‹ Œuvres de Bossuet (volume 5)Chapitre 58 sur 85 · XCILL: Jour. Venez bénis : Allez maudits. (Tbid · texte numérisé non relu

XCILL: Jour. Venez bénis : Allez maudits. (Tbid

Alors le roi dira à ceux qui sont à la droite : Venez * : aux autres : Allez : à ceux-ci : Venez ; vous êtes déjà avec les justes : venez avec moi : venez à mon trône, dans léquel vous serez assis avec moi‘; Car je l'ai promis.

O paroles qu’on ne peut assez méditer ! Venez : Allez. Taisons-nous : tais-toi, ma langue : tes expressions sont trop

1 Dan. x1!. 2. — ? Ps. XC1Y. 6. — 3 Matth. xxv. 34. 41. — ‘ Arpoc. It 20e

foibles. Mon âme , pèse ces mots qui comprennent t@ut le bonheur et le malheur : et toute l'idée de l’un et de l’autre : Venez : Allez : Venez à moi, où est tout le bien. Allez loin de moi, où est tout lesmal.

Venez, les bénis, les bien-aimés de mon Père : autrefois maudits et haïs des hommes ; mais dès lors bénis de mon Père, dont la bénédiction se déclare en ce jour : « venez posséder » le royaume qui vous étoit préparé ‘ ». Venez, « petit trou- » peau : ne craignez plus rien , puisqu'il a plu à votre Père » de vous donner son royaume ‘». Venez, venez, venez: « en- » trez dans Ja joie de votre Seigneur * » : jouissez de son royaume éternel. O venez, venez! Quelle parole! quelle joie ! quelle douceur ! quel transport !

Un royaume : quelle grandeur! Un royaume préparé de Dieu: et de Dieu comme Père : et préparé pour un Fils unique, éternellement bien-aimé; car c'est le même qui est aussi préparé pour les élus. Enfants de dilection et d'élection éternelle ; vous avez assez souffert, assez attendu ; venez maintenant le posséder. On.ne possède que ce qu’on a pour l'éternité : le reste échappe et se perd.

XCIV: Jour. J’ai eu faim : j'ai eu soif. Nécessité de l’aumône : son mérite et sa récompense. (Ibid.)

« J'ai eu faim : j'ai eu soif : j'ai été nu: j'ai été malade et » en prison'». Cest par la même raison qui lui fait dire: » Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu » ?et : «Je suis » Jésus que tu persécutes * » : c’est par la société , ou plutôt par l’unité qui est entre le chef et les membres; c’est parce qu'ilest le cep , etque nous sommes lesbranches”®. Mais il faut ici remarquer, que les pauvres sont de tous ses membres , ceux dans lesquels il est le plus.

Tous les Pères relèvent ici l'avantage et le mérite de l’aumône, que Jésus-Christ vante tant, et qu'il vante seule dans le siége de sa majesté, dans son dernier jugement; à qui seule il attribue la vie éternelle. Ils démontrent aussi par le même endroit la nécessité de l’aumône ; puisque manquer de la faire

+ atth. xxv. 34. — ? Luc, xr1. 32. — 3 Matth. xxv. 21. 22 — Ib. 3986.04, ACER IX. 45, "10 Joan: XV,

est uñ crime, et le seulcrime que le juste juge allègue pour la cause de ladamnation. Et la raison en est évidente, en ce que :

Premièrement : si le précepte de la charité est l'abrégé de la loi et des prophètes, comme il dit lui-même ; il étoit juste de renfermer dans la charité toutes les bonnes œuvres, et dans la privation de la charité toutes les mauvaises.

Secondement, comme dit saint Jean : Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment aimera-t-il Dieu qu'il ne voit pas ‘ ? Aïnsi la même justice qui l’oblige à punirle monde pour le défaut de la charité, l'oblige aussi à marquer le dé— faut de la charité dans son effet le plus sensible , qui est la charité envers les frères.

Troisièmement : les deux préceptes de la charité, dans lesquels, comme on vient de dire, consistent la loi et les prophètes , sont renfermés manifestement dans ces paroles : « J'ai eu faim : j'ai eu soif: » et, « toutes les fois que vous » l'avez fait à un de mes frères, vous me l'avez fait à moi- » même? » : puisqu'il nous montre par là que le motif d’exercer la charité envers le prochain , est la charité envers Dieu.

