‹ uvres de BossuetChapitre 67 sur 140 · RÉPONSE · texte numérisé non relu

RÉPONSE

k diverses calomnies qu'on nous fait sur l'Éctlkire et sur d'autres points.

Après de si grands éclaircissements sur la promesse de Jésus-Christ, vous offenserai-je, mes frères, si je vous conjure de vous y rendre attentifs ? Donnez encore deux heures de temps à relire notre première Instruction pastorale : vous aurez honte des chicanes dont on s'est servi pour y répondre, et des minuties oij l'on a réduit le mystère du salut. Surtout, vous y trouverez en quatre ou cinq pages la résolution manifestede ladifliculté où votre ministre vous jette d'abord '. Il vous fait craindre, mes frères, de prendre à la lettre et dans toute son étendue lapromessede Jésus-Christ; et il tâche de vous faire accroire que nous ne la proposons que dans le dessein de jeter les hommes dans l'ignorance, et de leur rendre l'Écriture sainte non-seulement îm<;//e, mais encore dangereuse * : il conclut, sur ce fondement, que nous inspirons le mépris de l'Écriture^, et ce n'est pas là, poursuit-il, une illusion^; une conséquence qu'on nousattribue : M. de Meaux renseigne précisément et nettement. A cela que répondrai-je? me plaindrai-je de la calomnie.? en demanderai -je réparation ? Cela serait juste; mais le salut de mes frères m'inspire quelque chose de meilleur. Je demande, en un mot, par quel endroit prétendent-ils que nous voulons introduire l'ignorance? Est-ce à cause que nous disons que la science du salut ne s'éteint jamais dans l'Église? Est-ce induire à mépriser cette science, que de montrer où elle est toujours?

Mais vous dites qu'on n'a pas besoin de chercher sa foi dans les Écritures ? Le catholique répond : Il est vrai , je n'ai pas besoin de la chercher, parce quelle est d'abord toute trouvée. J'ai dit mon Credo avant que d'ouvrir l'Écriture ; vaut-il mieux en commencer la lecture dans un esprit de vacillation

' Prcm. Inst. sur les Prom. de l'Église. —-T. n , /. 4 , >;. n" 10 , etc., p. 544, 546, 547, 553, etc. — » P. 546. — » P.

et d'incertitude, que dans la plénitude de la foi?

Mais , poursuit-on , l'Écriture est donc inutile , si on a déjà la foi sans elle? N'est-ce donc rien de la confirmer, de l'animer, de la rendre agissante par l'amour ; d'en peser toutes les promesses , tous les préceptes, tous les conseils; de s'en servir pour mieux entendre ce qu'on croit déjà ; et, dans l'occasion , pour convaincre l'hérétique et l'opiniâtre qui ne veut pas croire à l'Église ? Mon Instruction précédente a reconnu ces utilités dans l'Écriture; et vous nous faites accroire que nous croyons inutile ce qui produit de si grands fruits!

La calomnie est bien plus étrange, de nous faire dire que nous la trouvons dangereuse. Mais qui jamais parmi nous a proféré ce blasphème? Sous prétexte qu'il est dangereux de vouloir interpréter l'Écriture par son propre esprit , et qu'il n'y a de salut que de l'entendre humblement comme elle a toujours été entendue, on nous fera dire que nous la trouvons dangereuse! Seigneur, jugez-nous, et inspirez à nos frères des sentiments plus équitables.

Nous méprisons les saints livres : le peut-on seulement penser ? Est-ce mépriser l'Écriture , que de dire qu'elle a son sens simple et naturel, qui a frappé d'abord les esprits des fidèles? Lorsqu'ils écoutaient, qu'au commencement le Verbe était, et qu'eV était en Dieu, et ({n' il était Dieu ' , ils ont entendu qu'il était Dieu, non point en figure, mais naturellement et proprement; et c'est pourquoi l'évangéliste ajoute après, non pas qu'il a été fait Verbe ou qu'il a été fait Dieu , mais qu'étant Ferbe et étant Dieu devant tous les temps, il a encore dans le temps été fait homme. Est-ce mépriser l'Écriture, de dire que ce vrai sens a fait impression sur les fidèles, qu'on se l'est transmis les uns aux autres , et qu'Arius , qui l'a rejeté, l'a trouvé établi dans l'Église? J'en dis autant des autres dogmes révélés de Dieu et nécessaires au salut : le vrai chrétien n'en a jamais pu douter : et, sans aucun examen, sa foi est formée. Est-ce donc là ce qu'on appelle mépriser l'Écriture? n'est-ce pas plutôt l'honorer, et, sans crainte de s'égarer, y trouver la vie éternelle?

