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rius, qui le détruisait? Oa avait cru jusqu'ici que ce saint concile de deux cents évêques assemblés de toute la terre , et auquel tout le reste de l'univers donnait son consentement, avait parlé convenablement contre cette erreur , en décidant que la sainte Vierge était vraiment mère de Dieu; car il n'y avait rien de plus précis pour faire voir que Jésus-Christ était né Dieu, également Fils de Dieu et fils de INIarie : ce qui ne laissait aucune évasion à ceux qui divisaient sa personne , et ne voulaient pas avouer qu'un enfant de trois mois fût Dieu. C'était donc là de ces expressions inspirées de Dieu à son Église, comme le consubstantiel , comme les autres que tous les siècles suivants ont révérées. Mais écoutons M. Jurieu, l'arbitre des chrétiens et le censeur souverain des premiers conciles œcuméniques : Ce fut, dit-il', aux docteurs du cinquième siècle une témérité malheureuse d'innover dans les termes, en appelant la sainte Vierge mère de Dieu; terme qui n'était point dans l'Écriture: au lieu de se contenter de l'appeler, avec F Écriture mère de Jésus-Christ. Le ministre continue : « Aussi Dieu n'a-t-il pas versé sa bénédiction sur « la fausse sagesse de ces docteurs : au contraire , « il a permis que la plus criminelle etla plus outrée de « toutes les idolâtries de l'antichristianisme ait pris « son origine de là ; » il veut dire la dévotion à la sainte Vierge. Mais il faut bien avouer qu'elle était devant ce concile, puisque l'église où il était assemblé , et qui sans doute était bâtie avant qu'il se tînt, s'appelait Marie » , du nom de cette mère vierge , et que longtemps avant ce concile , saint Grégoire de Nazianze avait raconté qu'une martyre du troisième siècle avait prié la sainte vierge Maine d'aider une vierge qui était en péril 3, Le ministre devrait donc dire , selon ses principes , que ce fut en punition de cette idolâtrie du quatrième siècle, que Dieu livra le cinquième, qui la suivit, à la téméraire entreprise d'appeler Marie mère de Dieu. Mais quelle est donc cette faute des Pères du concile d'Éphèse , si hautement censurée par votre ministre ? Est-ce que la bienheureuse Vierge n'est pas en effet mère de Dieu? Le ministre n'ose le dire. C'est donc à cause que cette expression , si propre à confondre l'erreur qui partageait Jésus-Christ, n'était pas dans l'Écriture? A ce coup , que deviendra l'/tomooMsios de Nicée et le Dei/srfeZJ^o du même concile? Il deviendra ce que dit Calvin 4, une expression dure qu'il eût fallu supprimer ; puisque même , selon cet auteur ^ , le Fils de Dieu est Dieu lui-même comme son Père , et n'en reçoit pas l'essence divine. C'est ainsi que ces téméraires censeurs méprisent les plus saints conciles et toute l'antiquité ecclésiastique. Le concile d'Éphèse ne leur est plus rien; celui de Nicée n'est pas plus ferme : en méprisant les expressions propres et précises qui servaient de barrière aux dogmes contre les fuites et les équivoques des hérétiques , ils ou-
' Lett. XVI, I. an. p. 130, 131. — ' Concil. Ephes. act. i; Labb. iom.m, col. 445. — ^ Orat. in Cypr. etJust. tom. i,p. 279. * Opusc. expUc. perfid. Falent. Gent. p. 673, 681. — 5 Ihid. 665, 672, e/c. I. Instit. n. 13, 10. Valent, etc.
vreut la voie aux sociniens. En effet , ces téméraires docteurs n'épargnent rien. Ils nous ont fait un christianisme tout nouveau, où Dieu n'est plus qu'un corps ; où il ne crée rien , ne prévoit rien que par conjectures , comme nous ; où il change dans ses résolutions et dans ses pensées ; où il n'agit pas véritablement par sa grâce dans notre intérieur; où Jésus-Christ n'est qu'un homme ; où le Saint-Esprit n'est plus rien de subsistant; où, pour la'grande consolation des libertins, l'âme meurt avec le corps, et l'éternité des peines n'est qu'un songe plein de cruauté. Tel est ce nouveau christianisme que Socia et ses sectateurs ont introduit. Vous vous écriez avec raison contre ces blasphèmes ; mais ces subtils adversaires ne s'étonnent pas de vos cris. Pourquoi se tant récrier? vous diront-ils : vos ministres sont pour nous; vous leur avez vu attribuer aux premiers docteurs de l'Église la partie la plus importante des dogmes qui vous font peine dans notre doctrine. Dieu change , Dieu est un corps; le Fils et le Saint-Esprit ne sont pas des choses subsistantes de toute éternité; la grâce et le péché originel sont des dogmes que les premiers siècles ne connaissaient pas : c'est ce que nous avons déjà gagné de l'aveu de vos ministres. Vous vous accoutumerez peu à peu à tout le reste de nos dogmes, et alors la réformation sera vraiment accomplie. Vous le savez : c'est ainsi qu'ils parlent; mais que leur répondrez-vous, selonles principes de votre ministre? Pendant qu'ils abusent de l'Écriture , et la tournent en mille manières plausibles au sens humain qu'elles flattent , si vous pensez, mes chers frères, donner un frein à leur licence, en disant qu'ils ne peuvent montrer un seul auteur chrétien qui ait entendu l'Écriture comme ils font; et plutôt, qu'on leur montrera que tous les auteurs leur sont contraires : cette preuve , la plus sensible et la plus propre à leur conviction qu'on puisse leur opposer, par le secours de vos ministres n'est plus qu'un jouet de ces esprits libertins. Leur vanterez-vous le quatrième et cinquième siècle, l'autorité de leurs conciles , et les lumières admirables de leurs docteurs : mais c'est la source et le siège de l'idolâtrie antichrétienne. Irez-vous aux siècles précédents : mais tout y est plein d'erreurs et d'ignorance ; et vos ministres leur y font trouver plus de partisans que de censeurs. Qu'y a-t-il donc d'entier dans le christianisme , et où le trouveronsnous dans sa pureté ?
Dans l'Écriture , dites-vous? Voilà de quoi on vous flatte; mais vous ne considérez pas que, pour l'honneur de l'Écriture, il faut trouver quelqu'un qui l'ait entendue : or, si nous en croyons votre ministre, il n'y eut jamais de livre plus universellement mal entendu que cette Écriture , ni de doctrine plus tôt oubliée que celle de Jésus-Christ , ni enfin de docteurs plus malheureux que les apôtres; puisqu'à peine avaient-ils les yeux fermés, que l'Église qu'ils avaient plantée fut toute défigurée par des erreurs capitales. Et par qui est arrivé ce malheur sur le travail des apôtres ? Par leurs disciples , par leurs successeurs, par ceux qui remplirent leurs chaires incontinent après eux, par ceux qui versaient