Quatrièmement : tous les péchés sont en quelque sorte renfermés dans le défaut de l’aumône ; parce que dans l’aumône étoit renfermé le remède de tous les péchés, conformément à cette parole : Rachetez vos péchés par l'aumône * Et encore : La charité couvre la multitude des péchés *. Et encore : Faites l'aumône, et tout sera pur pour vous *. Ainsi tous les hommes étant pécheurs, et par là exclus en rigueur du royaume des cieux, ce qui les en exclut en dernier lieu, c’est de négliger le remède.

Cinquièmement : la vie éternelle nous étant donnée à titre de miséricorde et de grâce, la justice demandoit que cette miséricorde nous fut accordée au prix de la miséricorde ; conformément à cette parole : « Bienheureux les miséricor- » dieux, parce qu'ils obtiendront la miséricorde %» , et encore : « Jugement sans miséricorde à celui qui ne fera pas miséri- » corde”

Sixièmement. Comme les miséricordes de Dieu éclatent au

1[. Joan. 1y. 20. —— ? Matth. xxv. 35. 40. — Ÿ Dan. 1. 24. — 4 JL Pet. 1v, 8. —” Lnc. x1, 41. — 6 Matth. v. 7. — ? Jac..11. 19:

dessus de toutes ses œuvres ‘, selon ce que dit David ’äinsi en est-il des miséricordes de l’homme ; et les œuvres de miséricorde devoient principalement être célébrées au jugement dernier, comme les plus éclatantes de toutes les autres, et comme celles qui nous rendent le plus semblables à Dieu , conformément à cette parole : « Soyez miséricordieux, comme » votre Père célesteest miséricordieux * ». Ce qui répond à cette parole : «Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait °»: ainsi que la conférence des deux passages le fera paroître. Ainsi la perfection où nous devons tendre principalement, et par là nous rendre semblables, comme le doivent de vrais enfants, à notre Père céleste, est celle d'exercer la miséricorde.

Pour ces raisons, tout est renfermé dans les œuvres de miséricorde : et on en pourroit rapporter une infinité d’autres que chacun pourra suppléer.

Il reste donc à examiner sur l'obligation de l’aumône; et sans écouter les vaines excuses dont se flatte notre dureté, considérer sérieusement si nous pouvons apaiser véritablement notre conscience sur un point si.décisif de notreéternité.

XCV° Jour. J'ai eu faim, j'ai eu soif, transportés en la personne de Jésus- Christ. (Ibid.) ‘

Seigneur Jésus, ma vie et mon espérance, je me mets en votre sainte présence, pour voir et considérer dans votre lumière, en foi, et en perpétuelle reconnoissance de vos bontés, comment vous avez transporté en vous nos misères et nos infirmités, jusqu'à pouvoir dire : J’ai eu faim : j'ai eu soif : j'ai élé nu, prisonnier, malade, en la persoune de tous ceux qui ont eu à souffrir des maux semblables.

Le fondement de ce transport ! Ô Jésus, c’est l'amour qui vous à porté à prendre notre nature, et à la prendre non point immortelle et saine, comme vous l’aviez faite dans son origine ; car vous êtes le Verbe par qui tout a été fait‘; vous êtes celui à qui le Père a dit: Faisons l'homme * : et vous l'avez fait avec Jui et avec votre Saint-Esprit, qui est avec le Père et avec vous un seul Dieu souverainement parfait. C’est donc

1 Ps. xLIV. 9. — ? Luc. vi. 36. — * Matth. v. 48. — 4 Joan. 1. 2. — : Gen. 1. 26.

vous qui avez fait la nature humaine ; et quand vous l'avez prise , vous n'avez pris que votre propre ouvrage. Mais vous ne l'avez pas prise, encore un coup, saine, parfaite, immortelle, et selon l'âme et selon le corps, telle qu’elle étoit d’abord sortie de vos mains. Vous l'avez prise telle que le péché,

