanie, d’où il revenoit tous les matins faire ses fonctions dans le temple , où tout le peuple s’assembloit aussi dès le matin pour l'entendre. Le jour, ses ennemis étoient retenus par la crainte d’émouvoir le peuple, si on le prenoit en plein jour : «Car ils crai- » gnoient , » dit saint Marc', « parce que tout le peuple qui » l’écoutoit, étoit ravi de sa doctrine ». Ou , comme le rapporte saint Luc”, «ils ne savoient que lui faire, parce que » tout le peuple qui l’écoutoit étoit ravi et hors de soi ». Ainsi dans le jour il demeuroit, et dans la nuit, où ses ennemis eussent trouvé plus d'occasions de le perdre , il sortoit de la ville, il se retiroit à Béthanie, parmi ses disciples, afin d’achever sa semaine, et le temps qui lui étoit prescrit pour nous instruire ; continuant à se servir des voies douces , si naturelles à la sagesse divine , des précautions nécessaires et des moyens ordinaires de se conserver jusqu’à la nuit où il devoit être pris. Voyons donc , soit qu'il se conserve, soit qu'il se livre , qu'il fait tout pour l'amour de nous. Il se conserve pour achever ses instructions , sans que nous perdions une seule de ses paroles ; et il se livre pour consommer son sacrifice. O Jésus ! je vous adore dans ces deux états, et je vous suivrai tous les matins de cette dernière semaine, pour écou- ‘ter votre parole, plus touchante encore en ces derniers temps que dans tous les autres.

Ramassons toutes les merveilles que nous avons vues accomplies en ce sacré jour du triomphe de Jésus-Christ ;

! Marc. x1r. 18. — ? Luc, xix. 48.

toutes les marques de grandeur, d'autorité, de puissance, que le ciel et la terre donnént'à à Jésus, et en même temps tous ces caractères d'infirmité, de persécution et de fuite, qu'il conserve. Adorons ce sacré mélange. Si nous sommes calomniés, persécutés par nos ennemis , jusqu’à être contraints de fuir et de nous cacher devant eux , ne nous affligeons pas ; c'est le caractère de Jésus-Christ, qu'on doit au contraire être ravi de porter. Continuons toujours, à son exemple, l'œuvre de Dieu, s’il nous en a commis quelqu'un, quelque petit qu'il soit, sans nous relâcher jamais ; et accomplissons la volonté de Dieu.

XX° Jour. Figuier desséché, figure del’âme stérile et sans bonnes œuvres (Matth. xx1. 18. 24. Marc. x1. 12. 28.).

Le lendemain de son entrée, « en arrivant de Béthanie à » Jérusalem du matin, il eut faim : ayant vu de loin un figuier, » il s’en approcha pour voir s’il y trouveroit du fruit; mais n’y » trouvant que des feuilles, parce que ce n’étoit pas le temps » des fruits, il le maudit ?, » comme on sait. C’est une parabole de choses, semblable à celle de paroles que l’on trouve en saint Luc, ch. x10. 6. Il ne faut donc point demander ce qu’avoit fait ce figuier, ni ce qu'il avoit mérité; car qui ne sait qu'un arbre ne mérite rien? ni regarder cette malédiction du Sauveur par rapport au figuier, qui n’étoit que la matière de la parabole. Il faut voir ce qu'il représentoit, c'est-à-dire la créature raisonnable qui doit toujours des fruits à son Créateur, en quelque temps qu’il lui en demande; et lorsqu'il ne trouve que des feuilles, un dehors apparent et rien de solide, il la maudit.

« Que jamais il ne sorte de fruit de toi * ». Etrange malédiction sur l'âme dont Dieu se retire ; jamais il n’en sort de bonnes œuvres. Qu'est-ce qu'un figuier sans fruit et un homme sans bonnes œuvres?

Quand on se sent desséché et stérile, qu'on doit craindre alors que Jésus n'ait lâché le mot fatal ! Dieu a son heure où il attend le fruit desiré : l'heure passée, si on lui manque, il laisse partir la triste sentence, et l'arbre, sans être coupé,

9 Matth. xx1. 18. — ? Jbid, 19,

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est desséché jusqu'à la racine. C’est la damnation avant la mort. On voit un arbre sur pied, mais il a la mort dans le sein. « Vous avez le nom de vivant, mais vous êtes mort! ». Soyons donc fidèles et prêts à donner du fruit à notre Sau- ’veur, toutes les fois qu'il en demandera.

