‹ uvres de BossuetChapitre 79 sur 140 · ONCTION DE JÉSUS-CHHIST : SA ROYÀOTB : SA GÉNÉALOGIE : SON 6ACEBD0CE · texte numérisé non relu

ONCTION DE JÉSUS-CHHIST : SA ROYÀOTB : SA GÉNÉALOGIE : SON 6ACEBD0CE

PREMIERE ÉLÉVATION

L'oncUon de Jésus-Christ et le nom de Christ.

O Christ ! ô Messie ! ô vous qui êtes attendu et doimé sous ce nom sacré , qui signifie l'oint du

' /. Joan. I, 2, 4. — » lUA. V, 20. — 3 /fterf. ly, ig. — < lUd. V, 20. — * Athan, tom. 2, pag. 608. — « Oral, de Fid. Hom. 25. tom. I, pag. 500. Edit. Bened. tom. 2. hom. 13, pag. I3l.

Seigneur! apprenez-moi , dans l'excellence de votre onction, l'origine et le fondement du christianisme. Et puisqu'il est écrit, que l'onction nom apprend tout; et encore : que nous avons l'onction , et que iious savons toutes choses • : quand est-ce que cette onction nous doit enseigner, sinon lorsqu'il s'agit d'expliquer l'onction qui , vous faisant Christ , nous fait aussi chrétiens par la communication d'un si beau nom?

O Christ ! vous êtes connu de tout temps sous ce beau nom. Le Psalmiste vous a vu sous ce nom, lorsqu'il a chanté : f^otre trône, ô Dieu ! est éternel: et votre Dieu vous a oint d'une huile ravissante ». C'est vous que Salomon a célébré , en disant dans son divin cantique : Fotre nom est une huile, un baume répandu 3. Quand l'ange saint Gabriel a annoncé le temps précis de votre venue, il s'en est expliqué , en disant que le Saint des saints serait oint; et que VOint ouïe Christ serait immolé 'i. Et vous-même , qu'avez-vous prêché dans la synagogue, lorsque vous expliquâtes votre mission? qu'avez-vous, dis-je, prêché que ce beau texte d'Isaïe : L'esprit du Seigneur m'a envoyé, et c'est pour cela qu'il m'a oint ^7

Vous avez paru vouloir expliquer, par ce texte d'Isaïe, que vous êtes oint par le Saint-Esprit; et n'est-ce pas aussi ce qu'a enseigné votre apôtre saint Pierre au saint centurion Cornélius, lorsqu'il lui prêcha Jésus de Nazaretli : et comment Dieu l'avait oint du Saint-Esprit et de puissance p our opérer des prodiges , et remplir toute la Judée de ses bienfaits ^ ?

O Christ! encore un coup , faites-moi connaître, comme fit saint Pierre au saint centenier , comment votre Dieu vous a oint du Saint-Esprit ; et rendezmoi participant de cette onction.

Ile ÉLÉVATION.

Comment le Saint-Esprit est en Jésus-Christ.

Le Saint-Esprit est en nous comme y venant du dehors , comme reçu par emprunt ; il n'est point notre propre esprit , mais il est le propre esprit de Jésus-Christ : Il prend du sien : le Verbe divin le produit avec son Père ; et quand il a été fait homme ,' il a produit ce Saint-Esprit , comme un esprit qui lui était propre , dans l'homme qu'il s'est uni 7.

Ainsi , quand les hommes font des miracles par le Saint-Esprit, c'est en eux un esprit qui vient du dehors et par emprunt ; mais , dit doctement et excellemment saint Cyrille d'Alexandrie : « Quand « Jésus-Christ chasse le démon , et fait d'autres « miracles par le Saint-Esprit , comme il l'assure « lui-même , il agit par un esprit qui lui est pro- « pre, et qui est en lui comme dans sa source. »

De là vient qu'il l'a reçu avec une entière plénitude : « L'esprit ne lui est pas donné avec me- « sure 8, mais sans mesure et en plénitude par-

' Joan. U, 20, 27. — » Ps. XLIV, 7, 8. — ^ Canl. I, 2. — Dan. IX, 21, 24, 25, 26. — 5 Is. LXi, I ; Luc. iv, 18. —

« Act. X, 38. — ' Joan. xvi, H ; Luc. xxiv, 40 ; Joan. xv, 20.