Mais vous avez dit, m'objecte- t-on», qu'on avait instruit des peuples entiers sans leur faire chercher leur foi dans les Écritures, et qu'en effet « la charité « ne permettait pas d'attendre à prêcher la foi jus- « qu'à ce qu'on sûtassez des langues barbares pour « y faire une traduction aussi difficile et aussi im- « portante que celle des livres divins , ou bien d'en « faire dépendre le salut des peuples ^. » Il est vrai, je reconnais mes paroles; mais le ministre , qui me les reproche, ne devait pas oublier que c'est là un fait incontestable , et le sentiment exprès de saint Irénée, évêquede Lyon, que j'ai marqué en ces termes, comme connu de tout le monde : « Saint « Irénée et les autres Pères en ont fait la remarque « dès leur temps 4. » Le passage de ce saint martyr n'est ignoré de personne; le ministre l'a vu marqué dans ma précédente Instruction , et n'a pu le nier. Lisez-le, mes frères, comme un témoignage

' Joan. 1,1.—' T.n, jp. 550. — ^ Inst. past. — < Jbkl.

IP INSTRUCTION PASTORALE

authentique de la foi de nos ancêtres, puisque c'est la foi d'un saint qui a conversé avec les disciples des apôtres , et qui a illustré le second siècle par sa doctrine et par son martyre : l'Église gallicane a eu l'avantage particulier de l'avoir pour évêque , dans une de ses plus anciennes et principales Églises ; et ce nous doit être une singulière consolation , de trouver dans ses écrits un monument domestique de notre foi. Voici ses paroles : « Si les apôtres, « dit-il ' , ne nous avaient pas laissé les Écritures, "■ ne fallait-il pas suivre la tradition qu'ils laissaient « à ceux à qui ils confiaient les Églises ! ordre qui se « justifie par plusieurs nations barbares qui croient '<■ en Jésus-Christ, sans caractère et sans encre, « ayant la loi du salut écrite dans leurs cœurs par « le Saint-Esprit , et gardant avec soin la foi d'un « seul Dieu créateur du ciel et de la terre, et de tout « ce qu'ils contiennent , par Jésus-Christ Fils de « Dieu; » et le reste qu'il est inutile de rapporter. Il suffit de remarquer seulement qu'il détaille et spécifie tous les articles qu'on apprend sans les Écritures ; et voilà en termes très-clairs la foi salutaire, sans le secours de ces livres divins.

Votre ministre s'élève ici contre moi , sur ce que je dis : que ces peuples étaient sauvés sans qu'on leur portât autre chose que le sommaire de la foi dans le Symbole des apôtres », et il ne veut pas qu'on lui en parle. Mais qu'il l'appelle comme il voudra; il faut bien avouer, au fond, qu'il y avait un sommaire de la foi semblable à celui que nous avons : qu'on l'appelle, ou, comme parlait dans un autre endroit le même saint Irénée 3 , la règle immobile de la vérité qu'on recevait dans le baptême, ou, avec toute l'antiquité, le Symbole des apôtres; toujours est-il bien certain que la doctrine n'en pouvait venir que de ces hommes divins qui ont fondé les Églises. Ne vous lassez point, mes chers frères, et écoutez la suite du passage de saint Irénée , que nous avons commencé. « Ceux, dit-il 4, qui ont reçu « cette foi sans les Écritures , selon notre langage, « sont barbares ; mais pour ce qui regarde le sens , « les pratiques et la conservation selon la foi , ils « sont extrêmement sages , marchant devant Dieu « en toute justice , chasteté et sagesse ; et si quel- « qu'un leur annonce la doctrine des hérétiques, « on les verra fermer leurs oreilles et prendre la « fuite le plus loin qu'il leur sera possible, ne pou- « vaut seulement souffrir ces blasphèmes ni ces « prodiges, à cause, répondront-ils, que ce n'est « pas là ce qu'on leur a enseigné d'abord, >' Vous le voyez, mes chers frères, ces barbares, si bien instruits sans les Écritures, n'étaient pas de faibles chrétiens, mais très-fermes dans la foi et dans les œuvres , et très-pleinement instruits contre la doctrine des hérétiques. Si c'était moi qui parlasse ainsi; combien votre ministre se récrierait-il que je méprise les Écritures, en les déclarant inutiles ! Mais les saints, de qui nous avons reçu les livres divins, ne craignent pointée reproche; car ils sa-

