LXXXIX: Jour. Vierges sages, et folles. (Matth. xxv
C’est sous une autre figure, un autre avertissement de se tenir prêt. Combien Jésus le répète-t-il ? Et cependant nous sommes sourds. Il semble n'avoir destiné les derniers jours de sa vie, qu’à nous préparer à la mort, et que ce soit là son unique affaire : c’est en effet celle d’où tout dépend.
Dix vierges‘. C’est un état saint, qui n’est pas donné à tout le monde : ainsi qu'il le dit ailleurs : Tous n’entendent pas cette parole, mais ceux à qui il a été donné”. En voici dix qui ont entendu cette haute parole, à qui ce don excellent a été donné : et néanmoins il y en à cinq qui périssent. Tremblez donc , vous tous qui avez reçu ce don, et apprenez à le faire valoir.
Cinq étoient folles * : sans précaution, sans prévoyance.
Ces folles ne prirent pas de l'huile. Elles disent : L'huile nous manque, nos lampes s’éteignent. La charité leur manque : les bonnes œuvres leur manquent : la charité, le plus excellent de tous les dons, sans quoi tous les autres, et mêmecelui de la prophétie, et même celui du martyre, n’est rien ; ni par conséquent celui de la virginité.
Elles sommeillèrent, et elles dormirent ‘. Celles qui ont de l'huile leur provision, peuvent demeurer tranquilles : mais les autres, elles doivent profiter du temps pour acheter de l'huile, et amasser de bonnes œuvres.
Donnez-nous de votre huile*. Ainsi parlent ceux qui, sans se soucier de faire eux-mêmes de bonnes œuvres, mettent toute leur espérance aux prières et aux mérites des saints.
Remarquez: Elles s’éveillent toutes : toutes elles se lèvent :
i Matth. xxv. 1. — ? Ibid. xix, 11. 12. — 5 Ib. xxv. 3. 8. — ‘Ib. 7.-—#1b,8.
toutes elles préparent leurs lampes" : etnéanmoins cinq périssent, et sont excluses du festin. Ce ne sont point des personnes vicieuses, ni insensibles, ni tout à fait sans bonnes œuvres : elles commencent beaucoup, et n’achèvent rien. O combien périront par ce défaut!
Nous n’en avons pas pour nous et pour vous *. Chacun de nous portera son fardeau au tribunal de Jésus-Christ. Que chacun s'éprouve soi-méme : car en eeiia sorte il aura sa gloire en lui-même : etnon dans les autres * : car encore qu’en un autre sens, nous devions par la charité porter les fardeaux les uns des autres : néanmoins en ce dernier jugement, chacun sera jugé, non selon les œuvres des autres, mais selon les siennes ‘.
Allez à ceux qui en vendent * : Vous à qui l'huile manque : vous qui ne méritez pas de véritables louanges, allez à ceux qui les vendent : allez aux flatteurs, qui, par un bas intérêt, vous feront accroire avec tous vos vices que vous êtes vertueux.
Pendant qu'elles alloient acheter : pendant que leurs flatteurs les amusoient, par la vaine opinion qu’ils leur donnoient de leur sainteté : l'époux vint, elles vinrent tard ; et la porte leur fut fermée °.
Elle est fermée pour ne s'ouvrir plus : et votre exclusion est sans remède.
Seigneur, Seigneur ! ouvrez-nous ? : Voyez qu’elles ne sont pas de celles qui n’ont point de soin de bien faire, ou qui négligent entièrement leur salut. Ce sont des vierges , séparées des sens et des plaisirs : il n’est pas dit qu’elles souillent leur chasteté : elles ont des lampes : elles dorment à la vérité, et ne sont pas sans beaucoup de langueur ; mais enfin elles s’éveillent : elkes vont avec diligence acheter de l'huile : elle font imparfaitement quelques bonnes œuvres : enfin elles accourent et avancent jusqu'à la porte : elles frappent même, et disent : «Seigneur, Seigneur »! Mais «tous ceux qui m'ap-
» pellent, Seigneur, Seigneur! n’entreront point pour cela
Matth. xxv 7. — Ib. 9. — Gal. vr. 2. 4. 5. =— Matth. xvr. 27. #0) ax EST ON Ib AL
» dans le royaume des cieux ‘. Je n'ai pas trouvé tes œuvres » pleines devant mon Dieu *».