— » Ibid. ui, 34,

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

«faite, pour être répandu sur nous, et afin que « nous tous reçussions ce que nous avons de sa « plénitude '. » Ce qui a fait dire à Isaïe : « Le Saint- « Esprit se reposera sur lui ^ ; » et, selon une ancienne version : « Toute la source , toute la fontaine du « Saint-Esprit descendra sur lui. »

Jésus est donc oint par le Saint-Esprit, comme l'ayant en lui par sa divinité, comme ayant reçu du Père qui est en lui la vertu de le produire; comme le donnant en propre à l'homme qu'il s'est uni en unité de personne. Ce qui a fait dire aux saints qu'il a été oint de la divinité ; et c'était ce que voyait ce prophète , lorsqu'en disant qu'il a été oint par « son Dieu 3, » en même temps lui-même il l'appelle Dieu.

Telle est donc l'onction qui a fait le Christ. Ce n'est pas d'une huile matérielle qu'il a été oint , comme Elisée et les prophètes, comme David et les rois , comme Aaron et les pontifes. Quoique roi , prophète et pontife , il n'a pas été oint de cette onction, qui n'était qu'une ombre de la sienne. Aussi David a-t-il-dit qu'il « était oint d'une huile excel- « lente , au-dessus de tous ceux qui sont nommés « oints^, » en figure de son onction, parce qu'il est oint de divinité et du Saint-Esprit. C'est ainsi que^ Dieu l'a fait Christ. Et quand il nous a faits chrétiens, de quel autre esprit a-t-il rempli son Église naissante; et par quel autre esprit a-t-il répandu le nom chrétien par toute la terre ? Mais ne nous arrêtons pas à cette doctrine, quoique divine et nécessaire; faisons-en l'application que Dieu nous commande.

IIP ÉLÉVATION.

Quel est l'effet da cette onction en Jésus-Christ et en noue.

Par cette onction divine Jésus-Christ est roi, pontife et prophète. Voilà ce qu'il est comme Christ ; et il nous apprend aussi que comme chrétiens, et par l'épanchement de son onction , nous sommes faits rois et sacrificateurs : un sacerdoce royal, comme dit saint Pierre ^. Et saint Jean dans l'Apocalypse : Jésus-Christ nous a faits rois et sacrificateurs de Dieu son père^.

Ayons donc un courage royal : ne nous laissons point assujettir par nos passions : n'ayons que de grandes pensées : ne nous rendons point esclaves de celles des hommes.

Comme rois, soyons magnanimes , magnifiques : aspirons à ce qu'il y a de plus haut; mais aspirons , comme prêtres et sacrificateurs spirituels, à ce qu'il y a déplus saint. Chrétiens, nous ne sommes plus des hommes profanes; nous sommes ceux à qui il est dit : Soyez saints, parce que je suis saint 7.

Comment sommes-nous prophètes? Agissons par un céleste instinct : sortons de l'enceinte des choses présentes ; remplissons-nous des choses futures : ne respirons que l'éternité. Quoi! vous vous faites un établissement sur la terre : vous voulez vous y élever ; songez au pays où vous serez rois : /Ve C7algnez

' Joan. I, 16. — • /«. XI, 2, 3. — » Ps. XLIV, 8. — ♦ Ih. 1 xi.iv, 8. — * i. Pet. II, 9. — ' Apoc. I, 6. — ' J. Pet. i, m.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

fas, petit troupeau, parce qu'il a plu à votre Père de vous donner son royaume '.

IVe ÉLÉVATION.

Sur deux vertus principales que nous doit inspirer ronction de Jésus-Christ.