«Jésus eut faim ». Selon la lettre, il jeûnoit beaucoup; selon le mystère, il avoit faim et soif quand il falloit. Il a toujours faim et soif de notre salut.

Jésus-Christ continua son voyage, et revint à Béthanie, selon sa coutume, et, la matinée d’après, ses disciples s’arrêtèrent au figuier, qu'ils trouvèrent desséché depuis la racine ; et Pierre dit au Sauveur : « Maître, le figuier que vous avez maudit est séché ?* ». Jésus-Christ ne vouloit pas sortir de ce monde, sans faire voir des effets sensibles de sa malédiction, voulant faire sentir ce qu’elle pouvoit; mais par un effet admirable de sa bonté, il frappe l'arbre et épargne l’homme. Ainsi quand il vouloit faire sentir combien les démons étoient malfaisants, et jusqu'où alloit leur puissance lorsqu'il leur lâchoit la main, il le fit paroître sur un trot peau de pourceaux que les démons précipitèrent dans la mer°. Qu'il est bon, et qu'il a de peine à frapper l’homme! Ne contraignons pas le Sauveur, contre son inclination, à étaler sur nousmêmes l'effet de sa colère vengeresse.

XXI°. Jour. Le prodige des prodiges : l’homme revêtu de la puissance de Dieu par la foi et par la prière (Matth. xx1. 21. 22. Marc. x1. 22. 24.

Les apôtres étant étonnés de l'effet soudain de la parole de Jésus-Christ sur le figuier, le furent beaucoup davantage, lorsqu'il leur dit qu’ils en pouvoient faire autant, et même beaucoup plus, pourvu qu'ils eussent la foi. «Si vous l'avez», leur dit-il, « vous ne pourrez pas seulement dessécher un » figuier ; mais vous direz à une montagne : Déracinez-vous, » et jetez-vous dans la mer; et cela se fera ».

Voici le prodige des prodiges : l’homme revêtu de la toutepuissance de Dieu.

« Allez », disoit le Sauveur*, « guérissez les malades, res-

* Apoc. 111. 1. — ? Marc. x1. 21 — * Matth. 111. 32. — % Jéid. xx1. 21. —5 Ibid. x. 8.

»suscitez les morts, purifez les lépreux, chassez les démons 5. Qui fit jamais un pareil commandement ?

«Il les envoya prêcher et guérir les malades ? ». Qui jamais envoya ses ministres avec de tels ordres? «Allez», dit-il, «entrez dans cette maison, et guérissez tous les malades » que vous y trouverez. Tout est plein de pareils commandements. Mais ici il pousse la chose encore plus loin : « Tout » ce que vous demanderez, vous l’obtiendrez *». Vous pourrez tout ce que je puis; vous ferez tout ce que vous m'avez vu faire de plus grand, « et vous ferez vous-mêmes de plus » grandes choses. »En effet , si on guérit en touchant le bord de la robe de Jésus-Christ, pendant qu'elle étoit sur lui, ne se fait-il pas quelque chose de plus dans saint Paul, lorsque «les linges qui avoient seulement touché son corps, gué- » rissoient les malades à qui on les portoit * » ? Et non-seulement les linges qui avoient touché les corps des apôtres avoient cette vertu ; mais « leur ombre même », l'ombre qui n’est rien, « quand elle passoit sur les malades, ils étoient » guéris ‘ ».

Voici donc le grand miracle de Jésus-Christ. C’est que, non - seulement il est tout-puissant, mais il rend encore l'homme tout-puissant, et, s'il se peut, plus puissant que lui, faisant du moins constamment de plus grands miracles ; et tout cela par la foi et par la prière : « tout ce que vous » demanderez, en croyant sans hésiter qu’il vous sera donné, » il vous arrivera * ». La foi donc et la prière sont toutespuissantes et revêtent l’homme de la toute-puissance de Dieu. « Si vous pouvez croire, » disoit le Sauveur‘, « tout est » possible à celui qui croit ».