La pénitence tardive frappe vainement, parce qu'elle n’est pas pleine, ni sincère. Viendra le temps qu’encore qu'on frappe, on n’entrera point. C’est ce que disoit saint Jacques : « Vous demandez, et vous n’obtenez pas, parce que vous de- » mandez mal». Ce qui arrive à ceux qui demandent la prolongation de leurs jours, non pour faire pénitence, mais pour les employer à leurs convoitises. Nient enfin le dernier mo- .ment, et les hommes croient qu'on demande bien, mais celui qui sonde les cœurs, sait le contraire, et il nous renvoie, » avec les hypocrites et les infidèles, où il y aura des pleurs,
. » et un » éternel « grincement de dents ‘ ».
En vérité, je vous le dis : Je ne vous connois pas *. C'est la vérité éternelle qui vous parle, et qui se prend elle-même à témoin. Vos flatteurs vous promettent tout; mais moi je vous tiens un autre langage. Et quel langage ? Je ne vous connois pas. Malgré vos bons desirs, vos volontés imparfaites, vos commencements de verfu, je ne connois en vous ni mon image que j'y avois formée, ni le caractère de chrétien, ni celui d'homme raisonnable, ni rien enfin de solide ni de véritable. Allez, je ne vous connoïs point : vous n'êtes donc pas de mes brebis ; car je connois mes brebis, et je leur donne la vie éternelle *. Nous n'avez donc rien à prétendre, vous que je ne connois pas. O que me serviront tant d'amis! tant de connoissances! Tout le monde, toutes les cours vous louent, vous connoissent ; de grandes entrées partout; mais que vous sert tout cela, si Jésus-Christ ne vous connoit pas?
Cherchez pourquoi Jésus-Christ ne connoîl pas ceux qui semblent le connoître si bien, et qui l’appellent deux fois, Seigneur, Seigneur. C'est que celui qui dit, qu'il le connoît, et ne garde pas ses commandements est un menteur *. Mais il en garde une partie : Jene vous connois pas. Soyez parfaits, comme votre père céleste est parfait * : autrement il ne vous connoît pas.
# 1 Matth. vu. 21. — ? Apoc. n1. 2. — ? Jac. 1v. 3. — 4 Matth. xxIv. 51. —S]b. xxv. 12.— 6 Juan. x. 14. 18.— 7.1. Joan. n. 4. — $ Matth. v..48.
XC: Jour. Parabole des dix talents, et des dix mines. (Matth. xxv. 14—30. Luc. x1ix. 12—27.)
La parabole destalents, et celle des mines, semble avoir été prononcée en confirmation des dernières paroles que nous avons lues de saint Luc : Celui à qui on donne beaucoup, on lui redemande becucoup.
A chacun selon sa vertu ‘ : il parle ici des grâces qui sont données en récompense, ou du moins en conséquence d’autres grâces : mais il faut toujours se souvenir qu'il y a les premières grâces qui ne sont pas données de cette sorte, et qui sont absolument gratuites, ce qui paroît en d’autres lieux de l'Evangile. Ici nous avons à considérer la distribution des grâces qui sont les suites des autres, et l'ordre des récompenses. Et ce qu'il y a premièrement à observer, c’est la proportion et les convenances. On donne à chacun selon sa vertu : chacun travaille et profite à proportion de ses talents ; chacun estrécompensé selon son travail. « Gelui quiacinqtalents, » gagne cinqtalents. Celui qui en reçoit deux en gagne deux *. » Celui dont la mine en a produit dix , recoit dix villes : et » celui dontla mine ena produit cinq, reçoitcinq villes * » : etil ne reste qu’à admirer l'exactitude de la divine justice, par rapport à l'exactitude et à la fidélité d’un chacun.