Un des effets principaux de la foi chrétienne et de la sainte onction des enfants de Dieu, est la douceur : Apprenez de moi, dit Jésus lui-même, que je suis doux et humble de cœur'. Isaïe avait prédit sa douceur par ces paroles que saint Matthieu lui a appliquées : Foici mon serviteur que j'ai élu; mon bien-aimé, où je me suis plu, et en qui j'ai mis mon affection. Je ferai reposer sur lui mon esprit; et il annoncera la justice aux nations^. Voilà un ministère bien éclatant; mais qu'il est doux en même temps , et qu'il est humble ! puisque le prophète ajoute , et après lui l'évangéliste : Une disputera point, ni il ne criera point, et on n'entendra point sa voix dans les rues , comme les esprits contentieux et disputeurs la font éclater au dehors. // ne brisera point le roseau cassé, et il n'achèvera point d'éteindre la mèche qui fume encore : il n'ajoutera point , comme on fait ordinairement parmi les hommes , l'affliction à l'oppressé par des reproches amers. Voilà l'esprit de Jésus-Christ et le vrai esprit de Dieu, qui n'habitepas dansun tourbillon, ni dans le souffle d'un vent violent qui renverse les rochers elles montagnes, comme Élie semblait le penser en voulant tout exterminer et tout perdre : Il n'habite pas dans la commotion et l'ébranlement, ni dans le feu qui le suit, mais dans le doux souffle d'un air léger et rafraîchissant^.

Tel est l'esprit du Seigneur Jésus. Et c'est pourquoi, lorsque ses disciples voulaient, dans l'esprit d'Élie et d'Elisée, faire descendre le feu du ciel sur les villes qui leur refusaient le passage , il leur disait avec sa douceur ineffable : Fous ne savez pas de quel esprit vous êtes ^ : vous ne savez pas quel est Tespritde votre religion et de la doctrine du Christ. Quelle fut sa douceur, lorsqu'il dit à celui qui le frappait : Si j'ai mal dit, faites connaître le mal que j'ai fait; et si j'ai bien dit, pourquoi me frappez-vous^? Et ailleurs : Race incrédule et méchante , jusqu'à quand serai-je contraint d'être parmi vous, et de souffrir vos injustes contradictions? Toutefois amenez-moi votre fils t, afin que je le guérisse. Et encore : Femme , où sont vos accusateurs? Personne ne vous a condamnée? Je ne vous condamnerai pas non plus : allez , et ne péchez plus ^.

Prenons donc l'esprit de douceur, comme le vrai esprit du christianisme : que l'onction du Saint-Esprit adoucisse notre aigreur et notre fierté. Ne prenons pas ces tons superbes et avantageux ; c'est faiblesse que de s'animer de cette sorte : la force est dans la raison tranquillement exposée : cette force manque , lorsqu'on a recours à cette force hautaine

» Luc. XH, 32. — * Matth. xi, 29. — 3 Is. XLII, I et seq. * m. Reg. XIX, II, 12. — ' Luc. ix, 55. — « Joan. xviii, 83. - ' Marc. IX, 18; Luc, ix, 41. — "Joan. Tlii, 10, II.

et contentieuse qu'on fait venir à son secours. Quand vous avez à combattre pour la vérité , songez que ce n'est point par d'aigres disputes que l'Évangile s'est établi , mais par la douceur et la patience , en imitant Jésus-Christ, qui s'est laissé non-seulement tondre^ mais encore écorcher, sans se plaindre. Écoutez dans les Actes les prédicateurs de son évangile qui, condamnés par les Juifs : Jugez vous-mêmes, leur disaient-ils, s'il faut vous écouter plutôt que Dieu : car, pour nous, nous ne pouvons pas dissimuler ce qu£7ious avons vu et ce qice nous avons ouï*. C'est dans cet esprit qu'il faut parlera ceux à qui la vérité nous oblige de nous opposer : c'est ainsi que, sans disputer et sans se troubler, on les met visiblement dans leur tort. Voilà de vrais chrétiens et de vrais imitateurs du Christ.