et votre justice vengeresse l'avoient faite, mortelle, infirme,

pauvre : parce que vous vouliez porter notre péché. Vous le vouliez porter sur la croix , victime innocente : vous le vouliez porter durant tout le cours de votre vie, Agneau qui ôtez les péchés du monde; mais qui ne les ôtez.qu'en les transportant premièrement sur vous. Mais vous êtes le Saint dessaints, oint d'une huile excellente au dessus de tous ceux qui prennent avec vous et en figure de votre personne , le nom de christs *

car cette huile dont vous êtes oint est sanctifiée, c’étoit la divinité, qui unie à votre sainte âme, et par elle à votre corps viginal, les sanctifioit d’une manière ineffable : en sorte qu’étant le vrai Christ de Dieu, le juste par excellence, et le Saint des saints, comme vous ne pouviez pas transporter sur vous l'iniquité et la tache de notre péché, vous en avez seulement transporté sur vous la peine, le juste supplice, c'est-à-dire, la mortalité avec toutes ses suites. Par là donc vous êtes devenu sensible à nos maux ; Pontife compatissant*, qui les avez expérimentés ; car, comme dit votre apôtre, «il falloit que vous » vous fissiez en tout semblable à vos frères, afin que vous » devinssiez un pontife miséricordieux et fidèle, pour expier » les péchés du monde ‘». Car qui doute que vous ne puissiez uous aider dans les choses que vous avez éprouvées, puisque vous ne les avez éprouvées, que parce qu'il vous a plu, et parce que vous vouliez en les souffrant, faire naître en vous la compassion secourable que vous avez pour ceux qui ont aussi à les souffrir °.

Soyez donc loué à jamais, 6 grand Pontife ! qui avez pitié de nos maux : non pas comme les heureux ont pitié des malheureux ; mais comme les malheureux ont pitié les uns des autres, par le sentiment de leur commune misère : non que vous vous soyez jamais tenu pour malheureux parmi les maux

L'Joanet1299— 2 PSAxLIV, 92% Hebif} 132.— 1 Ib: 87. — 5 ]b. 18.

que vous avez soufferts, vous qui n’avez souffert ni la douleur ni la mort, que parce que vous le vouliez ; à qui aussi personne n’a Ôté son âme, mais qui l'avez donnée de vous-même : mais parce qu'il vous a plu de vous mettre au rang de ceux que le monde appelle malheureux ; qu’on vous à vu « comme un » lépreux; comme un homme chargé de plaies, que Dieu à » frappé et humilié» , en un mot, « comme un homme de » douleurs, et qui savoit par expérience ce que c’est que l’in- » firmité et la foiblesse ‘ ». En sorte qu'ayant passé par toutes les misères de notre nature pécheresse, et ayant tout éprouvé, excepté le péché, vous ressentez tous nos maux, el vous y compatissez?, comme à des maux qui vous ont été communs avec nous. Et quoique vous n’ayez point été malade de ces maladies particulières , dont nous sommes si souvent exercés : vous avez porté la faim, la soif, la lassitude, la défaillance , qui sont les maladies communes de notre nature. Vous avez porté la frayeur, la crainte , l'ennui, la détresse, jusqu’à l’aconie; qui sont d’autres maladies des plus terribles. Vous avez porté des plaies, qui ont comme mis en pièces votre saint corps, et vous ont fait dire par la bouche de votre prophète, que vous n’aviez plus de figure humaine *, et que vous étiez un ver et non un homme‘. Ge qui a fait dire encore à un autre de vos prophètes : « Nous nous sommes approchés de » lui, nous l’avons regardé de près, et nous ne l'avons pas » connu : il nous a paru le dernier des hommes, et un homme » abîmé dans la douleur * ». Vous avez donc ressenti les plus grandes, les plus terribles et les plus douloureuses infirmités du genre humain malade : et si vous n’avez pas eu la fièvre, et les maladies de cette nature, qui pouvoient ne convenir pas à la perfection de votre tempérament, parce qu’elles viennent d’un déréglement des humeurs, que peut-être vous n'avez pas voulu souffrir en vous ; vous les avez toutes éprouvées dans la mortalité qui en est la source. C’est pourquoi par cette même sensibilité , qui vous a fait compatir à nos autres maux, VOUS avez aussi Compali à nos maladies ; et vous n'avez jamais guéri les malades , ou ressuscité les morts, ou consi-