' Iren. adv. Har. lib. m, cap. i. — ' /. Inst. past. Rcp. du Min. p. 6B1. — ' Lib. I. ci. — 4 Lib. m, c, 4.

valent que l'Écriture viendrait en confirmation de la foi , qu'ils avaient reçue sans elle ; et louant la bonté de Dieu, qui, pour s'opposer davantage à l'oubli des hommes, avait rédigé la foi dans les écrits des apôtres , ils ne laissaient pas de bien entendre qu'on pouvait être parfait chrétien sans les avoir.

Vous voyez maintenant la cause du silence de votre ministre sur le passage de saint Irénée : c'est qu'il a senti qu'il ne laissait point de réplique, et il a seulement tenté de lui opposer un endroit de saint Chrysostôme ' , « où il assure positivement « que les Barbares, Syriens , Égyptiens , Indiens, « Perses , Éthiopiens, avaient appris à philosopher « en traduisant chacun dans sa langue l'évangile «de saint Jean. » Il triomphe de cette parole en disant : Qiie M. de Meaux démente , s'il veut, saint Chrysostôme. Mais je ne veux non plus démentir saint Chrysostôme que saint Irénée. Il ne convient qu'aux ennemis de la vérité, de chercher à commettre entre eux ses défenseurs, plutôt que de les concilier ensemble, comme il est aisé en cette occasion.

I! n'y a pas ombre d'opposition entre saint Irénée, qui assure que , de son temps , il y avait des peuples entiers qu'on regardait dans toute l'Église comme parfaits chrétiens, sans qu'ils eussent l'Écriture sainte; et saint Chrysostôme qui dit, deux cents ans après, qu'elle se trouve chez les peuples qu'on lui vient d'entendre nommer. Car d'abord il est bien certain que , dès le temps de saint Irénée , des peuples entiers, que saint Chrysostôme n'a pas nommés , avaient recula foi. Saint Justin, qui a souffert le martyre un peu devant saint Irénée , compte parmi ceux où la foi avait pénétré, jusqu'à ces Scythes vagabonds et presque sauvages , qui traînaient sur des chariots leurs familles toujours ambulantes ». Qu'on ait traduit l'Écriture dans leur langue, ni saint Chrysostôme ne le dit, ni il n'en reste aucune mémoire dans toute la tradition ecclésiastique ; et quand il serait certain (ce qui n'est pas) que les peuples dont saint Chrysostôme a parlé, comme ayant traduit l'Écriture, seraient les mêmes dont saint Irénée a si positivement assuré qu'ils ne l'avaient pas de son temps , notre cause n'en serait pas moins en su reté, et il detneurerait toujours pour également incontestable , qu'on peut être parfaitement chrétien sans l'Écriture , par la seule autorité de la tradition , comme a parlé saint Irénée.

Il sera donc véritable qu'on doit à la vérité donner l'Écriture , le plus tôt qu'on peut , à tous les peuples chrétiens; mais, sans discuter davantage ni. saint Justin, ni saint Irénée, ni saint Chrysostôme, il n'y a point de protestant si déraisonnable, pour laisser périr quelques peuples dans leur ignorance , sous prétexte qu'on n'aurait encore pu traduire en leur langue les livres sacrés.