Écoutez encore ce que dit dans le même endroit des Actes son innocent troupeau si injustement maltraité : Seigneur , qui avez fait le ciel et la terre, regardez les menaces de nos ennemis, et donnez à vos serviteurs d'annoncer votre parole en toute confiance, puisqu'il vous plaît d'étendre votre main pour faire de si grands prodiges par le nom de votre saint fils Jésus^. C'est ainsi qu'ils veulent parler avec confiance seulement, mais non pas avec amertume ni avec aigreur. Qui met sa confiance en Dieu , ne la met pas dans la violence d'un ton aigre et impérieux : la victoire appartient à la douceur et à la patience ; et Isaïe , après avoir fait Jésus-Christ si humble , si patient et si doux , conclut enfin en disant qu'i/ remportera la victoire ; qu't7 gagnera sa cause en jugement, et que les Gentils mettront en lui leur espérance^. Traitez donc avec douceur l'affaire de Dieu : soyez de vrais chrétiens, c'est-à-dire de vrais agneaux, et sans murmure , sans bruit , sans avoir aucune teinture de l'esprit de contradiction , montrez autant de tranquillité que d'innocence. Ayez la douceur, et la patience sa tille : ces deux vertus sont les deux caractères propres de la piété chrétienne , et les deux fruits de l'onction de Jésus-Christ répandue sur nous.

Ve ÉLÉVATION.

I^ généalogie royale de Jésus-Christ.

Ce titre ne m'engage pas à traiter les difficultés ni les contradictions apparentes des deux généalogies de Jésus-Christ rapportées dans saint Matthieu et dans saint Luc^. La lecture que je fais ici de l'Évangile a un autre objet , et je remarquerai seulement :

En premier lieu; qu'il était notoire que Jésus- Christ sortait de la race de David : tout le monde l'appelait hautement et sans contradiction, le fils de David^. Sa généalogie était bien connue : et il était manifeste aux Hébreux mêmes qu'il étaitde la tribu de Judan. Il n'était pas moins constant qu'il

' Is. LUI, 7 ; /. Pet. ii, 2i, 23, 29. — » Act. iv, I9, 20. — 3 Act. V, 24, 29, 30. — ♦ Matth. XH, 20, 21 ; Is. XLII, I et seq. — * Matth. i; Luc. m, 23. - « Matt. 1, 20; ix, 27; xix, 23; XV, 22; XX, 30, 31; xvi, 9, 15; Marc. XI, 9, 10. - ' Heb. VII , 24.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

en sortait par David : saint Paul avance et répète, comme un fait qui n'était pas contredit , qnll est sorti du sang de David'.

Si donc les évangélistes se sont attachés à marquer la descendance de Joseph, plutôt que celle de Marie, c'est qu'on savait qu'ils étaient de mêmerace, et si proches parents, que tout le monde connaissait leur parenté. Aussi, dans Tordre qui fut donné sous Auguste de faire écrire son nom dans le lieu de son origine : Joseph fut à Behtléetn avec Mwie son épouse, pour se faire inscrire avec elle^. C'en est assez pour fermer la bouche aux esprits contentieux et contredisants , qui voudraient qu'on nous eilt donné la généalogie de la sainte Vierge, plutôt que celle de Joseph. C'était assez que tout le monde sût qu'ils étaient parents et de mêmerace.

En second lieu, il est inutile de se tourmenter à concilier les deux généalogies de saint Matthieu et desaint Luc. La loi qui ordonnait au cadet d'épouser la veuve de son aîné, mort sans enfants, pour en faire revivre la tige et lui donner une postérité^, introduisait par nécessité parmi les Juifsdeux sortes de généalogies, l'une naturelle et l'autre légale, n y a beaucoup déraison de croire que saint Matthieu qui se sert partout du mot d'engendrer i, l'a choisi pour marquer plus expressément la généalogie naturelle, plus propre à la désigner que le terme plus vague et plus général dont s'est servi saint Luc^. Quoi qu'il en soit, le Saint-Esprit a voulu que nous sussions qu'en quelque sorte qu'on voulût compter la race de Jésus-Christ, il venait toujours de Juda et de David, et de la famille royale.