Us. Lit. 2. 3. 4. — ? Heb. 1y. 15. nn LIU: 2. — Ps. xx 7. — PISALEN 20

tléré nos maux, que cette tendre compassion de votre cœur attendri ne vous ait ému. Ainsi vous pleurâtes avant que de ressusciter Lazare. Ainsi vous multipliâtes les pains, touché de compassion du peuple épuisé de travail’. Dans une oceasion semblable, vous dites encore : « J'ai pitié d’une si grande » multitude d'hommes : et je ne veux pas les renvoyer sans » manger, de peur que les forces ne leur manquent * ». Ces aveugles, qui connoissent combien vous êtes sensible à nos maux, vous disoient à cris redoublés : Ayez pitié de nous, Seigmeur, Fils de David. Nous écoutâtes leur voix : touché de compassion vous miîtes votre main miséricordieuse sur leurs yeux privés de la lumière , et ils reçurent lu vue *. Lorsque vous vîtes ce sourd et ce muet, vous commencâtes par gémis en levant les yeux au ciel“. Vous pleurâtes sur les malheurs prochains de Jérusulem *. Ge sentiment de compassion vous suivit toujours, quoiqu'il ne soit pas toujours exprimé. C'est ce cœur tendre et compatissant, ce cœur ému de pitié qui sollicitoit votre bras puissant en faveur de ceux dont vous voyez les souffrances. Ainsi cette compassion fut la source de vos miracles. Ce qui a fait dire à votre évangéliste, que lorsque vous « guérissiez tous les possédés, et tous ceux qui se » trouvoient mal, cela se faisoit pour accomplir cette prédic- » tion du prophète : 11 a pris nos infirmités, et il a porté nos » maladies ° ». Vous les portiez véritablement par Ja compassion, et vous soulagiez votre cœur en les guérissant.

O mon Sauveur! vous avez porté ces sentiments dans le ciel : et quoique vous vous n’yayez pu porter ces larmes, ces gémissements, ces émotions de vos entrailles, ces souffrances intérieures ; que vous ressentiez à la vue de tant de mäux dont notre nature est accablée, vous y en avez porté le souvenir, qui vous rend tendre , miséricordieux, compatissant envers tous vos membres, et envers tous ceux qui souffrent sur la terre. Car vous êtes ce charitable Samaritain ?, qui avez pitié de tous les blessés, de quelque nation qu'ils soient, plus que les prêtres et les lévites de la loi. Je res-

1 Matth. 1x. 36. —21b. xv. 32. — 3 Ib. xx. 30 et seq. — “ Marc.1x: 9%. —> Luc. xix. 41. —S Matth. vrrn. 16. 17. Is. vire. 4. —° Luc. x. 33.

sens donc, mon Sauveur, la vérité de cette parole : J'ai eu faim, j'ai eu soif, j'a été infirme, dans tous ceux que tous ces maux ont affligés. Otez-moi, d mon Sauveur !ce cœur de pierre. Que je sois compatissant comme vous : que je puisse dire avec votre apôtre : « Qui est infirme, sans que je le sois? » Qui est troublé et scandalisé, sans qu’un feu intérieur me » consume '? Que je meréjouisse », selon son précepte, «avec » ceux quise réjouissent », ce qui est facile et agréable à la nature : mais que je pleure sincèrement avec ceux qui pleurent *. Que je puisse dire avec vous : « J'ai faim, J'ai soif, je » suis étranger, sans logement ; je suis prisonnier, je suis » malade » en ceux et avec tous ceux qui le sont. Que ma compassion ne soit pas vaine, et qu'elle me porte au secours : que je les soulage efficacement comme cherchant moi-même à me soulager. Mais que je porte ma vue plus loin : que je médite sans cesse que vous avez transporté en vous leurs infirmités ; que vous souffrez en eux tous : enfin que vous avez dit, et que vous répèterez en votre dernier jugement : « Tou- » tes les fois que vous avez donné ce secours à un de mes » frères, » et encore des plus petits, afin que vous ne méprisiez aucune sorte de petitesse ; vous me l'avez donné à moimême *. À vous la gloire, à vous la louange, à vous l’action de grâces de tous ceux qui souffrent, c’est-à-dire, de tousles hommes, pour la bonté que vous avez eue de vous approprier et d'adopter leurs souffrances, et de les recommander à tous vos enfants, par un précepte qui est le seul dont vous parliez sur votre trône, à la face du ciel et de la terre, en présence des homnes et des anges. Amen, amen.