La difficulté n’est donc pas de faire des miracles, la difficulté est de croire. « Si vous pouvez croire » ; c’est là le miracle des miracles, de croire parfaitement et sans hésiter. «Je crois, Seigneur, aidez mon incrédulité ? », disoit cet homme à qui Jésus dit : « Si vous pouvez croire ».« Seigneur, » augmentez-nous la foi », disoient les apôtres #. Nous n'a-

SEuc. 1x. 2. x. 3. 9. — ? Joan. xiv. 12. 13. — Ÿ Act. x1x. 12. —

4 Jbid. v. 15. — 5 Matth. xx1. 22. Marc. x1. 24. — 5 Marc. 1x. 22. — 3 Ibid. 23. — © Luc. xvil. 5.

vons besoin que de la foi, car avec elle nous pouvons tout. « O si vous en aviez », dit le Seigneur', « comme un grain » de senevé, le plus petit de tous les grains , vous diriez à ce ‘» mürier : Déracine-toi, et te plante dans la mer, et il vous » obéiroit »; et il trouveroit un fond sur les flots pour y étendre ses racines.

Ainsi le grand miracle de Jésus-Christ n’est pas de nous faire des hommes tout-puissants, c’est de nous faire de courageux et de fidèles croyants, qui osent tout espérer de Dieu, quand il s’agit de sa gloire.

Il faut donc entendre que cette foi qui peut tout, nous est inspirée. Pour oser faire cet acte de foi qui peut tout, il faut que Dieu nous en donne le mouvement. Et le fruit de ces préceptes de l'Évangile, que nous lisons aujourd’hui, c’est de nous abandonner à ce mouvement divin, qui nous fait sentir que Dieu veut de nous quelque chose. Quelque grand qu’il soit, il faut oser, et n’hésiter pas un seul moment.

Lorsqu'il s’agit de demander à Dieu les choses nécessaires pour le salut, nous n'avons pas besoin de ce mouvement particulier de Dieu, qui nous apprend ce qu’il veut que nous obtenions de sa puissance. Nous savons très-clairement par l'Évangile, que Dieu veut que nous lui demandions notre salut et notre conversion. Demandons-la donc sans hésiter, assurés, si nous le faisons avec la persévérance qu’il faut, que tout nous sera possible. Quand nos mauvaises habitudes auroient jeté dans nos âmes de plus profondes racines que les arbres ne font sur la terre, nous leur pouvons dire Déracine-toi. Quand nous serions plus mobiles et plus inconstants que les flots, nous dirions à un arbre : Va te planter là, et à notre esprit : Fixe-toi là; et il y trouvera du fond. Quand notre orgueil s'élèveroit à l’égal des plus hautes montagnes, nous leur pourrions ordonner de se jeter dans la mer, et s’y abimer tellement, qu'on ne voie plus aucune marque de leur première hauteur. Osons donc tout pour de tels miracles, puisque ce sont ceux que nous savons très-cerlainement que Dieu veut que nous entreprenions.

! Luc. xvir. 6.

Osons tout; et pour petite que soit notre foi, ne craignons rien; car il n’en faut qu'un petit grain, gros comme du senevé, pour tout entreprendre. La grandeur n'y fait rien, dit le Sauveur : je ne demande que la vérité et la sincérité ; car, s’il faut que ce petit grain croisse, Dieu qui l’a donné, le fera croître. Agissez donc avec peu, et il vous sera donné beaucoup; «et ce grain de sénevé, » cette foi naissante, « deviendra une grande plante, et les oiseaux du ciel se re- » poseront dessus' ». Les plus sublimes vertus n’y viendront pas seulement , mais y feront leur demeure.

XXII<. Jour. La prière persévérante ; elle tient de la plénitude de la

foi. (Lbid.)