En troisième lieu, il fallait à la vérité que Jésus- Christ eût pour aïeux tous les rois de Juda sortis de David , aûnde marquer au peuple que, vrai roi des Juifs, ce titre lui était comme héréditaire : mais toutefois l'humble Jésus, à qui Dieu avait destiné une noblesse royale, ne sort point de cette maison dans son grand éclat, mais dans le temps de sa décadence, où, déchue de la royauté, elle subsistait dans les plus vils artisans; par où aussi il devait paraître que son trône était d'une autre nature et d'une autre élévation que celui de ses ancêtres.

En quatrième lieu , il fallait aussi qu'il naquît de la tribu de Juda , de laquelle, comme le remarque saint Paul^, Moïse n'a rien prononcé sur le sacerdoce. Car le sacerdoce de Jésus-Christ devant être d'un autre ordre que celui d'Aaron; si Jésus- Christ était de son sang, on aurait cru qu'il aurait tiré son sacerdoce comme héréditaire de la famille d'Aaron ; au lieu que , comme on va voir, il le devait tirer d'une autre origine.

En cinquième lieu , quoique Jésus-Christ dût descendre de Juda, et non de Lévi ni d'Aaron, il convenait qu'il y eût quelque parenté entre sa famille et celle d'Aaron ; ce qui fait que la sainte Vierge était cousine d'Elisabeth , et que ces deux saintes l^arentes ont eu des ancêtres communs : par où il

' Rom. I, 3. IL Tim. ii, 8. — ''Luc. n, l, 3, 4, 5. — ^ Dc%(t.\xy, 5, 6. — * Matlh. i, 12, i3 et aeq. — ''Luc. m, 2a, 2i. — 0 Heb. vu, M.

paraît qu'encore que le sacerdoce d'Aaron ne pût être celui de Jésus-Christ, il ne devait pas lui être entièrement étranger, et qu'il devait y avoir de ralliance entre les deux.

En sixième lieu, pour en revenir à la famille royale , qui était proprement celle du Sauveur, il faut encore observer que bien qu'il fût le Saint des saints, non-seulement il est sorti de rois pécheurs et méchants, mais encore que les seules fenuues qu'on marque comme ses aïeules sont une Thamar, une Ruth Moabite, et sortie d'une race infldèle ; et enlin une Bethsabée, une adultère' : tout cela se fait pour l'espérance des pécheurs, dont Jésus-Christ ne veut pas être éloigné, et ne dédaigne pas le sang ; mais il s'en montre le rédempteur.

Apprenons à mépriser les hommes du monde , si enflés de l'antiquité souvent imaginaire de leur race, dont ils cachent avec tant de soin les endroits faibles. Ne mettons point notre gloire dans nos ancêtres, dont le plus grand nombre, et peut-être les plus renommés, augmente depuis si longtemps celui des damnés ; et ne songeons point à nous illustrer par leurs noms, maudits de Dieu, doriflonsnous d'être ses enfants ; unissons-nous au Fils de Dieu ; et en disant, avec saint Paul », qu'il est le Sauveur des pécheurs , ajoutons toujours avec cet apôtre, desquels Je suis le premier; puisque chacun, d'un certain côté, est le plus grand et le premier, comme le plus ingrat de tous les pécheurs.

VI" ÉLÉVATION

Le sacerdoee de Jésus-Clmst.