XCVI Jour. Venez, les bénis de mon Père : récompense des justes. (1bid.)

Venez les bénis de mon Père : Allez maudits ‘. Venez : parole d'amour et d'union : parole de l'Époux : Venez, mon épouse ma bien-aimée Ÿ : venez dans ma couche nuptiale : venez à [a jouissance de mes immortelles beautés. Car tout cela, sous une autre figure, c'est le royaume qui vous a été préparé :

LIT. Cor: x. 29,22 Rom.uxrrs 15.— Matth-xxv. 40 — "Ib. 34. 48, — à Cant. 1v. 8. À

c'est un trône pour signifier la magnificence et la gloire : c’est BR couche nuptiale, pour signifier l'abondance et la joie, et l’accomplissement du mystère de l'amour divin, en faisant avec Dieu un même esprit. À ce Venez de l'époux céleste, Pépouse de son éôté doit dire un autre Venez : Venez mon bienaimé". C’est ce qu'il faut dire en foi, en espérance en amour, dans l'esprit et avec les sentiments d’une épouse ardente et fidèle. £t l'esprit, et l'épouse disent : Venez : Que celui qui entend dise : Venez * : qu'il appelle à chaque moment, et du fond du cœur, l'Epoux céleste. Que votre règne arrive *, Que celui qui a soif vienne : qu'il vienne, celui qui a faim et quia soif de la Justice, et qu’il reçoive gratuitement l'eau vive‘ que Je lui prépare, gratuitement, par pur amour, par pure miséricorde : car encore que je récompense les œuvres, c’est dansles œuvres mes dons que je récompense: c'està remonterà l'origine ma grâce que je couronne. C’est moi qui préviens : c’est moi qui attire: c'est moi qui donne le premier. Il faut done venir; et en venant m'inviter à venir moi-même, et à dire ce dernier Venez, qui consomme la félicité et l’œuvre de la rédemption. Oui, je viens bientôt : Il est ainsi, Amen. Je scelle cette vérité dans les cœurs : Venez, Seigneur Jésus , venez * : c’est par où finit l’Écriture, c'est le dernier avertissement qu'elle nous donne, comme celui qu'elle veut laisser le plus vivement empreint dans nos cœurs.

Venez, les bénis, les chéris de Dieu. O mon Sauveur, que j'entende le mystère decette secrète bénédiction, par laquelle vous nous avez bénis avant l'établissement du monde, en nous préparant votre royaume! Mais qu'est-ce, à Seigneur ! votre royaume? sinon votre justice, votre vérité régnante sur les esprits, pour en animer tous les mouvements : « lorsque Jé- » sus-Christ mettra à vos pieds tout le peuple racheté, se » J’assujettissant totalement par l'opération de sa toute- » puissance » : en sorte qu'il n'y paroisse « que lui, et que » Dieusoit tout en tous, et nous avec lui un même esprit °», par l’effusion de sa gloire et la parfaite conformité de notre

? Cant. vn. 11. — ? Apoc. xx11. 16: — * Matth. vi. 10. — * Apoc. x 10 Ib 20 WT Cor. xy. 2%, 25.et seq Philipe TT. 21. MCoravre 17:

volonté avec la sienne. Ainsi ce qui fera notre règne, c'est le règne de Dieu sur nous. Lorsque tout lui sera assujetti, tout ira selon le mouvement de son esprit. Maintenant il y a en nous quelque chose de sujet, et aussi quelque chose de rebelle. Mais alors tout sera sujet : et cette sujétion bienheureuse qui est notre parfaite félicité étant accomplie dans le chef et dans les membres, l’œuvre de Jésus-Christ sera parfaite. Venez donc, à bénis de Dieu ! venez à ce bienheureux royaume ! entrez dans la joie de votre Seigneur.

ACVII: Jour. Retirez-vous, maudits : allez au feu éternel : condamnation des impies. (ibid.)