Sans parler des peuples barbares qu'on aurait sauvés par la foi, avant même qu'ils pussent avoir

' r. II, p. BDI. Hom. i, inJoan. — '» y^pol. il, cl adv. Tryph.

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

les Ecritures, il est bien certain que la méthode commune de tous les chrétiens est de faire dire Credo à ceux qu'on instruit, grands et petits, dès qu'on leur présente l'Écriture sainte, et avant qu'ils l'aient ouverte. Qu'on dise tout ce qu'on voudra du Symbole des apôtres, ce sera toujours un fait véritable qu'il est reçu et pratiqué partout ce qui porte le nom de chrétien , et que , pour en suivre la méthode, il faudra toujours faire connaître aux fidèles l'Église catholique, avant qu'on leur ait nommé l'Écriture sainte , dont le Symbole ne fait aucune mention; c'est-à-dire que les apôtres, dont ce Symbole a pris tout l'esprit , ont reconnu dans l'Église catholique la source primitive de la foi et du salut.

C'est là que tout hérétique demeurera court; et encore que le nom même de l'Église catholique ne se trouve pas dans l'Écriture , ce sera toujours sous l'autorité de ce nom que les fidèles seront élevés dans la vraie foi. Quand ensuite ils liront l'Écriture sainte, et que, toujours sous l'instruction de l'Église catholique , ils y trouveront la même foi qu'on leur avait annoncée , ils y seront confirmés , leur cœur sera consolé; mais la foi reçue de main en main par les successeurs des apôtres , sera toujours leur première règle.

Quand le ministre trouve ridicule , et même impossible, que les pasteurs de l'Église reçoivent la foi les uns des autres , « à cause , dit-il ' , que « la foi de l'évêque mourant s'éteint avec lui , sans « qu'il la puisse laisser à son successeur qu'il ne « connaît pas , » il montre par ce mauvais discours qu'il ignore parfaitement l'état de la question. Quand on dit qu'on reçoit la foi de son prédécesseur , on ne veut dire autre chose sinon qu'on se fait une règle inviolable de croire et de prêcher dans l'Église ce qu'on y a cru et prêché devant nous. Tant qu'on persévérera dans cette résolution , on n'enseignera jamais d'erreur, on ne sera jamais dans le schisme et dans la rupture. Si quelque évêque rompt la chaîne de la tradition , le reste de l'Église réclamera contre : le novateur sera noté éternellement ; et quand il entraînerait son peuple avec lui, son peuple devra sentir dans sa conscience , par la seule innovation de son pasteur, qu'il ne peut plus se sauver sous sa conduite.

Le ministre met donc tout en confusion, et ne s'entend pas lui-même , lorsqu'il demande si l'évêque « qui meurt, laisse sa foi sur son siège, ou n s'il peut la laisser de main en main , comme une « chose matérielle ^. » Voici le nœud et la chaîne (jui captive tous les esprits. L'Église catholique a toujours pensé, dès son origine, que sa foi ne changerait jamais, et ne devait ni ne pouvait jamais changer. Aussitôt donc qu'on sent quelque changement dans un corps constitué de cette sorte , en quelque temps que ce soit , on se souvient de la promesse :on rappelle dans son esprit la règle de ne changer point , et de n'avoir jamais besoin de changer : l'innovation est marquée , et en même

' r. n, p. CIO, cil , 012, etc.— » Ibid.

temps détestée avec ses auteurs , et la foi demeure immuable dans sa succession.

C'est la consolation des catholiques, toutes les fois qu'ils voient le corps de leurs pasteurs tenir toujours le même langage, et prêcher la même foi. Dans les derniers qui sont en place, ils entendent tous leurs prédécesseurs, et remontent par les apôtres jusqu'à Jésus-Christ.