Celui qui enfouit son talent et sa mine, est jeté lui-même dans le cachot et dans les ténèbres : et non-seulementil ne reçoit rien, ce qui lui étoit dù trop visiblement ; mais encore il est puni de sa négligence.
Outre la récompense particulière que chacun reçoit à proportion de son travail, tous recoiventlacommune récompense ; d'entrer dans la joie de leur Seigneur ‘ , et d’être rendus participants de sa fidélité.
Tout est donc ici dans une entière proportion; la peine, la récompense. [1 y en à une commune à tous pour la fidélité qui l’est aussi : il y en a de particulières selon la diveréité du travail : et tout l’ordre de la justice est accompli. O Dieu ! je chanterai vos louanges sur votre justice, et sur votre vérité.
© Matth. xxv 25. — “Matth. xxy. 20. 292.—5 Luc. xix. 16. 17. 19. — Matth. xxv. 21.923.
I paroît par la même raison de proportion et d'égalité, que si celui qui avoit reçu cinq talents ou deux talents, avoit été paresseux, il auroit été plus puni que celui qui n’en avoitreca qu'un; etil n'ya plus à chacun qu’à examiner ce qu’il a reçu, pour voir ee qu'il a à craindre. O mon Dieu! que vous ai-je rendu pour la foi que vous m'avez donnée; pour tant de saintes instructions ; pour tant de lumières, pour tant de crimes pardonnés , pour tant de temps, et pour votre lonque patience! O Dieu! que vous ai-je rendu? et ne vous ayant rien rendu, que dois-je craindre ?
« Entrez dans la joie de votre Seigneur : jetez ce mauvais » serviteur dans les ténèbres extérieures ‘ ». L'un est mis dedans, l’autre dehors : l’un dans la joie, et dans la lumière, l'autre dans le désespoir et dans les ténèbres. O heureux sort de l’un! O cruel partage de l'autre!
Entrez dans lu joie de votre Seigneur. « La joie entre nous » lorsqu'elle est médiocre : maisnous entrons dans la joie», dit saint Augustin, «quand elle surmonte la capacité de notre » âme, qu'elle nous inonde, qu’elle regorge, et que nous en » sommes absorbés ; qui est la parfaite félicité des saints ».
Ce qui fait le malheur de ces ténèbres, c'est qu'elles sont extérieures. La seule séparation rend le malheur des réprouvés extrême et insupportable : de là ce pleur éternel, de là ce grincement de dents. Si vous n’êles mis dedans ; si vous n’entrez dans la joie; toutes sortes de maux tombent survous, et la seule séparation vous les attire.
Chassez le serviteur inutile, et mettez-le où règne le désespoir. S'il n’avoit rien reçu, il n’auroit pas tant à s'affliger ; mais il a eu le talent ; il l’a négligé : c'est pourquoi son déplaisir n’a point de mesure.
Pleur et grincement de dents *. Profonde tristesse dans l'un, et rage dans l’autre. Il est en fureur contre lui-même, parce qu'il n’a à imputer qu'à lui-même, le malheur dont il est accablé. é
« Je sais que vous êtes un homme difficile : vous moisson- » nez où vous n'avez point semé : vous ramassez OÙ Vous
1 Jb. xxv. 22. 30. — ? Matth. 30.
» n'avez point répandu '». À Dieu ne plaise, que Dieu soit ainsi : car, où n’a-t-il pas semé, et quels dons n’a-t-il pas répandus ? Mais Jésus-Christ nous veut faire entendre par cette espèce d’excès, combien est grande la rigueur de Dieu dans le compte qu'il redemande. Car il n°y a rien qu'il n'ait droit d'exiger de sa créature infidèle et désobéissante, dont le fonds étant à lui tout entier, il a droit de punirson ingratitude des plus extrêmes rigueurs.
Servileur mauvais et paresseux ? : Mauvais, parce qu'il est paresseux : qui doit tout à la divine justice, seulement pour n'avoir rien mis à profit pour elle.