Au lieu de ce Venez si ravissant, plein d’une admirable douceur, qui satisfera le cœur de l'homme sans lui laisser rien à desirer : les méchants, les impénitents entendront cet impitoyable Allez, Retirez- vous ‘ : et où iront-ils, les malheureux ? Où, en s’éloignant du souverain bien, sinon au souve— rain mal? Où en s’éloignant de la lumière éternelle, sinon à ces ténèbres extérieures, ténèbres affreuses, plus palpables que celles de l'Égypte? Où, en perdant la joie éternelle, si ce n’est aux pleurs, au désespoir, à la rage, au grincement de dents, à l’éternelle fureur ! « Allez : retirez-vous, ouvriers » d’iniquité. Retirez-vous, je ne vous connois pas v. Ma marque n'est point en vous : « jene vous ai jamais connu *». Vos œuvres ont été trompeuses, défectueuses, passagères en tout cas, et destituées de persévérance : vous n'êtes point de ceux sur lesquels est ce sceau de Dieu : « Le Seigneur connoît » ceux qui sont à Jui *. Allez, maudits. Vous avez aimé la » malédiction, et elle viendra sur vous. Elle vous est attachée » comme votre habit, comme la ceinture qui vous environne » elle a pénétré la moelle de vos os ‘. Allez au feu, » arbre infrüctueux, qui n'êtes plus bon qu'à brûler : allez au feu éternel * : nulle goutte de rosée, nul rafraichissement ne viendra jamais sur vous. Allez à ce feu qui est préparé au diable : à celui qui dès le commencement n'ayant point voulu demeurer dans la vérité, est menteur ef père demensonge, meurtrier

TMatth.0x sm ACID. y. 2.3. x av 010. CI im. 1410. 4 Ps. ovrir. 18. 19. — Matth. xxv. 41.

calomniateur, tenlateur et accusateur des saints ; d'où vient toute iniquité : allez en sa détestable compagnie, imitateurs de son orgueil etde son impénitence, participez à ses peines : qu'il soit votre tyran, votre bourreau. Puisque vous avez voulu vous mettre dans son esclavage, portez éternellement ce joug de fer , vous quiavez refusé le doux joug de notre Seigneur. Mais voici le comble des maux: Dieu contre vous avec toute sa justice et sa puissance. Écoutez, tremblez ; e’est lui qui parle : « Si vous ne m'écoutez pas, si vous méprisez mes comman- » dements je mettrai ma face contre vous : j’écraserai votre » dureté et votre orgueil : je multiplierai vos plaies : comme » vous marchez contre moi, je marcherai contre vous avec » un cœur d'ennemi *. Vous serez frappé » tout ensemble dans le corps, « de pauvreté, de peste, de froid et de chaud : » dans l'esprit, de folie, d’aveuglement et de fureur: le ciel » sera de fer sur vos têtes, et la terre d’airain sous vos pieds: » votre rosée sera la poussière * » : vous ne porterez jamais de fruit : « parce que vous n'aurez pas voulu servir le Sei- » gneur en joie et dans l'abondance de toutes sortes de biens, » vous serez mis dans l'esclavage de votre ennemi, dans la » faim, dans la soif, dans la nudité, dans l’indigence de tout : » il mettra sur vos épaules un joug de fer ‘ ». Outre toutes ces plaies que vous entendez, Dieu vous en enverra de plus terribles que ne sont point écrites dans ce livre, et qui passent tout ce qu'onpeutexprimer par le langage humain: « et comme » le Seigneur s’est réjoui en vous faisant du bien il prendra » plaisir maintenant à vous perdre, à vous renverser * ». Vous serez à jamais sous cette impitoyable verge ; sous cette verge veillante, qu'a vue le prophète * : car le Seigneur veillera éternellement sur votre iniquité et « ne cessera de vous » briser, de vous mettre en pièces’. Pourquoi crierez-vous » inutilement? Votre plaie est incurable : je l'ai faite à cause » devotre iniquité et votre dure malice », dit le Seigneur par la bouche de Jérémie * : votre endurcissement a causé le mien : vous m'avez rendu inexorable, impitoyable, inflexible : Allez.

! Joan vit. 44. — ? Lev. xxvi. 14.17. 19. 21. 27. 28. — $ Deut. AVI 222809. 94 =" 1b.47. 48. "ID 61.63. —Jerem.r. 11. 12: — Dan. 1x. 14. — % Deut. xxvi11. 48, 61. — ‘ Jerem. Xxx- 15.

