‹ uvres de BossuetChapitre 68 sur 140 · ET ABRÉGÉ DE TOUT CE DISCOUBS · texte numérisé non relu

ET ABRÉGÉ DE TOUT CE DISCOUBS

J'ose donc vous conjurer encore une fois de lire cette Instruction et l'Instruction précédente. Vous y trouverez la voie du salut et le repos de vos âmes dans les promesses de Jésus-Christ et de l'Évangile. Elles n'ont aucun embarras : tout y est clair , ou par les textes exprès de l'Écriture, ou par la seule exposition de notre doctrine, ou par l'aveu du ministre qui a voulu me combattre.

Puisqu'il est écrit que , pour éprouver la foi des chrétiens, il faut qu'il y ait des hérésies^; puis-

' /. Vor. XI, 19.

que, (lès que Jésus-Clirist a paru dans le monde, n a été dit de lui qu'il était mis pour être en butte aii^ contradictions • , et que l'homme , ingénieux contre soi-même, devait épuiser la subtilité de son es|)rit à pervertir en toutes manières les voies droites du Seigneur, avouez qu'il était de sa sagesse comme de sa puissance, de préparer un remède aisé, par lequel, sans dispute et sans embarras, tout esprit droit pilt connaître les schismes futurs. Le voilà dans la promesse de l'Évangile, qui exclut toute interruption dans la succession apostolique et dans l'extérieur de son Église. Par là l'intérieur est à couvert; puisque la prédication toujours véritable, et qui jusqu'à la fin des siècles ne cessera de passer de main en main et de bouche en bouche, aura toujours son effet au dehors par l'assistance de Jésus-Christ toujours présente. Voilà un caractère certain, qui jusqu'à la fin du monde notera les contredisants et les hérétiques.

Vous répondez : « On a tout, quand on a la « vérité : le salut est infaillible à ceux qui la possè- « dent ; mais on n'a rien avec l'ancienneté, la suc- « cession et l'étendue, lorsque la vérité manque : « il faut donc chercher l'une , et se mettre peu « en peine de l'autre». » Vous ne songez pas que Jésus-Christ a voulu mettre expressément la vérité à couvert, par l'assistance qu'il promet à la succession ; de sorte que quand vous dites , il faut chercher l'une , et se mettre peu en peine de l'autre, c'est de même que si vous disiez, il faut chercher \a un, et se viettre peu en peine des moyens donnés de Dieu pour y parvenir.

Mais, dites- vous ^, ce remède est faible; l'autorité ne remédie point aux erreurs : il y a eu des divisions, dès le temps des apôtres : « si leur « autorité échoua dès le premier schisme, que fera « celle des papes et des évéques? Arius, malgré « le concile qui lui dénonça un anathème éternel , « grossit son parti : » il en est de même des autres; comme qui dirait : La sévérité des lois n'empêche pas qu'il n'y ait des vols et des massacres , donc ce remède est peu efficace. Que ferez-vous donc? Abandonnez tout ; et parce qu'il y a des esprits superbes et contentieux qui résistent à tous les remèdes , cessez de les proposer aux simples et aux droits de cœur.

Mais, poursuit-on 4 , les apôtres n'avaient donc qu'à aller par toute la terre y faire lire dans le Symbole l'article de l'Église catholique , dont le nom même ne se trouve pas dans ks écrits sacrés , et ils se sont tourmentés en vain à rechercher les prophéties; comme si chaque chose n'avait pas son temps, ou qu'il n'eût pas fallu établir l'Église catholique avant que d'en employer l'autorité.

C'est en vain qu'on tâche de l'affaiblir, en disant que le nom ne s'en trouve pas dans les écrits sacrés. Quoi qu'il en soit , il est gravé dans le cœur de tous les chrétiens ; et les protestants eux-mêmes n'ont pu s'empêcher de professer, comme nous.

' Luc. Il, 34. — » T. H, p. 542. —3 p. 734, 735, 73c, 7^8 — * P. 551, tic.

la foi de l'Église catholique avant toute discussion et tout examen.

On trouve de l'ostentation dans les évêqucs et dans les curés, « qui se voient les maîtres uni- « quesde la religion; qui, dit-on', s'élèvent fort « au-dessus du reste des hommes , et qui veulent « qu'on les écoute comme autant d'apôtres infail- « libles, dés le moment qu'ils portent le titre de « pasteurs. » Il est vrai , il y aurait là une ostentation énorme ; mais, par malheur pour les protestants, elle n'est que dans leurs discours. Les évêques ne se croient maîtres ni auteurs de rien : toute leur gloire est d'enseigner ce qu'ils ont reçu de ceux qui les précédaient : on n'a jamais besoin d'aller bien loin pour trouver le novateur ; c'est un fait toujours constant : nous avons dit plusieurs fois ' que, dans l'Église catholique, nul ne se montre soimême en particulier, ni ne veut donner son nom à son troupeau : tous montrent l'Église et les promesses qu'elle a reçues en corps ; ce n'est pas présumer de soi , ni s'attirer une gloire vaine , que de mettre sa confiance aux promesses de Jésus -Christ; et il est visible par le discours du ministre , qu'il n'a pu nous imputer de l'ostentation qu'en altérant tous nos sentiments.

Si l'on était demeuré dans cette règle , si tout le monde avait noté ceux qui sont sortis de la ligne de la succession , il faut avouer qu'il n'y aurait eu ni schisme ni hérésie , dont la source de tout le mal sera éternellement qu'il y a eu et qu'il y aura des esprits superbes, qui veulent se faire un nom, qui adorent les inventions de leur esprit, et se séparent eux-mêmes.

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