Quand on s'écrie après cela : « Pauvre Écri- « ture , comment Dieu vous a-t-il dictée .? Que « vous devenez inutile ! Il n'y a qu'à montrer l'É- « glise ' : » encore un coup , on ne s'entend pas. Heureux celui qui , né et instruit dans le sein maternel de l'Église et dans la foi des promesses , n'a jamais besoin de disputer ! S'il s'est écarté de cette voie , on travaille à le ramener parles Écritures; s'il n'y a jamais été , et qu'il soit encore infidèle , on lui lira les prophéties dont l'Écriture est pleine , et on tâchera de lui en marquer les autres caractères divins. Mais il y aura toujours grande différence entre celui qui cherche , et celui qui , bien instruit par l'Église , aura tout trouvé dès le premier pas.

L'exemple des hérésies lui fera sentir la sûreté où il faut marcher. Cette voie , nous a-t-on dit , mène à l'ignorance*. Noyons donc ce qu'ont appris ceux qui l'ont quittée, et qui ont voulu être plus sages que l'Église catholique. C'est par là que les marcionites et les manichéens ont appris que l'Église précédente avait falsifié les Écritures canoniques , et qu'il y avait deux premiers principes, dont l'un était la cause du péché : les ariens ont appris que le Fils de Dieu était une créature , et ne pouvait être appelé Dieu qu'improprement : les pélagiens ont appris qu'il n'y avait que les simples et les ignorants qui pussent croire qu'on fût pécheur par le péché de son père ; ou que l'on eût besoin de la grâce, à chaque acte de piété que produisait le libre arbitre. Viclef a appris qu'il n'y a point de libre arbitre, et que Dieu était auteur du péché : Luther, Melanchton, Calvin et Bèze, avec les autres réformateurs du seizième siècle, ont succédé à cette science : les luthériens , en particulier, ont appris à sauver la réalité par leur ubiquité; et les calvinistes, à mettre au rang des saints et à recevoir aux mystères ceux qui tiennent ce prodige de doctrine , aussi bien que le semi-pélagianisme , dont les mêmes luthériens sont convaincus. Les calvinistes ont pour leur compte particulier l'inamissibilité de la justice , et la sanctification de tous les enfants des fidèles dans le sein de leurs mères. Ces deux dogmes sont définis dans le synode de Dordrect : la chose n'est pas douteuse parmi les gens de bonne foi : la suite de ces deux dogmes , c'est que jusqu'à la fin du monde la grâce ne peut sortir d'une famille oîi elle est entrée une fois, et que David dans ses deux crimes , Salomon dahs ses idolâtries , et saint Pierre dans son reniement , n'ont point perdu la justice.

C'est ainsi que se sont rendus savants ceux qui

' P. 547, 5i8, 549, etc. — ' P. 546, 553.

ont renoncé à la foi de l'Église. Tous ces faits que j'ai posés sont demeurés et demeureront éternellefuent sans réplique. Les catholiques évitent par leur soumission ces sciencesjaussement nommées ^ ^ et ils éprouvent heureusement que c'est tout savoir que de n'en pas vouloir savoir plus que l'Église, c'est-à-dire de ne vouloir pas être savant plus qu'il ne faut *.

Mais on doit bien se garder de croire que , sous ce prétexte, nous négligions d'enseigner au peuple les vérités de la religion. Il n'y a qu'à lire nos Catéchismes ; et , puisque c'est moi qu'on prend à partie , et qu'on accuse de vouloir introduire l'ignorance , sous prétexte de faire valoir la promesse de Jésus-Christ , il vous est aisé de connaître la calomnie. Car, puisqu'on vient de parler de Catéchisme, si vous voulez jeter les yeux seulement sur celui que j'ai mis en main au peuple que je sers ( et chaque évêque vous en dit autant dans les diocèses où vous êtes , avec encore plus de confiance ) , vous verrez , qu'à l'exemple de saint Paul , nous ne leur avons rien soustrait de ce qui est utile à leur salut, et que nous leur annonçons, en toute vérité et pureté , la connaissance de Dieu , et la foi en Jésus- Christ notre Seigneur ^.