Et ils iront. au supplice éternel : et les justes à la vie éternelle ‘. C’est par là que Jésus finit sa prédication. C'est ce qu’il nous laisse à méditer : et il n’a rien de plus important à dire au peuple.

Après donc qu'il eut fini tous ces discours *, il ne songe plus qu'aux préparatifs de sa mort : à la pâque ancienne ; à la nouvelle, aux dernières instructions qu'il voulait laisser à ses apôtres , à la cène, et après la cène, à la dernière prière par laquelle il commença son sacrifice : finalement à sa mort.

XCVIIE Jour. Jérémie figure de Jésus-Christ. Prédictions de ce prophète.

Lequel des prophètes vos pères n’ont-ils point persécuté °? Un de ceux qu'ils ont le plus persécuté pour leur avoir dit la vérité et qui par {à s’est rendu une des plus illustres figures de Jésus-Christ, continuellement persécuté pour le même sujet, c'estle prophète Jérémie.

Ça été un des plus saints hommes de l’ancienne loi. C’est le seul de tous les prophètes dont il est écrit : « Je tai connu » avant que de t'avoir formé dans lesein de ta mère, etavant » que tu en sortisses, je l'ai sanctifié‘». Une sainteté avancée dans ce prophète à été une des figures les plus excellentes de celle du Saint des saints : mais comme Dieu vouloit donner à Jérémie une grande part à la sainteté de Jésus-Christ, il lui en a donné une très-grande à ses persécutions et à sa croix.

Dieu avoit choisi Jérémie pour annoncer à son peuple deux terribles vérités : l’une , que la cité sainte et le temple même alloient être détruits et réduits en cendres par l’armée de Nabuchodonosor : l’autre, que le seul moyen qui restoit au peuple, aux princes, au roi même, d'éviter le dernier coup, étoit de se soumettre volontairement à ce roi, que Dieu avoit choisi pour son vengeur : en sorte qu’il ne vouloit pas qu'on lui résistât, mais qu'on subit volontairement le joug que Dieu avoit mis entre ses mains pour l’imposer au roi de Judée, et à tout son peuple.

Jérémie par ordre de Dieu annoncçoit ces vérités : « Quoi! » je ne visiterai pas les iniquités de ce peuple, dit le Sei- » gneur? Je ferai de Jérusalem un monceau de sable, la re-

1 Matth. xxv. 46. — ? Ib. xxvi. 1. — $ Act, vir. 52, — % Jerem. 1. 5.

» traite des serpents; et les villes de Juda seront désolées » etsans habitants’, Voicice que ditle Seigneur », s'écrie-t-il en un autre endroit ?: « J’amènerai sur cette ville des maux » horribles, en sorte que tous ceux qui les écouteront, leurs » oreilles leur tinteront d’étonnement et de frayeur. Elle sera » un sujet d'étonnement, de dérision, et de sifflement à » toute la terre : et tu briseras en leur présence un pot de » terre; et tu diras : Ainsi je briserai mon peuple, et je met- » trai cette ville en pièces, comme on y met un pot de terre» : ce ne sera pas comme on brise un vaisseau d'or, ou d'étain, ou de quelque autre métal, qu’on peut refondre et ressouder : « mais ce sera comme on casse, et on met en pièces un pol » de terre, qu'on ne peut plus raccommoder : et ils seront » ensevelis dans Tophet », lieu abominable, parce que toute la ville sera ruinée, et les environs seront remplis de ces ruines; ef il ne restera pour les ensevelir, que cette exécrable vallée, infâme à jamais par les sacrifices impies qu'y ont offerts les Israélites, en brülant leurs fils et leurs filles à Moloch: « Ainsi je ferai àcette ville, et à tous ses habitants : elle sera » déserte, et abominable, comme Tophet ». Et pour ce qui regardait letemple : Ne vous fiez point, disoit-il Ÿ, en ces paroles de mensonge, en disant : Le temple du Seigneur , le temple du Seigneur, le temple du Seigneur : comme si la sainteté de ce temple étoit capable de vous sauver seule : « car je ferai à » cette maison, en laquelle mon nom a été invoqué, comme » j'ai fait à Silo, ancienne demeure de l'arche que j'ai dé- » truite et rejetée ». Et le Seigneur dit encore à Jérémie *.' Va-t-en à l'entrée de la maison du Seigneur : car c’est là que je veux que tu en annonces la ruine : «et tu leur diras : Je » ferai que cette maison sera comme Silo, un lieu désert et » abandonné ; et je ferai qué cette ville sera en malédiction » à tous les habitants de la terre ».