Tu seras jugé par ta bouche *. La lumière de la vérité qui parle en nous, prononcera notre sentence : chacun avouera son crime, et ordonnera son supplice. On aura d'autant moins de consolation, qu’il ne restera aucune excuse, ni par conséquent aucune espérance , aucun adoucissement : Car on prononcera cela même contre soi, qu'il n’y en doït avoir aucun. De là cette profondeur et cet abime de tristesse. O mon Dieu, la seule vue m'en fait horreur : que sera-ce du sentiment et de l'effet?
Otez-lui son talent, 6tez-lui sa mine, ét donnez-la à celui qui en a diæ *. Comment est-ce que les élus profitent des grâces que Les réprouvés auront perdues? Tiens bien ce que tu as, dit-il , de peur qu’un autre ne reçoive ta couronne *. Les justes profitent de tout, et autant de la négligence des autres qui les instruit, que de leur propre travail.
« A celui qui n’a pas, ce qu’il semble avoir lui sera ôté *, » Ce qu'il semble avoir » ; il n’arien en effet, parce qu'il ne garde rien. Un panier, un vaisseau percé n’a jamais d’eau , parce que celle qu’il reçoit, il la perd dans le même instant. Ame cassée et brisée, où l'eau de la grâce ne tient pas, elle n'a jamais rien de propre: et cependant ce qu’elle semble avoir, lui sera encore Ôôté. Elle demeurera sèche, dépouillée, sans bien, sans lumière, sans aucune consolation même passagère; et il est juste : car il falloit lui ôter tout ce qu'elle
MAR ny. 230724 NID 06, Luc 109 22-07 — Apoc. 111. 11. — 5 Matth. xxv. 29.
gardoit mal. O mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu! puis-je souffrir la vue de ma pauvreté, de ma douleur, de mon désespoir en cet état malheureux? Il faut donc PÉÉJQUE ce mal pendant qu'il est temps.
XCT° Jour. Jugement dernier. (Matth. xxv. 31, jusqu’à la fin.)
Après avoir préparé ses fidèles au jugement dernier avec tant de soin, il est temps qu'il nous fasse voir ce jugement et c’estce qu'il fait dans le reste de ce chapitre.
Quand le Fils de l'homme viendra en sa majesté , et tous ses anges avec lui ‘. Quelle majesté ! quelle suite ! que d’exécuteurs de sa justice ! Mais comment viendra-t-il? Dans une nuée éclatante® : du plus haut des cieux; de la droite de son Père. Avec ses anges. Il est donc le Seigneur des anges comme des hommes. 1} s’assiéra dans le siége de sa majesté : et toutes les nations seront assemblées devant lui *. Quelle journée ! quelle séance ! Qui ne tremblera alors? « Devant ce grand » roi assis dans le trône de son jugement », qui « dissipera » tout le mal par un coup d'œil ; qui osera alors se glorifier » d’avoir le cœur pur ; et qui osera dire : Je suis innocent» ? Qui pourra paroître devant celui, qui a les yeux comme un flambeau ardent, comme la flamme du feu le plus pénétrant et le plus vif, qui sonde les cœurs et les reins, et qui donne à chacun selon ses œuvres ‘. Toutes les consciences seront ouvertes en un instant, et tout le secret en sera manifesté à tout l’univers. Où se cacheront ceux qui mettoient toute leur confiance à se cacher : dont les actions étoient honteuses , méme à dire et à penser * ? et qui verront fout à coup leur turpitude révélée devant tousles anges, devant tous les hommes; et ce qui renferme en un mot toute confusion et toute honte, devant le Fils de l’homme, dont la présence, dont la sainteté, dont la vérité convaincra et confondra tous les pécheurs ? Voilà celui que vous nommiez votre Maître : pourquoi ne *gardiez-vous pas sa parole ? Voilà celui que vous appeliez votre Sauveur : quel usage avez-vous fait de ses grâces ? Voilà celui que vous
1 Matth. xxv. 31. —°? Luc. xx1. 27. — $ Matth. xxv. 32. — ‘ Prov. xx. 8.9. — © Apoc. n, 18. 23. — $ Eph. v, 12.
attendiez comme votre Juge : comment ne trembliez-vous pas à son approche, et à la seule pensée de son jugement? Vous croyez avoir tout gagné en vous cachant, en détournant vos yeux, en gagnant du témps. Vous y voilà maintenant devant ce tribunal : la sentence va être prononcée : sans délai : en dernier ressort : et elle sera suivie d'une prompte et inévitable exécution.