La race dont Jésus-Christ est sorti était vraiment la race royale, et il y a remis le trône d'une manière plus haute qu'il n'y avait jamais été. Mais en Jésus-Christ il n'y a point de race sacerdotale ; il n'a ni prédécesseur, ni successeur : il a seulement des figures dont Melchisédech est la plus illustre, et laseule qui paraisse digne de lui. Il n'y a qu'à lire Pépître aux Hébreux , et il n'y faut point de commentaire. On nous y montre tout d'un coup dans la Genèse, Melchisédech sans père, sans vièrcy sans généalogie, sans commencement de ses jours, et sans qu'on en voie la fin ^ : ce n'est pas qu'il' n'eût tout cela, ni qu'il faille donner dans l'erreur de ceux qui ont voulu que ce fût un anse. C'est assez pour être la figure de Jésus-Christ que tout cela ne soit point marqué , et qu'il paraisse seulement comme sacrificateur du Dieu très-haut, pour offnr à Dieu du pain et du vin , et ensuite le présenter à Abraham pour le bénir, et en sa personne bénir comme supérieur tout le sacerdoce lévitique , en recevoir la dime 4 , comme un hommage qui était dû à l'excellence de son sacerdoce, et la recevoir en même temps de Lévi et d'Aaron lui-même, et de toute la race sacerdotale, puisqu'elle était en Abraham comme dans sa tige ; et cette dîme n'est autre chose que la dépouille des rois

■ l^atth. 1,3,4,5. — ' /. Tim. I , IB. — ' Heb. VM, 3. — < Geix. XIV, 18, U), 20; Heb. w\, l, 2, 4 etseq.

ÉLÉVATIONS Sm LES MYSTÈRES.

▼aincus, dont la défaite paraît n'être accordée à Abraham qiie pour honorer, Melchisédech, ce ffr and pontife, ce 7'oi de justice, ce roi de paix, qui est l'interprétation de son nom et de la mile où il règne. Dans toute la suite de l'histoire on ne dit pas un seul mot de Melchisédech , il n'y est marqué que pour cette divine fonction; et tout d'un coup, neuf cents ans après , David , en voyant le Christ , qu'il appelle so}i Seigneur, à la droite de Dieu en grande majesté et puis sance , engendré du sein de pieu devant l'aurore, vainqueur de ses ennemis qui sont à ses pieds, vainqueur des rois, lui adresse ces mots avec serment : Fous êtes prêtre éternellement selon l'ordre de Melchisédech ' ; vous n'avez point de devancier ni de successeur : votre sacerdoce est éternel ; il ne dépend point de la promesse adressée à Lévi , ni à Aaron et à ses enfants. « Et « voici , » conclut saint Paul , « dans un nouveau « sacerdoce , » un nouveau service « et une nouvelle « loi». »

Venez , Jésus , Fils éternel de Dieu , sans mère dans le ciel et sans père sur la terre ; en qui nous voyons et reconnaissons une descendance royale : mais pour ce qui est du sacerdoce, vous ne le tenez que de celui qui vous a dit : « Vous êtes mon « Fils : je vous ai aujourd'hui engendré 3. » Pour ce divin sacerdoce, il ne faut être né que de Dieu; et vous avez votre vocation « par votre étemelle « naissance^. » Vous venez aussi « d'une tribu à la- « quelle Dieu n'a rien ordonné sur la sacrificature. » La vôtre a ce privilège « d'être établie par serment, » immobile, sans repentance et sans changement; le Seigneur, dit-il, « a juré, et ne s'en repentira « jamais. La loi de son sacerdoce est éternelle et « inviolable 5. » Vous êtes seul ; vous laissez pourtant après vous des prêtres, mais qui ne sont que vos vicaires; sans pouvoir offrir d'autres victimes que celle que vous avez une fois offerte à la croix , et que vous offrez éternellement à la droite de votre Père.

, Écoutons notre loi en la personne de Jésus-Christ, tant que nous soj.'mes de prêtres du Seigneur. S'il a été dit à Lévi , à raison de son ministère sacré : Vous^ êtes mon homme saint, à çw^ j'ai donné la perfection et la doctrine^, et que pour cela il doit « dire à son père et à sa mère : Je ne vous connais « pas; et à ses frères : Je ne sais qui vous êtes ; et il « n'a d'enfants » que ceux de Dieu. Si c'est là, dis-je, la loi de Lévi et du sacerdoce mosaïque , combien pur, combien détaché de la chair et du sang doit être le sacerdoce chrétien, qui a Jésus-Christ pour auteur, et Melchisédech pour modèle! Non , nous ne devons connaître d'autre emploi , d'autre fonction , ni avoir d'autre intérêt que celui de Dieu ; enseignant sa loi et ses jugements , et lui offrant continuellement des parfums pour l'apaiser. Si nous gardions cette loi de notre saint ministère , on ne verrait pas tous les jours envahir les droits et l'autorité du sacerdoce , qui sont ceux de Jésus-Christ. Dieu se r«n-