Il n'épargnoit pas les rois. « Voici ce que dit Je Seigneur à » Joachim, fils de Josias, roi de Juda : On ne pleurera point » à sa sépulture : et ses sœurs ne diront pas : Hélas! mon frère : ni elles ne se plaindront les unes les autres, en di-

LA

Pere elle ID, XIX 20410, 11, -—<7 Ib, VINS 12 16 #Tbid, XXV1.2.76.

» sant : Hélas ! ma sœur : on ne criera point en pleurant : » Hélas! Prince: hélas! Seigneur. EH sera enseveli de la sé- » pulture d’un âne ; il est pourri, et on l'a jeté hors des » portes de Jérusalem ». Son fils ne sera pas plus heureux. « Quand Jéchonias, fils de Joachim, roi de Juda, seroit » comme un añneau dans ma main droite, je l’en arracherai » dit le Seigneur : Je te livrerai entre les mains du roi de » Babylone; et je t'enverrai toi et ta mère qui l’a porté dans » ses entrailles, dans une terre étrangère, et vous y mour- » rez. Terre, terre, terre, écoyte la parole du Seigneur. » Voici ce que dit le Seigneur : Écris, que cet homme sera » stérile et n'aura aucune prospérité durant ses jours » : parce qu'encore qu'il doive avoir des enfants, fl n’en aura point qui lui succède, ni qui soët assis sur le trône de David’, ne prédisoit pas à Sédécias une plus heureuse destinée. « Voici ce qu'a ditle Seigneur au roi qui est assis sur le trône » de David, et à tout le peuple : Fe vous enverrai le glaive, » et Ja famine, et la peste : et vous serez en étonnement, » ensifflement, et en horreur à tous les peuples du monde *. » Sédécias roi de Juda n’évitera pas les mains des Chaldéens » et du roi de Babylone” »,et le reste qu’ilprophétisa publiquement, eten présence du roi, durant que la ville étoit assiégée. Jérémie étoit devenu odieux aux rois, aux sacrificateurs, aux prophètes et à tout le peuple, à cause qu'il annonçoit ces vérités. Et ce qui les animoit davantage, c’est qu'il leur disoit, que c'étoit à cause de leurs péchés , de leurs idolâtries, de leurs injustices, de leurs violences , de leurs fraudes, de leur avarice, de leurs impudicités et de leurs adulières, de leur endureissement et de leur impénitence, que tous ces maux leur arriveroient, sans qu'il y eût pour eux aucune res— source. « Voiei ce que dit le Seigneur : Ne vous trompez pas » vous-mêmes, en disant : Les Chaldéens se retireront » ; ear ils reviendront bientôt ; «et ne se retireront plus : et ils » prendront, et ils brüleront eette ville. Et quand vous au- » riez défait toute leur armée, et taillé en pièces vos enne- » mis, en sorte qu'il n'y reste qu'un petitnombrede blessés,

WJérem AIR LS 002195 20 0080 EI CLS — BRAUN MID XIV. 1.2.4

» ils sorüront de leurs tentes un à un, et ils brüleront cette » ville ‘». La seule ressource qu'il leur annoncoit, étoit de se rendre aux ennemis : « Tu diras à ce peuple : Voici ce » que dit le Seigneur : Je mets devant vous la voie de la vie » etla voie de la mort : celui qui demeurera en cette ville, » mourra de l'épée, de la famine, et de la peste ; mais celui » qui en sortira, et se rendra aux Chaldéens qui vous assié- » gent, vivra : et son âme lui sera comme une dépouille qu'il » aura sauvée des mains des ennemis : car j'ai mis ma face » contre cette ville en mal, et non pas en bien; etil faut » qu’elle soit livrée au roi de Babylone, et qu’il la consume » par le feu * » : ce qu'il répéta encore à Sédécias *.

Page 1