XCITI° Jour. Séparation des justes et des impies, (Ibid.)
«Il les séparera les uns des autres, comme un pasteur » sépare les brebis d'avec les boucs ». Il dit ailleurs, que «les » anges feront cette séparation; et sépareront les justes d’a- » vec les impies. Les uns seront à la droite, et les autres à la » gauche ‘ ». Que n’aura point à craindre alors la troupe des impies ? Ce qui est cause que Dieu ne répand pas sur elle toute sa colère, c’est le mélange des bons et des mauvais : et il épargne les uns, pour l'amour des autres. Après la séparation , quelle vengeance ! Mais quelle horreur aura-t-on des mauvais ? Ils se cachent ici parmi la foule, et se mêlent avec les bons : là, que toute leur difformité paroîtra, et qu’on les comparera ave les justes plus resplendissants que le matin *, et avec le Fils de l’homme qui est la justice même, qui les pourra souffrir : et qui se pourra soûffrir soi-même ? O montagnes! cachez-nous : 6 collines !tombez sur nous*. Dans quelle compagnie es-tu, malheureux? On a honte de se trouver avec un seul scélérat : tu seras avec tous les méchants , et tu en augmenteras le nombre infâme : chacun portera sur le front le caractère de son péché. 0 comment pourra-t-on soutenir la lumière d’un si grand jour, et comparoître devant le Fils de l’homme !
Qu’attendons-nous davantage ? La séparation est faite. Hypocrite ! qui cachois si bien ton iniquité, et qui te joignois à la troupe* des gens de bien; te voilà tout d’un coup à la gauche : avec Caïn , avec Nemrod, avec Antiochus, avec Judas, avec Caïphe , avec tous ceux qui-ont crucifié Jésus- Christ, et massacré ses prophètes, ses apôtres, ses martyrs ;
1 Matth. xxv. 32. 33. x111. 49. — ? Prov. 1Y. 18. — 3 Luc. xx111. 30.
avec tous les scélérats, tous les impies, tous les hérétiques , tous les infidèles, tous les idolâtres, tous les Juifs, tous les impudiques , tous les voleurs; avec ceux dont le seul nom fait horreur : pis que tout cela, Avec les démons, qui ont inspiré et animé tous ces méchants. C’est avec eux qu’il fan dra vivre; si c’est là une vie, que de ne vivre que pour son supplice ou pour sa honte. O néant !-je t’invoque : c’est en toi que je mets mon espérance : Ô néant ! reprends-moi dans tes abîmes : pourquoi en suis-je sorti? par où y rentrerai-je ? Il faut être pour périr toujours. Toi qui disois : Tout meurt avec moi; mon âme s’en ira comme un souffle : la voilà toute vivante. Voilà même ton corps dissipé qui a repris sa forme et sa consislance : te voilà tout entier. Mais pourquoi ? pour un opprobre éternel : pour voir toujours". Et quoi? son crime, son infamie , son ordure, celle des autres, les méchants, leur infâme société, le peuple ennemi, les démons, une implacable justice contre une méchanceté incorrigible. O mes tristes yeux! que verrez-vous donc alors? Ah! que ne peut-on être aveugle, pour ne voir point ces horreurs! Mais on verra, mais on sentira tout le mal possible : tout le mal qui est dans le crime , tout le mal qui est dans la peine. Fuyons , fuyons le péché ; puisque si on ne le fuit, on ne pourra fuir le supplice. Pénitence, pendant qu'il est temps : fléchissons la face du juge : prévenons-la par la confession de nos péchés. Pleurons, pleurons devant celui qui nous a faits * : pleurons, avant que de tomber dans ces pleurs irrémédiables et intarissables: pleurons avec saint Pierre, de peur d'aller pleurer éternellement et inutilement avec Judas et tous les méchants.