Pesez les qualités de la foi et de la prière. Qu'on la fasse sans hésiter, pour peu que ce soit avec une pleine persuasion; c'est ce que saint Paul appelle «plénitude de persuasion : » que la Vulgate a traduit simplement, In plenitudine multé, «avec une grande plénitude *». Ce que le même saint Paul appelle ailleurs » : plénitude d'intelligence * »; et ailleurs en termes formels : « plénitude de l’espérance et plénitude de la foi‘ ». C’est donc à dire qu'il faut avoir une foi si pleine, qu’elle ne se démente par aucun endroit, et qu’elle n’ait nulle défiance du côté de Dieu; comme le même saint Paul le dit d'Abraham, « qu'il n'hésita point par défiance, mais se for- » tifia dans la foi, donnant gloire à Dieu ; pleinement per- » suadé et convaincu qu’il est puissant pour accomplir tout ce » qu'il promet * ». Voilà donc la foi qui obtient tout, « et la » foi qui nous justifie », selon le même saint Paul dans le même endroit*. Telle est donc la première condition de la prière marquée dans notre Évangile, qu’elle se fasse avec une pleine foi. La seconde y est encore marquée : « Qu'on par- » donne sincèrement à son frère, si on a quelque chose » contre lui ? ». On obtient donc tout ce qu'on demande, si on le demande avec un cœur plein de foi en Dieu, et en paix avec tous les hommes. Voilà ce que Dieu demande, un cœur sans aigreur et sans défiance ; on a tout de lui à ce prix.

1Nfatth. xuir. 31. 32.— 2 I Thess. 1 5.—* Coloss. 11. 2.— * Heb. vi.

11%. 22. 5 Rom. 1v. 20. 21: =" Y61d" 29 = 7 Marc. Y1 24,725.

Mais peut-on ne se pas défier, et ne doit-on pas le faire? Qui, de soi : puisqu'on est foible , et qu’on ne sait même si on a une foi vive , encore moins si on y persévèrera; mais, avec toute cette incertitude , j'ose dire qu'il ne faut pas s’en inquiéter ; et, sans tant de retour sur soi-même, il faut, dans le temps que la prière s'allume, oser tout attendre et tout demander, et être si plein de Dieu, qu'on ne songe: plus à soi-même.

Est-ce là cette téméraire confiance que les hérétiques prêchent? Point du tout. Mais, sans éteindre les réflexions qu’on peut faire sur sa foiblesse, c’est dans la ferveur de la prière s’oublier tellement soi-même, qu’on ne demeure occupé que de ce que Dieu peut, et de l'immense bonté avec laquelle il a tout promis à la prière persévérante.

XXHTI-. Jour. Distinction des jours de la dernière semaine du Sauveur.

Matière de ses derniers discours (Marc. x1. 11—33. Matth. xx1. 23—32. LNITTReSS CUR

En comptant avec saint Mare, c’est ici le quatrième jour de la dernière semaine de notre Sauveur. Le premier est celui de son entrée, qui est le cinquième avant Pâque. Le second jour de cette semaine fut le lendemain matin, lorsque Jésus, venant de Béthanie à la ville , eut faim, dessécha le figuier, et nettoya Le temple de voleurs, comme il les appelle. Le troisième est celui où, repassant sur le matin devant le figuier, on le vitflétri et séché ; et c’est celui où nous avons entendu tant de merveilles sur la foi. Le quatrième est celui dont saint Marc dit, après tout ce que nous venons de voir : « Jésus vint » encore une autre fois à Jérusalem; » etc’est celui oùilobjecta aux Juifs le baptême de saint Jean, comme on va voir.

Après cela, je ne vois plus de distinction de jours. Nous apprenons seulement de saint Lue que, « Jésus-Christ venoit » tous les jours au temple pour y enseigner, et quele peuple » l'y venoit entendre dès le matin *».En sorte qu’il faut partager ce qui reste de ce discours , entre le mercredi et le jeudi durant le jour, car il fut pris la nuit, et fut crucifié le lendemain.

1 Marc. x1. 27. — ? Luc. xx1,. 37. 58.

Plus nous approchons de la fin de Jésus, plus nous devons être attentifs à ses discours. Hier, qui fut le mardi, il nous fit voir dans la foi le fondement de la prière et de toute la vie chrétienne. Il n’y avoit rien de plus essentiel à la piété. Mais dans la suite il va établir la foi, et autoriser sa mission d’une manière admirable : premièrement, par le témoignage de saint Jean Baptiste, et ensuite par celui de David, et par beau— coup d’autres choses que nous allons voir les unes après les autres, fermant la bouche à tous les contredisants, et laissant ce témoignage au monde, que sa doctrine étoit absolument irrépréhensible , puisque ses plus grands ennemis demeuroient muets devant lui.