Dites-nous donc, mes frères, en quoi nous entretenons l'ignorance? Vos ministres voudraient bien qu'on crût que nous n'instruisons pas assez notre peuple sur la connaissance de Dieu et contre l'idolâtrie. Mais ils savent bien le contraire ; ils savent bien , dis-je , que nous enseignons parfaitement que Dieu est seul , et que seul il a tout tiré du néant. Le reproche d'idolâtrie tombe visiblement par ce seul dogme. Aussi vos ministres ne nous le font plus que par coutume ou par engagement ; et leur conscience les dément , comme la nôtre nous fait mépriser de vains reproches, où nous ne ^sommes touchés que de l'injustice de ceux qui osent encore les renouveler.

Si par là ils sont contraints d'avouer qu'avec un tel sentiment il est impossible qu'on soit idolâtre dans son cœur, et qu'ils tâchent de trouver notre idolâtrie dans notre culte extérieur, ils n'entendent pas la nature de ce culte , qui , ne pouvant être autre chose que la démonstration des sentiments intérieurs, ne permet en aucune sorte qu'on soupçonne d'idolâtrie ceux qui connaissent Dieu en vérité, et l'adorent seul au-dedans.

Mais si nous enseignons très-purement la connaissance de Dieu, nous ne sommes pas moins soigneux de faire connaître Jésus -Christ. Peut-on nous reprocher avec la moindre vraisemblance que nous taisions à nos peuples qu'étant Dieuethomme,la satisfaction qu'il a offerte pour nous à la croix est infinie et surabondante; en sorte qu'il n'y manque rien , et qu'il ne reste autre chose à faire au chrétien que de s'en appliquer la vertu par une foi vive? En quelle conscience pourrait-on dire que nous laissons ignorer cette foi , ni que nous puissions après cela égaler le fini à l'infini, et comparer au-

' /. Tim. VI , 20. — * "Rom. xii , 3. — » Act. xx , 20, 21.

II« INSTRUCTION PASTORALE, ETC

cune intercession ou des hommes ou des an^es a celle du Sauveur?

On nous objecte des conséquences qu'on tire de notre doctrine. Mais outre qu'elles sont fausses, du moins ne peut-on nier dans le fait qu'elles ne soient désavouées par cent actes authentiques, et que nous ne détestions toute doctrine qui déroge aux grands principes qu'on vient de poser.

Nous enseignons parfaitement la sainte et sévère jalousie de Dieu et de Jésus-Christ; mais de le rendre jaloux de ses ouvrages connus comme tels, qui sont ses saints , ou de lui-même dans l'eucharistie , ou des choses que l'on ne conserve dans les Églises que pour exciter le souvenir de ses mystères et de ses grâces, et les porter jusqu'aux yeux les plus ignorants , c'est une délicatesse indigne de sa bonté et de sa grandeur.

C'est du cœur qu'il est jaloux; et, pour ne le point irriter, on ne doit non plus partager son culte que son amour. Mais quoi ! n'enseignons - nous pas que le vrai culte de Dieu est de l'aimer de tout son cœur et plus que soi-même , et son prochain comme soi-même pour l'amour de lui? Quelle partie de ces deux préceptes laissons-nous ignorer à nos peuples? et ne leur apprenons-nous pas en même temps que tout ce qu'ils font pour accomplir ces deux préceptes , autant qu'il se peut , en cette vie infirme et mortelle, est donné d'en haut par une pure miséricorde, à cause de Jésus-Christ; en sorte qu'il n'y a point de mérite qui ne soit un don spécial de Dieu, et qu'en couronnant nos bonnes œuvres il ne couronne que ses propres libéralités? Où est donc l'ignorance qu'on nous reproche d'affecter ou d'introduire? Avouez qu'on ne sait où la trouver, et que les ministres ne peuvent ici nous l'objecter, qu'en supposant sans raison tout ce qu'il leur plaît.

Il n'est ni nécessaire ni possible d'entrer maintenant dans un plus grand détail. On n'a pas besoin de boire toute l'eau de la mer, pour savoir qu'elle estamère, ni de rapporter au long toutes les calomnies qu'on nous fait , pour faire sentir toute l'amertume qu'on a contre nous.

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