SUITE DES MYSTÈBES DE L'ENFANCE DB JÉSUS-CHRIST
PREMIÈRE ÉLÉVATION
La circoncision : le nom de Jésus.
« Le huitième jour étant arrivé , auquel l'enfant « devait être circoncis , il fut nommé Jésus ». » Jésus souffre d'être mis au rang des pécheurs : il va comme un vil esclave porter sur sa chair un caractère servile , et la marque du péché de notre origine. Le voilà donc en apparence Gis d'Adam comme les autres : pécheur et banni par sa naissance , il fallait qu'il portât la marque du péché, comme il en devait porter la peine.
Cependant, au lieu d'être impur comme nous tous par son origine ; par son origine il était saint, conçu du Saint-Esprit qui sanctifie tout, et uni en personne au Fils de Dieu, qui est le Saint des sainh par essence. L'esprit qui nous sanctifie dans notre régénération est celui dont Jésus-Christ est conçu, dont sa sainte chair a été formée , et qui est infus naturellement dans son âme sainte : de sorte qu'il n'a pas besoin d'être circoncis ; et il ne se soumet à cette loi que pour accomplir toute justice, en donnant au monde l'exemple d'une parfaite obéissance.
Cependant en recevant la circoncision. Use rend, comme dit saint Paul ^, débiteur de toute la loi, et s'y oblige ; mais pour nous , afin de nous affranchir de ce pesant joug. Nous voilà donc libres par l'esclavage de Jésus : marchons en la liberté des enfants de Dieu ; non plus dans l'esprit de crainte et de terreur, mais dans l'esprit d'amour et de confiance.
Le nom de Sauveur nous en est un gage. Jésus nous sauve du péché, ainsi qu'il a été dit; et en remettant ceux qu'on avait commis , et en nous aidant à n'en plus commettre , et en nous conduisant à la vie où l'on ne peut plus en commettre aucun.
C'est par son sang qu'il doit être notre Sauveur^. Il faut qu'il lui en coûte du sang pour en recevoir le nom : ce peu de sang qu'il répand, oblige à Dieu
> Ps. XLV, II ; e^xxxni, 9.—* Lnc. n, 21. — » Gai. v. r, 2, 3 et seq. — * Heh. IX , 12 , 14 et seq.
tout lereste; et c'est le commencement de la rédemption. Je vois, ô Jésus ! toutes vos veines rompues , toutes vos chairs déchirées , votre tête et votre côté percés ; votre sang voudrait couler tout entier à gros bouillons ; vous le retenez , et le réservez pour la croix. Recevez donc le nom de Jésus : vous en êtes digne, et vous commencez à l'acheter par votre sang. Recevez ce nom , « auquel seul tout genou « fléchit dans le ciel , dans la terre et dans les en- « fers '. L'agneau qui répand son sang est digne de « recevoir toute adoration, tout culte, toute louange, « toute action de grâce '. Et j'ai entendu toute créa- « ture et dans le ciel et sur la terre, et sous la terre , « qui criaient d'une grande voix : Salut à notre « Dieu'. »
Le salut vient de lui, puisqu'il nous envoie le Sauveur; salut à l'agneau qui est le Sauveur lui-même! salut à nous qui participons à son nom! s'il est le Sauveur, nous sommes les sauvés , et nous portons ce glorieux nom devant qui tout l'univers fléchit, et les démons tremblent. Ne craignons rien , tout est à nos pieds; songeons seulement à nous surmonter nous-mêmes : il faut tout vaincre , puisque déjà nous portons le nom du vainqueur. Prenez courage, dit-il 4, j'ai vaincu le monde; et}e mettrai dans mon trône celui quiretnportera la victoire *.
IF ÉLÉVATION
L'étoile des mages.
Voici les premiers fruits du sang de Jésus parmi les gentils.
