EXTRAITS DES LETTRES DE M. RURNET
après les autres; la foi s'éteint, la raison humaine en prend la place, et on y tombe à grands flots dans l'indifférejiice des religions. Il n'y a qu'à écouter sur cela M. Jurieu, et le synode de Roterdam : on en a vu les actes et les témoignages : on en voudrait revenir à retenir les esprits par l'autorité, et on ne trouve que celle des princes qu'on puisse opposer à ce torrent; ce qui n'est bon qu'à tenir peut-être les langues un peu plus captives , et à faire couver sous la cendre un 'feu qui éclatera en son temps avec plus de force. Si ce parti d'indifférents prévaut parmi vous, et que ce torrent vous emporte, vous n'aurez qu'à nous dire encore : Quelle merveille, que l'on varie parmi nous! nous n'étions pas infaillibles. Ceux-là même qui tâchent de vous redresser, varient d'une manière pitoyable. Dès que M. .Turieu entreprend de justifier les variations, et d'en montrer dans l'Église , le voilà visiblement emporté lui-même de l'esprit de variation et de vertige : l'immutabilité de Dieu , l'égalité des Personnes ne tient plus; la foi de Nicée vacille, les fondements delà religion sont écroulés; l'antiquité la plus pure ne les a pas connus : le ministre ne laisse rien en son entier, et tout fourmille d'erreurs dans ses écrits. Il trouve des exceptions à l'Évangile : la réforme n'a plus de ressource que dans l'autorité des princes ; et JVl. Jurieu veut la contraindre à les reconnaître pour chefs , également maîtres de la religion et de l'État. Malgré ces nouveautés et ces erreurs, tous les sj-nodes se taisent devant lui. Qui sait si ses sentiments ne prévaudront pas, ou si les tolérants, mal attaqués par un homme qui n'a ni principes ni suite dans ses discours, ne prendront pas le dessus? N'importe; et quoi qu'il en arrive, il n'y aura qu'à nous dire : Nous n'étions pas infaillibles. Mais cela même, c'est avouer en d'autres termes que si on ne connaît point d'Église infaillible, on est exposé à changer sans fin , sans pouvoir trouver d'autre repos que celui de l'indifférence des religions. C'est ce qu'on avait prévu qui arriverait à la réforme : cent preuves invincibles le démontraient; et nous avons maintenant pour nous la plus claire comme la plus forte de toutes les preuves, c'est-à-dire, l'expérience. Que si ces variations et cette légèreté vous paraissent la suite inévitable de la doctrine qui ne connaît point l'Église pour infaillible , et qu'il n'y ait point de milieu entre tourner à tout vent, et s'appuyer sur l'autorité des décisions ecclésiastiques, comme sur une pierre inébranlable , on voit où est le salut du christianisme. Je n'ai donc plus rien à dire. Que M. Jurieu réplique ou se taise, je garderai également le silence. Assez de gens le réfuteront dans son parti, si on y laisse la liberté de le faire; et il ne sera pas longtemps sans se réfuter lui-même. Que dirais-je donc à un homme à qui la faiblesse de sa cause, autant que son ardente imagiijation , ne fournit que des idées cfui s'effacent les unes les autres? Qu'il dogmatise donc , à la bonne heure , et qu'il prophétise tant qu'il lui plaira ; je laisserai réfuter ses prophéties au temps, et sa doctrine à lui-même, et il ne me restera qu'à prier Dieu qu'il ouvre les yeux aux
protestants , pour voir ce signe d'erreur qu'il élève au milieu d'eux, dans l'instabilité de leur doctrine.