• Pj. ClX, I, 2, 3, 4, 5. — 2 Heb. VU, 22 et seq. — * Ps. U, 7. — < Htb. VU, 16. — 5 /5,d. 13^ 14^ 20, 21, U. — • Veut. XXXIII, 8,9.

drait notre vengeur, et cette prière de Moïse aurait son effet : Seigneur, aidez vos ministres ; « souto « nez leur force ; protégez l'œuvre de leurs mains; « frappez le dos de leurs ennemis fugitifs; et ceux « qui les haïssent ne se relèveront jamais '. » Mais parce que, plus charnels que les enllints du siècle, nous ne songeons qu'à nous engraisser, vivre à notre aise, nous faire des successeurs, nous établir un nom et une maison : tout le monde entreprendsur nous; l'honneur du sacerdoce est foulé au» pieds.

yn« ÉLÉVATION.

Quelle a été roblatîon de Jésus-Christ ; et le premier acte qu'il â produit eu entrant dans le inonde.

Ilaparu, dit saint Paul s « en s'offrant lui-même « pour victime. » C'est lui-même, c'est son propre corps, c'est son propre sang qu'il a offert à la croix ; c'est encore son propre corps et son propre sang qu'il offre dans le sacrifice de tous les jours ; et ce n'est pas sans raison que David voyant en esprit le premier acte qu'il produirait en se faisant homme 3; et saint Paul en interprétant cette prophétie 4, le font parler en cette sorte au moment qu'il entra dans le monde : « Vous n'avez point voulu , » dit-il , « d'hostie et d'oblation ; mais vous m'avez formé un « corps ; » l'original porte : « Vous me l'avez ap- « proprié ; les holocaustes et les sacrifices pour le « péché ne vous ont pas plu ; alors j'ai dit : Me voici, « je viens pour accomplir votre volonté, ô mon « Dieu ! et ce qui a été écrit de moi à la tête de vo- « tre livre. « Par cette parole, Jésus-Christ se met à la place de toutes les victimes anciennes ; et n'ayant rien dans sa divinité qui pût être immolé à Dieu, Dieu lui donne un corps propre à souffrir, et accommodé à l'état de victime où il se met.

Dès qu'il eut commencé ce grand acte, il ne le discontinua jamais, et demeura dès son enfance, et dès le sein de sa mère, dans l'état de victime, abandonné aux ordres de Dieu , pour souffrir et faire ce qu'il voudrait,

« Je viens, » dit-il, « pour faire votra volonté, « comme il a été écrit au commencement du livre: » in capite libri. Il y a un livre éternel, où est écrit ce que Dieu veut de tous ses élus; et à la tête, co qu'il veut en particulier de Jésus-Christ , qui en est le chef. Le premier article de ce livre est que Jésus- Christ sera mis à la place de toutes les victimes , eiï faisant la volonté de Dieu avec une entière obéissance. C'est à quoi il se soumet : et David lui fait ajouter : « Mon Dieu, je l'ai voulu; et votre loi esÇ « au milieu de mon cœur ^. »

Soyons donc, à l'exemple de Jésus-Christ, en es>-prit de victime , abandonnés à la volonté de Dieu :autrement nous n'aurons point de part à son sacrifice. Fallût-il être un holocauste , et uue victime emtièrement consumée par le feu , laissons-nous réduire en cendres , plutôt que de nous opposer à ce qfke Dieu veut.

' Diut. xxxtu, H. — ' Heh. ix, 25, 26. — * Ps. x\tn 7, 8, 9. — < Heh.\, 5, «5,7.—^ Pa. XXWX, 9.