Nous avons vu son étoile ^. Qu'avait cette étoile au-dessus des autres , qui annoncent dans le ciel la gloire de Dieu? qu'avait-elle plus que les autres, pour mériter d'être appelée l'étoile du Roi des rois, du Christ qui venait de naître , et d'y amener les n>ages? Balaam, prophète parmi les gentils, dans Moab, et en Arabie, avait vu Jésus-Christ comme une étoile; et il avait dit : Use lèvera une étoile de Jacob 7. Cette étoile, qui paraît aux mages , était la figure de celle que Balaam avait vue : et qui sait si la prophétie de Balaam ne s'était pas répandue en Orient et dans l'Arabie , et si le bruit n'en était pas venu jusqu'aux mages? Quoi qu'il en soit, une étoile qui ne paraissait qu'aux yeux , n'était pas capable d'attirer les mages au Roi nouveau-né; il fallait que l'étoile de Jacob et la lumière du Christ ^ se fût levée dans leur cœur. A la présence du signe qu'il leur donnait au dehors , Dieu les toucha au dedans par cette inspiration dont Jésus a dit : Nul ne peut venir à moi si mon Père ne le tire 9.
L'étoile des mages est donc l'inspiration dans les cœurs. Je ne sais quoi vous luit au dedans; vous êtes dans les ténèbres et dans les amusements, ou peutêtre dans la corruption du monde; tournez vers l'Orient, où se lèvent les astres; tournez-vous à .Tésus-Christ qui est l'Orient, où se lève comme un bel astre l'amour de la vérité et de la vertu. Vous ne
» Philip. II, 10. — * y4poc. V, 12. — ^ Ibid. vn, 10. — * Joan. XVI, 33. — » Jpoc. m, 2I. — « Matth. ii, I, 2. — llfum. XXIV, 17. — 8 Luc. Il, 32. — »Joan, vi, 44.
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
savez encore ce que c'est, non plus que les mages; et vous savez seulement en confusion que cette nouvelle étoile vous meneau roi des Juifs, des vrais enfants de Juda et de Jacob : allez, marchez, imitez les mages. Nous avons vu son étoile, etnous sommes venus^ ; nous avons vu , et nous sommes partis à l'instant. Pour aller où? nous ne le savons pas encore; nous commençons par quitter notre patrie. Quittez le monde de même; le monde pour lequel la nouvelle étoile, la chaste inspiration qui vous ébranle le cœur, commence à vous insinuer un secret dégoût. Allez à Jérusalem , recevez les lumières de l'Église; vous y trouverez les docteurs qui vous interpréteront les prophéties , qui vous feront entendre les desseins de Dieu ; et vous marcherez sûrement sous cette conduite.
Chrétien, qui que vous soyez, qui lisez ceci ; peutêtre, car qui peut prévoir les desseins de Dieu ? peutêtre qu'à ce moment l'étoile se va lever dans votre cœur; allez, sortez de votre patrie, ou plutôt sortez du lieu de votre bannissement que vous prenez pour votre patrie , parce que c'est dans cette corruption que vous avez pris naissance. Dès le ventre de votre mère , accoutumé à la vie des sens , passez à une autre région ; apprenez à connaître Jérusalem , et la crèche de votre Sauveur, et le pain qu'il vous prépare à Bethléem.
IIP ÉLÉVATION.
Qui sont les mages?
Les mages , sont-ce des rois absolus , ou dépendants d'un plus grand empire ? ou sont-ce seulement de grands seigneurs, ce qui leur faisait donner le nom de rois , selon la coutume de leur pays? ou sontce seulement des sages, des philosophes, les arbitres de la religion dans l'empire des Perses, ou, comme on l'appelait alors , dans celui des Parthes , ou dans quelque partie de cet empire, qui s'étendait par tout l'Orient? Vous croyez que j'aille résoudre ces doutes, et contenter vos désirs curieux; vous vous trompez; je n'ai pas pris la plume à la main pour vous apprendre les pensées des hommes : je vous dirai seulement que c'étaient les savants de leur pays, observateurs des astres, que Dieu prend par leur attrait , riches et puissants , comme leurs présents le font paraître; s'ils étaient de ceux qui présidaient à la religion , Dieu s'était fait connaître à eux , et ils avaient renoncé au culte de leur pays.