Méditons cette vérité, considérons de quelle sorte Jésus- Christ répond à ceux qui l’interrogeoient avec un esprit de contradiction , et apprenons comment il faut consulter la vérité éternelle.

XXIV®.Jour. Jésus refuse de répondre aux questions des Juifs superbes et

incrédules, et répond aux esprits humbles et dociles (Matth. xxI. 27. Marc. x1. 33. Luc. xx. 1. 2. 8.).

Comme il enseignoit dans le temple, « les princes des prê- » tres, et les docteurs de la loi, et les sénateurs du peuple » s'assemblèrent et lui firent cette demande : En quelle puis- » sance faites-vous ces choses" » ? Il paroît que cette demande regardoit principalement la puissance qu’il se donnoit d’enseigner, car ils vinrent à lui comme il enseignoit. Mais la de mande s'étend aussi à tout le reste que venoit de faire Jésus, et c'est comme si on lui eùt demandé : En quelle puissance êtes-vous entré si solennellement dans le temple ? en quelle puissance y enseignez-vous ? en quelle puissance en chassezvous les vendeurs et les acheteurs, et y exercez-vous tant d'autorité ? Ce seroit à nous à vous donner cette puissance : nous ne vous l'avons point donnée ; d’où vous vient-elle? Voilà une demande faite dans les formes par l'assemblée et par les personnes qui sembloient avoir le plus de droit de la faire. Et néanmoins Jésus ne leur donne sur ce sujet ancune instruction. « Je ne vous dirai pas non plus », leur dit-il, «en

PEnCIXX. 1e 2e

504 MÉDITATIÔNS

» quelle puissance j'agis' ». Mais il se contente de les confondre, devant le peuple, de mauvaise foi et d’hypocrisie, comme l’on va voir.

Jésus se communique si facilement aux esprits dociles et humbles. La Samaritaine, une pécheresse , lui parle bonnement du Christ. « Je le suis, moi qui vous parle, » lui dir-il sans cireuit ?. « Croyez-vous au Fils de Dieu ? » dit-il à laveugle-né. « Qui est-il, Seigneur, afin que j'y croie ? Vous » l'avez vu, et c’est celui qui vous parle. J'y crois, Seigneur; » et il l’adora* », Ainsi en d'autres endroits. Quand donc il ne répond pas de cette manière simple, si digne de lui, c’est que les hommes ne sont pas dignes qu’il se manifeste à eux en cette sorte.

« En quelle puissance faites-vous ces choses f » ? Il leur avoit répondu sur un cas semblable, ou plus fort, en présence de tout le peuple. Gar, ayant dit à un paralytique , qu’on lui présentoit pour le guérir : « Homme , tes péchés te sont re- » mis°»; ce qui dans le fond étoit beaucoup plus grand que tout ce qu'il avoit jamais fait; comme les docteurs de la loi le trouvoient étrange, il leur parla en cette sorte‘: « Lequel

* » des deux est le plus facile, ou de dire : Je vous remets vos » péchés ; ou de dire à un paralytique : Levez-vous, et mar- » chez? Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le » pouvoir de remettre les péchés : Homme », c’est à toi que je parle, « lève-toi, et marche». Il avoit donc clairement établi le pouvoir qu’il avoit de remettre les péchés, qui étoit le plus grand qui pût être donné à un homme. I n'y avoit plus à l’interroger sur le reste ; il n°y avoit autre chose à faire qu'à se soumettre. Comme ils ne pouvoient s'y résoudre , ils viennent encore lui demander : « De quelle puissance fai- » tes-vous ces choses * ? Comme s'ils eussent dit : De quelle puissance guérissez-vous tous les malades ? de quelle puissance rendez-vous la vue aux aveugles ? de quelle puissance ressuscitez-vous les morts ? Il étoit trop clair que c'étoit par la puissance divine ; et ils ne l’interrogeoient sur une chose si claire que par un mauvais esprit.

ue xx 06 — Con. av. 26. WANT x DE SCO (Matth. xx. 23. — © Thid, 1x. 2, — 6 Jb;d,5, 6. — Duc. xx, 2.

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