C'est dans la sainte volonté de Dieu que se trouve l'égalité et le repos. Dans la vie des passions et de la volonté propre , on pense aujourd'hui une chose , et demain une autre : une chose durant la nuit, et une autre durant le jour : une chose quand on est triste, une autre quand on est en bonne humeur : une chose quand l'espérance rit à nos désirs , autre chose quand elle se retire de nous. Le seul remède à ces altérations journalières , et à ces inégalités de notre vie , c'est la soumission à la sainte volonté de Dieu. Comme Dieu est toujours le même dans tous les changements qu'il opère au dehors, l'homme soumis à sa volonté est toujours le même. On n'a pas besoin de chercher des raisons particulières pour se calmer : c'est l'amour-propre ordinairement qui les fournit. La souveraine raison , c'est ce que Dieu veut. La volonté de Dieu, sainte en elle-même, est elle seule sa raison.

Prenons garde néanmoins que ce ne soit par paresse, ou par une espèce de désespoir, et pour nous donner un faux repos, que nous ayons recours à la volonté de Dieu. Elle nous fait reposer, mais en agissant, et en faisant ce qu'il faut : elle nous fait reposer dans la douleur comme dans la joie, selon qu'il plaît à celui qui sait ce qui nous est bon. Elle nous fait reposer, non dans notre propre contentement, mais en celui de Dieu : le priant de se contenter et de faire toujours de nous ce qu'il lui plaira. Qu'importe de ce que nous devenions sur la terre? // n'y a qu'une chose à vouloir; c'est, Seigneur, d'habiter daîis votre maison tous les jours de ma vie, pour y voir la volupté du Seigneur, y contempler son saint temple », et le louer aux siècles des siècles.

Commençons dès cette vie , et chantons avec David, ou plutôt avec Jésus-Christ, l'hymne de la sainte volonté : Me voici. Seigneur, et je viens pour accomplir votre volonté*.

VHP ÉLÉVATION.

Jésus-Christ est le sacriûce pour le péché : excellence de son oblation.

Mon Sauveur! dans ce verset de David que vous prononçâtes en entrant au monde ^, vous nous déclarâtes que vous vous mettiez, par la volonté de Dieu, à la place de toutes les victimes de l'ancienne loi. Vous n'êtes donc pas non-seulement un holocauste entièrement consumé par le feu de l'amour divin qui absorbe tout en lui-même; mais vous êtes encore la victime pour le péché*, sur laquelle on prononce tous les crimes : on l'en charge ; on les lui met sur la tête : on envoie après cette victime dans le désert : on la sépare de la société humaine : on l'excommunie. Ainsi a-t-on mis sur vous l'iniquité de nous tous : Vraiment vous avez porté nos péchés^. Il a fallu vous mener hors de la ville pour vous attacher à votre croix^; et vous avez pris sur

• Ps. XXVI, 4. — » Ps. XXIX, 8 > 9. — » Pi. XXXIX , 7, 8, 0. — *Lev. XVI, 5,6,20, 21. — »/». LUI, 4,5, 6. — <> Hc-b. UU, II.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

vous la malédiction qui porte': Maudit est celui qui pend sur un bois infâme '.

Allons avec larmes confesser nos péchés sur Jésus-Christ. Mettons-les sur lui , afln qu'il les expie. Pleurons, pleurons les peines qu'ils lui ont causées : tâchons en même temps de le décharger d'un si pesant fardeau, en nous repentant de nos crimes pour l'amour de lui. G Jésus ! que je vous soulage! faites que je ne pèche plus, et que j'efface par la repentance mes péchés, qui vous ont couvert de tant de plaies.

Briîlez-moi de ce feu que vous êtes venu allumer sur la terre*. Consumez toutes mes inclinations par votre amour, et que je devienne cette pure flamme qui n'a que vous pour pâture : Je viens, mon Dieu, avec Jésus-Christ, pour faire votre volonté ^. Heureux qui finit sa vie par un tel acte ! Nous la devions commencer par là, comme Jésus-Christ. Finissonslà du moins en nous consommant dans la volonté de Dieu. Mon Dieu, je remets mon esprit entre vos mains 4.

Page 1