C'est à quoi doivent mener les hautes sciences. Philosophes de nos jours , de quelque rang que vous soyez, ou observateurs des astres, ou contemplateurs de la nature inférieure , et attachés à ce qu'on appelle physique , ou occupés des sciences abstraites qu'on appelle mathématiques, où la vérité semble présider plus que dans lesautres : je ne veux pas dire que vous n'ayez de dignes objets de vos pensées ; car de vérité en vérité vous pouvez aller jusqu'à Dieu, qui est la vérité des vérités, la source de la vérité, la vérité même, où subsistent les vérités que vous appelez éternelles, les vérités immuables et
• Matth. 11,2.
ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES
invariables, qui ne peuvent pas ne pas être vérités, et que tous ceux qui ouvrent les yeux voient en euxmêmes, et néanmoins au-dessus d'eux-mêmes, puisqu'elles règlent leurs raisonnements comme ceux des autres, et président aux connaissances de tout ce qui voit et qui entend, soit hommes, soit anges. C'est cette vérité que vous devez chercher dans vos sciences. Cultivez donc ces sciences ; mais ne vous y laissez point absorber. Ne présumez pas, et ne croyez pas être quelque chose plus que les autres , parce que vous savez les propriétés et les raisons des grandeurs et des petitesses, vaine pâture des esprits curieux et faibles , qui après tout ne mène à rien qui existe ; et qui n'a rien de solide qu'autant que par l'amour de la vérité et l'habitude de la connaître dans des objets certains, elle fait chercher la véritable et utile certitude en Dieu seul.
Et vous, observateurs des astres, je vous propose une admirable manière de les observer. Que David était un sage observateur des astres, lorsqu'il disait : Je verrai vos cieux, l'œuvre de vos mains, la lune et les étoiles que vous avez fondées ' ! Figurez-vous une nuit tranquille et belle, qui dans un ciel net et pur étale tous ses feux. C'était pendant une telle nuit que David regardait les astres , car il ne parle point du soleii : la lune et l'armée du ciel qui la suit faisaient l'objet de sa contemplation. Ailleurs il dit encore : Les cieux racontent la gloire de Dieu : mais dans la suite il s'arrête sur le soleil. Dieu a établi, dit-il, sa demeure dans le soleil, qui sort richement paré, comme fait un nouvel époux du lieu de son repos », et le reste : de là il s'élève à la lumière plus belle et plus vive de la loi. Voilà ce qu'opère dans l'esprit de David la beauté du jour. Mais dans l'autre psaume, où il ne voit que celle de la nuit, il jouit d'un sacré silence; et dans une belle obscurité il contempleladouee lumière que lui présente la nuit, pour de là s'élever à celui qui luit seul parmi les ténèbres. Vous qui vous relevez pendant la nuit, et qui élevez à Dieu des mains innocentes dans l'obscurité et dans le silence , solitaires , et vous , chrétiens, qui louez Dieu durant les ténèbres , dignes observateurs des beautés du ciel, vous verrez l'étoile qui vous mènera au grand roi qui vient de naître.
IV« ÉLÉVATION
D'où Tiennent les mages?
D'où ils viennent.? De loin ou de près ? Sont-ils venus en ce peu de jours qui s'écoulent entre la Nativité et l'Epiphanie , comme l'ancienne tradition de l'Église semble l'insinuer.? ou y a-t-il ici quelque autre secret ? Sont-ils venus de plus loin , avertis peut-être avant la nativité du grand Roi , pour arriver au temps convenable ? Qui le pourra dire, et que sert aussi que nous le disions ? N'est-ce pas assez de savoir qu'ils viennent du pays de l'ignorance , du milieu de la gentilité où Dieu n'était pas connu, ni le Christ attendu et promis? et néanmoins guidés d'en haut , ils viennent à Dieu et à
' Ps. vni , 4. — ' Ps. XTIII , 2 , 6 , 8 , 9 <•/ scç. BOSSl'ET. — TOIir IT.